Les jardins de la Herpinière : 7 ha d'aménagements innovants avec Olivier Diot
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27300 Plasnes
Présentation des jardins de la Herpinière
Bonjour, Olivier Diot se présente comme le créateur des jardins de la Herpinière, situés à Plasnes, dans l’Eure. Ce jardin couvre sept hectares et représente l’aboutissement de 35 ans de passion autour du jardin, à la fois jardin paysager et jardin vivrier.
Le lieu repose sur un concept qu’il qualifie de totalement naturel, dans lequel les plantes sauvages sont mises en avant et mélangées à des plantes horticoles, qu’elles soient décoratives ou productrices. Cela comprend des plantes maraîchères, des arbres fruitiers, des arbustes fruitiers, mais aussi des plantes de collection.
Depuis 16 ans sur ce site, Olivier Diot a cherché à créer des espaces à la fois décoratifs et productifs, adaptables à différentes échelles : du petit jardin jusqu’aux grandes surfaces à vocation agricole ou maraîchère.
Un parcours de passionné autodidacte
Olivier Diot explique avoir toujours aimé la nature depuis sa plus tendre enfance, ayant grandi dans un environnement jardiné. Il y a 35 ans, lors de la création de son premier jardin, il s’est rapidement intéressé au végétal et plus particulièrement aux plantes de collection.
Au fil du temps, son parcours l’a conduit :
- d’un jardin urbain d’environ 400 m² ;
- à un jardin rural d’un hectare et demi à Beaumont-le-Roger ;
- puis à ce jardin actuel de 7 hectares à Plasnes.
Il résume ce cheminement comme 35 ans de passion, de plantations, d’essais, d’observations et de créations autour d’un espace paysager. Il affirme qu’il restera passionné jusqu’à la fin et qu’il plantera jusqu’à la fin dans son jardin.
Il se définit comme un autodidacte et dit vouloir désormais transmettre la quasi-totalité des expériences acquises au fil de sa pratique de jardinier, aussi bien à son entourage qu’aux professionnels, aux particuliers, aux amateurs et aux futurs passionnés. Son objectif est de montrer l’intérêt d’avoir un jardin, et en particulier l’intérêt d’un jardin naturel dans lequel les plantes sauvages sont intégrées dans un espace paysager.
Un jardin naturel mêlant flore locale et plantes exotiques
Le résultat de cette démarche est visible aux jardins de la Herpinière, où l’on peut observer presque toute la flore sauvage locale présente sur le plateau normand, accompagnée de plantes exotiques.
Olivier Diot précise que le mot « exotique » ne désigne pas forcément des plantes tropicales, mais plus largement des plantes qui ne poussent pas naturellement sur le plateau normand. Cela peut aller de certains pommiers à des plantes de collection, utilisées soit en décoration, soit en culture.
Le principe du jardin de conception naturelle
Dans ce jardin de conception naturelle, certaines zones sont laissées avec très peu d’intervention humaine. Il s’agit par exemple de prairies ou de bandes de massifs non tondues, destinées à augmenter la biodiversité.
Pour pouvoir circuler dans ces espaces, des zones de passage sont néanmoins aménagées. Ce sont ici des zones d’herbe tondues régulièrement. À l’intérieur de ces parties tondues, on retrouve de grands massifs d’« herbes folles », dans lesquels pousse un grand nombre d’espèces herbacées sauvages.
Olivier Diot cite notamment :
- des achillées ;
- des chardons ;
- des marguerites ;
- des laitrons ;
- différentes graminées.
Selon lui, toutes ces plantes permettent aux insectes pollinisateurs de se nourrir, offrent un abri à de petits mammifères et à des oiseaux, et créent ainsi une zone de biodiversité intense.
Associer zones de biodiversité et zones utiles
Dans le jardin, chaque espace a une fonction. Certaines zones servent à la protection, d’autres à la production.
L’exemple présenté est celui d’un massif d’environ 200 mètres de long, bordé d’une haie composée principalement d’arbres et d’arbustes à feuillage persistant, ainsi que d’arbres fruitiers. Les deux zones fonctionnent ensemble : les insectes qui viennent butiner dans la zone enherbée participent à la pollinisation des arbres fruitiers. Cela permet d’obtenir de très bonnes productions de pommes et de poires lors des bonnes années.
Dans cette même zone, essentiellement constituée de plantes horticoles, des plantes sauvages ont aussi été laissées en place. Les ronces, par exemple, sont acceptées, mais taillées afin qu’elles n’envahissent pas complètement l’espace.
Cet ensemble forme, selon Olivier Diot, un milieu très riche et équilibré. Il estime que ce type d’aménagement peut être adapté aussi bien à un petit jardin qu’à une parcelle agricole, par exemple en laissant des bandes enherbées le long des cultures pour y amener de la richesse animale et végétale.
La gestion des bandes enherbées en production
À la question de savoir si les bandes enherbées risquent de salir les parcelles cultivées par des semis spontanés, Olivier Diot répond de manière nuancée : « oui et non ».
Tout dépend de la gestion de ces bandes. Si on laisse certaines espèces aller jusqu’à la montée à graine, comme les chardons, il est évident qu’il peut y avoir salissement des parcelles et nécessité de désherber ensuite.
En revanche, il explique qu’on peut :
- laisser les plantes aller jusqu’à la floraison ;
- attendre qu’elles profitent à l’ensemble de la biodiversité ;
- puis les faucher avant la dissémination excessive des graines.
Dans la zone montrée, qui n’est pas une zone de production, il ne fauche qu’une seule fois par an, afin de laisser le cycle complet des plantes se dérouler. En zone productive, en revanche, il faucherait deux à trois fois par an.
Il insiste toutefois sur un point : faucher plus souvent fait perdre progressivement la qualité écologique de la parcelle. Il recommande donc d’identifier d’abord les espèces présentes dans la bande enherbée, car certaines ne salissent pas réellement les cultures.
L’importance fondamentale de l’eau dans le jardin
Pour Olivier Diot, la présence de l’eau est indispensable dans un jardin, en particulier dans le contexte du changement climatique et du dérèglement actuel.
Selon lui, tout jardin, qu’il soit paysager, naturel, agricole ou maraîcher, doit être pensé avec de l’eau.
Aux jardins de la Herpinière, le terrain a permis la création de plusieurs points d’eau naturels : des mares non bâchées, sur argile, grâce à une couche argileuse peu profonde permettant le stockage de l’eau.
Dès la conception du jardin, il y a 15 ou 16 ans, il a réfléchi à :
- mettre en place des circuits d’eau ;
- récupérer la totalité des eaux de pluie ;
- récupérer aussi les eaux de ruissellement du site.
Comme il n’y a pas d’eau courante sur place, seulement des eaux stagnantes, cela a conduit à la création d’un véritable réseau composé de :
- fossés ;
- canaux ;
- petits bassins ;
- petites mares ;
- grandes mares.
Les mares et leur rôle dans la biodiversité
Une mare montrée dans la vidéo a été creusée il y a une dizaine d’années. Olivier Diot la décrit comme magnifique et totalement naturelle, à l’exception de la présence d’un nénuphar, dont il raconte qu’il a commencé sa vie dans une poubelle en région parisienne avant de devenir ici quasiment sauvage.
La présence de l’eau favorise l’arrivée :
- de nombreuses plantes ;
- d’insectes ;
- de petits animaux.
Tout cela participe à l’équilibre du jardin.
Mais l’eau a aussi un autre avantage majeur : elle permet le stockage d’une ressource appelée à devenir de plus en plus précieuse. Elle sert à arroser les jardins, à cultiver légumes, fruits ou céréales, et à abreuver les animaux.
Olivier Diot conseille donc toujours de prévoir, dans un jardin naturel quelle qu’en soit la destination, des moyens de stockage d’eau dès le départ :
- réserves ;
- bassins ;
- cuves enterrées ou non ;
- mares ;
- petits ruisseaux ;
- sources.
Sur son site, qui ne comportait au départ qu’une seule mare au pied de la maison, il existe aujourd’hui 11 mares supplémentaires de tailles diverses, toutes reliées dans un circuit permettant d’amener l’eau à différents endroits pour l’arrosage si nécessaire.
Il souligne d’ailleurs qu’en raison de cette forte présence de l’eau sur le site, il n’arrose quasiment jamais.
Éviter les ruptures grâce aux corridors écologiques
Un autre principe important du jardin est l’absence de rupture entre les zones de culture. Pour éviter les ruptures écologiques, Olivier Diot cherche à créer des corridors écologiques partout dans le jardin.
Ces liens peuvent être assurés par :
- l’eau ;
- le végétal.
Il montre ainsi un fossé ancien, hérité du temps de la ferme, qui a été remanié pour créer une continuité écologique sur toute la propriété. Ce fossé est doublé d’une haie de saules sur un côté, ce qui prolonge encore cette continuité végétale jusqu’à d’autres espaces du jardin.
Pour lui, quelle que soit la parcelle utilisée, il faut penser à créer des liens entre les espaces plutôt que des coupures.
Une prairie laissée à l’état sauvage comme zone pédagogique
De l’autre côté de la haie de saules et du fossé, se trouve une parcelle enherbée laissée à l’état sauvage depuis trois ans, sans intervention mécanique, avec l’objectif qu’elle redevienne progressivement une zone forestière.
Dans cette prairie, Olivier Diot a décidé de créer un circuit pédagogique où ont été implantées, isolément, presque toutes les essences bocagères locales. Le but est de montrer au public ce que sont :
- un charme ;
- un sorbier ;
- un chêne ;
- un prunellier ;
- une aubépine ;
- un pommier sauvage ;
- un poirier sauvage.
Cet espace est complété par :
- une zone dédiée aux érables européens ;
- une autre consacrée à des chênes « d’avenir », sélectionnés en tenant compte du dérèglement climatique.
Il s’agit donc aussi d’une zone test et laboratoire.
Le rôle protecteur des haies contre le vent
Dans cet espace, Olivier Diot souligne qu’entre la haie naturelle du fond et la haie de saules, toute la zone est très bien protégée des vents d’ouest. Il reste seulement à la protéger des vents d’est.
Il insiste sur le fait que, lorsqu’on crée des espaces, il faut penser à les protéger. Les haies de plein vent, comme la haie de saules, sont très utiles pour cela. Le saule peut aussi être utilisé à des fins horticoles.
Pour qu’une haie soit efficace contre le vent, elle ne doit pas constituer un mur compact. Une haie trop dense, comme une haie de thuyas taillée, crée un effet Venturi : le vent frappe la haie, passe au-dessus et se renforce à l’arrière en générant des tourbillons.
Il faut au contraire que la haie comporte des espaces, ce qui se produit naturellement dans une haie naturelle. Le vent peut alors la traverser et être simplement ralenti.
Selon lui, cela fonctionne très bien avec :
- les saules ;
- les bambous ;
- les essences de haies bocagères locales.
Il évoque aussi la possibilité de créer des chicanes, c’est-à-dire des modules de haies décalés dans l’espace, afin de casser encore davantage l’effet du vent.
Enfin, on peut doubler la haie par une rangée d’arbres plus hauts, fruitiers ou fourragers, plantés tous les 12 à 15 mètres. Ceux-ci contribuent eux aussi au ralentissement du vent.
La baissière : un aménagement hydrologique utile
Olivier Diot présente ensuite un aménagement de terrain qu’il juge très intéressant et parfois très utile : la baissière.
Il la décrit comme un fossé de faible profondeur, au profil plutôt rond ou ovale. Historiquement, dans les champs et herbages, de nombreux terrains étaient ponctués de ces petits fossés destinés à stocker l’eau l’hiver, notamment lors des crues, dans les prés baignants, puis à restituer cette eau aux herbages. Cela permettait d’obtenir une herbe de grande qualité.
Pour lui, une baissière ne se crée pas n’importe comment ni pour n’importe quoi. Elle doit avoir :
- un intérêt technique ;
- un intérêt écologique.
Elle doit idéalement être raccordée à un point d’eau, comme une mare, ou permettre d’y conduire l’eau. Il faut toujours travailler du point haut vers le point bas, afin que l’eau circule.
Une baissière n’a pas vocation à stocker l’eau toute l’année. Son rôle est temporaire : stocker l’eau pendant une partie de l’année et permettre sa circulation pendant plusieurs mois. Ainsi, en plein été, la baissière montrée dans la vidéo est totalement vide ; en hiver, elle est pleine et l’eau y circule.
Caractéristiques techniques d’une baissière
Olivier Diot donne plusieurs repères techniques :
- une baissière doit s’étendre sur plusieurs dizaines de mètres ; en faire une sur 10 mètres n’a pas d’intérêt ;
- elle ne doit pas être trop profonde : entre 60 et 80 cm maximum selon lui ;
- elle ne doit être ni trop large ni trop étroite, l’idéal étant environ 1 mètre de largeur maximum.
Il précise qu’elle est facile à réaliser avec une mini-pelle.
La baissière apporte aussi une diversité végétale supplémentaire, ce qui augmente encore la biodiversité du site.
Il recommande en outre de la coupler à une mare. Dans l’exemple montré, cette baissière d’environ 200 mètres de long est reliée à une mare en amont et une mare en aval, ce qui permet de disposer en permanence de réserves d’eau.
Elle peut aussi, dans certains cas, servir à l’abreuvement des animaux. Comme elle est peu large et peu profonde, le risque d’accident y est moindre que dans une mare. Si l’eau y circule et n’est pas stagnante, elle peut convenir à cet usage.
Sur le site, cette baissière reste en eau en général de fin novembre à mi-mai, avec des variations selon les années.
Différence entre baissière et fossé le long d’une haie
Olivier Diot distingue la baissière du fossé creusé le long d’une haie. Dans ce second cas, il préfère parler de fossé plutôt que de baissière, car l’ouvrage a une double fonction :
- récupérer de l’eau ;
- pondérer les inondations.
Ce type de fossé est généralement plus profond, avec au minimum un mètre de profondeur, parfois davantage. Il est souvent couplé à une mare ou à une rivière.
L’intérêt est aussi que la terre excavée peut être utilisée pour créer une butte le long du fossé, sur laquelle on plantera ensuite une haie. C’est précisément ce qui a été fait sur le site.
Les haies bocagères locales sur butte
Dans la conception des jardins de la Herpinière, Olivier Diot s’est intéressé depuis quelques années à la création et à la mise en place de haies bocagères locales, chez lui mais aussi dans les exploitations agricoles et les jardins d’amateurs.
À partir des terres extraites lors du creusement d’une baissière et d’une mare, il a créé une butte d’environ 80 mètres de long pour y implanter une haie bocagère locale. Cela permet de montrer un exemple de plantation sur butte.
Cette haie, plantée un an auparavant, s’est très bien développée. Elle a été protégée contre les lapins de garenne. Sur d’autres essais non protégés, les attaques existent, mais la végétation repart tout de même, simplement avec un peu plus de temps.
Il insiste sur plusieurs points :
- la haie est implantée directement sur la butte ;
- il n’y a pas de bâchage ;
- seulement un petit paillage au départ ;
- puis la nature est laissée libre de faire.
Les jeunes plants poussent au milieu des herbes sauvages. Selon lui, c’est important, car les plantations ont lieu en fin de saison, à l’automne et au début de l’hiver, et ne sont jamais arrosées. Les herbes protègent les plants du vent, de l’évaporation, des excès climatiques et de la canicule.
Cette méthode, testée pendant plusieurs années, lui a permis de perdre très peu de plants.
La plantation est faite en quinconce, sur deux rangs dans l’exemple montré. Dans cinq ans, cette haie devrait être pleinement formée. Elle sera en plus doublée en arrière par une plantation de chênes des marais.
Il ajoute qu’une butte ne crée pas d’assèchement du sol ; au contraire, elle augmente l’humidité, car elle absorbe davantage l’eau de pluie et permet aux racines de descendre plus facilement.
Les haies bocagères locales sur paillage
Autre exemple présenté : une plantation de haie directement sur sol plat, sur paillage, également en quinconce.
Cette méthode est selon lui très simple si l’on respecte un certain calendrier :
- identifier au printemps ou en début de saison le terrain destiné à la haie ;
- le pailler abondamment avec toutes les matières organiques disponibles ;
- laisser agir plusieurs mois ;
- planter à partir de fin novembre-début décembre jusqu’en février, voire un peu plus tard selon le climat.
Les matériaux de paillage peuvent être :
- vieilles pailles ;
- vieux ballots de foin ;
- feuilles mortes ;
- branchages ;
- tontes de pelouse ;
- fumier ou vieux fumier ;
- toute [[matière organique]] disponible.
Il recommande une forte épaisseur, au moins 50 à 60 cm, voire plus. Il dit avoir testé jusqu’à un mètre, avec succès.
Pendant six mois ou davantage, les micro-organismes du sol, notamment les vers de terre, travaillent. On obtient alors un sol très riche et friable, qui facilite énormément la plantation des plants bocagers.
Olivier Diot donne un exemple concret : l’année précédente, deux personnes ont planté à la main 750 plants en trois jours, avec tuteurage et protection compris, précisément parce que le terrain avait été bien préparé en amont.
Il conclut qu’avant de faire une haie bocagère, locale ou non, il faut toujours préparer le terrain à l’avance, pailler et laisser faire la nature, plutôt que de travailler le sol inutilement.
Les forêts-vergers
Les jardins de la Herpinière comportent aussi des zones de production, en particulier des forêts-vergers.
La première forêt-verger, créée deux ans auparavant, rassemble chaque année de nouveaux arbres fruitiers plantés de façon très serrée, dans un espace de conception circulaire situé à peu près au centre des zones de production.
On y trouve un mélange très large d’espèces :
- pommiers ;
- pruniers ;
- cerisiers ;
- châtaigniers ;
- framboisiers ;
- groseilliers ;
- cassissiers ;
- néfliers ;
- cognassiers ;
- aronias ;
- amélanchiers ;
- arbousiers ;
- argousiers.
L’objectif n’est pas une production intensive ni un système d’agroforesterie au sens strict, mais la création d’un milieu très résilient, fortement diversifié, grâce à la présence de nombreuses espèces fruitières.
Dans cette zone, une forte pousse de chardons s’est développée cette année. Ils seront fauchés rapidement pour éviter un excès l’année suivante, mais Olivier Diot les laisse toujours aller jusqu’à la fleur, voire un peu à la graine, afin de nourrir les insectes et les oiseaux. Il mentionne notamment la présence d’environ 70 chardonnerets sur le site. Il remarque aussi que ces chardons protègent les jeunes arbres et arbustes de la canicule et de la sécheresse.
Le verger de production
À proximité de la forêt-verger se trouve le verger principal de production fruitière, créé environ 12 ou 13 ans auparavant, avec l’idée d’obtenir des fruits assez rapidement.
Ce verger comporte 11 lignes de production. Les essences y sont alternées :
- pruniers ;
- pommiers ;
- poiriers ;
- puis d’autres lignes avec pêchers, abricotiers, etc.
Chaque ligne est ponctuée en bout de ligne par de petits fruits ou d’autres arbres fruitiers, afin d’augmenter la biodiversité et d’éviter la monoculture.
Ce verger produit bien. Malgré une faible récolte cette année-là à cause du gel d’avril, il peut produire plusieurs centaines de kilos, voire davantage. L’année précédente, la récolte de pommes a atteint 2 à 3 tonnes.
Cette production permet à Olivier Diot de consommer une grande diversité de fruits sur une longue période, mais aussi d’en donner autour de lui. Comme il transforme peu lui-même, des proches en font des compotes, jus, confitures et gelées.
La protection et la conception du verger
Le verger est entièrement entouré de haies :
- d’un côté, une haie naturelle de plein vent ;
- autour, des haies mixtes composées d’arbres décoratifs et d’arbres fruitiers.
On y trouve par exemple :
- noisetiers ;
- néfliers ;
- rosiers à gros fruits ;
- espèces donnant des cynorrhodons.
Ces haies assurent une bonne protection du verger, même si elles ne suffisent pas lors de gros épisodes de gel. Elles apportent aussi beaucoup d’insectes et d’oiseaux, assurant une pollinisation de qualité.
Olivier Diot rappelle qu’on retrouve là encore une continuité écologique permanente : on passe d’arbre en arbre et de plante en plante sans rupture.
Pour concevoir un verger, il juge essentiels :
- le choix d’un bon emplacement ;
- une exposition ensoleillée ;
- un abri relatif face aux vents dominants ;
- la présence de points d’eau.
Dans ce verger, on trouve quatre points d’eau, certains naturels, d’autres artificiels, récupérant les eaux de pluie des bâtiments voisins.
Il insiste aussi sur le choix du porte-greffe, qui doit être adapté au terroir et au sol. Pour lui, le plus important dans un jardin, c’est le terroir : il faut bien connaître son sol et ne pas planter des végétaux inadaptés.
Au moment de la plantation, il recommande une taille de formation, afin de structurer l’arbre avec de belles branches charpentières. Ensuite, sur des fruitiers de plein vent ou demi-tige, il ne voit aucune raison de tailler régulièrement. Dans son verger, il enlève seulement ce qui gêne ou déséquilibre l’arbre.
Selon lui, un arbre bien formé dès le départ n’a pas besoin d’être taillé continuellement pour produire. Il évoque aussi la question du tuteurage, utile dans certains cas mais parfois néfaste pour l’ancrage racinaire si mal réalisé.
Le potager, espace de test et de démonstration
La visite se termine au niveau du potager, situé face à la maison, dans la continuité de cette logique de corridors écologiques.
Il s’agit moins d’un potager hyper-productif que d’un potager de test et de démonstration, permettant de montrer :
- des variétés peu courantes ;
- différents modèles de potager naturel ;
- des techniques à des stagiaires ou à des visiteurs.
Ce potager a été créé en deux temps. Au départ, il était au niveau du sol. À la suite d’un gros problème de santé ayant laissé Olivier Diot paralysé pendant une période, avec une incertitude sur sa capacité à remarcher correctement, une partie du potager a été surélevée afin de permettre un travail plus facile, notamment en position assise.
Il explique avoir travaillé pendant deux ans à mettre au point une technique de culture surélevée permettant de conserver un sol de très bonne qualité. Selon lui, beaucoup de cultures en bac s’appauvrissent au bout de deux ans faute de soin apporté au sol.
Un potager protégé, peu arrosé et peu amendé
Le potager est entouré de haies de protection. Olivier Diot indique avoir mesuré jusqu’à 5 °C d’écart en hiver entre le parking de la maison, la zone gravillonnée devant la maison et le potager, simplement grâce à cette protection par les haies.
L’emplacement a été choisi dès le départ :
- à moins de 50 mètres de la maison ;
- dans la zone la plus ensoleillée du jardin ;
- avec un ensoleillement du matin au soir, environ de 7 ou 8 heures à 16 heures.
Le potager dispose aussi :
- d’un fossé courant tout le long ;
- de réserves d’eau artificielles sous forme de bassins ;
- d’une serre.
Il est presque jamais arrosé, grâce aux techniques de paillage et à l’accompagnement avec les plantes sauvages. Il reçoit très peu d’engrais et de fumure, essentiellement :
- du compost maison ;
- du fumier décomposé de 3 à 4 ans.
L’association planète R
Enfin, Olivier Diot explique que les jardins de la Herpinière sont désormais portés par une association créée un an auparavant : l’association Planète R.
Cette association travaille sur plusieurs thèmes :
- la création de jardins naturels ;
- les haies bocagères ;
- les mares et bosquets ;
- la création d’un conservatoire botanique ;
- le recyclage de l’eau ;
- la création de potagers pédagogiques dans les écoles, et à l’avenir dans les collèges et les lycées.
Elle a aussi vocation à essaimer à l’extérieur. Pour les programmes de haies, il indique que 10 haies ont déjà été réalisées en Normandie cette année-là, et 10 autres sont en préparation pour l’hiver, soit 20 pour l’année 2021.
L’objectif des jardins de la Herpinière est donc de montrer des exemples concrets, de créer des zones tests, puis d’exporter ces pratiques vers :
- les jardiniers ;
- les exploitants agricoles et maraîchers ;
- les communes ;
- et désormais aussi les zones d’activité et zones industrielles.
L’idée générale est de recréer, dans tous les espaces de vie, qu’ils soient paysagers, sociaux, productifs, urbains ou ruraux, des continuités végétales comparables à celles montrées tout au long de la visite.