Les passages de la fécondité - Paysage in Marciac 2020

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Lors de cette conférence de Paysage in Marciac 2020, Hervé Covès part de l’observation d’une comète, des nuages lenticulaires et du vent pour montrer que l’eau, l’air, le relief et la vie interagissent en permanence. À travers des récits concrets — notamment celui du merle, du sanglier et des vers de terre — il explique comment les êtres vivants transforment les milieux et créent des conditions favorables à davantage de vie. Il insiste sur le rôle décisif des lisières, corridors écologiques, arbres, champignons, mycorhizes, insectes, oiseaux et chauves-souris dans la fertilité des sols et la résilience des écosystèmes. Son propos relie jardin, ferme, paysage et planète : plus un milieu est connecté à la biodiversité sauvage, plus il peut s’adapter. Cette intervention invite ainsi à repenser l’agriculture et l’aménagement humain comme une coopération avec le vivant, fondée sur la fécondité des relations.

auto_awesome
Résumé
Lors de cette conférence de Paysage in Marciac 2020, Hervé Covès part de l’observation d’une comète, des nuages lenticulaires et du vent pour montrer que l’eau, l’air, le relief et la vie interagissent en permanence. À travers des récits concrets — notamment celui du merle, du sanglier et des vers de terre — il explique comment les êtres vivants transforment les milieux et créent des conditions favorables à davantage de vie. Il insiste sur le rôle décisif des lisières, corridors écologiques, arbres, champignons, mycorhizes, insectes, oiseaux et chauves-souris dans la fertilité des sols et la résilience des écosystèmes. Son propos relie jardin, ferme, paysage et planète : plus un milieu est connecté à la biodiversité sauvage, plus il peut s’adapter. Cette intervention invite ainsi à repenser l’agriculture et l’aménagement humain comme une coopération avec le vivant, fondée sur la fécondité des relations.

💙 Si vous voulez faire un don pour soutenir notre production vidéo en accès libre, c'est possible sur le lien suivant :

https://fr.tipeee.com/ver-de-terre-production


Observer la comète et les nuages

Hervé Covès commence par évoquer la comète, visible dans le ciel, comme un spectacle extraordinaire. Il rappelle que sur les images elle paraît très lumineuse, même si elle est moins brillante que d’autres comètes observées quelques années auparavant. Le simple fait de commencer à la repérer dans le ciel constitue déjà, dit-il, un émerveillement.

Il décrit ensuite une vidéo tournée dans les Vosges, montrant le lever de la comète le matin. La Terre tournant sur elle-même, l’impression visuelle donnée est celle d’une comète qui monte dans le ciel. Il rappelle aussi qu’une comète possède deux queues :

  • une queue ionique, en général légèrement bleutée, orientée à l’opposé du Soleil ;
  • une autre traînée, liée à l’évaporation et à la décomposition de la matière de la comète sous l’effet du Soleil.

Cette entrée par la comète n’est toutefois qu’un prétexte : ce qui l’intéresse surtout dans ces images, ce sont les nuages.

Les nuages lenticulaires et la forme du terrain

En regardant la vidéo, Hervé Covès invite à observer des nuages qui restent en place malgré le vent. Il s’agit, explique-t-il, de nuages particuliers, les nuages lenticulaires, « en forme de lentilles ».

Le phénomène l’émerveille : dans un ciel traversé par des courants d’air, il existe des endroits précis où l’humidité se condense et rend le nuage visible, puis un peu plus loin des endroits où ce nuage disparaît. Le nuage semble immobile alors même que l’air circule en permanence.

Il propose une explication liée à la topographie :

  • lorsqu’un courant d’air passe au-dessus d’une cavité ou d’un creux dans le paysage, la pression diminue ;
  • quand la pression diminue, la température diminue aussi ;
  • un air plus froid peut contenir moins de vapeur d’eau ;
  • la vapeur d’eau se condense alors et le nuage apparaît ;
  • lorsque le courant d’air sort de cette configuration, la pression remonte, la température augmente, et le nuage disparaît.

Il évoque ici l’effet Venturi et, plus largement, le fait que la configuration du terrain peut faire apparaître ou disparaître de l’humidité dans le paysage. Cela peut se produire à grande échelle avec les montagnes, mais aussi à petite échelle avec la végétation, des creux, des talus, ou même des surfaces chaudes comme des champs photovoltaïques ou des toitures qui modifient localement les températures.

Selon lui, la formation des nuages est donc liée non seulement à la physique de l’air et de l’eau, mais aussi à la forme concrète des lieux.

Là où l’eau apparaît, la vie peut apparaître

À partir de ce phénomène, Hervé Covès opère un basculement vers le thème central de son intervention : la fécondité.

On lui a toujours dit, dit-il, que « l’eau, c’est la vie ». Or, partout où les conditions physiques permettent la condensation de l’eau, il y a potentiellement davantage de vie. Si l’on observe de tels phénomènes dans le ciel, il devient possible de se demander ce qui se passe quand des phénomènes analogues se produisent dans la végétation et dans les sols.

Il formule alors une idée essentielle de la conférence : pour avoir plus d’eau, on peut compter sur les éléments physiques — évaporation, transpiration, pression, température — mais aussi sur la vie elle-même. Et il ajoute cette formule, qui deviendra l’un des fils rouges de l’intervention :

Modèle:Citation

Il introduit cette réflexion par un proverbe sahraoui : la différence entre le désert et le jardin, ce n’est pas l’eau, c’est l’homme. L’homme peut faire le désert, mais il peut aussi faire revenir le jardin.

L’histoire du sanglier et du merle

Pour entrer dans le sujet, Hervé Covès raconte « l’histoire du sanglier et du merle », issue des observations d’un ami naturaliste nommé Christophe.

Christophe passe beaucoup de temps à observer la montagne et les animaux. À force d’observer les sangliers sur certains lieux, il s’est mis à étudier aussi les vers de terre présents dans ces endroits. Il constatait que, d’année en année, certains coins devenaient de plus en plus riches en vers de terre, et il cherchait à comprendre pourquoi.

L’histoire commence en réalité avec les merles.

Le travail du merle

À la fin de l’hiver et au printemps, les vers de terre déposent à la surface du sol des turricules, ces petits amas de déjections qui contiennent aussi une [[matière organique]] déjà transformée. Ces turricules constituent un lieu privilégié pour le développement des jeunes vers de terre : ils y trouvent une nourriture déjà préparée à leur mesure.

Or ces turricules sont souvent cachés sous la mousse, les feuilles mortes ou divers débris de surface. Le merle, très habile, repère ces endroits. Il tape le sol, écarte les feuilles ou la mousse avec précision, et parvient à attraper les vers de terre presque sans les voir. Il est capable, dit Hervé Covès, d’un geste d’une très grande finesse.

Quand le merle nettoie ainsi la surface, il rend visible un lieu très riche en vie souterraine.

Le travail du sanglier

Le sanglier, lui, vient ensuite. Là où le merle a « nettoyé », il détecte un endroit intéressant et retourne la terre avec son groin. En fouissant, il crée :

  • un trou ;
  • une petite bosse de terre rejetée en aval ;
  • un microrelief.

Il mange bien sûr une partie des vers de terre et d’autres organismes, mais il produit en même temps une nouvelle structure du sol.

Les « lasagnes » du sol

Hervé Covès décrit alors la structure créée par l’action combinée du merle et du sanglier comme une sorte de lasagne :

  • des matières organiques en surface ;
  • de la terre retournée ;
  • une motte protectrice ;
  • des feuilles, mousses et débris accumulés ;
  • parfois de l’eau retenue dans le creux.

Dans cette structure, des vers de terre rescapés et leurs jeunes peuvent trouver :

  • de la nourriture ;
  • un abri ;
  • de l’humidité ;
  • une protection relative contre le merle.

De plus, le petit creux retient l’eau, surtout lors des pluies. Les débris végétaux qui s’y accumulent commencent à composter. Les jeunes vers de terre disposent alors d’un compost nourricier parfaitement adapté à leur croissance.

Christophe a observé qu’un an après le passage des sangliers, il y avait souvent davantage de vers de terre qu’avant. Puis l’année suivante, les merles reviennent, puis les sangliers reviennent à leur tour. Il se crée ainsi une rétroaction positive.

Les écosystèmes se transforment pour ceux qui y vivent

À partir de cette histoire, Hervé Covès développe une idée fondamentale : les écosystèmes évoluent pour devenir de plus en plus adaptés aux êtres vivants qui les habitent.

Dans le cas présenté :

  • les merles exploitent les vers de terre ;
  • les sangliers exploitent les indications données indirectement par les merles ;
  • et pourtant, au final, le milieu devient plus favorable aux vers de terre eux-mêmes.

Il généralise ensuite avec d’autres exemples :

  • les animaux herbivores disséminent des graines dans leurs excréments ;
  • les milieux qu’ils fréquentent deviennent de plus en plus favorables aux plantes qu’ils mangent ;
  • ces plantes nourrissent ensuite davantage ces mêmes animaux.

Trois forêts, trois animaux, trois écosystèmes

Hervé Covès raconte l’exemple d’un lieu proche de chez lui, dans le bois des Borderies, où trois zones forestières contiguës sont soumises à trois types de fréquentation :

  • une forêt pâturée par des vaches ;
  • une forêt pâturée par des chevaux ;
  • une forêt fréquentée seulement par les animaux sauvages.

Au bout de quelques années, les trois zones ont divergé de manière spectaculaire.

La forêt des vaches

Dans la zone pâturée par les vaches, la forêt s’est couverte d’un tapis d’herbe, comme une prairie forestière. Cette zone reste productive même en été sec, et en hiver le sol y porte bien grâce aux racines des arbres. Les vaches y trouvent un lieu favorable aux saisons difficiles.

La forêt des chevaux

Dans la zone pâturée par les chevaux, le paysage est devenu une vaste lisière broussailleuse. Les chevaux, animaux des lisières, consomment beaucoup de végétation ligneuse. Leur présence a produit un milieu de transition, très structuré, avec des chemins et des densifications de broussailles.

La forêt des animaux sauvages

Dans la zone laissée aux animaux sauvages, les broussailles se sont développées fortement. Le milieu est devenu favorable aux chevreuils et aux sangliers, qui y trouvent nourriture, protection et refuges, notamment pendant les périodes de chasse.

Selon Hervé Covès, le propriétaire n’a presque rien fait, sinon laisser les animaux vivre là. Ce sont eux qui ont construit l’écosystème.

La question des écosystèmes humains

Il pose alors la question : pourquoi les écosystèmes humains paraissent-ils si peu adaptés à la vie ?

Il suggère que l’on a bien créé des écosystèmes adaptés à certains besoins humains, mais souvent sans tenir compte de la nature ni de sa capacité à coopérer avec nous. On a conçu des systèmes très anthropisés, où Homo sapiens lui-même ne vit plus vraiment, et où les campagnes sont désormais peuplées davantage de tracteurs et de moissonneuses-batteuses que d’humains.

Il pousse l’image jusqu’à dire que, si on laissait assez de temps, la nature finirait probablement aussi par intégrer les tracteurs dans un système. Car la nature, dit-il, essaie toujours d’intégrer ce qui apparaît.

La mémoire de la vie depuis les glaciations

Hervé Covès élargit ensuite la perspective à l’histoire longue de la vie.

Il rappelle que certaines régions, comme l’Éthiopie, n’ont pas connu de glaciation destructrice comparable à celles qui ont affecté l’Europe. Il y subsiste donc des continuités biologiques très anciennes, parfois remontant très loin dans l’histoire du vivant. Des plantes, des micro-organismes et des formes de mémoire écologique y auraient traversé les grandes extinctions.

À l’inverse, ici, dans le sud-ouest de la France, les paysages ont été profondément réinitialisés par la dernière glaciation. À Marciac, il n’y avait probablement alors qu’une végétation très pauvre, comparable à celle de régions froides actuelles.

Quand la glace a fondu, la vie a dû recoloniser :

  • d’abord quelques végétaux pionniers ;
  • puis des animaux ;
  • puis d’autres plantes et micro-organismes apportés par ces animaux ;
  • puis l’homme lui-même.

Les premiers rennes ont apporté une flore de renne, les premiers mammouths une flore de mammouth, et les premiers hommes une flore d’homme.

Homo sapiens comme semeur de monde

Hervé Covès insiste sur le fait que les humains ont eux aussi transporté des graines, des microbes et des formes de vie bien avant l’agriculture organisée.

Il évoque notamment Ötzi, l’homme des glaces, dans l’appareil digestif duquel on a retrouvé de très nombreuses graines de graminées. Cela montre, dit-il, que les humains récoltaient, mangeaient, transportaient et diffusaient continuellement des plantes.

Il souligne aussi l’importance des rosacées dans notre rapport aux paysages :

  • fraises ;
  • framboises ;
  • ronces ;
  • prunes ;
  • pommes ;
  • poires ;
  • pêches.

En diffusant ces plantes, l’homme a aussi diffusé les micro-organismes qui leur sont liés, notamment des champignons mycorhiziens.

Les plantes cultivées et les mycorhizes

Un long développement est consacré aux mycorhizes.

Hervé Covès explique que beaucoup de plantes que nous avons apprivoisées et cultivées partagent une aptitude à se connecter à certains champignons du sol. Ce n’est sans doute pas un hasard si les plantes devenues importantes pour nous sont aussi celles qui ont réussi à s’inscrire dans les réseaux microbiens de nos sols.

Il compare cela avec d’autres plantes plus difficiles à acclimater. Certaines espèces exotiques, même intéressantes, peinent à s’installer chez nous parce qu’elles ne trouvent pas ici les partenaires microbiens qui leur conviennent. À l’inverse, des plantes venues d’Amérique comme la tomate, la pomme de terre, le maïs ou le haricot ont assez bien trouvé leur place dans les réseaux mycorhiziens européens.

Pour lui, la vie est capable d’apprendre et d’évoluer pour intégrer de nouveaux êtres, mais cela demande du temps, des essais, des erreurs, beaucoup d’expérimentations.

La nature expérimente sans cesse

Hervé Covès revient alors sur l’idée d’expérimentation. Il évoque la manière dont la nature produit une quantité prodigieuse de graines, d’essais et de variations. Un arbre peut produire des milliards de graines dans sa vie pour qu’une seule, peut-être, trouve un jour les bonnes conditions.

La reproduction dans la nature n’est pas une photocopie, mais une ouverture à la nouveauté. Chaque être est un essai. Dans un monde qui change rapidement, cette capacité d’expérimentation devient essentielle.

Il oppose cela à notre tendance à normaliser, standardiser et rechercher la stricte reproductibilité technique. Selon lui, un système vivant a besoin de diversité, de variations, d’essais multiples, surtout lorsque les conditions changent.

Comment aider la vie dans un jardin

La seconde grande partie de l’intervention devient très concrète. À partir de l’histoire du sanglier, Hervé Covès imagine qu’un humain veuille installer son jardin exactement à l’endroit où le sanglier a créé un trou et une butte.

Il demande alors : où planter les salades ?

  • dans le trou ;
  • sur la butte ;
  • entre les deux.

Chaque emplacement présente des avantages :

  • le trou garde davantage d’humidité si le printemps est sec ;
  • la butte draine mieux si le printemps est humide ;
  • l’entre-deux est une zone intermédiaire souvent très intéressante.

Cette zone de contact entre deux milieux, il la relie à la notion d’écotone : une frontière vivante, souvent plus riche que chacun des milieux qu’elle relie.

Le problème des limaces et l’arrivée des auxiliaires

Mais planter de belles salades dans un milieu perturbé attire aussi les limaces. Hervé Covès rappelle que les jeunes pousses très tendres sont particulièrement appétentes. Or le jardinier souhaite que viennent aussi les prédateurs des limaces, notamment les carabes.

Pour cela, il faut aménager des refuges et des continuités :

Les carabes ont besoin de se déplacer à couvert, notamment parce qu’ils craignent les oiseaux. Le jardinier doit donc réfléchir non seulement à ses légumes, mais à l’habitat des auxiliaires.

Il ajoute que les fleurs jouent aussi un rôle majeur :

  • elles attirent les pollinisateurs ;
  • elles attirent aussi les prédateurs de ravageurs ;
  • elles enrichissent la présence de vie dans le jardin.

Le romarin, par exemple, fleurissant tôt, peut jouer un rôle très précieux.

L’orientation des buttes et l’hétérogénéité

Hervé Covès évoque ensuite l’orientation des buttes de culture :

  • orientées est-ouest, elles créent un versant sud plus chaud et un versant nord plus frais, ce qui étale les productions ;
  • orientées nord-sud, elles homogénéisent davantage les conditions.

Il souligne l’intérêt, pour un jardin familial, de créer de l’hétérogénéité. Celle-ci permet d’avoir des milieux différents sur une petite surface, donc des réponses plus souples aux aléas climatiques.

Les spirales aromatiques lui paraissent intéressantes justement parce qu’elles multiplient les expositions, les microclimats et les situations.

Des corridors pour la biodiversité

À une échelle plus grande, Hervé Covès explique qu’un jardin vivant doit être pensé comme un réseau de circulation pour les êtres vivants :

  • insectes ;
  • oiseaux ;
  • chauves-souris ;
  • micro-organismes ;
  • champignons.

Les oiseaux ont besoin de perchoirs, d’arbres-refuges, de continuités. Les chauves-souris ont besoin d’éléments paysagers rapprochés pour se repérer par écholocation. Les carabes et bien d’autres organismes ont besoin de couverts bas continus.

Le jardin ne doit donc pas être conçu comme un espace isolé, mais comme une zone connectée à l’extérieur.

Une zone sauvage proche de la maison

Hervé Covès insiste beaucoup sur l’importance d’une zone sauvage ou semi-sauvage, proche du lieu de vie. Cette zone doit accueillir une grande diversité de plantes spontanées et cultivées, servant de point de rencontre entre la flore domestique et la flore sauvage.

L’idée n’est pas seulement de planter beaucoup d’espèces, mais de créer un espace où les relations puissent se faire :

  • entre plantes sauvages et plantes cultivées ;
  • entre micro-organismes des unes et des autres ;
  • entre insectes, oiseaux, champignons, bactéries.

Le rôle du jardinier est alors moins de tout contrôler que de favoriser les interactions.

La circulation rapide des bactéries autour des champignons

Hervé Covès évoque ensuite des vidéos scientifiques montrant des bactéries circulant à très grande vitesse autour des hyphes des champignons, dans une zone d’« hyperfluidité ».

Cela lui permet d’insister sur l’importance des réseaux fongiques et microbiens dans les sols. Pour lui, le champignon n’est pas seulement le filament ou le carpophore visible : son « appareil digestif » comprend aussi toute la zone qu’il transforme autour de lui.

Les réseaux mycorhiziens permettent :

  • la circulation de nutriments ;
  • la circulation d’informations ;
  • la diffusion rapide de certains micro-organismes.

D’où l’importance, encore une fois, d’avoir des réseaux vivants, stables et diversifiés dans les sols, notamment grâce à des arbres, arbustes, vivaces, aromatiques et couverts permanents.

Les risques, les interactions, les « hackers » du vivant

Tout n’est pas toujours harmonieux. Hervé Covès rappelle qu’il existe aussi dans le vivant des formes de compétition, de détournement, d’attaque. Il prend l’exemple du robinier faux-acacia, qui enverrait dans le sol des signaux dissuasifs décourageant d’autres plantes de se connecter à certains réseaux.

Il parle alors, par analogie, de « hackers » du vivant. Mais même ces interactions font partie de la richesse et de la complexité du système.

De la parcelle au territoire

Le propos change ensuite d’échelle. Ce qui vaut pour un jardin d’un mètre carré, puis pour cent mètres carrés, vaut aussi selon lui pour des hectares, des communes, des vallées, et jusqu’aux grands couloirs écologiques planétaires.

L’idée centrale reste la même :

  • repérer les hotspots de biodiversité ;
  • les relier ;
  • créer des corridors de circulation de la vie.

Les grandes migrations et les couloirs de vie

Hervé Covès présente alors une vision à très grande échelle des migrations animales, notamment celles des oiseaux, des grands axes reliant l’Afrique, le Proche-Orient et l’Europe.

Il insiste particulièrement sur :

  • l’Éthiopie comme immense réservoir de biodiversité et de mémoire du vivant ;
  • la vallée du Nil comme corridor majeur ;
  • le Proche-Orient, la Turquie, les Balkans et l’Europe centrale comme axes de circulation.

Selon lui, ces grands flux migratoires ont aussi structuré l’histoire humaine. Les humains ont suivi ces mêmes voies, construit des civilisations le long de ces axes, et bénéficié des échanges biologiques qu’ils permettaient.

Il note aussi que le nombre d’oiseaux migrateurs a fortement diminué, alors que le temps nécessaire à certaines régulations écologiques paraît aujourd’hui beaucoup plus long qu’autrefois. Sans prétendre établir un lien démontré, il y voit une corrélation troublante : moins d’oiseaux, moins de circulation de vie, moins d’adaptation rapide.

Transporter des inoculums vivants

À partir de là, Hervé Covès raconte une pratique très concrète mise en place avec d’autres : demander aux visiteurs venant de différentes régions d’apporter un peu de terre ou d’humus de vieux arbres de chez eux, puis mélanger ces terres et les redistribuer.

L’idée est de faire circuler des inoculums vivants, à petite échelle humaine, en respectant autant que possible des rythmes lents, des itinéraires réels, presque comme des migrations.

Il relie cela à sa réflexion sur Compostelle, les voyages à pied, les distances humaines, et la circulation des êtres vivants. Pour lui, un tel geste n’est pas symbolique seulement : il est aussi biologiquement réel.

Chez lui, ce mélange est déposé près d’un vieil arbre, dans un grand pot sans fond, où il continue à vivre, à s’enrichir, puis sert à praliner des plants ou à nourrir de nouveaux espaces.

Les communes, les projets collectifs, et la fécondité

Dans l’échange final, Hervé Covès et Charles Hervé-Gruyer évoquent la manière dont ces idées peuvent se traduire à l’échelle des communes et des territoires.

Il ne s’agit pas seulement d’un travail écologique, mais d’un travail humain :

  • réunir des acteurs différents ;
  • repérer ensemble les lieux de vie ;
  • concevoir des corridors ;
  • remettre les habitants en relation avec leur territoire ;
  • redonner de la conscience et de la capacité d’action.

Pour Charles, la rencontre avec Hervé Covès a transformé sa manière de penser la permaculture : non plus seulement comme méthode d’aménagement, mais comme manière d’insérer l’humain dans un système vivant plus vaste.

Une vision de la fécondité

La conférence se clôt sur une vision très large et très incarnée de la fécondité. La fécondité n’est pas seulement la fertilité agronomique d’un sol. C’est la capacité d’un milieu à faire naître davantage de relations, davantage de vie, davantage d’adaptations, davantage d’amour même.

Hervé Covès insiste sur le fait que chacun peut y prendre part :

  • en observant ;
  • en plantant ;
  • en laissant des zones sauvages ;
  • en reconnectant les lieux ;
  • en accueillant ce qui vient de l’extérieur ;
  • en partageant de la vie avec d’autres.

Pour lui, la beauté du vivant n’est pas une idée abstraite : c’est une dynamique concrète, qui se tisse dans les sols, les plantes, les animaux, les paysages, les migrations et les relations humaines.

Modèle:Citation

Voir aussi