Maïs, tournesols et blés population - Jean-Baptiste Laborde

De Triple Performance
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À Maylis, dans le sud des Landes, Jean-Baptiste Laborde présente une ferme de 80 hectares en polyculture-élevage, tournée notamment vers le gavage de canards gras. Avec son père, sa femme et un salarié, il cultive maïs hybrides et maïs population, blés anciens et modernes, tournesols hybrides et population, avec prairies et couverts végétaux systématiques. Son objectif : renforcer l’autonomie, la biodiversité et la résilience économique de l’exploitation. Il explique ses rotations, le travail du sol superficiel, l’usage des effluents d’élevage et le passage progressif au bio sur une grande partie de la ferme. Jean-Baptiste détaille surtout son expérience sur les semences population : adaptation locale, sélection à la ferme, réduction des intrants, intérêt agronomique et parfois rendements proches, voire supérieurs, aux hybrides. Il évoque aussi la création d’une filière locale de farine et la valorisation du tournesol en huile, pour gagner en valeur ajoutée.

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Résumé
À Maylis, dans le sud des Landes, Jean-Baptiste Laborde présente une ferme de 80 hectares en polyculture-élevage, tournée notamment vers le gavage de canards gras. Avec son père, sa femme et un salarié, il cultive maïs hybrides et maïs population, blés anciens et modernes, tournesols hybrides et population, avec prairies et couverts végétaux systématiques. Son objectif : renforcer l’autonomie, la biodiversité et la résilience économique de l’exploitation. Il explique ses rotations, le travail du sol superficiel, l’usage des effluents d’élevage et le passage progressif au bio sur une grande partie de la ferme. Jean-Baptiste détaille surtout son expérience sur les semences population : adaptation locale, sélection à la ferme, réduction des intrants, intérêt agronomique et parfois rendements proches, voire supérieurs, aux hybrides. Il évoque aussi la création d’une filière locale de farine et la valorisation du tournesol en huile, pour gagner en valeur ajoutée.

Aujourd'hui, on vous propose un entretien avec Jean-Baptiste Laborde, en polyculture-élevage ! Au programme, maïs, blés et tournesols populations.

Site Web de L' ALPAD, qui regroupe actuellement 80 agriculteurs : http://www.alpad40.fr/


Présentation de la ferme

Jean-Baptiste Laborde est agriculteur à Maylis, dans le sud des Landes, sur une ferme de 80 hectares en système de polyculture-élevage. L’exploitation est principalement orientée vers le gavage de canards gras pour la production de foie gras. Sur la ferme, ils sont trois UTH : son père, sa femme, lui-même, ainsi qu’un salarié.

Au niveau des cultures, la ferme produit :

Ces pratiques sont en place depuis cinq à six ans. Elles sont aujourd’hui bien rodées et devenues automatiques. Le travail du sol est superficiel. Pour les semis de couverts végétaux, la ferme pratique principalement le semis à la volée suivi d’un broyage.

Contexte pédoclimatique

La ferme est située dans le sud des Landes, dans un contexte océanique. Il y a de la chaleur et de l’eau, même si la répartition des pluies dans l’année peut être irrégulière. La pluviométrie annuelle est de l’ordre de 1000 à 1100 mm. Cela explique que le maïs soit la culture principale de la ferme, avec environ 60 % de la sole.

Une partie importante de la sole est engagée en agriculture biologique : environ les deux tiers des surfaces sont en bio ou en conversion.

Organisation du foncier

La ferme est répartie sur deux sites :

  • un site de 40 hectares sur la commune de Maylis ;
  • un autre site sur la commune de Souprosse, au nord de l’Adour, à une douzaine de kilomètres.

Sur le site de Souprosse, une partie reste en conventionnel, en monoculture de maïs. Le système y est simple : maïs, puis couvert, puis maïs. Le couvert est de type méteil, avec triticale, vesce et trèfle incarnat, avant de revenir au maïs.

À Maylis, l’objectif est de mettre en place de vraies rotations, même si elles doivent être adaptées selon les années. Le schéma général est :

  • deux années de maïs ;
  • une année de tournesol ;
  • une à deux années de maïs ;
  • une céréale à paille ;
  • puis retour au maïs.

Entre deux années de maïs, un couvert végétal est implanté, de type méteil, auquel est ajoutée de la féverole, qui se comporte bien sur ce secteur, contrairement à Souprosse où les sols sableux lui conviennent moins.

Composition des couverts végétaux

Le mélange implanté avant le maïs ou le tournesol est composé approximativement de :

Ce mélange est implanté systématiquement avant les maïs et avant les tournesols.

Les blés sont implantés après maïs. En général, après la récolte du maïs, un passage de déchaumeur à disques est réalisé avant le semis. Certaines années plus humides, le blé peut être semé à la volée dans les cannes de maïs, puis recouvert par broyage des résidus. Dans les conditions locales, avec de l’humidité et des hivers peu rigoureux, cette technique fonctionne bien, à condition d’augmenter un peu la dose de semences.

Fertilisation et gestion des effluents

La ferme valorise principalement des effluents d’élevage, surtout du lisier. Celui-ci est épandu :

  • avant les couverts à l’automne ;
  • puis avant le maïs au printemps.

L’épandage peut être réalisé en même temps que la destruction du couvert, à l’aide d’un système avec disques derrière la tonne.

Conduite du maïs hybride et du maïs population

L’itinéraire du maïs population est quasiment le même que celui du maïs hybride, à ceci près que les apports d’azote sont réduits.

En système conventionnel, la stratégie suivie était la suivante :

  • apport starter identique à celui du maïs hybride ;
  • puis apport azoté à 5-6 feuilles divisé par deux sur le maïs population.

Ce choix vient du fait que les maïs population ont une végétation plus importante que les hybrides. Avec trop d’azote, ils développent davantage de biomasse, portent des épis plus hauts et deviennent plus sensibles à la verse, alors qu’ils y sont déjà naturellement plus exposés que les hybrides. Réduire l’azote permet donc de limiter ce risque.

En agriculture biologique, l’itinéraire a évolué :

  • apport de 3 à 4 tonnes de fientes au printemps au moment de la destruction du couvert ;
  • travail superficiel avec un cultivateur à dents pour enfouir et mélanger ;
  • apport de 10-0-0 au semis ;
  • puis plus aucun apport ensuite.

Le désherbage repose alors sur des interventions mécaniques :

L’objectif recherché est avant tout un rendement économique, et non une recherche de rendement maximal à tout prix.

Choix de l’écartement réduit

Après discussions avec d’autres agriculteurs, notamment Christian Abadie dans le Gers, la ferme a fait évoluer ses écartements de semis. Le passage au 40 cm avait été envisagé, mais l’entrepreneur n’était pas équipé pour récolter à cet écartement. Le choix a donc été fait de passer du 80 cm traditionnel à 50 cm.

Deux raisons ont motivé ce choix :

  • l’entrepreneur disposait du matériel pour récolter à 50 cm ;
  • cela permettait encore d’envisager des interventions tardives dans la culture avec le tracteur, ce qui aurait été beaucoup plus compliqué à 40 cm.

La ferme est ainsi passée au 50 cm depuis deux ans.

Effets observés de l’écartement à 50 cm

Selon Jean-Baptiste Laborde, les effets observés correspondent globalement à ce qui était attendu :

  • meilleure répartition des pieds au mètre carré ;
  • meilleure valorisation de l’eau et des nutriments ;
  • meilleure exploration racinaire ;
  • couverture du sol plus rapide ;
  • parcelles plus propres.

En période de fortes chaleurs, les maïs semés à 80 cm « se mettent en poireau » plus facilement, alors que les maïs à écartement resserré souffrent moins.

L’augmentation de densité a aussi été possible :

  • en irrigué, la ferme semait traditionnellement à 70 000 grains/ha ;
  • aujourd’hui, elle sème à 90 000 grains/ha.

À 80 cm, l’écartement entre pieds sur le rang était de l’ordre de 23 à 24 cm.

Le maïs devient aussi plus trapu. Cela peut contribuer à limiter le risque de verse. En revanche, sur certains hybrides, les plantes peuvent être un peu plus hautes. Tous les hybrides ne réagissent pas de la même manière à l’écartement serré : certains y sont bien adaptés, d’autres pas du tout. Il a donc fallu sélectionner les hybrides les plus adaptés à cette conduite.

Pour le tournesol, le passage à un écartement plus étroit n’a pas entraîné de changement majeur, si ce n’est un petit gain de rendement et des parcelles plus propres.

Résultats de rendement en maïs

Dans ce secteur, en maïs, les rendements moyens sont les suivants :

  • en sec : autour de 90 quintaux, plus précisément entre 85 et 95 quintaux selon les situations ;
  • en irrigué : autour de 110 à 115 quintaux.

Pour les maïs population, les écarts par rapport aux hybrides sont variables :

  • certaines populations décrochent de 10 à 15 quintaux ;
  • d’autres sont au niveau des hybrides ;
  • une population testée depuis deux ans sur la ferme a même été supérieure aux hybrides cette année.

Jean-Baptiste Laborde précise toutefois qu’il faut encore du recul pour savoir si cette performance est anecdotique ou si cette population est réellement très bien adaptée au contexte pédoclimatique et aux pratiques de la ferme.

Origine des maïs population

Les maïs population proviennent principalement d’Agrobio Périgord.

Au départ, la ferme avait commencé avec :

  • un maïs blanc venant d’Agrobio Périgord ;
  • un maïs provenant d’un collègue du Pays basque, du type grand roux basque.

Le maïs blanc ne correspondait pas aux attentes en termes de résultats. En revanche, le maïs du Pays basque s’est bien comporté.

Par la suite, la ferme a surtout travaillé avec des maïs jaunes et colorés, parmi lesquels :

  • le « maïs jaune » ;
  • le « maïs jaune bigarré », avec des grains blancs et jaunes et quelques épis rouges ;
  • l’Otxoro ;
  • l’Abelardo ;
  • le Tuzon ;
  • le grand roux basque.

Aujourd’hui, les trois types principalement conservés sur la ferme sont :

  • le maïs jaune ;
  • le grand roux basque ;
  • l’Otxoro.

Ce sont ceux qui apparaissent les mieux adaptés aux attentes de l’agriculteur, à ses pratiques et au contexte local.

Pourquoi avoir choisi les maïs population

Jean-Baptiste Laborde donne trois raisons principales.

Autonomie financière

La première raison est l’autonomie financière. Dans leur contexte pédoclimatique, les rendements peuvent beaucoup varier selon les parcelles et les années. Certaines parcelles de coteaux peuvent aller de 70 quintaux à seulement 5 quintaux. Dans ces conditions, il est important de savoir, dès le départ, combien on engage dans la culture. Les maïs population permettent de mieux maîtriser ce poste, alors que ni le climat ni les prix ne sont maîtrisés.

Préservation d’un patrimoine vivant

La deuxième raison est la volonté de cultiver un patrimoine vivant. Pour lui, ces maïs font partie du patrimoine agricole, qu’il ne faut pas laisser à l’abandon. Cela participe aussi au maintien de la biodiversité.

Traçabilité

La troisième raison est la traçabilité. Avec les semences population, l’agriculteur sait ce qu’il sème. Il oppose cela à certaines inquiétudes qu’il peut avoir sur les semences du commerce.

Aujourd’hui, ce qui le conforte dans ce choix, c’est que les résultats sont là. Il reconnaît qu’au départ, ils se sont lancés de façon un peu sceptique, sans trop y croire, mais les performances obtenues les confortent désormais dans cette orientation.

Particularités observées sur les maïs population

Certaines populations présentent des structures d’épis particulières, avec plusieurs étages de couronnes. Jean-Baptiste Laborde cite notamment :

  • le grand roux basque ;
  • une population en multiplication venue du Brésil, appelée « maïs géant », récupérée chez Christian Abadie.

Sur certaines plantes, on peut observer jusqu’à quatre ou cinq étages de couronnes, ce qu’il juge impressionnant. En revanche, il ne sait pas encore précisément ce que cela apporte du point de vue de la production.

Projet de revalorisation en farine

Avec d’autres collègues agriculteurs du secteur, la décision a été prise de pousser plus loin la valorisation des productions. L’idée est d’amener les grains jusqu’à un produit fini. Cela concerne :

Ils ont ainsi décidé de créer localement une filière farine, qui n’existait pas. Les premières moutures ont commencé en septembre, notamment sur le blé et le maïs. Pour le maïs, les premières farines doivent arriver au printemps.

L’objectif est d’apporter plus de valeur ajoutée à la ferme, dans une logique de diversification, d’autant plus que la vente directe est déjà pratiquée.

Conduite du tournesol hybride et du tournesol population

Pour le tournesol, Jean-Baptiste Laborde n’observe pas de différence de conduite entre hybride et population.

La densité de semis est de 75 000 graines/ha. L’itinéraire technique est simple :

  • couvert végétal avant la culture ;
  • destruction et enfouissement du couvert ;
  • apport de lisier de canard ;
  • apport starter au départ, aujourd’hui plutôt sous forme organique ;
  • entretien par binage selon les années ;
  • apport de bore, jugé essentiel pour le tournesol.

Le rendement moyen du tournesol sur la ferme est de 28 quintaux depuis une dizaine d’années.

Toute la production de tournesol est valorisée localement via une huilerie. Une partie de l’huile revient ensuite sur la ferme pour l’alimentation des canards gras.

Passage au tournesol population

Le tournesol population a été introduit après le maïs et le blé. Il a été proposé par Agrobio Périgord. La première année, Jean-Baptiste Laborde n’a pas souhaité essayer, ne voulant pas « s’embêter ». La deuxième année, il a accepté de tester deux populations. L’une s’est mieux comportée que l’autre et a été conservée.

Aujourd’hui, le tournesol population représente environ un tiers de la sole de tournesol, mais à partir de l’année suivante, l’objectif est de passer à 100 % de la sole en tournesol population, car :

  • les rendements sont identiques aux hybrides ;
  • les rendements en huile sont corrects ;
  • la population est bien adaptée au contexte local.

Selon lui, contrairement au maïs où des écarts de rendement peuvent exister, il n’a pas observé de différence entre tournesol hybride et tournesol population.

Intérêt apicole du tournesol population

Une différence a toutefois été signalée, à la fois par Agrobio Périgord et par un apiculteur du village : la durée de floraison est plus longue.

Là où un tournesol hybride fleurit pendant 10 à 15 jours, le tournesol population peut fleurir pendant trois semaines à un mois. Cette floraison plus étendue le rend plus intéressant sur le plan mellifère. L’apiculteur local en est satisfait.

Comportement sanitaire du tournesol population

Sur la ferme, la population de tournesol ne montre pas de problème particulier vis-à-vis des maladies comme :

Sanitairement, elle se comporte aussi bien, voire mieux, que l’hybride.

Jean-Baptiste Laborde note aussi :

  • une meilleure levée ;
  • une meilleure émergence ;
  • une meilleure tenue à la verse.

Au final, le rendement en grain et en huile est similaire à celui de l’hybride, ce qui justifie le choix du passage au tout population en tournesol.

Retour du blé sur la ferme

Le blé revient sur la ferme alors qu’il avait été largement abandonné dans la région. Jean-Baptiste Laborde explique cela par les conditions pédoclimatiques peu favorables :

  • sols hydromorphes ;
  • hivers doux et humides ;
  • printemps chauds et humides.

Ces conditions favorisent fortement les maladies, avec des rendements très aléatoires. C’est pourquoi le blé avait été progressivement remplacé par le triticale.

Aujourd’hui, avec la mise en place de la filière farine, le blé a été réintroduit dans les rotations, au détriment d’une partie du triticale.

Blés modernes et blés anciens

Au départ, la ferme a travaillé avec des blés modernes, avec l’objectif de produire de la semence de ferme. Puis, dans la même logique que pour le maïs et le tournesol, l’idée est venue de réintroduire des blés anciens, des blés de population.

Par l’intermédiaire d’Agrobio Périgord, des contacts ont été pris avec d’autres structures, notamment :

  • le CETAB en Charente ;
  • le GAB d’Anjou.

Ces structures ont envoyé des semences de blés anciens. Les premiers essais n’ont pas été concluants : sur beaucoup de variétés, les rendements ont été très faibles, voire nuls.

Mise en place de plateformes d’essai sur blés anciens

Face à ce manque de références, un travail collectif a été engagé. Deux plateformes de 150 variétés de blés anciens ont été mises en place afin d’identifier celles réellement adaptées au terroir local :

  • une plateforme sur la commune de Maylis, sur les parcelles de Jean-Baptiste Laborde ;
  • une autre sur le parcellaire du lycée agricole d’Oeyreluy.

La récolte estivale a montré que :

  • certaines variétés étaient très bien adaptées ;
  • d’autres pas du tout ;
  • certaines avaient complètement disparu.

Cela permet désormais d’orienter les demandes de semences vers les variétés les plus adaptées.

Les mélanges envisagés sont surtout composés de blés rouges, bordeaux ou roux, avec aussi quelques blés gris et quelques blés blancs comme le blanc de la Réole.

Itinéraire technique du blé

L’implantation du blé est conduite de façon très simple :

  • derrière maïs, broyage ou gestion des cannes ;
  • épandage de lisier, avec travail du sol ;
  • semis du blé au combiné herse rotative-semoir.

En sortie d’hiver, un apport d’azote peut être réalisé ou non :

  • minéral en conventionnel ;
  • organique en bio.

Il n’y a pas de désherbage sur la ferme pour le blé. Les parcelles restent relativement propres car les problèmes d’adventices hivernales sont limités sur l’exploitation.

Méthode de sélection du maïs

Pour le maïs, la sélection pratiquée est une sélection massale positive. Quelques jours avant la récolte, l’agriculteur passe dans les parcelles pour sélectionner de beaux épis sur des plantes saines.

Chaque agriculteur imprime ensuite sa propre orientation à la population. Selon Jean-Baptiste Laborde, après deux ans seulement, une même population partagée entre dix agriculteurs peut déjà montrer des différences notables, car chacun sélectionne selon ses propres critères.

Ses critères personnels sont :

  • des plantes saines ;
  • une bonne tenue à la verse ;
  • des épis bien fécondés.

La couleur lui importe peu. Il ne cherche pas non plus spécialement des plantes très hautes ou très volumineuses. D’autres agriculteurs, au contraire, vont chercher :

  • des implantations d’épis basses pour limiter la verse ;
  • de gros volumes de végétation pour l’ensilage ;
  • uniquement des maïs jaunes.

Critères précis de sélection des épis de maïs

Au moment de la sélection, Jean-Baptiste Laborde retient :

  • des plantes saines ;
  • des plantes qui tiennent bien ;
  • des épis situés à une hauteur raisonnable, en gros pas au-dessus de l’épaule, pour ne pas augmenter le risque de verse ;
  • des épis bien fécondés jusqu’au bout ;
  • des épis peu touchés par les ravageurs, notamment la pyrale ;
  • des épis bien conformés, sans anomalies ;
  • si possible, les plus gros épis, avec un maximum de rangs et un maximum de grains par rang.

Sélection du tournesol population

Pour le tournesol, la première année, il a pratiqué à la fois :

  • une sélection négative pendant la culture ;
  • une sélection positive juste avant récolte.

La sélection négative consistait à aller couper, avant, pendant et après floraison, tous les tournesols qui ne correspondaient pas aux critères recherchés, en se basant notamment sur :

  • la hauteur ;
  • l’état sanitaire ;
  • le comportement général.

Puis, juste avant la récolte, les têtes des meilleurs tournesols étaient récupérées.

Réapprentissage du métier de sélectionneur

Jean-Baptiste Laborde rappelle que cette manière de travailler a été apprise avec l’appui d’Agrobio Périgord. Pour lui, il a fallu réapprendre un véritable métier de sélectionneur, car ce savoir-faire avait été largement perdu.

Il souligne toutefois qu’il a la chance d’avoir encore son grand-père sur la ferme, qui avait pratiqué ces techniques et a pu lui transmettre des conseils.

Gestion du risque d’hybridation en maïs

Au départ, Agrobio Périgord recommandait l’isolement des parcelles pour conserver les populations les plus pures possible. Dans le contexte local, c’est très compliqué :

  • parcelles petites et morcelées, souvent de 2 à 3 hectares ;
  • omniprésence du maïs dans le paysage, visible à 360° ;
  • part très élevée du maïs dans l’assolement local, supérieure à 70 %.

Respecter 300 mètres d’isolement par rapport aux maïs hybrides est donc pratiquement impossible en Chalosse.

La solution retenue a été de décaler les dates de semis. Jean-Baptiste Laborde se renseigne auprès de ses voisins sur leurs dates de semis, puis sème ses maïs population plus tard pour éviter la superposition des floraisons. Alors que les voisins sèment souvent mi-avril à fin avril, il sème ses maïs population vers la mi-mai.

L’objectif est que les floraisons ne coïncident pas, ou alors seulement en décalé, afin de limiter au maximum les croisements avec les hybrides.

Cas particulier des maïs cornés

Certaines populations, comme le grand roux basque, sont des maïs cornés. Pour ces populations, en plus du décalage de semis, la sélection vise à retenir un maximum d’épis cornés, afin de maintenir la population la plus pure possible.

Jean-Baptiste Laborde reconnaît qu’un risque d’hybridation existe toujours, en particulier les années où les conditions climatiques obligeraient à semer en même temps que les voisins. Dans ce cas, la seule parade restante serait une sélection encore plus rigoureuse des épis typiques.

Coût de la semence population

Le coût n’a pas été calculé précisément. Il n’est pas totalement nul, car il faut compter le temps consacré :

  • à la sélection ;
  • au séchage naturel ;
  • à l’égrenage.

Mais ce coût reste jugé dérisoire.

Le séchage se fait naturellement, afin de préserver la faculté germinative du grain. L’égrenage est réalisé en groupe, généralement au mois de mars, à une période où il y a encore un peu de temps disponible sur les fermes. Ce travail collectif permet aussi de maintenir du lien social.

Levée et adaptation des populations

Concernant les difficultés de levée, Jean-Baptiste Laborde insiste sur la nécessité de trouver la bonne population pour le bon terroir. Avec les populations finalement retenues sur la ferme, il n’a pas observé de problème de levée. Au contraire, il estime qu’elles lèvent mieux que les hybrides.

Des tests de germination sont réalisés systématiquement pour vérifier la qualité de la semence et adapter ensuite la densité de semis. Les taux de germination observés sont généralement de 95 à 98 %.

Le travail de recherche en amont a été important : il a fallu identifier les types de populations potentiellement les mieux adaptés au terroir local avant de se lancer.

Conseils pour les agriculteurs qui veulent se lancer

Le principal conseil donné est de bien se renseigner au départ. Il existe aujourd’hui des groupes de travail sur les semences population un peu partout en France. Il faut aller chercher l’information, soit localement, soit auprès de structures comme Agrobio Périgord, qui peuvent orienter les agriculteurs.

L’autre conseil important est de commencer petit. Il ne faut pas passer d’emblée 100 % de la sole en population. Une population vient toujours d’un autre contexte pédoclimatique et culturel ; il faut donc lui laisser le temps de s’acclimater :

  • au climat ;
  • au terroir ;
  • aux pratiques agronomiques ;
  • aux pratiques culturales.

Jean-Baptiste Laborde recommande donc de commencer sur de petites surfaces, puis de laisser un à trois ans pour que la population s’adapte avant d’envisager un développement plus large.

Conclusion

L’expérience de Jean-Baptiste Laborde montre une démarche cohérente à l’échelle de la ferme :

  • diversification des cultures ;
  • réintroduction de semences population ;
  • autonomie semencière et financière ;
  • adaptation au terroir ;
  • valorisation locale des productions ;
  • travail collectif avec d’autres agriculteurs.

Le maïs population, le tournesol population et les blés anciens sont abordés non comme des solutions toutes faites, mais comme des cultures à observer, sélectionner, adapter et faire évoluer dans le temps, en lien étroit avec les conditions locales et les objectifs de la ferme.