APAD Webinaire de clotûre de projet SOL'iflore octobre 2024
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Le projet Ecophyto SOLiflore, qui avait débuté en novembre 2021, et qui visait à étudier le rôle des couverts végétaux d’interculture dans la gestion de l’enherbement en ACS, le tout sans glyphosate.
Highlights
✅ Projet Soliflore lancé en 2021 pour étudier les couverts végétaux.
🌱 Réduction de 7% de la densité d’adventices grâce aux couverts.
🌾 L’avoine s’est révélée très efficace parmi les couverts testés.
🐌 Des défis, comme les limaces, ont été rencontrés durant le projet.
📚 Des plaquettes pédagogiques seront créées pour partager les résultats.
🌍 Une bibliothèque en ligne diffusera les connaissances acquises en agroécologie.
🌿 L’importance de choisir des variétés adaptées pour maximiser l’efficacité.
Points clés
📊 Les couverts végétaux jouent un rôle crucial dans la gestion des adventices, surtout pour limiter les graminées annuelles comme le ray-grass. Cela montre leur potentiel dans les pratiques agricoles durables.
🌾 La diversité des espèces de couverts peut donner des résultats variables selon les conditions. Cela souligne la nécessité d’une sélection variétale adaptée pour chaque contexte agricole.
🚜 Les plateformes de démonstration permettent d’expérimenter et d’identifier les espèces les plus prometteuses, renforçant l’importance de l’expérimentation sur le terrain.
🔍 Une connaissance approfondie des variétés est essentielle pour choisir celles qui répondent aux objectifs de gestion. Les agriculteurs doivent être guidés dans leur sélection pour optimiser l’efficacité.
📖 Les catalogues de semenciers sont utiles, mais il reste des améliorations à faire pour mieux orienter les choix des agriculteurs. Cela implique un besoin de recherche continue.
🌱 Les adaptations variétales en termes de précocité, de sensibilité au gel, et de pouvoir couvrant sont nécessaires pour maximiser l’efficacité des couverts végétaux.
🌍 Le projet souligne l’importance des couverts dans la transition agroécologique, avec des pistes prometteuses pour une agriculture durable et respectueuse de l’environnement.
Projet réalisé avec le soutien financier de l'OFB.
Introduction
Sophie Rousseau, directrice de l’APAD, ouvre ce webinaire de clôture du projet SOL’iflore. Elle rappelle que le projet a démarré en 2021 et que l’objectif du webinaire est de présenter, pendant deux heures, les principaux résultats obtenus, les témoignages d’agriculteurs impliqués, ainsi que les enseignements tirés de trois années de travail.
Le webinaire est enregistré afin d’être revu ultérieurement sur la chaîne YouTube de l’APAD. Les synthèses du projet et l’ensemble des livrables doivent également être mis à disposition sur le site internet de l’association.
L’organisation de la séance est précisée en introduction :
- les participants sont invités à couper caméras et micros ;
- les questions doivent être posées dans le chat ;
- une séquence de questions-réponses est prévue en fin de webinaire.
Les interventions annoncées sont les suivantes :
- un mot d’introduction de Diane Mazur, présidente de l’APAD ;
- une présentation du projet et des résultats par Alicia Régis ;
- des témoignages d’agriculteurs et de chargés de mission impliqués dans le projet ;
- une intervention de Paola Salazar pour présenter le travail de formalisation et de valorisation des connaissances acquises.
L’APAD et le contexte du projet
Diane Mazur rappelle que l’APAD est l’Association pour la promotion d’une agriculture durable. Il s’agit d’une association d’agriculteurs pratiquant l’agriculture de conservation des sols (ACS), appuyée par une équipe salariée.
Les axes d’action de l’APAD sont :
- l’animation de groupes sur le terrain ;
- la sensibilisation aux bénéfices de l’agriculture de conservation des sols ;
- la valorisation de cette agriculture ;
- le perfectionnement technique pour accompagner les agriculteurs dans leur réalité de terrain.
Le projet SOL’iflore s’inscrit dans ce dernier axe. Il fait suite au projet Solution ACS mené entre 2019 et 2022, consacré au perfectionnement technique pour la gestion de l’enherbement en ACS sans glyphosate et sans travail du sol.
Diane Mazur rappelle les trois piliers de l’agriculture de conservation des sols :
- une couverture permanente des sols ;
- l’absence de travail du sol ;
- la diversification des cultures.
Dans ce cadre, la gestion de l’enherbement constitue une difficulté technique majeure. L’un des enseignements du projet Solution ACS était le rôle potentiel des couverts végétaux dans cette gestion. C’est cette piste qui a conduit au lancement de SOL’iflore.
Le projet vise donc à comprendre le rôle des couverts dans la gestion de l’enherbement sans glyphosate et avec un minimum, voire sans herbicide.
Partenaires et financement
Le projet est présenté comme un projet Ecophyto 2, financé par l’Office français de la biodiversité (OFB), avec le soutien du ministère de l’Agriculture et du ministère de l’Écologie, dans le cadre de l’action 15.3 « réussir la sortie du glyphosate ».
Les partenaires cités sont :
- l’INRAE, avec :
- l’UMR Agronomie ;
- l’UMR Agroécologie, avec notamment Stéphane Cordeau et Bruno Chauvel ;
- Novalis Terra, avec Paul Robert ;
- Sériance ;
- Roll’N Sem ;
- Bonnel SAS.
Alicia Régis souligne aussi l’importance d’avoir associé :
- un semencier, pour la question du choix et de l’adaptation des couverts ;
- des entreprises d’agroéquipement, pour la gestion et la destruction des couverts ;
- un conseiller technique sur les systèmes en ACS.
Diane Mazur insiste enfin sur le rôle central des agriculteurs engagés dans le projet, qui ont accueilli les plateformes et participé à la mise en œuvre des essais.
Objectifs du projet SOL’iflore
Alicia Régis explique que la finalité du projet est de comprendre le rôle des couverts végétaux d’interculture dans la gestion des adventices en agriculture de conservation des sols.
La question centrale formulée dans le projet est la suivante :
Peut-on se passer de glyphosate en ACS grâce aux couverts végétaux ?
Pour y répondre, des plateformes de démonstration ont été mises en place chez des agriculteurs en ACS, donc :
- sans travail du sol ;
- sans glyphosate.
Les leviers testés portent sur :
- le choix des espèces de couverts ;
- les associations d’espèces ;
- l’optimisation de l’implantation ;
- la destruction des couverts.
Les objectifs opérationnels du projet sont :
- produire des références sur des couverts adaptés à l’ACS et aux différents contextes pédoclimatiques ;
- tester différents modes d’optimisation et de destruction des couverts ;
- replacer l’étude des couverts dans une approche plus large des bénéfices environnementaux de l’ACS.
Déroulement du projet
Le projet a duré trois ans, de novembre 2021 à octobre 2024.
Il s’est structuré en trois grandes actions :
Action 1 : lancement et coconception
Cette phase a occupé les six premiers mois du projet. Elle a consisté à :
- lancer le projet ;
- identifier les agriculteurs volontaires ;
- coconcevoir les protocoles avec les partenaires et les agriculteurs.
Cette action a été cogérée avec l’INRAE.
Action 2 : mise en œuvre des plateformes
Il s’agit du cœur du projet. Les plateformes ont été suivies pendant deux campagnes :
- 2022-2023 ;
- 2023-2024.
Action 3 : valorisation et transfert
Cette dernière phase vise à diffuser les enseignements du projet au plus grand nombre, en particulier auprès des agriculteurs et des conseillers.
Les plateformes du projet
Cinq plateformes ont été mises en place, représentant quatre grands contextes pédoclimatiques. Deux plateformes étaient situées dans les Hauts-de-France, dans des contextes proches géographiquement mais différents du point de vue des systèmes de production.
Les plateformes couvrent différents contextes :
- grandes cultures ;
- polyculture-élevage ;
- régions aux contraintes climatiques contrastées.
Le schéma de succession culturale le plus fréquent dans le projet est :
- une céréale à paille d’automne, le plus souvent du blé ;
- une interculture longue avec implantation d’un couvert ;
- un maïs de printemps semé ensuite, toujours sans glyphosate.
Pour respecter cette succession sur deux années d’étude, les agriculteurs ont changé de parcelle entre l’année 1 et l’année 2, afin de retrouver à chaque fois le même type de situation.
Nature des essais et limites méthodologiques
Alicia Régis précise qu’il s’agit de plateformes de démonstration chez des agriculteurs, avec des comparaisons de modalités de couverts sans répétitions statistiques.
Cela signifie que :
- les plateformes ne sont pas des essais factoriels classiques ;
- il n’est pas possible de faire une analyse statistique complète ;
- les résultats permettent d’identifier des observations et des tendances, mais pas d’établir des conclusions généralisables au sens statistique.
Au total, le projet a conduit à mettre en place :
- 127 modalités de couverts ;
- l’observation de plus de 85 espèces d’adventices ;
- plus de 50 notations différentes.
Méthodes de suivi
Le suivi de la flore adventice repose notamment sur :
- une estimation de la densité au mètre carré au moment du semis du couvert, appelée T0 ;
- une estimation de la densité à la fin de l’interculture, juste avant le semis du maïs, appelée T finale.
La biomasse sèche des couverts et des adventices a été estimée à l’automne grâce à la méthode Mercy, à partir de pesées de biomasse fraîche réalisées sur le terrain.
D’autres observations ont également été réalisées dans le maïs :
- suivi des adventices ;
- relevés de rendement dans certaines situations ;
- suivi des programmes herbicides appliqués ;
- calcul des IFT herbicides.
L’objectif était aussi de voir ce qui se passe après un an sans glyphosate, et d’évaluer l’impact de cette substitution dans la culture suivante.
Modalités génériques étudiées
Même si chaque plateforme a été adaptée à son contexte, certaines modalités étaient communes à plusieurs sites ou aux deux années du projet.
Parmi les modalités de couverts les plus souvent testées figurent :
- le sarrasin ;
- les graminées en C4, comme le sorgho ou le moha ;
- les associations graminées C4 + légumineuses ;
- les associations crucifères + légumineuses ;
- les modalités à base d’avoine ;
- les mélanges de trois espèces ou plus.
Des modalités d’optimisation de l’implantation ont aussi été étudiées :
- la fertilisation organique au semis du couvert ;
- le semis à la volée avant la moisson du blé.
La destruction des couverts a également été étudiée, notamment à travers les témoignages des agriculteurs.
Caractérisation de la flore adventice
Comme dans le projet Solution ACS, la flore adventice observée sur les plateformes est dominée par des graminées annuelles.
Les principales adventices problématiques citées sont :
- le ray-grass ;
- le pâturin ;
- le vulpin ;
- d’autres graminées de type PSD.
Le projet a également mis en évidence la présence de repousses :
- repousses de blé dans les couverts ;
- repousses de sorgho ou de moha ;
- repousses de couverts dans la culture suivante.
Même si ces repousses ne sont pas majoritaires, elles doivent être prises en compte dans l’analyse.
Effet général de la couverture du sol
Certaines modalités témoins ont été laissées sans couvert, de manière expérimentale, afin de comparer un sol couvert à un sol nu en ACS.
Alicia Régis précise qu’il ne s’agit pas d’une pratique réelle en agriculture de conservation, mais d’un moyen d’observer l’effet propre du couvert.
Le principal constat est le suivant :
- la densité adventice diminue au cours de l’interculture dans tous les cas ;
- cette diminution est plus forte dans les modalités couvertes.
La réduction observée est de l’ordre de 7 % supplémentaire dans les modalités avec couvert. Même si cette différence n’est pas validée statistiquement, elle constitue un premier signal en faveur de la couverture du sol.
Biomasse des couverts et adventices
Le projet a aussi cherché à relier :
- la biomasse sèche produite par les couverts ;
- la biomasse sèche des adventices ;
- la densité des adventices ;
- la proportion d’adventices à des stades adultes, floraison ou grenaison.
Le constat présenté est qu’il n’existe pas de corrélation simple et directe entre la biomasse sèche du couvert et la biomasse ou la densité des adventices.
Autrement dit :
- produire plus de biomasse de couvert ne suffit pas, à lui seul, à expliquer la limitation des adventices ;
- le phénomène est multifactoriel.
Alicia Régis relie cette observation à des travaux conduits en recherche, notamment par l’équipe de l’UMR Agroécologie autour de Stéphane Cordeau, montrant que la réduction des adventices dépend aussi :
- du mélange d’espèces ;
- du type d’adventices présentes ;
- des ressources en eau ;
- de la disponibilité en nutriments.
Résultats selon les types de couverts
Les modalités à base d’avoine
Les modalités incluant de l’avoine apparaissent comme celles qui limitent le plus fortement la densité d’adventices en fin d’interculture.
Un exemple cité est :
- avoine rude à 30 kg/ha + vesce velue à 20 kg/ha.
Alicia Régis précise que l’avoine n’a pas été testée seule dans le projet : il s’agit bien de modalités avec avoine, souvent en association.
Les associations crucifères + légumineuses
Ces associations donnent également de très bons résultats, proches de ceux observés avec les modalités à base d’avoine.
Exemples cités :
Les graminées en C4
Certaines modalités avec graminées estivales en C4, comme le sorgho ou le moha, donnent de bons résultats dans certains contextes, notamment dans le sud.
Dans les contextes plus secs, ces espèces peuvent mieux s’établir en été, occuper l’espace et concurrencer les adventices. Dans le sud-ouest, le sorgho Piper est notamment cité comme une réponse intéressante.
En Vendée, une association graminée C4 + légumineuse, par exemple moha + vesce velue, a bien fonctionné, la légumineuse prenant le relais pour passer l’hiver.
Effet de la fertilisation organique
La fertilisation organique des couverts a été testée pour voir si elle permettait d’améliorer l’installation et la concurrence du couvert.
Les résultats montrent que :
- la fertilisation augmente légèrement la biomasse des couverts ;
- mais elle profite aussi aux adventices.
À l’automne, les modalités fertilisées produisent un peu plus de biomasse de couvert, mais aussi un peu plus de biomasse adventice.
En fin d’interculture, la différence observée sur la densité adventice est très faible, de l’ordre de six plantes au mètre carré en plus dans les modalités fertilisées. Cette différence est jugée trop faible pour conclure à un effet significatif.
La conclusion formulée est donc que, dans le cadre de cette étude, la fertilisation organique du couvert n’a pas d’effet net et significatif sur la gestion de l’enherbement.
Effet du semis à la volée
Le semis à la volée avant moisson a été testé sur une plateforme.
Les observations montrent que :
- les couverts semés à la volée s’installent plus tôt ;
- ils profitent davantage des degrés-jours ;
- ils produisent plus de biomasse sèche à l’automne.
Les chiffres donnés sont :
- 4,6 t MS/ha pour les couverts semés à la volée ;
- contre 3,4 t MS/ha pour les couverts semés classiquement après récolte.
La biomasse adventice observée à l’automne est un peu plus faible dans les modalités semées à la volée. En revanche, comme pour la fertilisation, cet effet ne se retrouve plus clairement en fin d’interculture sur la densité adventice.
Conséquences observées dans le maïs
Le projet s’est aussi intéressé à la culture suivante, le maïs, semé sans glyphosate.
Plusieurs situations ont montré que la gestion des adventices restait difficile, en particulier avec les graminées annuelles comme le ray-grass. Alicia Régis décrit par exemple une situation en Vendée où de grosses touffes de ray-grass étaient présentes entre les rangs de maïs.
Dans cette situation :
- le maïs avait été semé sans glyphosate ;
- l’agriculteur s’est retrouvé avec peu de solutions ;
- il a choisi de passer une tondeuse entre les rangs, faute d’alternative satisfaisante.
Ce cas illustre les limites techniques rencontrées sur le terrain.
Sur certaines plateformes, l’absence de glyphosate a conduit à :
- un alourdissement du programme herbicide dans le maïs ;
- une hausse de l’IFT herbicide, de l’ordre de 7 % dans un cas cité ;
- parfois des baisses de rendement.
Une autre interrogation est formulée sur l’effet à plus long terme :
- si le stock semencier n’est pas suffisamment maîtrisé, les cultures suivantes pourraient être pénalisées ;
- en particulier en cas de retour à une céréale dans la rotation.
Témoignage de Christophe Barrois
Christophe Barrois est agriculteur dans le Nord. Il pratique l’ACS depuis sept ans avec deux autres associés, sur environ 130 hectares, en grandes cultures.
Contexte de l’exploitation
Les cultures principales sont :
- colza ;
- lin textile ;
- maïs grain ;
- blé ;
- orge ;
- féverole.
Le contexte climatique est très arrosé, avec 1 000 à 1 200 mm de pluie en année normale, et jusqu’à près de 2 000 mm dans certains secteurs en 2023.
Les sols sont plutôt limono-argileux, globalement faciles mais hétérogènes.
Intérêt du projet
Christophe Barrois explique qu’il cherchait à tester la capacité des couverts à concurrencer les adventices, notamment les graminées comme le ray-grass et le vulpin.
Espèces jugées intéressantes
Pour lui, l’avoine rude, testée à 30 kg/ha, souvent en mélange avec de la vesce, ressort comme quelque chose de très intéressant.
Les résultats sont également jugés intéressants avec certaines crucifères, même s’il met un bémol sur les radis fourragers, qui peuvent monter rapidement à floraison ou à graine.
Espèces jugées peu adaptées
Dans son contexte pédoclimatique, les céréales d’été de type sorgho ou moha ne lui paraissent pas adaptées. Elles couvrent bien au départ mais sont rapidement limitées dans leur développement.
Le problème des limaces
Christophe Barrois insiste fortement sur la pression limaces, qu’il considère aujourd’hui comme un point de vigilance majeur dans le choix des couverts.
Selon lui :
- les populations de limaces sont de plus en plus présentes ;
- plusieurs générations peuvent se succéder dans l’année ;
- certaines espèces de couverts sont très appétentes et peuvent être détruites.
Il donne l’exemple d’un mélange moutarde brune + vesce où la vesce, jugée très appétente, a totalement disparu sous l’effet des limaces.
Semis à la volée
Christophe Barrois a également testé le semis à la volée avant récolte, afin d’aller chercher davantage de biomasse dans une région où les récoltes sont souvent tardives.
Il explique que :
- certains outils sont mieux adaptés que d’autres ;
- les petites graines, comme l’avoine, le radis ou la navette, conviennent bien au semis à la volée ;
- il faut augmenter la densité de semis d’environ 20 % ;
- le délai entre le semis et la moisson est déterminant.
D’après lui, l’idéal est de rester autour de quinze jours entre le semis à la volée et la récolte. Lorsque ce délai est trop long, les plantules peuvent s’étioler avant la moisson.
Il insiste aussi sur l’importance de :
- la qualité de répartition des pailles ;
- l’effet des passages de roues, qui peuvent provoquer des chutes de grains de blé et donc des repousses.
Observation sur les couverts
Il cite notamment :
- un mélange féverole + navette, intéressant à l’automne mais laissant un sol trop nu au printemps après gel ;
- un mélange avoine + vesce, offrant une très bonne couverture et peu d’adventices.
Sa réflexion actuelle porte sur la mise en place de couverts relais pour prolonger l’effet du couvert en sortie d’hiver, par exemple en ressemant des espèces d’hiver dans les couverts d’été.
Conclusion de son témoignage
Selon lui, il est possible d’obtenir des couverts concurrentiels vis-à-vis des adventices, mais, derrière, dans le maïs semé sans glyphosate, il a quasiment toujours fallu réaliser un passage herbicide supplémentaire, surtout pour gérer les graminées.
Témoignage de Guillaume Ratz
Guillaume Ratz est agriculteur dans le sud du Lot, en polyculture-élevage laitier. Il est en ACS et en semis direct depuis 2015.
Contexte de l’exploitation
L’exploitation comprend :
- 90 UGB ;
- 65 vaches laitières plus le renouvellement ;
- 150 hectares, répartis entre le Lot et le Tarn-et-Garonne.
La pluviométrie moyenne est de l’ordre de 600 mm, même si les dernières années ont été plus arrosées.
Les sols sont des argilo-calcaires profonds avec une bonne réserve utile.
Les cultures pratiquées comprennent :
- maïs ;
- méteils ensilage ;
- soja ;
- un peu de céréales.
Organisation des essais
Les couverts ont été testés derrière les méteils, avant semis du maïs au printemps.
Le projet a aussi permis de tester un outil mécanique fourni par Roll’N Sem : l’Orbéis.
Couverts testés
Les premières années, différents couverts ont été essayés :
Les modalités n’ayant pas donné satisfaction n’ont pas été reconduites.
Les essais de fertilisation organique au lisier bovin ont montré, comme présenté par Alicia Régis, que cette fertilisation favorisait à la fois le couvert et les adventices, sans différence flagrante.
Adventices rencontrées
En année 1, la principale adventice problématique a été la picride fausse vipérine.
En année 2, après maîtrise de cette adventice, d’autres problèmes sont apparus :
- ray-grass ;
- chiendent.
L’outil Orbéis
Guillaume Ratz explique que l’Orbéis a montré une très bonne efficacité :
- en destruction du couvert ;
- en plein avant semis ;
- puis surtout en inter-rang dans le maïs.
Cependant, sa limite principale est claire : il ne travaille pas sur le rang.
Il estime que, bien utilisé, avec plusieurs passages et dans de bonnes conditions météo, cet outil peut permettre une très bonne maîtrise de l’enherbement en inter-rang. Il précise qu’il faudrait idéalement :
- un passage juste après semis ;
- puis deux à trois passages en post-levée jusqu’à la limite du passage tracteur.
Espèces jugées intéressantes
Contrairement à ce qui a été observé dans le Nord, Guillaume Ratz insiste sur les bons résultats du moha et du sorgho dans son contexte sec.
Ces espèces semées à 25 kg/ha ont donné :
- de bons niveaux de biomasse ;
- une bonne concurrence vis-à-vis des adventices.
Au fil du projet, il s’est recentré sur ces espèces, jugées les plus satisfaisantes.
Témoignage de Thibault François
Thibault François, chargé de mission à l’APAD depuis 2019, présente la plateforme suivie en Eure-et-Loir, chez Pascal Leroy.
Contexte de l’exploitation
Il s’agit d’une exploitation de grandes cultures, sur sols limoneux battants avec sous-sol argileux, à potentiel mais hydromorphes.
La rotation comprend notamment :
- blé ;
- avoine ;
- colza ;
- maïs grain ;
- féverole ;
- tournesol ;
- parfois orge ou sarrasin.
L’objectif sur cette plateforme était de tester des couverts entre blé et maïs grain afin de :
- gérer les graminées, principalement ray-grass et vulpin ;
- garder la parcelle propre sans glyphosate ;
- éviter la fermeture des sols battants.
Leviers testés
Le travail a porté sur :
- les espèces de couverts ;
- la précocité variétale ;
- les modalités de destruction.
Les espèces retenues s’appuyaient sur les pratiques déjà présentes chez l’agriculteur :
- moutardes ;
- avoines ;
- vesce ;
- sarrasin.
Année 1 : 2022-2023
Le semis a été réalisé le 10 août, derrière un blé plutôt propre.
Sept modalités ont été testées, organisées en grands types :
- crucifères + légumineuses ;
- sarrasin avec objectif de couvert relais de féverole ;
- avoine + vesce ;
- une modalité agriculteur.
Les principaux enseignements sont :
- la vesce est jugée assez efficace dans la gestion de l’enherbement ;
- la précocité des espèces a beaucoup joué, en particulier pour les moutardes ;
- toutes les modalités ont gelé en décembre après une semaine à -7 / -8 °C ;
- un passage de rouleau Bonnel a été réalisé, avec peu d’effet notable au-delà d’une digestion plus rapide du couvert par le sol.
Le sarrasin a été jugé décevant :
- il a gelé vite ;
- il a peu développé ;
- il a été rapidement envahi par les repousses de blé.
Au printemps, les autres modalités avaient été détruites et largement digérées, laissant des sols presque nus. La modalité sarrasin, elle, gardait encore des féveroles et des repousses de blé, ce qui permettait de maintenir un effet de couverture.
Cette année-là, les graminées ont été relativement bien gérées, mais une autre adventice est apparue : le séneçon, levé en même temps que le maïs et mal contrôlé par le désherbage.
Année 2 : 2023-2024
Les essais ont été reconduits avec :
- moutarde d’Abyssinie + vesce ;
- moutarde brune + vesce ;
- avoine tardive + vesce ;
- moha ;
- alpiste.
Le moha et l’alpiste ont été jugés décevants dans ce contexte :
- faible développement ;
- destruction rapide par le gel ;
- enherbement ensuite par repousses et adventices.
Les modalités crucifères + légumineuses et avoine + vesce ont de nouveau donné satisfaction.
Essai de trèfle de Micheli
Pour éviter le problème du sol nu au printemps, un essai de trèfle de Micheli a été réalisé, dans l’idée d’avoir une espèce plus longue qui couvre le sol avant le semis du maïs.
Le résultat a été jugé très décevant :
- semé trop tôt ;
- floraison dès l’automne ;
- disparition ensuite.
Cette modalité n’a donc pas apporté l’effet recherché.
Bilan de la plateforme
Les modalités avoine + vesce et moutarde + vesce ont confirmé leur intérêt. Thibault François montre qu’au semis du maïs :
- dans les modalités réussies, très peu d’adventices ressortent ;
- dans les modalités ratées, comme moha ou alpiste, la parcelle peut devenir très sale.
Il rappelle aussi que, malgré l’efficacité des couverts, on observe :
- une augmentation de l’IFT par rapport à la pratique agriculteur ;
- une baisse de rendement, de l’ordre de 75 q/ha contre 90 q/ha sur les parcelles hors protocole la première année.
Son enseignement principal rejoint celui déjà observé dans d’autres essais de l’APAD : lorsque les couverts sont performants, ils constituent une condition clé de réussite de la gestion de l’enherbement sans glyphosate.
Intervention de Paola Salazar
Paola Salazar, ingénieure d’études à l’UMR Agronomie de l’INRAE, intervient pour présenter le travail de formalisation et de capitalisation des connaissances produit dans le cadre du projet.
Définitions proposées
Elle précise plusieurs notions utilisées dans son intervention :
- Connaissances actionnables : connaissances produites dans l’action, issues de l’expérience, de l’observation et de l’apprentissage, et utiles pour aider d’autres personnes à décider et agir.
- Formalisation des connaissances : processus d’identification, de description et de mise en forme des connaissances pour mieux les valoriser.
- Capitalisation des connaissances : ensemble d’activités allant de l’explicitation à la mise en circulation des connaissances.
- Ressource : tout support pédagogique, écrit ou audiovisuel, qui présente et met en valeur des connaissances.
Enjeux de la capitalisation en agroécologie
Paola Salazar replace ce travail dans le contexte de la transition agroécologique. L’agriculture doit répondre simultanément à plusieurs défis :
- réduire l’usage des produits phytosanitaires ;
- réduire les émissions de gaz à effet de serre ;
- s’adapter au changement climatique ;
- répondre aux objectifs propres aux agriculteurs : revenu, pénibilité, temps de travail, autonomie.
Dans ce cadre, les systèmes à concevoir doivent être adaptés aux conditions pédoclimatiques et socio-économiques de chaque situation.
Elle souligne que des agriculteurs, des conseillers et des agronomes produisent déjà des innovations sur le terrain. L’enjeu est donc d’identifier, de décrire et de partager les connaissances issues de ces expériences.
Une démarche de conception collective
Les plateformes de SOL’iflore ont été conçues collectivement au démarrage du projet, dans le cadre d’ateliers de conception.
Cette démarche s’inspire de travaux méthodologiques menés dans les réseaux sur la conception de systèmes innovants. Elle place les agriculteurs au centre du processus.
L’objectif de ces ateliers était de :
- mutualiser les compétences et les savoirs ;
- partager des connaissances scientifiques sur les couverts ;
- prendre en compte les contextes agropédoclimatiques des futures plateformes ;
- explorer et discuter des leviers techniques ;
- concevoir des prototypes adaptés à chaque situation.
Paola Salazar insiste sur le fait que chaque plateforme SOL’iflore est unique, parce qu’elle a été pensée à partir du contexte réel de l’exploitation.
Formalisation en cours
Le travail de capitalisation repose sur :
- l’analyse des comptes rendus et documents du projet ;
- les échanges pendant les visites de plateformes ;
- des enquêtes approfondies avec les animateurs ayant suivi les plateformes ;
- les témoignages des agriculteurs.
L’objectif est de :
- repérer les espèces ou associations les plus prometteuses selon les contextes ;
- identifier les conditions de réussite ;
- décrire les itinéraires techniques réellement mis en œuvre ;
- mettre aussi en évidence les limites, échecs et points de vigilance.
Livrables annoncés
Le travail doit donner lieu à :
- une plaquette pédagogique destinée principalement aux agriculteurs et conseillers ;
- des synthèses de plateformes intégrées dans l’outil GECO, bibliothèque en ligne dédiée à la capitalisation en agroécologie.
Les livrables sont annoncés comme disponibles courant février 2025.
Conclusions générales du projet
Dans sa conclusion, Alicia Régis insiste sur plusieurs points.
Ce que le projet confirme
Les couverts d’interculture jouent bien un rôle dans la gestion de l’enherbement en ACS. Le fait de couvrir le sol apporte un avantage par rapport à un sol nu.
Certaines espèces ou associations ressortent plus nettement :
- les modalités à base d’avoine ;
- les crucifères associées à des légumineuses ;
- les graminées estivales C4 dans certains contextes du sud.
Ce que le projet montre aussi
Les techniques d’optimisation, comme la fertilisation organique ou le semis à la volée, peuvent améliorer la biomasse produite à l’automne, mais n’apportent pas forcément d’avantage significatif sur la gestion des adventices sur toute l’interculture.
Le projet montre aussi l’intérêt de matériels de désherbage mécanique adaptés, notamment sans travail du sol.
Bénéfices plus larges des couverts
Au-delà de la question adventices, les couverts apportent d’autres bénéfices :
- production de biomasse ;
- restitution d’azote ;
- captation et stockage de carbone ;
- amélioration de la fertilité des sols ;
- effets favorables plus larges sur le fonctionnement du système.
Limites observées
Dans le cadre de ce projet, l’arrêt du glyphosate n’a pas permis de réduire l’usage total d’herbicides. Au contraire, dans plusieurs cas :
- les programmes herbicides dans le maïs ont été alourdis ;
- les IFT herbicides ont augmenté.
Les couverts ne se suffisent donc pas à eux-mêmes. Ils doivent être combinés avec d’autres leviers.
Alicia Régis insiste sur le fait qu’une couverture du sol, morte ou vivante, doit être maintenue le plus longtemps possible, notamment en sortie d’hiver, tout en gardant en tête le risque de consommation de ressources au printemps.
Réponse à la question centrale
À la question : peut-on faire sans glyphosate en ACS grâce aux couverts végétaux ?, la réponse donnée est nuancée.
Oui, ponctuellement et à court terme
Cela semble possible :
- si la couverture du sol est bien réussie ;
- si elle se prolonge suffisamment jusqu’à la fin de l’interculture ;
- si d’autres outils restent mobilisables dans la culture.
Non, pas encore comme solution complète et durable à long terme
Le projet alerte sur plusieurs points :
- les couverts seuls ne permettent pas de tout résoudre ;
- la maîtrise des graminées reste très difficile ;
- il peut y avoir des impacts sur les rendements ;
- il existe un risque de maintien ou d’augmentation du stock semencier.
Perspectives
Alicia Régis estime qu’il faut poursuivre le travail sur plusieurs axes.
Poursuivre l’expérimentation
Deux années d’expérimentation sur quelques plateformes apportent beaucoup, mais restent insuffisantes pour produire des réponses définitives.
Il est nécessaire de continuer à travailler pour mieux arbitrer entre :
- bénéfices environnementaux des couverts ;
- réduction des herbicides ;
- viabilité agronomique et économique.
Développer le matériel adapté
Le projet montre le besoin de poursuivre le développement de matériels de désherbage mécanique :
- efficaces ;
- compatibles avec l’absence de travail du sol ;
- économiquement accessibles aux agriculteurs.
Développer l’offre semencière adaptée à l’ACS
Un autre axe fort concerne les semences :
- semences de couverts adaptées à l’ACS ;
- semences de cultures de vente adaptées également ;
- amélioration des connaissances variétales ;
- développement avec et pour les agriculteurs.
Alicia Régis rappelle qu’en ACS, le couvert doit être considéré comme une culture à part entière.
Mot de conclusion de Diane Mazur
Diane Mazur félicite l’ensemble des intervenants et souligne la qualité du travail mené.
Elle insiste sur plusieurs idées :
- en ACS, les agriculteurs sont en permanence dans une logique de conception, de test et d’évaluation ;
- ce type de projet permet de répondre aux questions de terrain ;
- les résultats donnent des pistes concrètes, par exemple sur le semis à la volée ou l’introduction plus forte de l’avoine dans les couverts.
Elle souligne aussi que trois ans, c’est trop court, même si cinq plateformes représentent déjà un travail important.
Pour elle, le projet confirme plusieurs bénéfices de l’ACS :
- plus de biomasse ;
- meilleure fertilité des sols ;
- stockage de carbone ;
- effets positifs sur la biodiversité ;
- contribution à la durabilité des systèmes.
Elle insiste enfin sur l’importance du travail collectif avec les agriculteurs et sur la nécessité de continuer à faire reconnaître et développer l’agriculture de conservation des sols.
Échanges avec les participants
La séance se termine par plusieurs questions posées dans le chat.
Sur le sarrasin
Une question porte sur le paradoxe entre les propriétés allélopathiques souvent attribuées au sarrasin et les résultats décevants observés ici.
Les réponses apportées vont dans le même sens :
- dans les contextes testés, le sarrasin a peu développé ;
- il n’a pas assez couvert le sol ;
- il a parfois gelé rapidement ;
- dans ces conditions, il n’a pas pu exprimer un effet suffisant sur les adventices.
Stéphane Cordeau complète en rappelant qu’au champ, il est très difficile d’isoler l’effet allélopathique lui-même. Selon lui, il vaut mieux raisonner en termes de concurrence effective observée dans les conditions réelles de culture.
Sur l’épandage de fertilisants organiques
Une autre question porte sur les modalités d’épandage des produits organiques.
Les réponses indiquent que :
- les apports ont été faits sans enfouissement, dans le respect du non-travail du sol ;
- ils ont été réalisés au moment du semis ou sur un couvert déjà levé ;
- les règles dépendent aussi des contextes réglementaires locaux.
Il est également rappelé que l’intérêt agronomique dépend fortement :
- des conditions météo ;
- du risque de volatilisation ;
- de la capacité du couvert à valoriser l’apport.
Sur les notations dans le maïs
Il est confirmé que des notations de densité adventice ont bien été réalisées dans le maïs, ainsi que des suivis de rendement et d’IFT, même si tous ces résultats n’ont pas été détaillés pendant le webinaire.
Sur le coût des couverts
À une question sur la rentabilité des couverts, Christophe Barrois répond que le couvert est considéré comme une culture à part entière, avec un investissement de l’ordre de 40 à 60 €/ha.
Selon lui, ce coût est compensé par :
- l’absence de travail du sol ;
- le rôle du couvert dans le fonctionnement agronomique du système.
Sur les marges de progrès variétales
Une question porte enfin sur les possibilités d’amélioration variétale à l’intérieur des espèces de couverts.
Les échanges montrent que :
- la précocité, la sensibilité au gel, la capacité de couverture ou la montée à floraison sont des critères très importants ;
- les agriculteurs manquent parfois d’informations suffisamment précises pour choisir les variétés ;
- certains travaux existent déjà, mais il reste un besoin fort d’amélioration et de diffusion des références ;
- la disponibilité des semences adaptées reste aussi une difficulté pratique.
Diane Mazur rappelle à ce sujet qu’en l’absence de débouché économique direct, les investissements de sélection sur les couverts restent limités, alors même qu’ils rendent des services importants au système et à la société.
Fin du webinaire
Faute de temps, toutes les questions n’ont pas pu être traitées en direct. L’APAD indique qu’elles ont été conservées et qu’une réponse complémentaire pourra être apportée, soit individuellement, soit sous forme de FAQ publique.
Les participants sont invités à :
- consulter le site internet de l’APAD ;
- suivre la publication des livrables du projet ;
- contacter l’association pour toute demande de précision.
Le webinaire se termine sur des remerciements adressés à l’ensemble des intervenants, partenaires, agriculteurs et participants.