Itinéraires d'implantation de pomme de terre en Sol Vivant
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Aujourd'hui, on vous propose de suivre les itinéraires d'implantation en pomme de terre chez Olivier Tassel et Matthieu Roussel (Sol en Caux).
Vidéo réalisée dans le cadre du projet
Structuration de filières agroécologiques
en cultures d'industrie,
lauréat de l'Appel à Manifestation d'Intérêt
Structuration des Filières Agricoles et Alimentaires
de FranceAgriMer.
Présentation des intervenants
Olivier Tassel est agriculteur en Seine-Maritime, dans le pays de Caux. Il indique être ancien président du GEDA, aujourd’hui membre et formateur à l’époque évoquée dans la vidéo. Sur son exploitation, il cultive plusieurs productions : des céréales, des protéagineux, des pommes de terre, du lin, des betteraves, avec également quelques vaches.
Matthieu Roussel est lui aussi agriculteur, à Gonfreville. La vidéo se déroule sur une parcelle située à Doudeville, implantée en pommes de terre de variété Innovator (transcription incertaine sur ce point), destinées à l’industrie.
Contexte de la parcelle et des systèmes présentés
Les deux agriculteurs présentent leurs pratiques d’implantation de pommes de terre en sol vivant, avec un objectif commun : conserver une activité biologique du sol, maintenir une couverture végétale, limiter la dégradation structurale et réduire les risques d’érosion, tout en conservant un niveau de qualité compatible avec les exigences de la filière pomme de terre.
Deux situations sont décrites :
- une parcelle précédée d’une moisson, avec semis d’un couvert ensuite ;
- une parcelle précédée de betteraves sucrières, avec implantation d’un couvert juste après arrachage.
Dans les deux cas, la logique est de maintenir des racines vivantes le plus longtemps possible, sans compromettre les opérations de préparation du sol et de plantation.
Choix des couverts végétaux
Mélanges après moisson
Olivier Tassel explique qu’après moisson, il sème directement un couvert, généralement dans la semaine qui suit. Il précise que, même lorsqu’il ramasse les pailles, les conditions de sa région sont souvent assez humides pour permettre une levée correcte du couvert.
Les mélanges sont toujours diversifiés, avec une forte proportion de légumineuses. Il cite notamment :
Il recherche différents types de radis, notamment :
La particularité de ses mélanges est l’absence de graminées. Selon lui, les graminées posent des difficultés lors de la préparation du sol pour pomme de terre : si le couvert n’est pas assez dégradé, leur tissu racinaire important gêne le passage des outils, notamment la fraise. Il constate aussi que, lorsqu’il doit multiplier les passages d’outils pour gérer ces résidus, cela dégrade trop le sol. Il a donc préféré miser davantage sur les crucifères, quitte à compenser la moindre densité racinaire par la phacélie et les autres espèces du mélange.
Le tournesol est mentionné comme très important pour le sol, même s’il disparaît ensuite au cours de l’hiver.
Couverts après betteraves
Matthieu Roussel présente un précédent betteraves sucrières arrachées fin septembre. Le couvert a été semé dès le lendemain de l’arrachage, les conditions étant jugées très bonnes.
Le mélange utilisé est simple :
- radis ;
- roquette,
à la dose de 10 kg/ha. Le semis a été réalisé avec un passage de canadien puis un semis à la volée. Le couvert n’a pas été fertilisé.
L’objectif, dans ce contexte, est aussi de constituer un tissu racinaire suffisant pour maintenir le sol pendant l’hiver, notamment sur une parcelle en pente où le risque d’érosion est important après betteraves.
Date de semis et comportement des couverts
Olivier Tassel précise que les couverts sont habituellement semés juste après moisson, mais que, dans le cas présenté, il s’agissait d’un échange de parcelles. L’agriculteur lui ayant demandé d’attendre septembre afin de réaliser un désherbage de vivaces, le semis a finalement eu lieu tout début septembre.
Il souligne un fait marquant de l’année observée : les couverts semés en septembre ont mieux passé l’hiver que ceux semés en août. Selon son observation, les couverts semés en août ont été détruits par le gel, la pluie ou d’autres conditions hivernales, et se sont retrouvés très tôt à l’état de repousses. À l’inverse, le couvert semé en septembre, bien que peu développé, est resté vivant jusqu’en février.
Avant l’hiver, ce couvert était un peu plus dense qu’au moment du tournage, mais il s’est rapidement dégarnit à la base. Plusieurs espèces ont fané, si bien qu’au printemps il ne restait plus qu’une végétation d’environ 20 cm de haut avec très peu de biomasse. Cela a entraîné quelques problèmes de salissement, notamment avec des pâturins et d’autres graminées adventices.
Fertilisation des couverts et apports organiques
Apports sur les couverts
Olivier Tassel indique avoir apporté 10 à 15 unités d’azote après le semis du couvert, au mois d’août. Il précise cependant qu’il ne pense pas reconduire cette pratique, car il n’est pas convaincu du bénéfice à long terme pour les parcelles.
Son constat est le suivant :
- l’azote donne « un coup de fouet » au départ ;
- il n’est pas certain que cela augmente réellement la biomasse finale ;
- cela n’apporte pas forcément un gain sur la protection racinaire, qui est justement l’objectif principal.
En revanche, il souhaite continuer les apports organiques.
Fumier
Le fumier reste un levier important dans son système. Il est apporté juste avant ou juste après semis, à raison d’environ 10 t/ha. Cet apport est présenté comme prioritaire par rapport à l’azote liquide.
Conditionneurs de sol, purins et biostimulation
Olivier Tassel explique qu’il passe, depuis quelques années, un conditionneur de sol sur ses parcelles pendant l’hiver. Il cite le produit Nutrigéo comme étant, après essais, celui qui lui a semblé le plus efficace.
Il applique également souvent, vers novembre-décembre, des préparations à base de plantes :
Ces purins sont utilisés à raison d’environ 30 litres/ha. Le Nutrigéo est apporté en complément, à environ 25 litres/ha.
Il précise que :
- le Nutrigéo est plutôt appliqué tôt, en septembre-octobre, sur un couvert déjà un peu développé ;
- les purins interviennent quand le couvert commence à être mieux installé.
L’idée est de favoriser une population biologique intéressante dans le sol.
Développement de la biologie autour de la pomme de terre
Olivier Tassel explique qu’ils cherchent à développer des bactéries favorables au voisinage immédiat des germes et des racines, notamment des bactéries de type PGPR (Plant Growth Promoting Rhizobacteria). L’objectif est de stimuler la vie de la rhizosphère et d’accompagner le démarrage de la culture.
Cette logique les a conduits à apporter certains produits directement à la plantation.
Il insiste sur le fait que les tout premiers stades sont cruciaux : selon lui, la pomme de terre, comme toutes les plantes, a besoin d’avoir « tout sous la main » dès le départ, et lorsqu’une carence en oligo-éléments est visible, il est déjà trop tard.
Apports de fond et corrections minérales
Magnésie
Olivier Tassel réalise quelques analyses de sol et corrige notamment des déficits en magnésie. Il utilise pour cela de la kiesérite en hiver. Il précise que c’est le principal amendement de fond qu’il apporte à cette saison.
Potasse
Il apporte également environ 200 kg/ha de sulfate de potassium, juste avant la plantation. Cet apport n’est pas réalisé sur le couvert, faute de recul suffisant sur cette pratique.
Du côté de Matthieu Roussel, la fumure de fond réalisée au printemps, vers mi-mars, est également centrée sur la potasse, avec un produit de type sulfate.
Calcium localisé
Le dernier apport de fond mentionné est le sulfate de calcium (gypse), apporté sur la planteuse, localisé autour de la pomme de terre afin que celle-ci dispose de calcium à proximité immédiate.
Olivier Tassel insiste sur l’intérêt d’un calcium sous forme sulfate, donc soluble et disponible pour la plante.
Destruction des couverts
Maintenir les couverts vivants le plus longtemps possible
Olivier Tassel explique que, depuis plusieurs années, il essaie de garder les couverts vivants le plus longtemps possible. Cette année-là, il a fait une petite entorse en détruisant certains couverts dès février, mais il n’en est pas pleinement convaincu. Il estime qu’un couvert détruit tôt n’est pas forcément plus facile à faire passer dans les outils qu’un couvert encore vivant.
Son idée est donc de laisser de nouveau les couverts aller « jusqu’à ce qu’ils peuvent », voire jusqu’à leur fin naturelle. Même arrivés à floraison et à maturité, il considère que les éléments sont restitués sur place, ce qui n’est « pas si mal ».
Il explique aussi que, par accident, il lui est arrivé de planter dans des parcelles où le couvert avait repoussé et était encore un peu développé au moment de la plantation. Dans ces situations, il a constaté que :
- la terre se travaillait plutôt bien ;
- les pommes de terre étaient ensuite très belles ;
- l’aspect qualitatif l’intéressait particulièrement.
Il en retire l’idée qu’un couvert encore vert peut être plus facile à gérer qu’un couvert détruit depuis deux mois, dont les résidus desséchés passent mal dans les outils. Selon lui, lorsqu’il reste de la verdure, il reste aussi des sucres et des composés facilement dégradables, ce qui facilite le comportement du couvert dans le système.
Broyage et glyphosate
Dans la parcelle de Matthieu Roussel, le couvert a été détruit début avril par :
- un passage de gyrobroyeur ;
- puis un passage de glyphosate dès le lendemain, à environ 1 l/ha.
L’objectif du glyphosate est notamment de gérer quelques graminées repoussées qu’il ne souhaitait pas conserver.
Il s’interroge néanmoins sur l’intérêt, à l’avenir, d’introduire une graminée dans le couvert pour le rendre plus dense et mieux couvrir le sol, tout en espérant peut-être supprimer le passage de glyphosate avant implantation.
Réflexion sur les espèces à introduire dans les couverts
Matthieu Roussel juge que la dose de 10 kg/ha en radis-roquette n’est pas suffisante pour obtenir un couvert dense. Pour l’année suivante, il envisage donc de compléter avec une autre espèce :
L’objectif serait :
- d’obtenir un couvert plus dense ;
- de mieux couvrir le sol ;
- de limiter les adventices ;
- et peut-être de supprimer le glyphosate avant implantation.
Il précise que, semées à cette date, ces graminées ne devraient de toute façon pas avoir un développement trop important sur son exploitation. Il estime qu’elles seraient ensuite gérables par le travail du sol avant plantation puis, si besoin, par un antigraminées en culture.
Objectifs agronomiques des couverts
Les objectifs évoqués dans la vidéo sont multiples :
- maintenir des racines vivantes en hiver ;
- soutenir la structure du sol ;
- nourrir la biologie ;
- limiter l’érosion ;
- protéger le sol après betteraves ou après arrachage ;
- réduire, à terme, la dépendance à certains intrants ;
- faciliter la qualité de la culture suivante.
Dans le cas de la parcelle en pente présentée par Matthieu Roussel, la densité du tissu racinaire est explicitement liée à la volonté de « tenir la terre » pendant l’hiver. Même avec un couvert peu développé, les racines sont vues comme un moyen de limiter les départs de terre.
Préparation du sol avant plantation
Approche d’Olivier Tassel
Après broyage du couvert, Olivier Tassel décrit une succession d’outils :
- un à deux passages d’un outil type multi-rotor Bonnel, équivalent du Combi-til ou d’un outil à étoiles roulantes ;
- passage de décompacteurs ;
- passage de herse rotative ;
- puis intervention de la fraise.
Le multi-rotor permet un travail très superficiel, sur environ 4 cm, afin de relâcher la surface et mélanger légèrement les résidus. L’intérêt principal est sa capacité à travailler en présence de débris végétaux, ce qui est présenté comme un point clé dans ces systèmes.
Le travail très superficiel sert aussi à éviter d’ouvrir un sillon profond qui favoriserait le dessèchement du profil en cas de vent ou de chaleur.
Les décompacteurs interviennent ensuite pour gérer d’éventuelles semelles. La herse rotative est utilisée en surface. Enfin, la fraise butteuse travaille à environ 10 à 12 cm de profondeur, avec un important déplacement de terre.
Olivier Tassel rappelle qu’il est arrivé progressivement à ce système. Au départ, un passage de herse rotative suffisait. Puis les terres ont demandé davantage d’affinage, conduisant à multiplier les passages, puis à intégrer la fraise. Il explique que le fait de laisser des racines vivantes l’hiver a changé la structure du sol et permet aujourd’hui de retrouver une terre fine plus régulièrement.
Approche de Matthieu Roussel
Matthieu Roussel a choisi, cette année, de passer un chisel avec rouleau barre derrière, en remplacement des décompacteurs. La profondeur de travail est d’environ 15 cm.
Ce choix est motivé par le fait que les décompacteurs faisaient remonter de gros blocs et qu’il était difficile de bien régler leur profondeur. Le chisel affine davantage, tout en travaillant moins profond.
Il explique l’avoir passé le mardi, l’interview se déroulant un jeudi, ce qui montre un délai court entre les opérations.
Tamisage et plantation
Principe du tamisage
Matthieu Roussel travaille avec une tamiseuse. Il rappelle le principe : obtenir une butte dans laquelle la pomme de terre est implantée sans mottes ni cailloux, ceux-ci étant séparés dès la plantation.
Les avantages évoqués sont :
- moins de déformations des tubercules ;
- moins de chocs ;
- moins de terre ramenée au bâtiment lors de l’arrachage, lorsque les conditions sont bonnes.
Il n’est cependant pas convaincu que la tamiseuse soit fondamentalement plus néfaste ou moins néfaste que la fraise. Quelques essais sur les vers de terre laissent penser à une légère tendance en faveur de la tamiseuse, mais cela reste à confirmer.
Il admet clairement que cette technique n’est pas la meilleure du point de vue de la vie du sol, mais souligne qu’aujourd’hui le système en est là.
La tamiseuse avance lentement, entre 2,5 et 3 km/h, d’autant plus qu’il n’a pas cherché à affiner davantage la terre en amont et qu’il est « à la limite » avec la taille des radis présents dans le couvert.
Plantation en butte définitive
La plantation s’effectue en butte définitive. En principe, il n’y a pas de reprise après plantation, sauf accident climatique majeur, comme un orage destructeur qui obligerait à retravailler les buttes.
L’écartement entre buttes est d’environ 85 cm dans un cas, et plus largement les échanges portent sur des systèmes allant aujourd’hui souvent vers 90 cm. Olivier Tassel rappelle qu’autrefois le 75 cm existait encore, mais que les largeurs actuelles répondent beaucoup à des contraintes mécaniques et au gabarit des tracteurs.
La densité de plantation indiquée est de l’ordre de 60 000 à 80 000 pieds/ha, selon les calibres des plants, avec des espacements sur le rang allant d’environ 13 à 22 cm.
Apports réalisés à la plantation
Sur la planteuse d’Olivier Tassel
Olivier Tassel a équipé sa planteuse d’une réserve liquide pour apporter autour du tubercule :
- des inoculants bactériens et fongiques ;
- de la mélasse, pour nourrir ces micro-organismes ;
- éventuellement des oligo-éléments.
Un apport de gypse est également localisé sur le rang, à environ 150 kg/ha.
Le mélange liquide est complété avec de l’eau et appliqué à raison d’environ 100 l/ha, non pas directement sur la pomme de terre, mais juste autour, via une buse type azote, afin d’enrichir le milieu immédiat.
Il évoque aussi l’apport d’un engrais azoté à base d’urée et d’acides aminés, ainsi que d’oligo-éléments tels que :
Sur la planteuse de Matthieu Roussel
Matthieu Roussel apporte, dans la raie de plantation, un engrais solide de type sulfocalc, à base de calcium avec un peu de phosphore, de potasse et d’azote, à environ 130 à 140 kg/ha.
Sur l’avant du tracteur, une cuve contient une solution liquide à base de mélasse enrichie avec un produit GaiaGo destiné à améliorer l’assimilation du phosphore et de la potasse. Il s’agit là aussi d’un essai.
La démarche consiste à essayer progressivement de se détacher des engrais chimiques de synthèse pour aller vers une alimentation davantage organique, tout en conservant un minimum d’azote si nécessaire.
Il prévoit éventuellement de compléter ensuite avec de la solution azotée, possiblement enrichie en mélasse pour en atténuer l’agressivité, et d’ajuster en cours de végétation grâce à des analyses de sève.
Traitement des plants
Matthieu Roussel utilise habituellement un traitement de plant de type Monceren, mais cette année il a souhaité tester sa suppression.
Trois modalités sont évoquées :
- traitement classique au Monceren ;
- essai avec un produit GaiaGo appelé Vitamines ;
- essai sans produit du tout.
Le produit GaiaGo est présenté comme visant à améliorer la vie du sol autour du plant et à donner une meilleure vigueur de départ, afin que la pomme de terre soit potentiellement moins sensible aux parasites.
Les doses mentionnées sont :
- Monceren : 0,6 l/t ;
- Vitamines : 0,4 l/t, dilué avec 0,4 l d’eau, soit 0,8 l/t au total.
Le traitement est réalisé sur table à rouleaux, en ultra bas volume.
Les plants ont été reçus environ trois semaines avant plantation, traités environ une semaine avant, puis plantés après avoir attendu des conditions jugées plus favorables. Matthieu Roussel explique avoir retardé le démarrage car la terre était encore froide et gelait un peu le matin.
Variétés et production de plants
Olivier Tassel travaille avec deux collecteurs en contrat plant, probablement Germicopa et Desmazières (transcription incertaine), et mentionne six variétés. Parmi les plus importantes, il cite notamment :
- Nicola ;
- Monalisa.
Il explique fonctionner en production et vente de plants. Une partie des plants provient de mini-tubercules ou d’issues de serre, puis est multipliée sur l’exploitation pendant 6 à 8 ans. Les plants sont replantés d’une année sur l’autre, et plus ils vieillissent, plus il conserve pour son propre usage les calibres ou lots non commercialisables.
Matthieu Roussel indique, pour l’industrie, utiliser notamment :
- Innovator ;
- Perline.
Son fournisseur de plants est la coopérative NatUp.
Santé de la culture et recherche d’alternatives
Rhizoctone et gale argentée
Olivier Tassel indique qu’un traitement anti-rhizoctone et anti-gale argentée est encore utilisé dans certains cas. Il cite le Monceren Pro de Bayer. Il précise cependant qu’ils cherchent à réduire progressivement ces traitements, sans que cela soit simple à sécuriser.
Selon lui, il faudra probablement mettre en place des témoins dans chaque lot pour savoir à quel moment il sera possible d’arrêter. La difficulté vient du fait que les outils et l’organisation sont calibrés pour des chantiers de grande dimension, ce qui rend les essais comparatifs plus difficiles.
Concernant le rhizoctone, il n’existe pas encore de solution alternative totalement établie, mais les pistes explorées reposent sur :
- une meilleure santé générale de la pomme de terre ;
- une bonne activité bactérienne de la rhizosphère ;
- une teneur correcte en oligo-éléments.
Pour la gale argentée, jugée plus complexe, il évoque la recherche de champignons antagonistes et l’intérêt potentiel d’associations de plusieurs souches de bactéries et de champignons, plutôt qu’une seule souche. Il regrette toutefois que ce type d’assemblage ne soit pas homologué commercialement en France.
L’idée agronomique qu’il retient est d’appliquer ces micro-organismes au moment de la plantation, au plus près du tubercule, afin qu’ils colonisent la rhizosphère de la pomme de terre elle-même. Une application trop en amont, sur le couvert, risquerait selon lui de sélectionner des micro-organismes adaptés au couvert, mais pas à la pomme de terre. Une application trop tardive arriverait, elle, après installation d’autres flores.
Qualité des pommes de terre
Olivier Tassel indique que, sur son système, les pommes de terre sont peut-être un peu moins « blanchies » ou moins brillantes visuellement, mais qu’il n’y a pas davantage de gale qu’ailleurs. Les contrôleurs de plants lui confirment qu’il n’y a pas de décalage particulier sur cet aspect.
Il reconnaît en revanche qu’il reste encore des choses à améliorer, notamment sur :
- la résistance aux chocs ;
- la conservation.
Matthieu Roussel précise que, faisant uniquement de la pomme de terre industrie, l’aspect lavabilité ne constitue pas pour lui un critère déterminant.
Désherbage, défanage et conduite après plantation
Après plantation, il n’y a plus de travail du sol jusqu’à l’arrachage.
Matthieu Roussel prévoit ensuite :
- du désherbage chimique ;
- un défanage mécanique avec broyeur de fanes.
Il rappelle qu’en 2022 il n’avait pas réalisé de complément de défanage chimique et qu’il souhaite poursuivre dans cette voie.
Il évoque aussi les limites structurelles de la filière : même si l’implantation progresse, la culture reste marquée par de nombreux passages phytosanitaires, notamment des fongicides multisites au cours de la saison, ce qui pose selon Olivier Tassel des questions sur la vie du sol et la difficulté à maintenir les vers de terre.
Réflexions sur la simplification future du système
Les deux agriculteurs estiment qu’il est possible, à terme, de supprimer ou simplifier certaines étapes, mais sans doute pas toutes immédiatement.
Olivier Tassel souligne que l’introduction des couverts a déjà amélioré la structure du sol. Le développement de la biologie pourrait encore améliorer les choses, réduire l’impact des herbicides et des fongicides, et rendre la culture plus résiliente.
Il rappelle toutefois une contrainte importante : une partie de ses terres est en échange, et il doit parfois reprendre des structures de sol héritées de pratiques précédentes. Cela l’oblige à conserver une certaine « assurance » mécanique avec des outils de reprise.
Il évoque aussi une idée qu’il aimerait tester : récolter la partie aérienne du couvert pour les vaches juste avant plantation, en ne laissant au sol que les racines. Cela permettrait de valoriser la biomasse tout en gardant un bénéfice agronomique important.
Réflexions sur les cultures compagnes et l’après pomme de terre
Olivier Tassel s’interroge sur la possibilité d’introduire des plantes compagnes ou des semis entre rangs après plantation, à condition qu’elles ne gênent pas la culture. Il n’a pas encore arrêté de solution, mais l’idée fait partie de ses pistes de réflexion.
Il insiste aussi sur l’importance de l’après arrachage. L’objectif serait de semer le plus vite possible une plante ou un mélange juste après récolte, pour remettre rapidement des racines vivantes dans le sol, limiter l’érosion automnale, et préparer ensuite un blé semé dans ce couvert.
Matthieu Roussel donne un exemple réalisé l’année précédente : juste après arrachage, il a semé de la moutarde et, le lendemain, implanté le blé dans une moutarde haute d’une dizaine de centimètres. Il considère que c’est déjà mieux que de laisser le sol nu.
Olivier Tassel évoque aussi l’idée de cultures dérobées derrière pommes de terre, voire de systèmes permettant de remettre du carbone, car il rappelle que la pomme de terre est une culture qui laisse peu de résidus et prélève beaucoup dans le sol.
Mot de la fin
En conclusion, les intervenants insistent sur le fait qu’ils ne sont qu’au début de leur travail. Ils ne présentent pas un système figé, mais une démarche en construction, faite d’essais, d’observations et d’ajustements.
Ils soulignent l’importance :
- de ne pas rester seuls ;
- d’échanger entre agriculteurs ;
- de travailler avec des partenaires techniques ;
- de confronter les idées et les résultats.
Ils se disent satisfaits de voir que de nombreux collègues se posent les mêmes questions et avancent collectivement sur ces itinéraires d’implantation de pomme de terre en sol vivant.