Les meilleures couverts végétaux pour débuter, par Vincent Favreau et Xavier Moisière

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Dans cette conférence, Vincent Favreau et Xavier Moisière partagent leurs stratégies de couverts végétaux pour bien démarrer en maraîchage. Vincent Favreau présente l’usage des engrais verts sous serre, dans le Maine-et-Loire, avec une rotation pensée pour maintenir la fertilité, produire de la biomasse et structurer le sol. Il met en avant des mélanges comme moutarde-féverole, seigle-vesce-phacélie, ainsi que le sorgho fourrager, jugé très performant l’été pour sa vigueur, son enracinement et sa capacité à être broyé ou pâturé. De son côté, Xavier Moisière explique son organisation en plein champ en Bretagne, avec une rotation simple intégrant sorgho l’été puis seigle et légumineuses l’hiver. Son objectif : gagner en autonomie de fertilité, stocker du carbone, limiter le travail du sol et garder un système économiquement efficace. Tous deux insistent sur l’importance de l’anticipation, de l’eau, de l’espace et du bon timing de semis.

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Résumé
Dans cette conférence, Vincent Favreau et Xavier Moisière partagent leurs stratégies de couverts végétaux pour bien démarrer en maraîchage. Vincent Favreau présente l’usage des engrais verts sous serre, dans le Maine-et-Loire, avec une rotation pensée pour maintenir la fertilité, produire de la biomasse et structurer le sol. Il met en avant des mélanges comme moutarde-féverole, seigle-vesce-phacélie, ainsi que le sorgho fourrager, jugé très performant l’été pour sa vigueur, son enracinement et sa capacité à être broyé ou pâturé. De son côté, Xavier Moisière explique son organisation en plein champ en Bretagne, avec une rotation simple intégrant sorgho l’été puis seigle et légumineuses l’hiver. Son objectif : gagner en autonomie de fertilité, stocker du carbone, limiter le travail du sol et garder un système économiquement efficace. Tous deux insistent sur l’importance de l’anticipation, de l’eau, de l’espace et du bon timing de semis.

🍀 Vincent Favreau, maraîcher depuis 1998 dans le 49, puis Xavier Moisière, maraîcher à la ferme Biji-Biji (35) depuis 2018, nous présentent leurs retours d'expériences sur les couverts végétaux sous serres pour Vincent, en plein champ pour Xavier: les conditions de mise en place, les rotations, l'implantation, la destruction, les variétés qu'ils utilisent, etc. Ils y trouvent beaucoup d'avantages.


💦 Cette présentation a eu lieu dans le cadre des 7ème Rencontres Nationales Maraîchage Sol Vivant, organisée les 4,5 et 6 Mars 2021 par l'association MSV Normandie, en partenariat avec MSV Grand Est et soutenue par Ver de Terre Production pour la technique vidéo.


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Introduction

Cette séquence des Rencontres nationales est consacrée à l’installation, avec un focus technique sur les couverts végétaux : quels sont les meilleurs couverts pour débuter, et comment réussir leur implantation, en particulier en maraîchage.

Deux interventions se succèdent :

L’objectif commun est de montrer comment les couverts végétaux peuvent soutenir la fertilité des sols, structurer les rotations, produire de la biomasse et rester compatibles avec une organisation de ferme efficace.

Les couverts végétaux sous serre selon Vincent Favreau

Présentation de la ferme

Vincent Favreau est installé dans le Maine-et-Loire, dans un contexte climatique à influence océanique, avec environ 600 mm de pluie par an. Il travaille sur des terrains plutôt argilo-calcaires, ce qui conditionne en partie son travail du sol.

La ferme fait environ 3 hectares, avec :

  • 5 000 m² de surfaces sous abri ;
  • trois parcelles d’environ 7 000 m² tournant sur trois ans ;
  • une petite partie en verger ;
  • une commercialisation en paniers, avec deux AMAP.

L’organisation du travail comprend :

  • Vincent Favreau ;
  • Jérémie, salarié à mi-temps ;
  • un autre complément salarié l’été à mi-temps ;
  • quelques stagiaires.

Sur les trois parcelles, le sol est couvert environ 66 % du temps.

Les spécificités des couverts sous serre

Vincent Favreau rappelle que les conditions sous serre sont particulières, et se rapprochent parfois de conditions tropicales ou méditerranéennes :

  • des amplitudes thermiques importantes, pouvant atteindre 25 °C ;
  • un climat plus ou moins sec ou humide selon la gestion de l’arrosage ;
  • peu de résidus de culture disponibles ;
  • pas de lessivage hivernal, puisqu’il n’y a pas les pluies de plein champ ;
  • un turnover très rapide de la matière organique, sous l’effet de la chaleur et de l’humidité.

Dans ce contexte, les engrais verts sont une des clés pour maintenir la fertilité du sol, en complément des apports de matière organique.

Conditions nécessaires pour intégrer des engrais verts

Pour réussir l’intégration de couverts sous serre, il faut d’abord disposer d’une surface suffisante. Vincent Favreau considère que ses 5 000 m² sous serre lui permettent d’avoir une rotation assez longue :

  • pour mieux diversifier les familles de légumes ;
  • pour espacer les retours de certaines familles, notamment entre solanacées et cucurbitacées ;
  • pour dégager deux créneaux annuels d’implantation de couverts.

Ces deux créneaux sont :

  • un créneau d’hiver ;
  • un créneau d’été.

À chaque fois, environ la moitié de la surface peut être consacrée aux engrais verts.

Organisation de la rotation sous serre

Le système présenté s’organise sur deux années.

En partant du mois de septembre, on trouve d’abord des cultures d’automne et d’hiver :

Viennent ensuite les cultures d’été :

  • melons ;
  • courgettes ;
  • aubergines ;
  • poivrons.

Ces cultures d’été peuvent être conduites avec un paillage de fumier de cheval sur le rang. Dans les allées, lorsque celles-ci sont suffisamment larges, Vincent Favreau implante aussi du sorgho.

Après ces cultures d’été, entre septembre et novembre, arrive un premier créneau disponible pour un couvert végétal :

Ensuite viennent des cultures de printemps :

Quand ces cultures se terminent, entre fin mai et mi-juillet, il implante un sorgho d’été pour plusieurs semaines, généralement entre 6 et 10 semaines.

Avant la plantation suivant le sorgho, il peut aussi remettre un peu de fumier de volaille, car le sorgho exploite fortement la fertilisation disponible.

Les couverts d’automne-hiver

Le mélange moutarde-féverole

Derrière des melons ou des courgettes, Vincent Favreau implante un mélange moutarde-féverole.

L’intérêt de ce mélange est de combiner :

  • une plante piège à nitrate, la moutarde ;
  • une légumineuse, la féverole, qui apporte de l’azote.

Il précise qu’il est sur des pH de 1,8 à 2, ce qui fait qu’il ne croise pas la [[hernie du chou]], contrairement à d’autres collègues qui peuvent y être confrontés.

Semé fin septembre, ce mélange peut faire son cycle en 4 à 5 mois, jusqu’en février. Il peut produire une biomasse de l’ordre de 10 à 12 tonnes, selon les dates de semis. La date de semis de septembre est jugée très importante : un mois de retard fait perdre une partie importante du tonnage.

Le méteil féverole-seigle-vesce-phacélie

Derrière des tomates, aubergines, piments ou poivrons, il implante plus tardivement un mélange proche de celui utilisé en plein champ :

Ce mélange peut être semé jusqu’au 1er novembre environ. En revanche, il ne le sème plus après début décembre. Lorsque le temps disponible entre deux cultures de vente est trop court en hiver, et notamment s’il est inférieur à deux mois, la question se pose de ne pas semer de couvert du tout.

Dans ce cas, il peut préférer :

  • ne rien semer ;
  • ou occulter et laisser ainsi une couverture du sol pour reprendre tôt une culture de printemps.

Lorsqu’on utilise seulement le début de printemps, en février-mars, le couvert ne produit que 2 à 4 tonnes de matière sèche par hectare. Cela constitue un petit complément, mais ce n’est pas la priorité du système.

Le sorgho d’été, couvert principal sous serre

Vincent Favreau insiste sur le fait que le sorgho est, pour lui, le couvert le plus intéressant en été sous serre.

Il a essayé d’autres couverts, notamment à base de sarrasin, mais considère que le sorgho est ce qui donne le plus de rendement et de biomasse.

Il utilise une variété de type Piper, un sorgho multicoupe.

Ses principaux atouts sont :

  • une croissance rapide ;
  • une très forte production de biomasse ;
  • une repousse facile après coupe ;
  • une gestion des résidus relativement aisée après culture ;
  • une grosse puissance racinaire qui structure bien le sol.

Implantation et conduite du sorgho

Les premiers semis peuvent commencer dès le 15 avril, dès lors que le risque de gel est écarté sous serre. Ils peuvent se poursuivre jusqu’au 15 juillet.

La conduite technique comprend généralement deux étapes :

  • un premier broyage environ un mois à cinq semaines après le semis ;
  • un second passage juste avant la culture suivante, en fauche ou en broyage.

Le premier broyage a plusieurs fonctions :

  • désherber ;
  • supprimer les adventices annuelles ;
  • favoriser le tallage du sorgho, qui repart alors sur plusieurs brins.

Le second passage intervient environ quinze jours avant l’implantation de la nouvelle culture, souvent une culture d’automne.

Si le sorgho est broyé, Vincent Favreau arrose copieusement juste après, puis occulte rapidement. Cela permet :

  • de limiter les pertes d’azote sous forme ammoniacale ;
  • d’arrêter la repousse du sorgho ;
  • de préparer le sol à la culture suivante.

Après une quinzaine de jours d’occultation, il est possible soit :

  • de planter directement ;
  • soit de retravailler le sol, notamment pour des semis.

Pâturage du sorgho sous serre

Avec des moutons

Une alternative au broyage est le pâturage par des moutons. Cela a été essayé avec un collègue éleveur, dans le cadre d’un échange de bons procédés.

Le sorgho produit souvent entre 15 et 20 tonnes de matière sèche par hectare. Cette biomasse est particulièrement intéressante à faire consommer à une période où il peut y avoir un manque de fourrage.

L’essai évoqué a consisté à faire pâturer environ 2 500 m² sur 5 à 6 semaines avec une vingtaine de brebis. L’organisation reposait sur une rotation des animaux sur des unités d’environ 400 m².

Vincent Favreau signale néanmoins une précaution importante : le risque de piétinement et donc de tassement du sol. À certains endroits, il a retravaillé superficiellement le sol pour réimplanter les cultures dans de bonnes conditions.

Il voit aussi un autre intérêt à ce pâturage : l’apport de bactéries issues du rumen et du tube digestif animal, qui enrichiraient la vie bactérienne du sol.

Avec des oies

Une autre solution est le pâturage par les oies.

Dans une serre cloisonnée en unités d’environ 400 m², on peut mettre une quarantaine d’oies pendant une semaine. Elles ne pâturent toutefois pas tout de manière homogène :

  • elles mangent d’abord les parties les plus tendres ;
  • les tiges les plus ligneuses restent en place.

Il faut donc malgré tout prévoir ensuite :

  • un broyage ;
  • un arrosage ;
  • une occultation.

En effet, même pâturé, le sorgho peut repartir tant qu’il n’y a pas de gel ou d’occultation.

Avec des volailles mobiles

Si l’on ne veut pas clôturer toute la serre, on peut aussi faire pâturer seulement une partie avec un poulailler mobile ou un dispositif type tracteur à volailles.

Vincent Favreau remarque cependant que certaines espèces sont moins appétentes pour les volailles, notamment :

  • la phacélie ;
  • la féverole.

En règle générale, les graminées sont mieux consommées par les volailles que les légumineuses.

Les couverts en interculture dans les allées

Une autre manière de produire de la biomasse consiste à semer dans les allées des cultures en place.

Dans les serres où les allées sont suffisamment larges, Vincent Favreau sème du sorgho dans une bande d’environ un mètre. Il le fait surtout dans les cultures de :

  • tomates ;
  • poivrons ;
  • aubergines.

Le point de vigilance essentiel est que le sorgho doit être semé en même temps que la culture principale. S’il est semé trop en avance, son système racinaire devient trop concurrentiel et peut aller capter l’azote au détriment de la culture, en particulier de la tomate.

Bénéfices observés sous serre

Vincent Favreau met en avant plusieurs effets positifs des engrais verts :

  • une bonne dynamique biologique du sol ;
  • un bon équilibre champignons-bactéries ;
  • une matière organique facilement digestible ;
  • une amélioration de la porosité ;
  • un travail physique du sol par les racines ;
  • une meilleure valorisation de la lumière pour produire de la biomasse ;
  • un stockage de carbone dans les sols.

Il signale aussi un intérêt sur le plan de la régulation biologique. Le seigle, notamment, héberge des pucerons de céréales qui servent de support à des auxiliaires au printemps :

Cela constitue une banque d’auxiliaires utile pour les cultures suivantes, comme les concombres ou les courgettes.

Contraintes et points de vigilance sous serre

Les principales contraintes évoquées sont les suivantes :

  • il faut disposer de suffisamment d’espace ;
  • l’eau est souvent le facteur limitant principal sous serre ;
  • en été, il faut penser à arroser, au goutte-à-goutte mais aussi en aspersion ou en plein ;
  • certaines problématiques de taupins peuvent apparaître, peut-être liées aux pratiques d’engrais verts ou aux apports de matière organique ;
  • les couverts doivent être pensés comme de vraies cultures :
    • prévoir les commandes de semences ;
    • maintenir le sol frais ;
    • suivre l’implantation et la conduite.

La conclusion de Vincent Favreau est claire : il y a un intérêt réel à faire des couverts sous serre, mais il faut les conduire comme une culture à part entière.

Les couverts végétaux de plein champ selon Xavier Moisière

Présentation de la ferme

Xavier Moisière est installé en Bretagne, près de Rennes, sur la ferme Busy Bee. Il s’est installé à l’été 2018.

Il précise qu’il s’est installé chez le maraîcher chez qui il avait fait son stage BPREA. Cette installation sur une ferme déjà existante, avec un autre maraîcher en place, a clairement facilité le démarrage de son activité.

La ferme repose notamment sur :

  • 7 000 m² de plein champ cultivé en permanence ;
  • une part importante du chiffre d’affaires réalisée sur cette surface ;
  • une commercialisation principalement en paniers AMAP.

Pourquoi intégrer beaucoup de couverts végétaux

Dès le départ, Xavier Moisière a voulu se donner une feuille de route de la fertilité de sa ferme, avec une vision de long terme. L’idée est de savoir où l’on va avec ses pratiques et de raisonner l’autonomie de fertilité.

Pour cela, il s’appuie sur un calcul de bilan humique. Ce calcul lui paraît presque obligatoire pour gérer ses pratiques dans la durée.

Le point de départ de son système est une prairie mise à disposition lors de son installation. Dès le début, il a apporté :

  • un apport massif de compost de déchets verts ;
  • du vieux foin utilisé comme paillage sur les cultures chaque année.

À partir de là, le bilan montrait qu’il fallait produire beaucoup de couverts végétaux pour maintenir, voire augmenter la fertilité. Son objectif était donc de produire des couverts très développés, mais sans se créer une surcharge de travail, ni multiplier les interventions de travail du sol pour les implanter ou les détruire.

Une organisation du plein champ pensée pour les couverts

Le plein champ est divisé en sept jardins, répartis en trois blocs :

  • un bloc « automne », pour les légumes récoltés à l’automne ;
  • un bloc « hiver », pour les légumes restant au champ l’hiver ;
  • un reste de surface disponible pour les couverts d’été.

Dans les jardins 6 et 7, se trouvent les cultures d’hiver, qui restent en place jusqu’à leur destruction après récolte au printemps.

Par défaut, trois jardins restent disponibles pour un couvert d’été, généralement un sorgho fourrager.

En hiver, l’organisation devient la suivante :

  • le bloc hiver reste occupé par les légumes d’hiver ;
  • le bloc automne, récolté après courges, patates douces, oignons et pommes de terre, reçoit un couvert à base de seigle, souvent avec une légumineuse associée.

L’idée générale est de faire tourner ces blocs en décalé, de façon très organisée, pour avoir à la fois :

  • beaucoup de couverts végétaux ;
  • une bonne maîtrise de l’enherbement ;
  • une gestion simple et répétable.

Rotation et place des couverts

Xavier Moisière montre qu’à l’échelle de sa rotation, sur sept années, on compte :

  • quatre années liées aux couverts végétaux ;
  • trois années de légumes.

Le schéma général est le suivant :

  • été : sorgho ;
  • hiver : seigle associé à une légumineuse ;
  • puis, selon les cas, retour à un sorgho d’été ;
  • avant réimplantation de légumes.

La légumineuse associée au seigle varie selon ce qui précède ou ce qui suit. Par exemple :

  • avant un bloc de légumes d’automne avec occultation, il évite la vesce, car il n’est pas sûr de bien la détruire sous bâche ;
  • avant un sorgho d’été, il évite aussi parfois la vesce, qui peut être difficile à gérer si elle repart.

Dans ces situations, il utilise plutôt de la féverole, dont la destruction est plus facile.

Gestion de l’enherbement

Un enjeu important du système est la gestion des vivaces, notamment :

  • rumex ;
  • chardon ;
  • liseron.

Ces adventices sont favorisées par les apports de vieille prairie et de foin.

Pour éviter de se retrouver avec des planches trop sales après plusieurs années de couverts, Xavier Moisière insère dans son bloc automne des cultures avec paillages très couvrants :

  • courges ;
  • patates douces ;
  • pommes de terre.

Ces cultures permettent une occultation ou un paillage long de plusieurs mois. Les pommes de terre, notamment, sont conduites sous un paillage très opaque. Cela permet de « nettoyer » les planches avant le retour, l’année suivante, de cultures plus sensibles à l’enherbement comme :

Objectif principal : produire un maximum de carbone

Le cœur de la stratégie est la production maximale de carbone et de biomasse, sur l’année comme sur le long terme.

L’idée n’est pas seulement de mettre des couverts, mais de les implanter de façon à obtenir une grosse biomasse, avec le moins de travail possible.

Pour cela, il faut :

  • semer au bon moment ;
  • organiser la rotation pour toujours savoir où les couverts vont être implantés ;
  • choisir des espèces rustiques et productives ;
  • garder des itinéraires très simples.

Les espèces utilisées

Le sorgho fourrager en été

En été, Xavier Moisière utilise principalement du sorgho fourrager. C’est la base de son système estival.

Ce couvert est choisi pour sa capacité à produire rapidement une forte biomasse.

Les couverts d’hiver à base de seigle

En hiver, la base des couverts est le seigle fourrager, associé selon les cas à :

  • de la vesce ;
  • de la féverole ;
  • parfois de l’avoine rude.

Le seigle est utilisé comme espèce structurante du mélange, avec une légumineuse selon la facilité de destruction recherchée et la culture suivante.

Itinéraires techniques

Implantation du seigle dans le sorgho

L’un des itinéraires décrits consiste à semer le seigle directement dans le sorgho avant sa destruction.

Le principe est le suivant :

  • semis du seigle à la volée dans le sorgho encore en place ;
  • roulage ou passage permettant de favoriser le contact avec le sol ;
  • broyage du sorgho quand il atteint environ deux mètres ;
  • le seigle prend alors le relais.

Cette technique permet d’enchaîner les couverts avec un minimum de travail du sol.

Destruction des couverts d’hiver avant légumes

Avant l’implantation des légumes, plusieurs solutions sont utilisées :

  • roulage du couvert ;
  • bâche d’occultation pour assurer la destruction ;
  • techniques culturales simplifiées avec un outil léger.

Xavier Moisière mentionne l’usage d’une bâche d’ensilage, avec une attention particulière à sa manutention. Il ne s’agit pas de grandes surfaces d’un seul tenant, mais plutôt de surfaces de l’ordre de 350 m², ce qui reste gérable.

Il utilise aussi un petit butteur, dont il enlève les dents, afin de refermer les buttes et gérer les restes de culture ou de paillage.

Une conduite simple en matériel

L’un des points marquants de l’intervention est la recherche de simplicité matérielle. Le système repose sur peu d’outils, mais des outils adaptés et bien utilisés :

  • broyeur ;
  • herse étrille ou outil léger de reprise ;
  • bâche d’occultation ;
  • petit butteur modifié.

Le système est pensé pour rester compatible avec une ferme maraîchère peu mécanisée.

Coût des semences

Xavier Moisière indique un coût d’environ 570 euros de semences pour le plein champ. Cela peut paraître élevé, mais il considère que c’est un investissement nécessaire au regard des résultats obtenus.

Il souligne aussi l’intérêt de faire ses achats en gros, assez tôt dans la saison.

Résultats observés sur la ferme

Au bout de trois ans, il observe :

  • une fertilité clairement en hausse ;
  • une augmentation du taux de matière organique ;
  • un redressement du pH.

Il insiste aussi sur le fait que les couverts végétaux n’ont pas pénalisé l’efficacité économique de la ferme. Au contraire, à ses yeux, lorsqu’ils sont bien menés, semés au bon moment et intégrés à une rotation bien pensée, ils ne font pas perdre de temps et ne sont pas un luxe secondaire.

Ils participent au contraire à l’efficacité globale du système.

Le temps de travail consacré aux couverts existe bien, mais il reste compatible avec des semaines de travail normales à la ferme.

Enseignements communs des deux interventions

Malgré des contextes très différents — sous serre dans le Maine-et-Loire pour Vincent Favreau, plein champ en Bretagne pour Xavier Moisière — plusieurs idées fortes se retrouvent.

Penser les couverts comme de vraies cultures

Dans les deux cas, les couverts ne sont pas considérés comme des interventions secondaires. Ils doivent être :

  • planifiés dans la rotation ;
  • semés au bon moment ;
  • conduits techniquement ;
  • détruits au bon stade ;
  • intégrés à la logistique de la ferme.

Rechercher la biomasse

Les deux maraîchers insistent sur l’importance de produire beaucoup de biomasse.

Cette biomasse permet :

  • d’alimenter le sol en matière organique ;
  • de stimuler l’activité biologique ;
  • de structurer le sol ;
  • de produire du carbone.

Le sorgho apparaît comme une espèce particulièrement intéressante pour cela, notamment en été.

Adapter les espèces au contexte

Les espèces retenues ne sont pas les mêmes selon le contexte de production, les cultures précédentes et suivantes, ou la facilité de destruction recherchée.

Parmi les espèces citées :

  • sorgho ;
  • seigle ;
  • féverole ;
  • vesce ;
  • phacélie ;
  • moutarde ;
  • avoine rude.

Raisonner aussi la destruction

Le choix d’un couvert ne dépend pas seulement de sa croissance, mais aussi de sa destruction :

  • broyage ;
  • fauche ;
  • occultation ;
  • pâturage ;
  • roulage ;
  • destruction facilitée ou non selon l’espèce.

Cet aspect est central dans la réussite pratique du système.

Conclusion

Les interventions de Vincent Favreau et Xavier Moisière montrent que les couverts végétaux peuvent être intégrés de manière très concrète et très productive dans des systèmes maraîchers, aussi bien sous serre qu’en plein champ.

Ils ne sont pas seulement un outil agronomique complémentaire, mais un élément structurant du système de culture. Leur réussite repose sur quelques principes simples :

  • avoir une place claire dans la rotation ;
  • semer tôt et au bon moment ;
  • viser une forte production de biomasse ;
  • choisir des espèces adaptées au contexte ;
  • maîtriser la destruction ;
  • considérer le couvert comme une culture à part entière.

Dans les deux fermes présentées, les couverts contribuent à améliorer la fertilité, la structure et la dynamique biologique des sols, tout en restant compatibles avec une organisation de travail réaliste et une performance économique de la ferme.