Rencontres MSV 2017 - Visite de ferme - Brice Tandille
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La ferme en location
Brice Tandille présente une ferme en location, avec environ quatre hectares bien regroupés. Il précise le coût de location : 850 euros par mois pour les bâtiments, auxquels s’ajoute le loyer des terres.
Autour de la ferme, il y a :
- un champ assez long, d’environ 6 000 m² ;
- une prairie, liée à la présence de deux animaux, mais qui sera mise en culture plus tard ;
- d’autres espaces attenants, notamment les tunnels et une autre parcelle à côté.
Il indique aussi que d’autres personnes doivent s’installer sur le site, dans une logique d’association, avec des espaces séparés.
L’atelier et la préparation des légumes
Brice commence la visite par l’atelier. C’est une pièce importante dans son organisation du travail : il y amène les légumes avant de les préparer pour l’AMAP.
On y trouve notamment :
- la balance ;
- du matériel de travail et de préparation ;
- des outils liés au semis.
L’atelier sert donc à la fois de lieu de stockage temporaire, de préparation et d’observation de certains outils ou consommables.
Les semences sur bande papier
Brice montre aux visiteurs un système de semis sur bande papier, préparé avec les graines déjà positionnées. Il explique que cela fonctionne comme un semoir de précision.
Ce système lui sert par exemple pour :
Pour les radis, il explique qu’il sème environ 130 mètres chaque semaine. En déroulant 6 mètres de bande, il obtient de quoi faire environ cinquante paniers.
Pour certaines laitues ou légumes à couper, les plantes sont semées très serrées : il coupe, puis cela repousse.
Le coût revient en gros à environ 1 euro le mètre, un peu plus pour certaines cultures comme les pépinières de poireaux, car il y a davantage de graines.
Il insiste sur le fait que ce système permet de faire du « semi sur semis » :
- il déroule par exemple une bande de radis ;
- il récolte les radis ;
- la planche reste propre ;
- il remet ensuite une pépinière de poireaux derrière, sans retravailler le sol.
Selon lui, cela évite de resalir la planche et limite la levée des mauvaises herbes, qui reviennent surtout quand on retravaille le sol.
Il précise que cette méthode est surtout utilisée dans les tunnels. À l’extérieur, il distingue davantage :
- la plantation sur paillage ;
- les semis plutôt réalisés dans les tunnels.
Les bandes sont fabriquées par une entreprise située près de Nantes, à qui il peut envoyer les semences qu’il souhaite. Il envoie la plupart de ses semences, sauf certains cas particuliers comme la mâche, qu’il dit ne pas trouver toujours en bio dans la variété souhaitée.
Concernant le papier, il précise qu’il est certifié bio, à base de cellulose, et qu’il disparaît très rapidement dans le sol.
Le fonctionnement en semi sur semis
Brice insiste sur l’intérêt agronomique du semi sur semis. L’idée est de garder les planches propres et de ne pas retravailler le sol entre deux cultures.
Dans sa logique :
- le premier semis couvre déjà la planche ;
- après récolte, le sol n’est pas sali ;
- une seconde culture peut être installée directement ;
- l’absence de travail du sol limite la germination des adventices.
Il relie cela à sa manière générale de produire : garder le sol couvert, éviter de le perturber, et profiter au maximum de l’état biologique acquis par les planches.
Les apports de compost et l’évolution du sol
Il est évoqué qu’il y a des apports réguliers de compost. Brice indique qu’effectivement, à force, les terres deviennent très noires. Il remarque cependant que cette matière s’incorpore et « disparaît » visuellement avec le temps : elle ne s’accumule pas indéfiniment en surface.
Même chose pour les apports de paillage à l’extérieur : cela fait monter les planches, mais ensuite cela redescend aussi à mesure que la matière évolue.
Les légumes fermentés
Dans l’atelier, Brice montre aussi de gros cubes bleus qui servent aux fermentations. Il explique qu’il s’amuse à faire des légumes fermentés.
Il produit notamment :
- de la choucroute ;
- des betteraves fermentées.
Il décrit le principe :
- mélanger les légumes avec un peu de sel ;
- faire dégorger pour produire de l’eau ;
- maintenir les légumes sous l’eau pour que la fermentation soit anaérobie, donc sans oxygène ;
- mettre un joint ou un système type barboteur ;
- maintenir les légumes immergés avec un couvercle et des pierres ;
- laisser la fermentation se faire spontanément.
Il précise que c’est très facile à réaliser.
Sur le plan économique, cela reste très marginal : la choucroute est anecdotique, certains adhérents des paniers en prennent, mais cela reste un produit particulier sur lequel il ne faut pas trop compter. Cela rend surtout service en hiver.
Le cidre, le jus de pomme et le vinaigre
Brice valorise aussi les vergers présents sur la ferme. Il produit :
Il explique que c’est agréable pour l’AMAP d’avoir ces produits en hiver. Il ne réalise pas lui-même le pressage : il apporte les pommes chez un collègue. En revanche, il dispose sur place d’une cuvée de vinaigre.
L’abandon du travail du sol classique
Brice montre ensuite des outils plus anciens qu’il utilise désormais beaucoup moins. Avant, il travaillait avec :
Depuis qu’il est passé au paillage, il les utilise très peu. Il prend l’exemple des tomates sous serre : le système est désormais beaucoup plus simple.
Avant, sur bâche tissée, il fallait :
- couper les tomates en fin de culture ;
- tout retirer ;
- enlever la bâche ;
- retravailler le sol ;
- remettre la bâche ;
- replanter.
Désormais :
- il coupe les tomates ;
- les résidus restent sur place ;
- il paille par-dessus ;
- il replante ensuite.
Il considère qu’il ne faut pas craindre cette accumulation de matière organique et de vie du sol. Au contraire, selon lui, plus le milieu est complexe et vivant, moins cela pose de problème. Il dit n’avoir jamais observé de difficulté sanitaire liée à cela, bien au contraire.
Il évoque aussi la crainte qu’il avait eue au sujet de l’utilisation de fumier de cheval frais juste avant plantation, y compris du point de vue de la santé humaine. Avec l’expérience, il juge que ce risque est très faible dans son contexte.
Le climat local
Brice rappelle que le secteur n’est pas aussi humide qu’on pourrait l’imaginer. Il évoque environ 600 mm de pluie par an, ce qui n’est pas particulièrement élevé. Selon lui, c’est bien moins humide que d’autres secteurs de Bretagne comme Brest.
Cette précision compte dans sa façon d’interpréter les risques agronomiques, la vitesse d’évolution des matières organiques et le comportement du sol.
Les tunnels d’été
Dans le tunnel des tomates, Brice précise qu’il ne cultive que des légumes d’été. Il n’y met pas de cultures d’hiver derrière. Pendant l’hiver :
- les tomates pourrissent sur place ;
- il ne met rien d’autre ;
- il arrose pour aider l’évolution de la matière organique et réhumidifier le profil.
Quand il replante, cela ne le gêne pas. Il écarte un peu les résidus, plante, et cela fonctionne. Même s’il reste encore beaucoup de tomates visibles, cela ne pose pas de véritable problème.
Il prend peu de variétés de tomates :
Il précise qu’il achète une bonne partie de ses plants. En pépinière, il produit surtout :
- les poireaux ;
- les choux ;
- les blettes ;
- certaines courges.
Le reste est acheté en plants.
L’outil à planter
Brice présente ensuite un outil qu’il utilise pour faire les trous dans les planches paillées. Il avait vu qu’il existait des machines pour planter les poireaux en sol travaillé, avec un système de poinçonnage, et il s’est équipé d’un outil simple dont il est content.
Avec cet outil, il fait rapidement des trous dans une planche. Il dit qu’on peut faire environ 200 mètres en une demi-heure.
Il l’utilise surtout pour :
- les poireaux ;
- les pommes de terre.
Ce sont, selon lui, des cultures sur des surfaces plus importantes, avec beaucoup de trous à faire. Pour les autres cultures, comme :
- les choux ;
- les salades ;
il plante simplement à la main, ce qui reste très rapide.
La plantation des pommes de terre dans la paille
Brice décrit précisément sa méthode.
- Il paille abondamment la planche.
- Il fait les trous dans la paille avec son outil.
- Il peut arroser un peu la paille pour que les trous tiennent mieux.
- Dans chaque trou, il met une pomme de terre.
- Il ne recouvre pas ensuite.
La pomme de terre arrive globalement jusqu’au sol, ou presque, à travers la paille. Même si elle est encore un peu dans la paille, elle trouve facilement son milieu pour raciner.
Il insiste sur le fait qu’il ne faut pas en faire plus :
- on ne recouvre pas ;
- on ne remet pas de terre ;
- on laisse simplement la pomme de terre dans son trou.
Pour lui, cela fonctionne très bien : le fond du trou est humide, la lumière est coupée, et la plante démarre sans difficulté.
Il ajoute qu’il faut surtout mettre une bonne dose de paille afin que, plus tard, les tubercules ne se retrouvent pas exposés à la lumière.
La plantation des poireaux dans la paille
Le principe est le même pour les poireaux. Quand les plants sont au bon stade, « comme des crayons », il les met directement dans le trou fait dans la paille.
Là encore :
- il ne rebouche pas ;
- il ne tasse pas vraiment ;
- il peut donner un petit coup d’arrosage pour assurer la reprise ;
- les racines vont chercher l’humidité toutes seules.
Il note que le blanc est un peu moins long que dans un système classique, mais le résultat reste très satisfaisant.
Il souligne aussi l’intérêt de la densification : avec ce type de plantation, il plante plus serré qu’en système mécanisé classique. Cela lui plaît, car il trouve dommage d’avoir des cultures trop espacées avec beaucoup de sol « inutilisé ».
Les espacements
Brice donne quelques repères sur ses densités de plantation.
Pour les pommes de terre, sur une planche :
- il avance « au pas » ;
- fait quatre trous ;
- puis recommence ;
- ce qui lui donne des points de plantation serrés.
Il évoque environ 45 cm pour certaines pommes de terre. Pour les poireaux, il est plutôt autour de 20 cm.
L’idée générale est d’augmenter la densité de plantation sans augmenter fortement le temps de travail.
Le voile de protection
Brice explique qu’il va désormais davantage voiler ses cultures, notamment les choux et les poireaux, à cause :
- des mouches ;
- des chenilles.
Avant, sur sol nu, cela l’ennuyait car il fallait dévoiler à chaque intervention. Avec son système actuel, il y a moins d’interventions une fois la culture installée, donc le voile devient beaucoup plus intéressant.
L’approvisionnement en carbone
Brice souligne un point essentiel de son système : il dépend d’une source de carbone extérieure, principalement la paille.
Il cite cependant d’autres possibilités :
- du foin raté chez des éleveurs de la région ;
- du compost frais de plateforme de compostage ;
- des matières broyées avec morceaux de branches.
Il précise bien qu’il ne cherche pas un compost mûr, mais au contraire quelque chose de frais, qui apporte de la vie au sol. Ce compost frais peut parfois être obtenu à faible coût, car certaines plateformes cherchent à s’en débarrasser.
Produire son carbone sur place
Pour lui, l’idéal serait d’aller vers une ferme plus autonome en produisant son propre carbone sur place grâce à de très gros couverts végétaux.
Il imagine par exemple des couverts très productifs, de l’ordre de 25 tonnes de matière sèche par hectare, avec :
Ces couverts pourraient être couchés et serviraient ensuite de paillage produit sur place. Ce serait, selon lui, la meilleure solution.
Il reconnaît toutefois que cela demanderait un autre fonctionnement : peut-être une année sur deux, ou des successions plus complexes, par exemple avec des féveroles ensuite.
Pour l’instant, tant qu’il a sa source de carbone extérieure, il continue ainsi, tout en gardant cette perspective en tête.
La gestion de la paille en hiver
Brice explique qu’il n’aime pas garder un paillage épais en hiver sur les planches destinées aux cultures précoces. Le problème est que la paille :
- garde l’humidité ;
- garde le froid ;
- ralentit le réchauffement du sol au printemps.
Il fait donc différemment :
- à l’automne, il mélange la paille au sol ;
- il laisse l’hiver passer sur un sol qui n’est pas nu, mais où la terre noire est davantage visible ;
- au printemps, le sol se réchauffe plus vite ;
- ensuite il repaille quand la terre est réchauffée.
Pour incorporer cette paille, il utilise un outil spécifique de travail du sol, fabriqué avec l’Atelier paysan.
L’outil de travail du sol pour incorporer la paille
Brice présente un outil monté sur son tracteur, utilisé pour :
- refaire les buttes ;
- ramener la matière tombée dans les passe-pieds ;
- nettoyer les passe-pieds ;
- incorporer la paille.
Il rappelle qu’en culture sur sol nu, les passe-pieds étaient un gros problème d’enherbement. Avec le paillage, cette question est bien mieux maîtrisée.
L’outil lui est revenu assez cher pour son habitude, puisqu’il n’achète presque jamais de matériel neuf. Le coût total était d’environ 4 000 euros, dont environ 3 000 euros à sa charge après subventions.
L’outil pour retirer la paille à la récolte des pommes de terre
Brice montre aussi un outil acheté cette année pour faciliter la récolte des pommes de terre sous paille.
Le principal travail dans cette culture est de retirer la paille pour accéder aux tubercules. À la main, il estime qu’il faut environ deux heures à deux personnes pour faire une planche de 200 mètres. Avec cet outil, cela se fait en quelques minutes.
Il l’a adapté pour travailler avec délicatesse, avec notamment des protections en caoutchouc.
Le rotavator
Parmi les outils qu’il continue à utiliser, Brice cite le rotavator. Il lui sert :
- à broyer certains résidus végétaux ;
- à incorporer la paille au sol à l’automne.
Selon lui, la paille ne peut pas vraiment rentrer dans le sol sans un outil de ce type.
L’épandeur à fumier pour le paillage
Brice présente l’épandeur comme l’outil le plus important de son système. C’est grâce à lui qu’il peut épandre de grandes quantités de paille ou de matières organiques.
Il précise qu’au début cela lui semblait impressionnant d’avoir un tel outil, mais il reconnaît qu’à grande échelle, il n’y a pas vraiment d’autre solution.
Il lui a coûté peu cher, autour de 100 euros, car il a trouvé une bonne occasion, même si ce type de matériel se vend souvent bien plus cher.
Une autre technique : les tontes ou ensilages d’herbe
Brice évoque aussi une autre technique possible : utiliser de l’herbe ou des tontes, parfois chargées dans un épandeur, puis déposées sur les planches.
Il dit que cela peut avoir :
- un effet désherbant ;
- un effet favorable sur la structure du sol.
Mais il précise qu’il s’agit d’une autre logique que celle de la paille, avec une matière beaucoup plus verte et plus rapide à évoluer.
Il raconte avoir fait un essai raté il y a longtemps : il avait mis une double dose de matière verte, pensant bien faire. Le résultat avait été trop fort, la matière avait pourri, et les choux avaient mal supporté. Il en tire l’idée qu’un échec peut parfois tenir à très peu de chose, ici au fait d’avoir mis trop de matière.
Observation du sol : comparaison avec une prairie
La visite se poursuit au champ avec une observation du sol. Grâce à des tranchées d’irrigation, on voit bien le profil :
- une terre jaune limoneuse en profondeur ;
- un sol qui « ne tient pas l’eau » ;
- donc un sol intéressant à améliorer.
Une comparaison est faite avec une prairie voisine ayant reçu régulièrement de la matière organique. Même là, le sol garde une tendance à mal résister à l’eau.
La structure est observée en faisant tomber des mottes de terre puis en regardant leur fragmentation. Cela permet de voir visuellement comment le sol s’organise.
Les vers de terre
Un gros ver de terre est observé. Il est expliqué qu’il s’agit d’un anécique, reconnaissable notamment à sa partie avant plus sombre.
Ce type de ver :
- vit dans une galerie permanente ;
- sort en surface chercher des débris végétaux ;
- les entraîne dans le sol.
Il est rappelé qu’un bon fonctionnement du sol correspond à une biomasse de vers de terre importante, l’équivalent d’environ deux steaks hachés par mètre carré.
Quand le sol est couvert de matière organique, il est même possible, le soir, d’entendre les vers de terre tirer les résidus dans leurs galeries.
La féverole et la faim d’azote
Sur une planche où de la paille a été incorporée, Brice explique qu’il y avait normalement de la féverole. Le gel l’a fait disparaître, alors qu’elle aurait dû mieux tenir.
Il souligne que les légumineuses comme la féverole sont particulièrement adaptées dans ce contexte, car après incorporation de paille il y a une faim d’azote. Une culture comme la moutarde passerait moins bien, alors que la féverole peut pousser malgré cela.
Les risques liés à la paille non bio
La question des traitements sur la paille est abordée. Brice reconnaît qu’il peut y avoir sur de la paille non bio :
- des vermifuges ;
- des raccourcisseurs ;
- des fongicides.
Il ne nie pas ces inconvénients, mais il estime que les avantages de la technique sont bien supérieurs. Son observation du sol et de son évolution le conforte dans ce choix.
Il tient le même raisonnement pour le compost de déchets verts, qui peut aussi poser certaines questions, mais qu’il utilise malgré tout quand cela l’aide à faire évoluer ses sols.
L’évolution du sol en trois ans
Brice souligne que la transformation est très visible. Il compare :
- une terre limoneuse qui se durcissait ;
- et un sol devenu plus vivant en un an déjà, puis réellement bon en trois ans.
Même dans un sol encore compact, on observe déjà de nombreux vers de terre. Il est montré que, sous une partie superficielle bien travaillée biologiquement, il reste une partie plus dure.
L’idée est que, dans les techniques culturales simplifiées ou sans labour, on différencie souvent :
- une couche superficielle très grumeleuse et riche en matière organique ;
- une couche plus profonde qui peut rester plus dure.
Les vers de terre reconnectent néanmoins ces deux étages.
L’interface entre paillage et sol
Un point particulièrement souligné pendant la visite est l’importance de l’interface entre :
- le paillage ;
- et le sol situé dessous.
À cet endroit, on observe :
- des filaments blancs de champignons ;
- un mélange d’humus, de terre et de résidus ;
- une structure très grumeleuse ;
- une activité biologique intense.
Cette zone est présentée comme très riche. L’idée est que chaque fois qu’on retravaille le sol, on dilue cette interface dans le profil, ce qui peut freiner sa dynamique.
Brice fait remarquer toutefois que sur ses planches, cette interface se reconstitue assez vite.
Les campagnols, les mulots et leurs galeries
Il est aussi question des mulots. Brice les voit comme des ravageurs quand ils deviennent trop gênants, notamment sous tunnel, et il peut alors recourir à des appâts.
Mais il reconnaît aussi un effet positif : leurs galeries créent de la macro-porosité et structurent le sol.
Les galeries apparaissent comme des zones où le sol sèche plus vite et se transforme différemment. Il y a donc, même avec ces animaux problématiques, des aspects favorables à observer dans le fonctionnement du sol.
Les arbres, les inoculums et les corridors biologiques
Une longue discussion a lieu autour des arbres, des champignons et de l’idée d’« inoculum », comparé à un levain.
L’idée développée est que certains lieux du paysage sont particulièrement riches en vie microbienne, et qu’il peut être intéressant de :
- repérer ces zones ;
- les reconnecter ;
- favoriser la circulation de cette vie dans la ferme.
Cela peut passer par :
- des arbres ;
- des bandes pérennes ;
- des plantes aromatiques ;
- des bords de serre vivants.
Il est évoqué par exemple :
Ces corridors servent à accueillir davantage de vie : champignons, insectes, auxiliaires, pollinisateurs.
Brice est sensible à cette idée, même s’il raisonne aussi d’abord à partir du sol et de sa biologie déjà présente. L’échange insiste sur le fait que changer le milieu favorise déjà certaines formes de vie, mais que faciliter les transferts peut encore enrichir le système.
Une stratégie fondée sur plus de vie
Il est opposé deux façons de faire :
- une logique de lutte, où l’on détruit ce qui gêne ;
- une logique plus « biophile », qui consiste à favoriser plus de vie pour obtenir plus de régulation.
Dans cette seconde approche, les ravageurs sont davantage contrôlés parce que le milieu est plus complexe, plus habité, plus résilient.
Brice relie cela à ce qu’il cherche sur sa ferme : installer des milieux où les interactions sont nombreuses et où les problèmes sont régulés par la vie elle-même.
Le tunnel d’été : fonctionnement et état du sol
Sous tunnel d’été, le sol n’a pas été travaillé depuis trois ou quatre ans. Il est simplement paillé avec les restes de culture.
Dans ce tunnel, il y a l’irrigation au goutte-à-goutte, ce qui le distingue des autres. C’est pourquoi Brice y revient toujours avec les légumes d’été :
- tomates ;
- poivrons ;
- courgettes ;
- concombres ;
- pastèques.
En hiver, il devrait idéalement arroser pour réhumidifier le profil et aider la matière à évoluer, car le goutte-à-goutte a laissé le sol sec. Cette année-là, il ne l’avait pas encore fait, car le tunnel lui servait à conserver les courges à l’abri du gel.
Il remarque que le sol reste assez dur en profondeur, mais avec une certaine porosité. Les racines nourricières se développent surtout dans la couche supérieure de matière organique en transformation, très riche, tandis que les grosses racines vont chercher plus bas l’humidité.
Selon lui, ce fonctionnement est acceptable en tunnel, car les conditions y sont plus contrôlées qu’à l’extérieur.
Activité biologique sous tunnel
Sous l’ancien paillage, malgré l’absence récente d’arrosage, on observe :
- du mycélium blanc ;
- des collemboles ;
- des galeries ;
- une évolution visible de la matière organique.
Le fait de voir des collemboles en fin d’hiver est interprété comme un bon signe : cela signifie qu’ils ont eu à manger tout l’hiver, et que les auxiliaires démarrent la saison en bon état.
On observe aussi qu’à l’intérieur même des mottes, il existe désormais un feutrage et des vides qui témoignent d’une évolution de la porosité.
Les semis dans le compost mûr
Brice montre ensuite des planches semées avec les bandes papier dans un support de compost mûr. On y voit notamment de la mâche.
Il précise toutefois que ce compost mûr, très stable, n’est pas ce qu’il préfère pour la vie du sol. Il est déjà très « calmé », a beaucoup respiré, et apporte moins de dynamique biologique qu’un compost frais.
Selon lui :
- si l’on doit acheter du compost de déchets verts, mieux vaut prendre le plus frais possible pour nourrir la vie du sol ;
- le compost mûr, en revanche, reste intéressant comme support de semis car il permet des germinations régulières.
Il constate cependant que, sur le plan de la structure du sol de production, ce compost mûr ne lui a pas donné autant de satisfaction que les systèmes avec paille.
Les difficultés de semis, notamment en carotte
Brice précise que les bandes papier donnent des levées régulières et homogènes, mais que certains échecs de culture ne sont pas dus à la technique elle-même.
Il cite le cas des carottes, qui peuvent rater sans qu’il sache toujours exactement pourquoi. En revanche, il dit que cela réussit toujours ou presque pour :
Une amélioration rapide du sol sous tunnel avec paille incorporée
Brice montre enfin, dans un autre tunnel, une planche dont la terre lui plaît particulièrement. Cette amélioration a été faite l’été précédent avec incorporation de paille.
Le résultat est une terre :
- plus agréable ;
- plus grumeleuse ;
- plus facile à travailler ;
- meilleure pour certaines cultures comme les choux ou les carottes.
Il reconnaît que le fond reste plus travaillé mécaniquement et différent de la surface, mais il trouve cette évolution très encourageante. Il ne sait pas encore combien de temps cette belle structure durera sans nouvel apport, car il n’a que trois ans de recul sur cette technique.
Les bordures de tunnel et les plantes pérennes
La discussion revient sur l’intérêt de maintenir des bords vivants dans les tunnels ou juste à côté. Brice montre des petits fruitiers, des vignes et d’autres plantes pérennes.
L’idée avancée est de créer des refuges et des continuités biologiques :
- pour les insectes ;
- pour les champignons ;
- pour les auxiliaires.
Des plantes comme le romarin, ou des bulbes à floraison précoce, sont citées comme utiles pour attirer insectes et pollinisateurs à des périodes où il n’y a pas grand-chose d’autre.
Brice rappelle qu’il a déjà des côtés de tunnels assez ouverts et percés, ce qui permet déjà des circulations d’insectes. Il voit qu’il y a là une marge de progrès possible.
La zone humide et le sens du maraîchage
La visite se termine vers une zone humide de la ferme. Un profil de sol y montre :
- des couleurs bleutées, signes d’une saturation durable en eau ;
- des taches de rouille, liées à la circulation de l’oxygène autour des racines.
Il est rappelé que le maraîchage, historiquement, se faisait justement dans les zones humides, car on y disposait d’eau à volonté pour les cultures exigeantes.
Dans ce type de contexte, il faudrait raisonner autrement la conduite :
- avec des planches surélevées ;
- en s’adaptant à l’excès d’eau plutôt qu’en l’évitant absolument.
Il est aussi indiqué que ce type de milieu abrite beaucoup de vie, et qu’on peut l’évaluer par exemple en plantant des piquets de bois dans le sol pour voir à quelle vitesse ils se décomposent.
Ce que Brice retient de la matinée
En conclusion, Brice dit avoir particulièrement apprécié :
- les comparaisons de sol entre endroits proches ;
- l’idée des connexions biologiques ;
- le rôle des racines et des champignons ;
- la lecture plus fine des différences de structure et de fonctionnement.
Il souligne que quand on n’a qu’un seul sol sous les yeux, on finit par s’y habituer. Le fait de comparer directement des situations proches mais contrastées éclaire beaucoup mieux les processus à l’œuvre.
La conclusion générale de la visite met en avant :
- la biodiversité ;
- les transferts ;
- les connexions ;
- l’attention portée au vivant ;
- le fait de prendre le temps d’observer, sentir, écouter et regarder.
La matinée se termine sur l’idée que toute cette vie du sol et de la ferme se prolonge ensuite dans l’alimentation produite sur place.