Rhizosphère & champignons mycorhiziens, par Jill Clapperton (VO)
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Aujourd'hui, c'est une formation donnée lors de nos Rencontres Internationales de l'Agriculture du Vivant en 2019 ! Au programme, les cultures intercalaires et les couverts multi-espèces, zoom sur la rhizosphère : les interactions entre plantes, sol et microorganismes avec Jill Clapperton !
Introduction
Jill Clapperton se présente d’abord comme physiologiste des plantes, avec une formation en physiologie végétale et en biochimie. Elle annonce qu’elle va parler de ce qui vit dans le sol, de ce que ces organismes y font, et de la manière dont on peut les aider à se nourrir. L’idée générale de l’intervention est que les plantes peuvent résoudre beaucoup de problèmes agricoles si l’on comprend mieux leur fonctionnement avec le sol.
Elle explique qu’elle va aborder :
- la vie du sol ;
- la façon dont les plantes construisent et utilisent le sol ;
- la rhizosphère ;
- les champignons mycorhiziens ;
- les cultures de couverture ;
- les cultures compagnes et les associations de cultures ;
- des outils simples de mesure utilisables par les agriculteurs.
Elle précise que tout ce qu’elle présente vise des usages pratiques à la ferme, et non des outils de laboratoire trop sophistiqués.
Une approche pratique pour les agriculteurs
Jill Clapperton insiste sur le fait qu’elle travaille surtout avec des systèmes agricoles réels, notamment en maraîchage et en grandes cultures, y compris en agriculture biologique. Elle cite son travail avec de grands producteurs de légumes dans l’État de Washington, sur des cultures comme :
- les oignons ;
- les courges ;
- les asperges ;
- les pommes de terre.
Dans ces systèmes, elle explique qu’ils travaillent principalement avec des cultures compagnes, des cultures associées dans le champ, et des cultures de couverture pendant l’intersaison. Elle donne l’exemple d’un système où des cultures intercalaires sont utilisées pour garder le sol couvert.
Elle annonce aussi qu’elle parlera des façons de mesurer :
- la qualité du sol ;
- la biomasse microbienne ;
- le carbone organique du sol.
Même si certaines mesures restent coûteuses ou difficiles, elle souligne qu’il existe déjà des outils simples, utilisables directement à la ferme.
Tout se passe dans les premiers centimètres du sol
Selon Jill Clapperton, l’essentiel de l’activité biologique du sol se concentre dans la couche superficielle, environ dans les 25 premiers centimètres. C’est là que se joue l’essentiel de la fertilité biologique.
Elle montre des exemples de parcelles où l’on voit clairement les effets de la couverture végétale sur :
- l’érosion ;
- l’infiltration ;
- la rétention de l’eau.
Elle compare notamment deux situations :
- une parcelle sans culture compagne ;
- une parcelle avec culture compagne d’hiver dans du canola d’hiver.
La différence observée est que dans la parcelle vivante et couverte, l’eau ne s’accumule pas de la même manière. La raison est que la matière organique et l’activité biologique améliorent la rétention de l’eau. Dans une zone à faible pluviométrie, il est essentiel de retenir toute l’eau possible.
Le sol est un habitat
Le point principal qu’elle veut faire retenir est le suivant : le sol est un habitat. Il ne faut pas seulement voir le sol comme un support où l’on fait pousser des plantes, mais comme le milieu de vie d’une multitude d’organismes.
Elle cite parmi les habitants du sol :
- les bactéries ;
- les champignons ;
- les protozoaires ;
- les nématodes ;
- les collemboles ;
- les vers de terre ;
- de nombreux autres animaux du sol.
Elle insiste aussi sur une idée importante : les agriculteurs peuvent modifier cet habitat. Ils peuvent :
- l’améliorer ;
- le dégrader ;
- l’orienter vers des processus favorables aux cultures ;
- ou, au contraire, favoriser des mauvaises herbes, des maladies ou des ravageurs.
Le fonctionnement du sol dépend donc en grande partie des choix agronomiques.
Le travail du sol détruit l’infrastructure du sol
Jill Clapperton compare la structure du sol à une véritable infrastructure. Quand on laboure, ou même quand on récolte certaines cultures comme les pommes de terre, les carottes ou d’autres légumes racines, on perturbe cette infrastructure.
Cela détruit l’organisation interne du sol et demande ensuite beaucoup d’énergie biologique pour être reconstruit. Les organismes du sol doivent refaire cette structure. Si les perturbations sont trop fréquentes, ils s’épuisent.
Elle en conclut qu’il faut faire tout ce qui est possible pour réduire cette dépense d’énergie inutile et aider les organismes du sol à reconstruire durablement le profil.
La caractéristique la plus importante d’un sol sain : la structure
Pour Jill Clapperton, la caractéristique la plus importante d’un sol sain est la structure. C’est elle qui conditionne :
- la circulation de l’air ;
- la circulation de l’eau ;
- le déplacement des organismes ;
- les interactions entre proies et prédateurs ;
- le recyclage des nutriments.
Elle explique que certaines plantes construisent davantage la structure que d’autres. Les plantes modifient le sol pour leurs propres besoins, mais ce faisant, elles créent aussi une infrastructure utile pour tous les organismes du sol.
Elle insiste donc sur le rôle des plantes comme constructrices de structure.
Les plantes construisent l’infrastructure du sol
La structure du sol est présentée comme un réseau de routes et d’espaces où :
- les bactéries se déplacent ;
- les champignons tissent leurs réseaux ;
- les prédateurs accèdent à leurs proies ;
- l’eau et l’air circulent.
Sans structure, il n’y a pas de réseau trophique efficace. Or le recyclage des nutriments dépend justement de ces relations :
- les microbes immobilisent des nutriments ;
- la faune du sol consomme les microbes ;
- les prédateurs recyclent ensuite ces nutriments sous des formes disponibles pour les plantes.
C’est pourquoi elle affirme que si l’on construit cette structure, les organismes viendront et fonctionneront.
Semer dans une culture de couverture vivante
Jill Clapperton décrit une pratique qu’elle utilise régulièrement : le semis direct dans une culture de couverture encore verte. Le principe est de semer d’abord dans le couvert vivant, puis de détruire ce couvert ensuite.
Elle explique que cela est plus facile, car il est plus simple de couper une plante verte qu’une plante sèche. Certains roulent ou couchent le couvert avant ou pendant le semis, d’autres le détruisent après.
L’objectif reste toujours le même : construire le sol en profondeur, et non seulement en surface. Elle dit vouloir un sol profond, vivant, structuré sur toute son épaisseur.
Le test des bandes de coton
Jill Clapperton présente un test simple de terrain pour mesurer l’activité biologique fongique du sol : l’enfouissement de bandes de coton.
Le principe repose sur le fait que seuls les champignons peuvent vraiment dégrader la cellulose du coton. Enterrer du coton permet donc d’estimer l’activité fongique.
Elle précise :
- qu’on peut utiliser des bandes de tissu 100 % coton ;
- qu’il existe une méthode détaillée sur son site ;
- que c’est un test très ancien, développé dès le début des années 1900 en Grande-Bretagne ;
- que cette version modernisée fonctionne très bien.
Ce test permet de comparer différentes situations, par exemple :
- un sol conventionnel ;
- un sol après culture de couverture.
Elle montre que la différence de dégradation est très parlante pour les agriculteurs : on voit concrètement que certaines pratiques augmentent l’activité biologique du sol.
La biologie relie la physique et la chimie du sol
Selon Jill Clapperton, il faut toujours garder en tête une hiérarchie :
- d’abord la biologie ;
- puis les propriétés chimiques et physiques.
La raison est que la biologie relie les dimensions chimiques et physiques du sol. Sans organismes vivants, il n’y a pas de fonctionnement de la fertilité.
La productivité du sol concerne donc à la fois :
- la nutrition ;
- la densité nutritionnelle des aliments ;
- la qualité environnementale ;
- et, au final, la santé globale.
La partie la plus active du sol : les racines
Jill Clapperton affirme que la partie biologiquement la plus active du sol est la racine. Les racines sont au cœur du fonctionnement du sol vivant.
Elle dit que plus on met de diversité végétale au-dessus du sol, plus on obtient de diversité microbienne en dessous.
Les racines nourrissent le sol et pilotent une large part des interactions biologiques.
La rhizosphère
La rhizosphère est définie comme le sol attaché à la racine et le sol influencé par la racine.
Les racines :
- libèrent des composés ;
- exsudent du carbone ;
- relâchent des nutriments ;
- absorbent de l’eau et des éléments minéraux.
Elles créent donc autour d’elles une zone d’activité intense.
Jill Clapperton insiste aussi sur l’importance de la qualité de la semence. Les nutriments contenus dans la graine soutiennent les premières étapes de croissance. Si une bonne semence est placée dans un sol très pauvre, elle peut être forcée de puiser dans ses propres réserves pour échanger avec le sol et les micro-organismes. L’objectif est donc de ne jamais pousser la graine à s’épuiser au démarrage.
Sous terre, tout communique
Elle insiste sur le fait que le monde souterrain est extrêmement dynamique. Les plantes, les microbes et les organismes pathogènes échangent en permanence des signaux.
Il y a :
- des signaux envoyés par les plantes ;
- des signaux émis par les micro-organismes bénéfiques ;
- des signaux liés aux maladies ;
- des mécanismes qui stimulent ou freinent la croissance racinaire.
Elle souligne que beaucoup de micro-organismes favorisent le développement racinaire, tandis que des organismes pathogènes cherchent au contraire à ralentir la plante. Selon elle, beaucoup de pathogènes sont en réalité de mauvais compétiteurs : ils ne peuvent pas suivre une racine qui croît rapidement dans un bon sol, donc ils cherchent à la freiner.
Les exsudats racinaires et le carbone du sol
Les exsudats racinaires sont, selon Jill Clapperton, la forme de carbone la plus disponible dans le sol. C’est ce qui explique pourquoi les racines sont si importantes dans la construction du sol.
Elle distingue :
- les résidus végétaux de surface ;
- la matière organique morte ;
- les exsudats racinaires ;
- les vieilles racines.
Pour elle, ce qui construit le mieux le sol, ce ne sont pas les résidus de surface, mais les racines et les exsudats. Le carbone issu des racines est aussi plus stable et contribue davantage à la formation d’agrégats stables.
Elle insiste sur une conséquence pratique : si l’on veut construire des sols et augmenter la matière organique du sol, il faut mettre des racines dans le sol :
- des racines superficielles ;
- des racines intermédiaires ;
- des racines profondes.
Chaque plante a sa propre signature biologique
Chaque plante exsude une « soupe » spécifique de composés. Aucune plante ne produit exactement les mêmes exsudats qu’une autre.
C’est pour cela que la diversité végétale fonctionne. Plus il y a de plantes différentes, plus il y a :
- de types de carbone différents ;
- de niches écologiques ;
- de micro-organismes différents ;
- de réseaux trophiques complexes.
La diversité végétale entraîne donc une diversité biologique souterraine.
Une racine nue est un mauvais signe
Jill Clapperton affirme qu’en arrachant une plante, on devrait normalement voir du sol adhérer aux racines. Si l’on sort du sol une racine complètement nue, cela indique qu’il y a du travail à faire sur la qualité biologique et structurale du sol.
Bactéries, champignons et agrégats
Elle prend l’exemple de Bacillus thuringiensis (BT) pour rappeler que des bactéries peuvent produire des structures et contribuer à l’organisation du sol.
Mais elle insiste surtout sur le rôle complémentaire des champignons. Les hyphes fongiques forment un filet qui relie les particules et contribue à fabriquer des agrégats.
Ainsi :
- les bactéries contribuent à l’agrégation ;
- les champignons renforcent cette agrégation ;
- l’ensemble améliore fortement la structure du sol.
Quand on observe une forte présence fongique sur des résidus difficiles à décomposer, c’est un bon signe : cela signifie que le système décompose bien les matières résistantes et remet les nutriments à disposition.
Les champignons mycorhiziens
Jill Clapperton présente les mycorhizes comme un élément central de la cohésion du sol. Elles « tiennent tout ensemble ».
Elle montre qu’avec des sols sableux, les mycorhizes permettent de mieux maintenir les particules entre elles. Elles améliorent donc fortement la structure, notamment là où le sol manque naturellement de cohésion.
Elle explique aussi que la rotation influence fortement l’activité mycorhizienne. En particulier, lorsque des légumineuses sont présentes dans la rotation, l’activité mycorhizienne augmente.
Ce que font les mycorhizes
Les champignons mycorhiziens :
- produisent des spores et des structures de reproduction ;
- ne peuvent pas vivre sans plante hôte ;
- ont donc besoin que la plante se développe bien ;
- aident à l’absorption de nombreux nutriments ;
- participent particulièrement à la nutrition en phosphore, zinc et fer ;
- augmentent la résistance des plantes ;
- influencent la communauté microbienne associée aux racines.
Jill Clapperton insiste sur le fait que les légumineuses ont absolument besoin de phosphore, de zinc et de fer pour fixer l’azote. Les mycorhizes sont donc particulièrement importantes dans ces systèmes.
Elle souligne aussi que certaines cultures comme le maïs, le sorgho ou l’oignon montrent visuellement une coloration des racines lorsqu’elles sont fortement mycorhizées.
Les plantes modifient le pH et solubilisent les nutriments
Les plantes ne se contentent pas d’absorber les nutriments : elles modifient activement leur environnement racinaire pour les rendre disponibles.
Jill Clapperton explique que certaines plantes :
- acidifient ou modifient localement le pH de la rhizosphère ;
- exsudent des carboxylates pour mobiliser le phosphore ;
- produisent des sidérophores pour capter le fer et le zinc.
Ces mécanismes varient selon les espèces. C’est pour cela qu’associer des plantes différentes permet d’accéder à un plus large éventail de nutriments.
Les plantes s’entraident
Un des messages centraux de l’intervention est que les plantes s’entraident lorsqu’on les cultive ensemble.
Dans les mélanges, les exsudats et les associations racinaires permettent de :
- mobiliser davantage de phosphore ;
- mieux exploiter le calcium, le magnésium et d’autres minéraux ;
- améliorer l’accès à différents compartiments nutritifs ;
- soutenir la croissance des plantes voisines.
Certaines combinaisons sont très synergiques : « un plus un peut faire quatre ou cinq ». Mais certaines associations ne fonctionnent pas : « un plus un peut aussi donner zéro ».
L’enjeu agronomique est donc de choisir les bonnes combinaisons.
Le phosphore doit être pensé comme un nutriment organique
Jill Clapperton reprend une idée importante : il faut considérer le phosphore comme un nutriment organique, et non simplement comme un nutriment inorganique.
Cela signifie que sa disponibilité dépend largement :
- de la biologie du sol ;
- des racines ;
- des exsudats ;
- des associations végétales ;
- des champignons mycorhiziens.
C’est une raison supplémentaire pour mélanger les plantes, notamment en associant différentes familles botaniques, car elles ne mobilisent pas les nutriments de la même manière.
L’azote : toutes les plantes n’utilisent pas les mêmes formes
Jill Clapperton explique que les plantes n’utilisent pas toutes l’azote de la même manière. Certaines favorisent le nitrate, d’autres exploitent davantage des formes organiques ou des acides aminés.
Elle insiste notamment sur le fait que les plantes et les micro-organismes préfèrent souvent les acides aminés aux autres formes d’azote, même si cette fraction reste faible dans le sol.
Cette différence d’usage a des conséquences importantes pour les associations de cultures. Si deux plantes utilisent exactement la même forme d’azote, elles peuvent entrer en concurrence. Si elles exploitent des formes différentes, elles peuvent au contraire mieux coexister.
Elle donne l’exemple du trèfle blanc, qu’elle n’aime pas comme culture de couverture dans certains cas, parce qu’il utilise des formes d’azote très proches de celles du maïs ou de l’avoine. Elle préfère alors d’autres légumineuses mieux complémentaires.
Le rôle central des prédateurs dans le recyclage
Jill Clapperton rappelle que les microbes immobilisent rapidement carbone et azote. Si personne ne les mange, ces nutriments ne sont pas recyclés efficacement pour les plantes.
Il faut donc absolument une faune prédatrice dans le sol :
- protozoaires ;
- nématodes libres ;
- autres animaux du sol.
Ces organismes consomment les bactéries et autres microbes, puis remettent les nutriments en circulation.
Elle le dit très clairement : sans animaux du sol, rien ne fonctionne correctement. Si l’on n’avait que des microbes, les plantes mourraient de faim.
Les protozoaires et les nématodes ont besoin de structure
Les protozoaires et les nématodes ont besoin d’une bonne structure du sol pour se déplacer. Ils ne creusent pas eux-mêmes ; ils empruntent l’infrastructure existante.
Sans agrégats, pores et continuité structurale, ils ne peuvent pas accéder aux bactéries qu’ils doivent consommer. Là encore, la structure conditionne donc directement le recyclage des nutriments.
Pourquoi il faut moins perturber le sol
Les bactéries et les champignons peuvent souvent revenir relativement vite après une perturbation, mais les animaux du sol reviennent beaucoup plus lentement.
C’est pourquoi Jill Clapperton insiste sur la réduction du travail du sol. Il faut protéger les habitats de la faune du sol et utiliser d’autres leviers :
- cultures de couverture ;
- cultures compagnes ;
- gestion de la couverture végétale ;
- réduction des perturbations.
Les collemboles et autres petits animaux du sol
Elle évoque aussi les collemboles, proches des insectes, et donc sensibles aux insecticides. Ils sont importants pour :
- consommer les résidus de surface ;
- maintenir la litière au contact du sol ;
- contribuer aux premiers stades de décomposition.
Elle les considère comme d’excellents indicateurs de qualité du sol.
Les vers de terre comme indicateurs
Les vers de terre occupent une place importante dans son exposé. Jill Clapperton explique qu’on peut simplement les compter dans une pelletée de terre pour obtenir un indicateur pratique de qualité du sol.
Repères donnés :
- environ 6 vers par pelletée : correct ;
- environ 10 : très bien ;
- plus de 10 : excellent.
Elle rappelle aussi que les vers de terre aiment les sols :
- frais ;
- humides ;
- couverts.
Cela renforce encore l’intérêt des sols couverts, qui gardent une température plus basse et une humidité plus stable.
Les vers de terre doivent être nourris
Pour avoir des vers de terre, il faut les nourrir. Jill Clapperton insiste fortement sur ce point. Les vers de terre, et plus largement la faune du sol, ont besoin d’une alimentation abondante.
Elle note qu’ils apprécient particulièrement certains résidus, notamment ceux de brassicacées :
- radis ;
- brocoli ;
- chou-fleur ;
- autres crucifères.
Les vers de terre sont décrits comme de grands aspirateurs : ils aspirent la matière d’un côté et rejettent de l’autre. Ils jouent un rôle majeur dans :
- le mélange de la matière organique ;
- l’aération ;
- la formation de gros pores ;
- l’infiltration de l’eau ;
- le recyclage du carbone et de l’azote.
Les animaux du sol sont indispensables
Jill Clapperton résume le cycle ainsi :
- les plantes nourrissent les microbes ;
- les microbes nourrissent la faune ;
- la faune recycle les nutriments ;
- les nutriments reviennent aux plantes.
Sans ce cycle complet, il n’y a ni bonne structure du sol, ni bonne nutrition végétale.
Sols sains, plantes saines, services écosystémiques
Dans un sol sain, les plantes sont belles, vigoureuses, et l’agriculteur le voit immédiatement au champ. Une bonne structure et une forte activité biologique apportent aussi de nombreux services.
Elle cite notamment le cas du glyphosate. Selon elle, dans des sols riches en matière organique et en acides humiques, le glyphosate est davantage lié et retiré du système, puis dégradé par les bactéries. Elle présente cela comme un exemple de service rendu par un sol biologiquement actif.
Sols nus et stockage du carbone
Jill Clapperton critique fortement les sols laissés nus. Elle rappelle qu’un sol nu continue de « fonctionner » biologiquement :
- les micro-organismes sont toujours actifs ;
- ils consomment du carbone ;
- ils consomment de l’azote ;
- ils consomment des micronutriments.
Autrement dit, un sol nu n’est pas au repos. Il est au contraire en train d’épuiser ses ressources, faute d’alimentation végétale.
Cela va à l’encontre des objectifs de stockage du carbone. Pour elle, si l’on veut stocker du carbone, il faut garder des plantes vivantes et optimiser les surfaces racinaires dans le sol.
Tout est affaire de racines
Elle le résume simplement : il faut regarder les racines. Ce sont elles qui nourrissent le sol :
- par leurs exsudats ;
- par leur renouvellement ;
- par leur profondeur ;
- par leur diversité.
La culture intercalaire et les associations de cultures
Jill Clapperton rappelle que ces pratiques sont très anciennes :
- les Chinois les utilisaient depuis plus de mille ans ;
- les Iroquois cultivaient les « trois sœurs » ;
- des travaux du XIXe siècle et du début du XXe siècle avaient déjà montré les gains possibles.
Elle insiste sur le fait que ces pratiques ne sont pas nouvelles. Ce qui est nouveau, c’est qu’on les redécouvre avec des outils modernes.
Principes des cultures associées
Pour réussir une culture associée destinée à être récoltée, elle donne deux règles pratiques :
- les espèces doivent mûrir de façon compatible ;
- les graines doivent avoir des tailles différentes, afin de pouvoir être séparées après récolte.
Le tri des récoltes devient alors un élément technique central.
Les mycorhizes relient les plantes entre elles
Dans les cultures associées, les mycorhizes jouent aussi un rôle de réseau. Selon Jill Clapperton, elles relient les plantes entre elles et permettent des transferts :
- d’azote ;
- d’eau ;
- de nutriments.
Cela explique une partie des synergies observées dans les mélanges.
Exemples de mélanges performants
Jill Clapperton donne de nombreux exemples observés en ferme ou en expérimentation.
Pois et canola
Elle décrit une association pois-canola comme une culture remarquable. Dans ce système, le canola et les pois produisent chacun presque deux fois plus que lorsqu’ils sont cultivés seuls.
Lin et pois chiches
Dans l’Ouest canadien, une association lin-pois chiches a permis de réduire fortement l’usage de fongicides, jusqu’à environ un tiers de la dose habituelle. Au départ, l’association était pensée comme une culture compagne, puis il est apparu qu’il était possible de récolter les deux espèces.
Tournesol et autres espèces
Elle montre aussi des systèmes où les cultures sont espacées de façon à pouvoir récolter séparément certaines espèces, comme avec le tournesol.
Sorgho et légumineuses tropicales
Le sorgho n’aime pas les espèces de saison fraîche. Il fonctionne mieux avec des légumineuses tropicales, comme :
- le niébé ;
- d’autres légumineuses adaptées aux conditions chaudes.
Cela illustre l’idée que toutes les espèces ne sont pas compatibles.
Le transfert d’azote dans les mélanges
Jill Clapperton insiste sur le fait qu’il existe des preuves réelles de transfert d’azote des légumineuses vers les céréales.
Dans certains cas, les légumineuses peuvent fournir une part importante de l’azote nécessaire à la céréale. Elle cite notamment des chiffres de l’ordre de 15 % de l’azote fourni à la culture associée.
Elle explique que, grâce à cela, elle peut faire pousser du blé sans apport supplémentaire d’azote, en l’associant avec :
- des lentilles ;
- des pois ;
- des pois chiches ;
- des féveroles.
Exemple blé dur et féverole
Elle raconte une expérimentation récente avec blé dur et féverole. Au départ, ils avaient sous-dosé la féverole en pensant qu’elle servirait seulement de compagne pour fournir de l’azote. Finalement, les résultats ont montré que le système était très prometteur :
- absence de maladies ;
- très bonne teneur en protéines ;
- excellent intérêt pour des débouchés comme les pâtes.
Elle explique que l’année suivante, ils ont décidé de tester à pleine dose les deux espèces.
Le lin change de comportement au contact du blé
Elle donne aussi l’exemple du lin associé au blé. Le lin est normalement une plante indéterminée qui continue à pousser longtemps. Mais lorsqu’il pousse avec le blé, il cesse de croître plus tôt, ce qui permet une maturité compatible avec la récolte.
C’est un bon exemple d’interaction entre espèces.
Les « trois sœurs »
Jill Clapperton revient sur le système traditionnel des « trois sœurs » :
- maïs ;
- légumineuse ;
- courge ou autre espèce associée selon les variantes.
Elle explique qu’avec le maïs, il faut choisir de préférence des légumineuses tropicales, parce que le maïs est lui-même une plante tropicale. Elle cite plusieurs combinaisons avec :
- niébé ;
- pois d’Angole ;
- mungo ;
- sunn hemp.
Dans ses essais, certaines associations ont amélioré la nutrition de la culture, notamment pour des éléments comme :
- le zinc ;
- le calcium.
Elle observe aussi des différences liées à la pression de la faune sauvage, comme les dégâts de cerfs sur certaines espèces.
Les cultures compagnes pour la protection hivernale
Elle présente aussi le cas du canola d’hiver associé à une culture compagne. L’objectif n’était pas ici la récolte du compagnon, mais la protection.
Dans les conditions de gel-dégel, cette couverture compagne a permis de maintenir une meilleure couverture neigeuse et de protéger la culture principale. Le résultat observé a été environ 50 % de survie supplémentaire.
Le pâturage sursemé
Jill Clapperton montre enfin des exemples de sursemis de nouvelles espèces dans des prairies ou pâturages. Un éleveur laitier a simplement semé un mélange directement dans le couvert existant.
Elle montre qu’en 18 mois seulement, la diversité et la qualité du couvert avaient fortement changé.
Mais elle insiste : il ne suffit pas de faire du non-labour ou du sursemis. Il faut choisir le bon mélange. Un mauvais choix d’espèces peut conduire à des résultats médiocres, avec davantage de nématodes parasites des plantes, alors qu’un bon choix favorise les recycleurs de nutriments et les prédateurs.
Le soufre et les micronutriments
Pour que les plantes expriment pleinement leurs capacités de défense et leurs effets biologiques, il faut qu’elles aient suffisamment :
- de soufre ;
- de micronutriments.
Jill Clapperton dit utiliser souvent du soufre élémentaire, à faible dose, car cela nourrit les micro-organismes capables de l’oxyder en sulfate. À ses yeux, c’est préférable à l’apport direct de sulfate, qui ne soutient pas autant la biologie du sol.
Le soufre est présenté comme un élément essentiel de la défense des plantes contre :
- les maladies ;
- les insectes.
La génétique compte aussi
Enfin, Jill Clapperton rappelle que la génétique des plantes est un facteur important. Elle évoque des travaux sur 483 variétés différentes de pois, montrant de très fortes différences pour des éléments comme :
Son point est clair : il ne suffit pas de choisir la bonne espèce. Il faut aussi choisir la bonne variété, en fonction de la qualité recherchée et du fonctionnement du système.
Conclusion
L’idée générale de cette conférence est que la fertilité du sol repose d’abord sur le vivant. Le sol est un habitat, construit en grande partie par les plantes, surtout par leurs racines et leurs exsudats. La structure du sol est la base de tout, et cette structure dépend d’interactions entre :
- plantes ;
- bactéries ;
- champignons, notamment mycorhiziens ;
- protozoaires ;
- nématodes ;
- collemboles ;
- vers de terre ;
- autres animaux du sol.
Pour Jill Clapperton, les leviers les plus importants sont :
- garder le sol couvert ;
- maintenir des racines vivantes ;
- diversifier les espèces ;
- réduire les perturbations ;
- nourrir la faune du sol ;
- utiliser des associations de cultures et des cultures compagnes bien choisies.
L’ensemble de son propos vise à montrer que les plantes, lorsqu’elles sont bien associées et insérées dans un sol biologiquement actif, peuvent résoudre une grande partie des problèmes agronomiques.