Semis direct sous couvert permanent - GIEE MAGELLAN
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Après avoir testé des couverts annuels, le collectif s’oriente vers des couverts pérennes comme le lotier, la luzerne ou le trèfle, capables de mieux protéger le sol, limiter les adventices, améliorer la structure et sécuriser les implantations. La vidéo détaille les critères de choix des espèces, les associations avec le colza ou les céréales, les questions de régulation et les effets sur l’azote.
L’ensemble illustre une démarche collective d’expérimentation de terrain, diffusée largement par le groupe et ses partenaires, notamment Greenotec.Conférence sur les semis direct sous couvert permanent de légumineuses, par Michael Geloen et Benoit Vernillat.
Cette vidéo a été tournée et réalisée par l'ASBL GREENOTEC lors de leur assemblée générale de 2019, nous les remercions pour leur aimable autorisation de remise en ligne.
Pour plus d'informations sur cette association : http://www.greenotec.be/
Présentation du GIEE Magellan
L’intervenant remercie les organisateurs pour l’invitation et explique qu’il va présenter les travaux conduits avec un groupe d’agriculteurs de la Nièvre. Il se présente comme travaillant à Terres Inovia, aux côtés de Gilles, et accompagnant notamment un GIEE de la Nièvre dont fait partie Benoit Vernillat.
L’objectif de départ du groupe était d’aller vers des systèmes capables de maîtriser le semis direct sous couvert permanent. L’idée était d’expliquer pourquoi le groupe a choisi de travailler sur cette voie, alors même qu’un couvert permanent peut apparaître comme une contrainte supplémentaire. L’intervenant précise d’ailleurs qu’au début, le groupe avait une vision un peu idéaliste du couvert permanent, imaginé comme un couvert restant en place très longtemps dans la parcelle. Avec l’expérience, ils ont constaté qu’il était aussi intéressant d’avoir des périodes de couverture annuelle afin de créer des ruptures dans le système de culture et de mieux gérer certaines problématiques, notamment les insectes et les adventices.
Le plan annoncé est simple :
- présenter le fonctionnement du GIEE ;
- montrer la logique collective du groupe ;
- entrer ensuite dans les aspects techniques du semis direct, du couvert annuel au couvert permanent.
Origine et objectifs du groupe
Le GIEE Magellan a été créé en 2015 à partir d’un constat partagé par plusieurs agriculteurs.
Les principaux problèmes rencontrés étaient :
- une baisse ou un plafonnement des rendements ;
- des problèmes de fertilité des sols ;
- de gros problèmes de désherbage ;
- des rotations courtes, principalement colza, blé, orge ;
- pour les exploitations de polyculture-élevage, un besoin accru d’autonomie alimentaire dans un contexte de hausse du prix des concentrés.
Parmi les difficultés de désherbage citées, il est notamment question :
L’idée a été de ne plus avancer chacun de son côté, mais de travailler ensemble pour retrouver de la performance économique, environnementale et sociale. C’est dans cette optique qu’est né le GIEE Magellan.
Au départ, le groupe comptait six agriculteurs. Il en rassemble désormais environ quarante.
Contexte pédoclimatique dans la Nièvre
Le groupe est implanté dans des contextes très variés. La présentation distingue :
- une partie plus céréalière, autour du plateau et de la vallée de la Loire ;
- des zones plus orientées élevage, notamment vers le Morvan.
Le groupe couvre donc à peu près tous les types de sols du département.
En termes de profils d’exploitations, le GIEE comprend environ :
- 60 % de céréaliers ;
- 40 % de polyculteurs-éleveurs.
Quelques agriculteurs en bio commencent aussi à intégrer le groupe, avec l’objectif de travailler le bio en semis direct, même si cela en est encore au début.
Le contexte sanitaire est également marqué par de gros problèmes d’insectes, en particulier sur la partie nord du département. L’intervenant évoque les altises, historiquement descendues de l’Yonne vers le nord de la Nièvre. Dans certaines zones, il devient à peine possible d’y faire encore du colza. Cela explique le développement de nouvelles techniques comme le colza associé.
Retrouver de la rentabilité par l’agronomie
L’objectif global du groupe est clairement affiché : il faut retrouver de la rentabilité dans les systèmes de culture, et cela doit passer par l’agronomie.
Les leviers identifiés sont de plusieurs ordres.
Pour agir sur le rendement :
- associer des cultures ;
- introduire éventuellement de nouvelles cultures ;
- améliorer la fertilité du sol.
Pour agir sur le prix :
- chercher des contrats ;
- développer des débouchés spécifiques ou régionaux ;
- viser des cultures à plus forte valeur ajoutée.
Pour maîtriser les charges :
- améliorer la fertilité pour réduire les besoins en engrais ;
- réduire les produits phytosanitaires grâce au choix variétal et aux leviers agronomiques ;
- baisser les charges de mécanisation.
Sur ce dernier point, beaucoup de membres du groupe sont partis vers le semis direct, dans une logique de réduction des charges de mécanisation et d’amélioration de la marge directe.
Un fonctionnement fondé sur le collectif
L’intervenant insiste sur le fait qu’un GIEE repose avant tout sur le collectif. Il ne s’agit pas de mettre en avant un seul auteur ou un seul agriculteur, mais de faire progresser ensemble le groupe et chacun de ses membres.
Le fonctionnement repose sur plusieurs outils :
- des tours de plaine ;
- des échanges avec des experts ;
- des échanges permanents entre agriculteurs ;
- des expérimentations ;
- de la communication et de la diffusion.
Les échanges informels sont très importants. Le groupe utilise notamment l’application Viber pour rester en lien en permanence. Cela permet d’envoyer une photo, de signaler un problème, de demander un avis. Le technicien peut répondre, mais souvent un autre agriculteur du groupe répond aussi parce qu’il a déjà rencontré la même situation.
Cette proximité et cette réactivité sont présentées comme un point fort du GIEE.
Les ateliers de co-conception
L’un des piliers du fonctionnement du groupe est l’atelier de co-conception.
L’idée est de remettre l’agriculteur au centre de la décision. Il ne s’agit pas que les techniciens décident à sa place. C’est l’agriculteur qui doit reprendre la main sur son système, ses choix, ses priorités et ses objectifs.
Le déroulement type est le suivant :
- l’exploitant présente son exploitation ;
- il décrit son contexte pédoclimatique ;
- il expose ses priorités et l’objectif à atteindre ;
- le groupe échange avec lui pour bien cerner les problèmes et les ambitions ;
- chaque participant note ensuite sur des post-it toutes les idées qui lui viennent pour améliorer le système ;
- les idées sont mises en commun et regroupées en grands axes de travail ;
- à la fin, le groupe construit un système de culture adapté à cet agriculteur.
Un exemple est donné : un atelier consacré à un système sans glyphosate. L’idée n’était pas de dire immédiatement « voilà le système à appliquer », mais de faire émerger collectivement des pistes, puis de les tester ensuite sur le terrain. Une plateforme a d’ailleurs été mise en place chez un adhérent pour éprouver ce type de système.
Ces ateliers sont jugés fondamentaux parce qu’ils permettent :
- une implication forte des agriculteurs ;
- une montée en compétence collective ;
- l’émergence d’idées originales qui peuvent déboucher sur des pistes intéressantes.
Communication et diffusion
Le groupe accorde aussi beaucoup d’importance à la diffusion de ce qui est fait :
- page Facebook ;
- journées techniques ;
- articles ;
- formations ;
- interventions extérieures.
L’idée est clairement de partager les résultats et de promouvoir des techniques considérées comme importantes pour l’avenir de l’agriculture.
Les expérimentations du groupe
En partenariat avec la Chambre d’agriculture, le GIEE a mis en place de nombreuses expérimentations :
- essais en bandes réalisés directement par les agriculteurs ;
- comparaisons de couverts ;
- comparaisons de variétés ;
- comparaisons de dates de semis ;
- microparcelles ;
- essais d’engrais localisé ;
- associations ;
- densités de semis ;
- écartements ;
- programmes herbicides.
Ces travaux continuent, notamment sur les cultures de printemps.
Intérêts généraux des couverts
L’intervenant rappelle les grands intérêts des couverts, connus de tous :
- limitation de l’érosion ;
- habitat pour les auxiliaires ;
- étouffement des adventices ;
- enrichissement en matière organique ;
- structuration du sol ;
- piégeage des nitrates ;
- stimulation de la vie du sol.
Le groupe a d’abord travaillé comme beaucoup d’autres sur des couverts d’été :
- intercultures courtes après céréales ;
- colzas associés ;
- premiers travaux sur les céréales avec plantes compagnes.
Les couverts d’été
Pour les couverts d’été, les objectifs sont les suivants :
- implantation rapide ;
- capacité à germer en conditions sèches ;
- sensibilité au gel pour permettre une destruction hivernale ;
- développement rapide sur une période courte, en gros de mi-juillet à début octobre ;
- production de biomasse ;
- possibilité de valorisation en fourrage chez les éleveurs.
L’intervenant insiste sur le contexte climatique : dans la région, les étés sont de plus en plus secs et chauds, avec peu d’humidité, ce qui rend difficile l’implantation de couverts d’été même quand les mélanges sont bien choisis.
Certains éleveurs parviennent tout de même à valoriser ces couverts en pâturage ou en fourrage, comme cela a été le cas lors d’un été sec où un couvert implanté grâce à quelques orages a permis de nourrir des animaux et d’économiser du stock.
L’outil Acacias
Pour composer les mélanges de couverts, Michaël Geloen a développé un logiciel appelé Acacias.
Cet outil permet :
- de choisir les espèces du mélange ;
- de régler les doses ;
- d’estimer le nombre de pieds au mètre carré ;
- de visualiser les effets sur l’azote ;
- d’évaluer la biomasse ;
- de représenter l’exploration aérienne et racinaire ;
- de prendre en compte l’effet sur la faune et les auxiliaires ;
- d’intégrer une notion de prix.
L’objectif est de construire des mélanges complémentaires, capables d’explorer à la fois les couches superficielles et profondes du sol.
L’intervenant présente Acacias comme un outil très complet et très utile.
Le colza associé, une réponse aux difficultés d’implantation
Le colza reste historiquement très présent dans la région. Mais depuis plusieurs années, sa réussite est de plus en plus difficile à cause :
- des insectes ;
- de la sécheresse estivale ;
- des difficultés d’implantation.
Le groupe a donc cherché à raisonner le colza autrement :
- avancer les dates de semis ;
- favoriser la biomasse ;
- semer le colza avec des plantes compagnes ;
- raisonner le colza de manière opportuniste.
L’idée du colza opportuniste est la suivante :
- on sème le colza avec des plantes compagnes juste après la moisson ou à l’annonce d’une pluie ;
- s’il y a suffisamment de colza, on garde la culture ;
- s’il n’y a pas assez de colza, cela fait au moins un couvert de courte durée et on resème autre chose à l’automne.
Dans les situations où le colza est conservé, la stratégie vise à limiter les interventions :
- pas d’herbicide avant ;
- pas d’insecticide sauf nécessité ;
- un herbicide racinaire antigraminées si besoin ;
- puis conduite du colza jusqu’à l’hiver.
Un mélange colza associé développé avec Agriconomie
Le groupe a développé l’année précédente, avec Agriconomie, un mélange composé de :
Ce mélange vise à cumuler plusieurs effets :
- couverture du sol ;
- biomasse ;
- effet « bouche-trou » ;
- effet insectes ;
- apport d’azote grâce aux légumineuses.
L’intervenant décrit les rôles :
- la lentille couvre bien le sol ;
- le fenugrec apporte de la biomasse avec un port dressé ;
- le trèfle d’Alexandrie est rapide ;
- le lin occupe les zones vides.
On atteint ainsi environ 130 à 140 pieds par mètre carré. Il est possible d’ajouter selon les cas de la féverole ou du tournesol.
L’idée est qu’il y aura dans tous les cas soit un colza réussi, soit au minimum un beau couvert.
Exemple de double culture : colza, sarrasin et lotier
Un essai à plus grande échelle est présenté sur environ trente hectares.
Le système testé :
- précédent pois protéagineux ;
- semis le 26 juillet ;
- 4 kg/ha de colza ;
- 40 kg/ha de sarrasin ;
- lotier pour essayer de le conserver sous le colza.
L’objectif était double :
Une forte attaque de petites altises a conduit à une intervention insecticide pendant la moisson. Ensuite :
- le sarrasin s’est développé ;
- il a été récolté vers le 13 octobre ;
- le colza a été « découvert » dessous.
Le résultat :
- 7 quintaux de sarrasin récoltés ;
- un colza qui a ensuite repris, mais avec un peu d’élongation car il avait cherché la lumière ;
- un lotier qui s’était bien développé dessous.
Économiquement, l’analyse présentée montre :
- une moisson supplémentaire ;
- un peu de séchage ;
- le coût des semences ;
- pas d’autres charges phytos importantes hors insecticide initial.
Avec 7 quintaux de sarrasin valorisés autour de 40 €/q, le gain sur la culture de colza est estimé à environ 170 €/ha. Le colza a fait environ 26 q/ha pour un objectif de 30 q/ha, mais le sarrasin a compensé la perte. L’opération a aussi permis de réduire les charges herbicides.
L’intervenant souligne cependant que ce n’est pas un système à reproduire partout sans réflexion. Sur les 30 à 35 hectares semés ainsi, seulement environ 50 % des colzas ont été conservés. Ailleurs, la pression insectes ou la densité insuffisante ont conduit à abandonner le colza et à implanter du blé. L’approche reste donc opportuniste.
Les couverts d’hiver
Le groupe travaille aussi sur des couverts destinés à passer l’hiver, implantés en été pour des cultures de printemps :
Les objectifs restent :
- produire de la biomasse ;
- couvrir le sol ;
- structurer ;
- stocker de l’azote ;
- s’adapter à la culture suivante ;
- permettre éventuellement une destruction hivernale ou au printemps.
Le mélange « Magellan »
Le groupe a aussi conçu un mélange collectif pensé pour l’ensemble du département. Le raisonnement a été de partir d’espèces de petites graines, difficiles à produire à la ferme, mais intéressantes techniquement :
- niger ;
- radis chinois ;
- moutarde d’Abyssinie ;
- trèfle d’Alexandrie ;
- phacélie.
Ce mélange est semé autour de 7 kg/ha, pour environ 20 €/ha, puis chaque agriculteur peut ajouter des graines produites sur son exploitation selon ses objectifs :
- féverole ;
- tournesol ;
- lin, etc.
Au total, on arrive à des couverts autour de 35 à 40 €/ha.
Les objectifs recherchés sont :
- une croissance rapide en été ;
- une bonne germination en conditions sèches ;
- de la biomasse ;
- de la structuration ;
- une bonne exploration du sol ;
- un effet sur les adventices.
Limites des couverts annuels
Après plusieurs années de travail sur les couverts annuels, le groupe a constaté plusieurs limites :
- difficulté à obtenir des couverts performants ;
- implantation compliquée juste après moisson ;
- contraintes liées à la récolte de paille chez les polyculteurs-éleveurs ;
- chaleur et sécheresse limitant fortement la croissance ;
- difficulté à concurrencer les adventices si le couvert démarre mal.
Le groupe a donc envisagé de semer les couverts avant la moisson, tant qu’il restait de l’humidité.
Les essais de semis à la volée avant moisson
Des essais ont été réalisés de semis à la volée avant récolte, notamment de lotier dans des céréales.
Mais plusieurs limites techniques sont apparues :
- largeur de travail réduite selon les outils ;
- difficulté à répartir certaines graines ;
- difficulté à envoyer loin les petites graines ;
- difficulté avec les graines à faible densité.
Pour contourner cela, le groupe a bricolé un système consistant à coller des petites graines sur des grosses graines pour faciliter leur épandage.
Après plusieurs essais, le mélange le plus concluant a reposé sur :
- un système de colle à base de mélasse et de glucose ;
- des pois protéagineux comme grosses graines ;
- les petites graines du mélange couvert ;
- de la farine pour sécher et séparer les pois entre eux tout en gardant les petites graines collées.
Cette « recette » a donné des résultats encourageants, mais les essais doivent encore être poursuivis, avec des dates de semis plus précoces, dès avril et tous les quinze jours, pour identifier la meilleure fenêtre.
L’intervenant met quand même en garde :
- prudence dans la préparation des mélanges ;
- prudence dans l’épandage ;
- nécessité de bien régler l’outil pour ne pas blesser la culture en place.
Pourquoi aller vers les couverts permanents ?
La seconde partie de l’exposé est consacrée au passage des couverts annuels aux couverts permanents.
L’idée de départ est simple : il est difficile d’obtenir des couverts annuels vraiment efficaces. Un couvert annuel efficace doit s’implanter vite, concurrencer rapidement les adventices, et être présent au bon moment. Dans la pratique, cela reste compliqué.
Un exemple est donné d’un couvert annuel très développé dans lequel, malgré tout, on retrouvait au pied du vulpin, du géranium, du gaillet et du ray-grass. Le couvert paraissait très beau vu de dessus, mais au pied les adventices s’étaient déjà installées.
Cela a conduit le groupe à regarder autrement les couverts permanents.
Intérêts des couverts permanents
Le principal message est qu’il faut bien choisir son couvert permanent. Un couvert mal adapté au milieu, ou mal implanté, ne donnera jamais un résultat satisfaisant. Dès qu’il y a un trou, une adventice s’installe.
Les couverts permanents présentent plusieurs intérêts.
Alimentation en eau
Dans les argilo-calcaires, certains couverts comme la luzerne ou le lotier ont des enracinements profonds, capables de descendre jusqu’à deux mètres. Le groupe a observé des remontées d’eau par capillarité le long des racines. Dans un essai de 2015, cela s’est traduit par 8 à 10 quintaux de plus sur une zone couverte par rapport à une zone sans couvert, dans une année sèche.
Structure du sol
Le fait d’avoir des racines présentes en permanence maintient une bonne structure, notamment en surface. Cela favorise l’implantation des cultures suivantes. Certaines espèces comme le lotier ont des racines latérales qui améliorent la mésoporosité et donc l’infiltration.
Mycorhization et nutrition
La présence continue de légumineuses favorise la mycorhization. Il existe aussi des phénomènes de dépôt d’azote par exsudats racinaires, de relargage via la décomposition de feuilles ou de racines, et d’activité microbienne. L’intervenant précise que tous ces mécanismes sont réels, mais qu’ils restent difficiles à quantifier précisément.
Gestion des adventices
Un couvert permanent bien installé peut être extrêmement compétitif vis-à-vis des adventices, surtout en interculture.
Limites et risques des couverts permanents
Comme toute association, le couvert permanent entraîne aussi des interactions négatives possibles :
- augmentation de la transpiration ;
- compétition pour l’eau et les éléments minéraux ;
- ombrage de la culture si le couvert prend le dessus.
L’ombre est présentée comme le principal danger. Un couvert mal régulé qui dépasse la céréale va réduire la photosynthèse et pénaliser le rendement.
L’intervenant définit donc le couvert permanent idéal comme un couvert :
- qui fait beaucoup de biomasse en interculture ;
- qui est peu concurrentiel de la culture ;
- qui repart tard au printemps ;
- qui s’arrête tôt à l’automne ;
- qui étouffe les adventices ;
- qui apporte de l’azote et de la matière organique ;
- qui supporte au moins partiellement les herbicides.
Il reconnaît toutefois que ce couvert idéal n’existe pas totalement, et que tout est affaire de compromis selon les objectifs.
Choix du couvert selon le sol et la rotation
Pour choisir une espèce, il faut regarder :
- le type de sol ;
- la rotation ;
- les problèmes présents dans la parcelle ;
- la tolérance aux herbicides ;
- le potentiel fourrager ;
- la présence éventuelle de drains.
En phase de transition, le critère principal est souvent la capacité du couvert à aider à gérer les graminées tout en supportant des programmes herbicides si nécessaire.
Un conseil pratique est aussi donné : observer les bords de champs. Si du sainfoin, du trèfle ou d’autres légumineuses poussent naturellement autour des parcelles, cela peut donner des indications sur les espèces les mieux adaptées au milieu.
Intérêt économique des couverts permanents
L’un des intérêts majeurs des couverts permanents est économique.
Pour un couvert annuel efficace, l’intervenant estime qu’il est difficile de descendre sous :
- 35 à 40 €/ha de semences ;
- plus le coût d’implantation.
On arrive donc à 65 à 85 €/ha investis chaque année, pour un résultat très aléatoire.
Pour un couvert permanent :
- le coût de semence varie de 30 à 70 €/ha selon l’espèce ;
- il est implanté en association avec une culture, donc sans coût d’implantation supplémentaire ;
- et il reste en place au moins trois ans.
Au final, le coût annuel ramené à la durée est de l’ordre de 15 à 23 €/ha/an, ce qui est présenté comme beaucoup moins engageant.
Effet tampon sur le sol
Un autre argument fort est l’effet de protection du sol.
Des mesures de température du sol ont montré qu’en été :
- à 11 h 30, un sol nu montait à 41 °C ;
- un sol couvert par du lotier était à 33 °C ;
- à 15 h 30, l’écart atteignait 15 °C.
Le couvert permanent agit donc comme un tampon sur :
- la température ;
- l’humidité ;
- les conditions de vie du sol.
Effet sur les adventices en interculture
L’intervenant montre plusieurs exemples de parcelles de colza seul comparées à des colzas implantés avec luzerne ou lotier.
Après récolte :
- sur colza seul, on observe beaucoup de repousses ;
- avec lotier ou luzerne, le couvert repart rapidement et occupe l’espace.
Dans certaines situations, il n’y a quasiment plus de repousses ni d’adventices visibles. Le message est que le couvert, déjà installé avant la moisson, repart beaucoup plus vite qu’un couvert annuel semé après récolte.
Une relation est ensuite montrée entre couverture du sol par la luzerne et nombre d’adventices :
- à 0 % de couverture : environ 130 adventices/m² ;
- à 30 % de couverture : pas de réduction réelle ;
- à 50 % de couverture : réduction limitée ;
- à 85-90 % de couverture : pratiquement plus d’adventices.
Le seuil de 85 % de couverture du sol en interculture est présenté comme un repère important. En dessous, le couvert ne joue pas vraiment son rôle.
Les espèces testées
Le groupe a testé plusieurs espèces :
- luzerne ;
- trèfle blanc ;
- trèfle violet ;
- lotier corniculé ;
- sainfoin ;
- minette ;
- mélilot.
Le sainfoin a été vite abandonné car il ne tenait pas dans les sols un peu plus profonds. La minette et le mélilot ont également été abandonnés car jugés ingérables ou peu intéressants.
Le groupe se concentre désormais surtout sur :
- la luzerne ;
- le trèfle blanc ;
- le trèfle violet ;
- le lotier.
Le trèfle blanc
Le trèfle blanc est présenté comme :
- pérenne 4 à 5 ans ;
- intéressant en fourrage ;
- très agressif vis-à-vis des adventices ;
- assez tolérant aux herbicides ;
- sensible au phoma dans les systèmes avec légumineuses ;
- moins problématique sur sols drainés que la luzerne.
Ses caractéristiques :
- 2,5 à 3 kg/ha ;
- semis très superficiel, entre 0,5 et 1 cm ;
- implantation assez rapide ;
- enracinement superficiel, donc plus concurrentiel des cultures que d’autres espèces ;
- excellent pouvoir de colonisation grâce à ses stolons.
L’intervenant explique aussi que les stolons du trèfle blanc se décomposent régulièrement, avec un relargage d’azote plus rapide. C’est pourquoi les effets azote apparaissent plus tôt qu’avec d’autres espèces.
Il précise qu’il existe de fortes différences variétales. Le groupe préfère les trèfles blancs intermédiaires plutôt que les trèfles nains ou géants.
Il mentionne aussi l’intérêt d’associer trèfle blanc et trèfle violet : le violet s’installe rapidement, puis le blanc prend le relais quand le violet décline.
Le trèfle violet
Le trèfle violet :
- tient 2 à 3 ans en fourrage ;
- plutôt 1,5 à 2 ans en culture associée ;
- est plus rapide à l’installation que le trèfle blanc ;
- est un peu moins concurrentiel des cultures ;
- s’adapte mieux aux sols acides ;
- coûte plus cher en semences ;
- se sème à 6 à 8 kg/ha.
Son enracinement est plus profond que celui du trèfle blanc, jusqu’à 1,50 ou 1,60 m, ce qui le rend un peu moins concurrentiel sur l’eau. En revanche, il couvre moins durablement la parcelle.
La luzerne
La luzerne est facile à travailler dans les argilo-calcaires du groupe.
Elle est décrite comme :
- pérenne 4 à 5 ans en fourrage ;
- exploitable environ 3 ans en culture associée ;
- très intéressante pour sa racine profonde ;
- moins concurrentielle des cultures que les trèfles ;
- mais plus compliquée à réguler ;
- et problématique en sols drainés.
Caractéristiques données :
- 8 à 10 kg/ha ;
- semis très superficiel ;
- implantation assez rapide ;
- bonne adaptation en argilo-calcaire et en limons sains ;
- peu adaptée aux sols battants froids ou acides.
L’intervenant insiste sur un point variétal : la dormance. Les variétés à forte dormance, comme les types proches de Luzelle King dans la présentation orale, repartent plus tard au printemps et sont plus intéressantes en couvert permanent car elles concurrencent moins la culture.
Le lotier corniculé
Le lotier corniculé est présenté comme le « chouchou » du groupe, notamment en phase de transition.
Ses atouts sont nombreux :
- pérennité de 4 à 5 ans ;
- bonne adaptation à différents sols ;
- enracinement profond ;
- reprise tardive au printemps ;
- faible concurrence de la culture ;
- tolérance au phoma ;
- très bonne tolérance à certains herbicides, notamment sulfonylurées ;
- bonne gestion possible des adventices ;
- moindres risques que la luzerne sur sols drainés.
Ses points faibles :
- il supporte mal l’hydromorphie hivernale ;
- il est moins intéressant en [[production fourragère]] exportée que la luzerne.
Caractéristiques :
- 8 à 10 kg/ha ;
- semis à 1-2 cm maximum ;
- installation assez rapide.
Le fait qu’il redémarre très tardivement au printemps est vu comme un gros avantage, car cela évite d’avoir à le réguler trop tôt dans les céréales.
Implantation des couverts permanents
Le groupe implante principalement les couverts permanents :
- avec le colza ;
- parfois avec des méteils ;
- plus ponctuellement avec du tournesol.
Le semis se fait en général sur tous les rangs, et non pas un rang sur deux. Les essais ont montré qu’un rang sur deux augmentait les risques de concurrence.
L’intervenant insiste aussi sur l’importance de toujours associer au colza :
- des plantes compagnes gélives pour produire de la biomasse à l’automne ;
- plus une ou deux légumineuses pérennes pour la suite.
L’idée est que les plantes gélives occupent fortement l’espace et la lumière à l’automne, ce qui freine le développement des légumineuses pérennes. C’est finalement recherché, car on ne veut pas que le couvert permanent soit trop agressif sous le colza.
Autres modalités d’implantation
D’autres cas sont évoqués :
- implantation avec un méteil, puis récolte ou enrubannage, et reprise du couvert permanent dessous ;
- implantation avec tournesol chez des éleveurs, puis pâturage à l’automne.
En revanche, les essais d’implantation d’un couvert permanent dans une céréale en fin d’hiver n’ont pas fonctionné. Les raisons évoquées :
- manque de lumière dans la céréale ;
- concurrence de la céréale au moment de la croissance du couvert ;
- prédation par les limaces ;
- éventuels résidus d’herbicides.
Le groupe estime aujourd’hui qu’un semis à la volée au mois de juin dans la céréale pourrait être plus intéressant, à condition de bénéficier encore de fraîcheur et de lumière au pied.
Broyage et conduite en interculture
Le broyage du couvert après moisson est jugé essentiel, en particulier :
- pour stimuler les bourgeons axillaires ;
- pour favoriser le redémarrage ;
- pour améliorer l’accessibilité des prédateurs des mulots ;
- pour faciliter ensuite le semis direct.
Des essais ont montré qu’un broyage après moisson :
- augmentait fortement la couverture du sol à l’automne ;
- réduisait très fortement les dégâts de mulots.
Pour la luzerne, il est conseillé de réaliser une exploitation ou un broyage fin août-début septembre, afin d’éviter un mulch trop important au moment du semis des céréales.
Pour le lotier, si un broyage est nécessaire, il doit être fait au moins trois semaines avant le semis pour éviter un couvert trop humide et trop favorable aux limaces.
Semer une culture dans un couvert permanent
Les cultures d’hiver sous couvert permanent sont présentées comme faisables :
- blé ;
- orge ;
- colza.
Le maïs et les autres cultures de printemps sont beaucoup plus délicats. La réussite dépend de :
- la capacité à contrôler le couvert dans la culture ;
- le niveau de concurrence du couvert ;
- les réserves hydriques du sol.
Un exemple de maïs dans trèfle montre des parcelles propres à la moisson mais avec environ 15 quintaux de moins, malgré l’irrigation. Le trèfle avait trop concurrencé la culture.
Conclusion pratique :
- les cultures d’hiver fonctionnent bien ;
- les cultures de printemps sous couvert permanent sont possibles dans certains cas, mais beaucoup plus risquées.
Importance du semis et du roulage
Au semis, plusieurs points sont soulignés :
- ne pas rouler trop vite ;
- bien localiser l’engrais si besoin ;
- rouler systématiquement derrière le semis.
Le roulage est présenté comme indispensable pour :
- gérer les limaces ;
- assurer le contact sol-graine ;
- sécuriser la levée.
Régulation du couvert
La régulation est un point central. Ce qu’il faut éviter absolument est un couvert qui passe au-dessus de la culture et crée de l’ombrage.
Des essais ont montré qu’un blé avec luzerne bien régulée pouvait produire autant qu’un blé seul, alors qu’un blé avec luzerne non régulée perdait 7 à 8 quintaux.
La logique générale est :
- développer fortement le couvert en interculture ;
- le réduire avant ou pendant la culture ;
- le laisser repartir ensuite.
La régulation se raisonne à plusieurs moments :
- à l’installation de la culture ;
- éventuellement à l’automne ;
- au printemps, avec un passage clé entre 1 nœud et 2 nœuds ;
- éventuellement à nouveau selon les conditions.
Les outils de régulation peuvent être :
- mécaniques ;
- chimiques.
L’intervenant mentionne l’usage d’un litre de glyphosate à l’installation, tout en précisant que la question de s’en passer reste un objectif à terme. Pour les régulations en végétation, notamment au printemps, les produits de type hormonal à base de fluroxypyr sont cités comme importants, car ils stoppent rapidement le couvert, ce qui est nécessaire pour éviter l’ombrage.
Le lotier se distingue ici encore par sa reprise tardive, qui simplifie beaucoup la conduite.
Rôle de la fertilisation azotée dans la régulation
La fertilisation azotée sert aussi à réguler indirectement le couvert en stimulant la biomasse de la culture.
L’idée est :
- maximiser d’abord la biomasse de la culture ;
- utiliser la chimie seulement si cela ne suffit pas.
Des exemples montrent que des doses d’azote croissantes permettent de mieux contenir un lotier dans le blé.
Nutrition azotée et relargage par les légumineuses pérennes
L’intervenant développe ensuite la question du relargage d’azote par les légumineuses pérennes. Les mécanismes évoqués sont :
- exsudats racinaires ;
- décomposition de feuilles et de racines ;
- activité biologique ;
- mycorhization ;
- restitution progressive au fil du temps.
Il précise qu’on ne sait pas encore quantifier finement ces flux, mais que des effets apparaissent clairement, surtout à partir de la troisième année.
Des mesures au N-tester et des suivis d’indice de nutrition azotée ont montré qu’un blé de troisième année sous couvert permanent pouvait atteindre quasiment le même état nutritionnel avec 90 unités qu’avec 163 unités. Dans l’essai présenté, le rendement restait pratiquement identique.
Cela montre qu’il existe un potentiel d’économie d’azote dans ces systèmes, surtout quand le couvert est ancien et bien installé.
Plateforme de comparaison des couverts permanents
Une plateforme a été mise en place pour comparer plusieurs espèces et associations :
- luzerne ;
- trèfle blanc ;
- lotier ;
- minette ;
- sainfoin ;
- mélilot ;
- luzerne + trèfle blanc ;
- trèfle blanc + lotier ;
- luzerne + lotier.
Le constat principal est que les associations sont souvent plus intéressantes que les espèces seules, car chaque espèce s’exprime mieux dans les zones qui lui conviennent.
Dans les essais :
- les espèces les moins adaptées ont vite disparu ;
- les mélanges ont donné de bonnes couvertures et des rendements souvent supérieurs ou plus stables.
Un résultat marquant est l’intérêt du mélange lotier + trèfle blanc :
- le trèfle blanc apporte une installation rapide et un peu d’azote ;
- le lotier reste ensuite pour la suite de la rotation ;
- un désherbage de sortie d’hiver peut faire disparaître le trèfle blanc et laisser le lotier prendre le relais.
L’intervenant y voit une piste intéressante :
- implanter avec le colza des plantes gélives ;
- ajouter environ 1,5 kg de trèfle blanc ;
- ajouter environ 5 kg de lotier ;
- laisser ensuite le trèfle blanc jouer son rôle de démarrage ;
- conserver le lotier dans la rotation.
Phase de transition vers le semis direct sous couvert permanent
La phase de transition est présentée comme essentielle. Le semis direct ne règle pas tout à lui seul, et il ne supprime pas instantanément les problèmes hérités de l’ancien système.
Les grands leviers restent :
- la rotation ;
- l’alternance cultures d’hiver / cultures de printemps ;
- la gestion des adventices, en particulier graminées et dicotylédones ;
- la réduction progressive du travail du sol ;
- la maximisation de la présence de légumineuses.
Dans cette phase, le lotier apparaît comme un bon candidat, notamment parce qu’il permet encore d’utiliser des herbicides de rattrapage si nécessaire, tout en gardant le couvert.
Le projet de système sans glyphosate
En fin d’intervention, un système sans glyphosate est évoqué. Il s’agit d’un travail collectif du groupe, conçu dans un atelier de co-conception puis mis en place sur une parcelle expérimentale d’un agriculteur du groupe.
L’idée n’est pas seulement d’être performant techniquement, mais aussi de viser la durabilité en limitant la dépendance à un herbicide comme le glyphosate.
Le système repose sur :
- une rotation longue ;
- l’alternance des dates de semis ;
- des cultures d’hiver et de printemps ;
- des légumineuses ;
- des couverts permanents ;
- un raisonnement global du désherbage.
L’objectif est de voir comment conserver le lotier le plus longtemps possible et comment gérer les graminées et les autres adventices sans glyphosate, tout en restant en semis direct.
L’intervenant conclut que les premiers résultats sont encore à venir, mais que la démarche est engagée collectivement.
Conclusion
L’exposé montre la progression du GIEE Magellan depuis des couverts annuels classiques vers des systèmes plus complexes de semis direct sous couvert permanent.
Plusieurs idées fortes ressortent :
- la réussite passe par le collectif et les échanges entre agriculteurs ;
- les couverts annuels ont des intérêts, mais aussi des limites fortes dans les contextes secs ;
- les couverts permanents offrent des perspectives intéressantes sur la couverture du sol, la gestion des adventices, la structure et la nutrition ;
- leur réussite dépend fortement du choix de l’espèce, de l’adaptation au sol, de la qualité d’implantation et de la régulation ;
- le lotier corniculé apparaît comme une espèce particulièrement prometteuse en phase de transition ;
- les associations d’espèces peuvent être plus performantes que les espèces seules ;
- la rotation reste le socle du système.
L’ensemble s’inscrit dans une logique d’amélioration continue, avec de nombreux essais, des observations de terrain, des ajustements techniques et la volonté de construire des systèmes durables, économiquement viables et agronomiquement cohérents.