Couverts végétaux 15T MS/Ha - Julien Mora

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À Mugron, dans les Landes, Julien Mora présente son exploitation familiale de 70 ha en Chalosse, mêlant gavage de canards, bovins viande, prairies et cultures dominées par le maïs. Confronté à des sols souvent sableux, des parcelles en pente et des épisodes orageux violents, il a décidé après l’érosion de 2018 d’engager une transition vers la réduction du travail du sol puis le semis direct. Son objectif : protéger les sols, améliorer leur portance, limiter l’érosion et gagner en autonomie. Il détaille ses rotations avec maïs, blé, soja, tournesol, sorgho et céréales d’hiver, ainsi que ses stratégies de couverts végétaux simples ou multi-espèces. Les premiers résultats montrent déjà plus de biomasse, une meilleure structure, une activité biologique visible et des perspectives encourageantes, malgré des contraintes fortes de climat, de parcellaire morcelé et d’organisation liées à l’élevage.

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Résumé
À Mugron, dans les Landes, Julien Mora présente son exploitation familiale de 70 ha en Chalosse, mêlant gavage de canards, bovins viande, prairies et cultures dominées par le maïs. Confronté à des sols souvent sableux, des parcelles en pente et des épisodes orageux violents, il a décidé après l’érosion de 2018 d’engager une transition vers la réduction du travail du sol puis le semis direct. Son objectif : protéger les sols, améliorer leur portance, limiter l’érosion et gagner en autonomie. Il détaille ses rotations avec maïs, blé, soja, tournesol, sorgho et céréales d’hiver, ainsi que ses stratégies de couverts végétaux simples ou multi-espèces. Les premiers résultats montrent déjà plus de biomasse, une meilleure structure, une activité biologique visible et des perspectives encourageantes, malgré des contraintes fortes de climat, de parcellaire morcelé et d’organisation liées à l’élevage.

00:00:33:13 Introduction

00:03:23:23 Les cultures d’été

00:12:21:25 Les cultures d’hiver

00:17:38:17 Les couverts d’été et d’hiver

00:35:09:22 Le tournesol en SD ?

00:37:59:21 La fertilisation azotée

00:39:12:10 Les semences


Site Web de L' ALPAD, qui regroupe actuellement 80 agriculteurs :

http://www.alpad40.fr/


Présentation de l’exploitation

Je m’appelle Julien Morand. Je vous invite à Mugron, dans les Landes. Ici, nous sommes en Chalosse. Je suis installé avec mes parents sur une exploitation en élevage avec gavage de canards et bovins viande.

Pour présenter un peu l’exploitation, nous sommes à peu près sur 70 ha, avec environ une trentaine d’hectares de prairies et le reste en cultures. La principale production en culture reste le maïs.

Ici, nous sommes sur des sols qui vont de sols très sableux jusqu’à des sols plus lourds, à 20 % d’argile comme chez nous, qui sont beaucoup plus hydromorphes que d’autres. La pluviométrie annuelle est d’environ 1 200 mm, mais elle arrive souvent sous forme d’épisodes orageux intenses.

L’année 2018, par exemple, sur cette parcelle, il y a eu de l’érosion entre les rangs de maïs jusqu’à 15 cm. C’est cela qui m’a décidé à changer les pratiques.

Les raisons du changement de pratiques

Nous faisions déjà des couverts depuis un certain temps, mais 2018 a été un déclencheur. Mon objectif est de passer tout en semis direct, même si nous en sommes encore au stade de l’apprentissage, donc nous allons y aller par étapes.

Jusqu’en 2017-2018, nous étions quasiment en 100 % labour. En 2018, avec les orages très intenses, nous avons vu des choses que nous n’avions jamais vues. Par endroits, le labour avait été arraché sur la profondeur travaillée. Ce n’était pas sur de grandes surfaces, heureusement, mais cela m’a fait prendre conscience que le changement climatique, chez nous, se traduit surtout par une amplification des phénomènes extrêmes.

On avait déjà des couverts, mais sur des principes assez simples, des bases. On les détruisait mécaniquement. Puis, en 2019, on a refait des couverts sur toutes les parcelles.

Ce qui m’a vraiment marqué, c’est que la réduction du travail du sol, ce n’est pas juste changer un outil : c’est vraiment réduire le nombre de passages sur l’année.

Le parcellaire et les contraintes de l’exploitation

Le parcellaire est très morcelé. Je me retrouve souvent avec des morceaux de 50 à 70 ares, jusqu’à 1 hectare. Finalement, cela se prête assez bien à ce genre de pratiques. Comme j’ai de petites parcelles, je n’ai pas besoin de couper de grandes surfaces pour introduire une nouvelle culture : cela permet de mieux valoriser la rotation.

Je n’ai pas une rotation figée partout, mais il y a une forte contrainte d’autonomie alimentaire. Il me faut environ 250 tonnes de maïs par an pour les ateliers d’élevage. Avec environ 40 ha de cultures et des potentiels de maïs d’environ 90 q/ha en moyenne sur 5 ans, on comprend vite qu’on était obligés d’en faire au moins 30 ha récoltés en grain pour assurer l’autonomie.

Les principales cultures sont donc :

Certaines servent aussi à produire des semences et des couverts, et à faire entrer d’autres espèces dans la rotation.

Conduite du maïs

L’année dernière, sur maïs, nous avons travaillé avec seulement deux passages :

  • destruction du couvert au glyphosate, entre 1 litre et 1,5 litre selon le développement,
  • puis, trois semaines après, un passage de chisel et un passage de herse rotative dans la foulée du semis.

Cela a été fait début mai. Nous avons laissé certaines parcelles sans intervention pendant à peu près un mois, du fait de l’hétérogénéité des terres et du parcellaire.

Au niveau des pratiques, nous apportons du fumier à raison de 20 t/ha par an sur quasiment toutes les parcelles, soit à l’automne, soit au printemps selon les conditions.

Pour le désherbage sur les parcelles travaillées, on est quasiment toujours sur des systèmes avec S-métolachlore et clomazone aux doses maximales, car nous avons de gros problèmes de graminées, liés aux années de monoculture maïs et à des pratiques pas toujours adaptées. Aujourd’hui, en maîtrisant mieux les couverts, je pense qu’on pourra réduire un peu. Ensuite, il y a souvent un rattrapage, selon la flore présente sur chaque parcelle.

Pour la fertilisation, on apporte l’azote en plein, avec un épandeur. On est sur des doses de l’ordre de 350 kg d’urée, soit environ 150 unités d’azote. Sur nos potentiels, cela correspond à peu près au besoin. S’il pleut un peu, on dépasse très souvent les 110 q/ha. Cette année, sur les premières récoltes en sec, on devrait être entre 110 et 150 q/ha selon les parcelles. On a eu de l’eau tout l’été, donc cela a bien aidé.

Tournesol et soja

Tournesol

Nous faisons du tournesol linoléique, que nous transformons sur la ferme. Nous récupérons l’huile et le tourteau. Comme il y a un atelier de gavage, nous avons fait le choix de ne pas utiliser de variétés qui ne conviendraient pas à l’alimentation humaine.

Le désherbage se fait en post-semis prélevée, avec toujours notre base herbicide habituelle. Ensuite, la conduite reste classique.

Le tournesol nous intéresse beaucoup dans la rotation, parce que nous l’autoconsommons. L’huile sert pour les canards, et le tourteau pour les vaches, pour la protéine. Nous avons à la Cuma de Mugron un outil qui triture la graine. Économiquement, si on devait acheter l’équivalent, on serait autour de 500 €/t. Donc cela a vraiment un intérêt.

Sur certaines parcelles, on vise des potentiels de 32 à 35 q/ha. C’est une culture intéressante, à la fois pour la rotation et pour la valorisation sur la ferme.

Soja

En soja, nous faisons des groupes 00 à 0 pour maintenir les potentiels et essayer de récolter tôt, car l’automne peut être plus humide ici.

Les itinéraires sont plutôt simples :

  • base herbicide de prélevée,
  • puis rattrapage selon la flore.

En général, c’est souvent un passage supplémentaire, voire deux. Cette année, avec une météo compliquée et une grosse amplitude thermique, j’ai dû faire un passage supplémentaire, mais j’avais un soja très propre.

Les potentiels sont très variables :

  • mauvaises années : 20 q/ha,
  • bonnes années : 30 à 40 q/ha.

La période la plus importante se joue de la floraison jusqu’à la maturation. Les rendements sont bons sur les meilleures parcelles, qui sont souvent aussi celles que je sème le plus tard. C’est un peu un coup de poker, parce qu’il ne faut pas partir trop tard non plus.

Je me suis mis à semer plus tard, vers mi-mai, avec un écartement plus serré. Cela marche très bien, car la maturation et le séchage se font d’un coup. Avant, avec un semis plus tôt, la maturation s’étalait sur trois semaines, ce qui augmentait les risques. Là, on peut encore avoir du vert aujourd’hui et récolter vers le 5 octobre à peu près aux normes.

En plus, avec ce système, il y a beaucoup moins de mauvaises herbes sur tout le rang. Le désherbage est plus léger, et le soja s’en porte mieux.

Le sorgho

Nous faisons un peu de sorgho, surtout destiné à l’ensilage pour les vaches. Cela complète le maïs.

L’intérêt du sorgho, c’est qu’il reste vert. Donc pour tasser, c’est mieux, même lorsqu’il fait sec. Au niveau de la qualité alimentaire, comme on est moins exigeants que pour le maïs grain ou le soja, le sorgho apporte une certaine souplesse d’utilisation.

Quand on l’ensile avec du maïs plus avancé et plus sec, le sorgho permet de tenir le silo. Là où c’est intéressant, c’est qu’en silo, il conserve vraiment mieux que le maïs seul. Je n’ai pas fait de pesée précise, mais visuellement on ensile au moins autant de matière, voire plus. Et le fait qu’il reste vert améliore vraiment la conservation à long terme : il y a moins de pertes et moins de problèmes.

Pour nous, c’est donc un atout de mettre autre chose sur des parcelles qui ne voudraient pas forcément porter du maïs grain. En fertilisation, on met entre 200 et 250 kg d’urée. Au niveau du désherbage, on est aussi plus léger, donc pour nous c’est plutôt tout bénéfice.

Les cultures d’hiver

Nous faisons principalement des céréales d’hiver, surtout blé et avoine. Ce sont les cultures sur lesquelles j’ai un peu de recul.

Les itinéraires sont très simples. C’est souvent derrière maïs. Cette année, je vais les faire à la volée ou au combiné directement dans les chaumes. Je pense qu’il y aura simplement un glyphosate avant semis, autour de 1 litre, pour rappeler les graminées de l’été et les premières levées d’automne. Le sol sera ainsi protégé par les chaumes.

Les premières expériences de semis à la volée, comme sur cette parcelle, fonctionnent très bien. Les levées sont assez homogènes. Je force un peu la dose, autour de 350 à 400 grains/m², car on a assez peu de tallage et c’est recherché chez nous.

Blé

Le blé est surtout une culture pour faire de la paille de bonne qualité pour les canards. Nous recherchons une paille abondante et bien réussie. Les pailles achetées ne correspondent pas toujours. Il faut aussi éviter qu’elle prenne la pluie, car le canard est extrêmement sensible à la qualité de la litière. Presque plus que le grain, c’est donc la paille qui nous intéresse.

En fertilisation :

  • apport d’azote seulement,
  • 2 à 3 passages,
  • souvent soufrés en sortie d’hiver,
  • puis 30 à 40 unités à chaque passage.

Au total, on est entre 120 et 150 unités d’azote/ha.

Les potentiels restent relativement faibles ici. Quand on atteint 60 q/ha, c’est déjà bien. Nous avons en revanche de fortes pressions maladies. Cette année, j’avais une parcelle de blé couverte de rouille parce que j’avais choisi une variété sensible et que je n’ai pas assez protégé au bon moment. Résultat : 50 q/ha de blé et 7 t de paille/ha. Pour nous, c’était presque du jamais vu au niveau paille.

Au niveau désherbage, on a fait uniquement le désherbage d’automne.

Avoine

Pour l’avoine, on se pose moins de questions :

  • environ 30 unités d’azote,
  • pas de régulateur,
  • conduite très simple.

Les parcelles sont quasiment toutes protégées par des arbres, des bois, des haies, et elles sont souvent en pente. Le risque de verse est donc très faible. Nous essayons vraiment d’aller au plus simple, car ce sont des cultures minoritaires.

J’ai aussi remarqué quelque chose sur les variétés barbues ou non barbues. Les pailles barbues attirent moins les sangliers et les chevreuils. Cette année, j’avais une avoine barbue : finalement, il y a eu moins de dégâts. Deuxième avantage, pour les canards, une paille assez longue et moins agressive est intéressante, car elle limite les irritations.

Les couverts végétaux

Couverts simples en TCS

Aujourd’hui, sur les parcelles conduites en TCS, je reste sur des choses simples :

Le mélange de base est autour de :

  • 50 kg d’avoine,
  • 80 à 100 kg de féverole d’hiver.

La féverole est semée à la volée, parfois sans être vraiment enterrée, mais avec les résidus de maïs et un peu de terre, cela lève malgré tout très bien.

J’ai remarqué qu’après le 15 octobre, les radis ne donnent quasiment plus rien. À quelques jours près, la longueur du jour change tout. Donc les implantations précoces sont importantes.

Couverts multi-espèces pour le semis direct

Sur les parcelles que je convertis en semis direct, je fais des couverts plus diversifiés. La base reste avoine, féverole et radis, mais j’ajoute :

Sur un des mélanges, je suis par exemple à :

Le trèfle incarnat, c’est intéressant pour la diversité et pour les abeilles, mais sa biomasse n’est pas forcément très importante. En revanche, il démarre tard et apporte quelque chose visuellement et agronomiquement.

Le premier objectif de ces couverts multi-espèces, chez nous, est de maintenir des structures porteuses, parce qu’on a des sols qui ont tendance à se reprendre en masse. Avec nos épisodes pluvieux, il faut pouvoir passer dans de bonnes conditions.

Ce que je remarque, c’est que dès la première année sans travail du sol, ce sont déjà les parcelles qui portent le mieux. Après une pluie de 30 à 40 mm, on peut repasser à pied sans que cela colle aux chaussures, alors que les parcelles voisines restent plus marquées.

La diversité des espèces sert aussi à :

  • explorer tous les horizons du sol,
  • ramener de la biodiversité aérienne et souterraine,
  • réactiver la biologie.

On le voit très vite : les galeries de vers de terre sont colonisées par les racines en quelques semaines. En surface, c’est visible, et en dessous aussi. Le travail biologique finit par faire ce que les outils ne résolvent pas durablement.

Le fait d’avoir maintenu un peu d’activité microbienne et de vers de terre avec les apports de fumier aide aussi beaucoup. Je vois bien la différence avec des parcelles reprises avec de très mauvais historiques, en monoculture maïs sans apport organique : là, le redémarrage est beaucoup plus lent.

Premiers résultats en semis direct

Ici, j’ai une parcelle qui est une première en semis direct. En maïs, avec une variété 92.34, j’étais à 90,6 q/ha. On est un peu déçus, mais la floraison est intervenue trop tôt par rapport à d’autres indices plus tardifs semés à la même date. En plus, la parcelle a reçu entre 20 et 30 mm de moins que d’autres.

Comme première année, je suis malgré tout plutôt satisfait, parce que je m’attendais à faire à peu près cela. On a vu quelques erreurs :

  • peuplement,
  • choix variétal,
  • fertilisation,
  • manque de soufre.

Vu qu’on ne travaille pas le sol, l’an prochain on apportera davantage de soufre.

Les couverts d’été et les très fortes biomasses

Les couverts d’été sont pour moi très intéressants. Jusqu’à présent, je les implantais en TCS. Avec les températures élevées et les journées longues, les parcelles sèchent très vite après récolte, surtout sur nos sols sableux. En moins de 24 heures sans pluie, les 5 premiers centimètres peuvent être secs.

Cette année, derrière cultures d’hiver, j’ai fait un travail très superficiel le soir pour essayer de remonter un peu de fraîcheur, puis semis et roulage. Il fallait aller très vite. Sur trois journées, j’en ai raté une quasiment pour deux heures de retard dans le roulage. Sur les deux premières parcelles, en revanche, c’est plutôt très bien réussi.

On arrive sur des biomasses de 30 à 40 t de matière verte, voire plus, ce qui fait plus de 15 t de matière sèche/ha.

Le mélange est lui aussi diversifié, avec par exemple :

  • sorgho : 22 kg,
  • tournesol : 3 kg cette année, mais je n’en avais pas mis assez,
  • un peu de soja de ferme,
  • vesce,
  • radis,
  • phacélie autour de 700 g,
  • radis fourrager et chinois à 1,5 kg chacun.

L’intérêt de cette diversité se voit tout de suite. Les abeilles se promènent sur les premières fleurs de radis fourrager, puis sur les autres espèces plus tard. On garde ainsi des fleurs jusqu’à début novembre.

L’an prochain, je mettrai beaucoup plus de tournesol. Je suis aussi en train de me fabriquer un semoir, parce qu’avec les matériels disponibles jusque-là, cela ne me convenait pas. Je veux quelque chose de simple et adapté à mes conditions.

Je crois beaucoup à ces couverts d’été, parce qu’ils produisent énormément de biomasse et qu’ils permettent aussi de valoriser les effluents d’élevage à d’autres périodes. Comme on a de la diversité dans les cultures et couverts, on peut pratiquement apporter des matières organiques toute l’année, malgré les contraintes de la zone vulnérable.

Ressemer derrière un couvert d’été

Sur les couverts d’été, j’essaie souvent de faire ensuite un deuxième couvert d’hiver. L’an dernier, je n’ai pas réussi : j’avais essayé de semer à la volée après avoir fauché les couverts d’été pour nourrir les vaches, car on était un peu courts en fourrage.

Cette année, comme il y en a assez, les couverts sont restés en place. Je vais essayer de resemer dedans, avec un semoir monograine :

  • soit de la féverole pure,
  • soit du lupin pur,
  • soit laisser la troisième parcelle telle quelle.

Je voulais mettre davantage d’espèces, mais je ne suis pas encore équipé pour complexifier plus le mélange. Si j’arrive déjà à ajouter une légumineuse d’hiver dans une belle biomasse estivale, ce sera déjà très intéressant.

Je cherche aussi une alternative à la féverole. Le lupin m’intéresse pour son système racinaire. Chaque plante a ses avantages et ses inconvénients, et je suis convaincu que les couverts mono-espèces n’ont pas d’intérêt ici. La diversité des systèmes racinaires est essentielle.

Le problème localement, c’est qu’il y a beaucoup de féverole qui revient. Et je suis partisan de systèmes durables : je préfère vraiment diversifier les espèces.

Réserves sur les couverts permanents

Concernant les couverts permanents, je reste prudent. Je n’ai pas d’irrigation pour assurer les levées, et ici les contextes sont très changeants avec des sols qui s’assèchent très vite.

Je ne dis pas que je n’y crois pas, mais cela demande une vraie maîtrise. Cela reste de la technicité supplémentaire. Or, comme je suis éleveur-gaveur, j’ai déjà beaucoup de temps pris par l’élevage. Il faut aussi que je simplifie certaines choses.

Les couverts annuels me semblent aujourd’hui plus simples à gérer. Il existe sans doute des couverts permanents qui fonctionneraient bien, mais pour l’instant je ne suis pas prêt à m’y lancer largement.

Le tournesol en semis direct : une piste à venir

Je suis tenté par le tournesol en semis direct. Apparemment, ce n’est pas simple, mais on a des premiers retours encourageants. Je pense que je vais essayer petit à petit, dans notre contexte, avec les préconisations qui nous ont été données.

Le tournesol m’intéresse parce qu’il a sa place dans la rotation et parce qu’on peut très bien le valoriser sur la ferme. Pour l’instant, mon père est encore plus partant que moi sur certaines évolutions en semis direct. Cela permet de continuer à avancer sans vouloir tout faire trop vite.

Fertilisation, coûts et intrants

La fertilisation azotée ne pourra pas durer telle qu’elle est aujourd’hui. Il y a bien sûr la question du prix, mais aussi celle de la simplification.

En TCS, quand on enfouit l’urée, il y a peu de volatilisation. Cela permet de faire, mais avec tous les inconvénients derrière, notamment l’érosion, surtout chez nous où les parcelles sont souvent en pente.

Je pense que l’urée est la forme la plus proche de l’azote organique. Ce n’est pas parfait, mais ce n’est pas mauvais non plus. Il y a moins de lessivage que d’autres formes, même si cela dépend des conditions.

Aujourd’hui, on reste malgré tout sur des charges importantes en intrants, de l’ordre de 500 €/ha.

Semences et autonomie

Au niveau des semences :

  • en maïs, on est en 100 % hybrides achetés,
  • en tournesol, pareil,
  • en sorgho, on est aussi sur un hybride,
  • en blé, maintenant, je suis en semences de ferme,
  • en avoine aussi,
  • pour une grande partie des couverts, j’essaie de produire moi-même.

Pour les petites graines de couverts comme radis, trèfle ou phacélie, je n’ai pas encore l’autonomie, donc j’achète.

En soja, je vais essayer de garder ma semence de cette année, parce que je suis plutôt convaincu par la variété que j’ai, productive avec un bon taux de protéines.

À terme, j’aimerais bien essayer aussi un peu de maïs population, au moins pour l’expérimentation, puis peut-être un jour sur une partie plus importante de la surface, si cela me convient. Mais il faut du recul : je n’ai pas envie de me mettre hors course trop vite.

Matière organique et regard sur le long terme

Quand je vois cette couleur noire dans le sol, cela me rassure. Cela veut dire qu’il se passe quelque chose. J’espère que l’avenir nous donnera raison.

Mais il faut aussi rester lucide : malgré les apports de fumier et les maïs, les analyses de matière organique continuent parfois à baisser. Ici, la dernière analyse datait de 2017. Malgré les couverts, on sait que ce sont des sols qui restent sensibles.

C’est quelque chose auquel on n’avait jamais vraiment prêté attention de cette manière. Pourtant, dans notre contexte, il faut être pragmatique. Continuer comme avant en voyant ce qui se passe n’aurait pas de sens.

Je pense refaire une analyse d’ici 2026 pour voir les premiers effets sur le long terme. Mon intention, en tout cas, est claire : je ne compte pas retravailler le sol si je peux l’éviter, parce que c’est vraiment dans cette direction que j’ai envie d’aller.

Conclusion

Tous les enjeux sont là :

  • limiter l’érosion,
  • mieux gérer les graminées,
  • maintenir ou améliorer les potentiels,
  • faire fonctionner ensemble couverts, cultures et élevage,
  • avancer vers le semis direct sans brûler les étapes.

Je ne suis pas encore partisan de tout passer d’un coup, mais j’espère vraiment y arriver. L’idée est d’avancer avec cohérence, en observant, en testant, et en construisant un système durable, adapté à nos sols, à notre climat, et aux contraintes d’une ferme d’élevage.