EARL de Champaumont
Semis sous couvert permanent depuis 2020
Steve LAHAYE

Steve Lahaye (38 ans), après avoir fait un Bac Pro CGEA, a continué en tant que salarié sur l’exploitation familiale qu’il reprend en 2019.
L'EARL de Champaumont, en grandes cultures pures (370 ha) est située dans la région du Barrois en Haute-Marne.
Suite à des charges trop importantes, par rapport à la moyenne du Barrois, l’exploitation a commencé par la réduction d’intrants (fioul et phyto). Après avoir abandonné le labour en 2012 elle adopte l'Agriculture de Conservation des Sols (ACS) tout en diminuant les insecticides et les fongicides et s’oriente vers le semis Direct sous Couvert Végétal en 2019.
Le véritable tournant fut l'essai d'un petit champ de trèfle blanc nain qui, en 2019, a révélé une rentabilité supérieure, prouvant la performance du modèle d'autonomie azotée.
Contexte de la ferme :
- Nom de la ferme : EARL de Champaumont.
- Localisation : Orquevaux (Haute-Marne), région du Barrois
- SAU (Surface Agricole Utile) : 350 hectares de culture (370 ha total avec MAE et jachère).
- UTH (Unité de travail Humain) sur la ferme : 1 UTH (Steve Lahaye), avec l'aide du père (retraité) déclaré à 30 h/mois.
- Type de sol : Argilo-calcaire superficiel, mais avec des zones sableuses, alcalines en surface qui collent, mais très acides et filtrantes en sous-couche.
- Taux de Matière Organique : Entre 4,5 % et 5,5 %.

Profil de sol - PH : Entre 7 et 8.
- Ateliers : Grandes cultures et production d'électricité photovoltaïque (sur bâtiment de stockage).
- Cultures : Blé, Orge Hiver/Printemps, Colza, Tournesol, Maïs grain, Pois de printemps, Luzerne.
- Points clés du modèle, pratiques agronomiques : Agriculture de Conservation des Sols (ACS), Semis Direct sous Couvert Végétal (SDCV)
- Partenaires techniques : Antonio Pereira (technicien Chambre d'agriculture)
Contexte pédoclimatique
Zone vulnérable : Zone intermédiaire (Haute-Marne).
Altitude : 440 m, située sur un plateau venteux ce qui augmente le risque de gel .
Le gel : La ferme subit des gelées tardives (jusqu'à -6°C ou -9°C annoncés) en avril/mai, cela oblige à reculer fortement les dates de semis des céréales d'automne (mi-octobre).
Précipitation : 950 à 1050 mm/an
Étapes de transition
- Avant 2012 : Début de la réduction des intrants (fioul et phytosanitaires) suite à un constat comptable de charges trop élevées par rapport à la moyenne locale (dans le quart supérieur du groupe de référence); cette année, tout avait gelé, la décision a été appuyé après avoir fait le constat que certains s’en sortait mieux avec moins de charges.
- 2012 : Arrêt total du labour
- 2016 - 2018 : Évolution vers l'ACS. Changement de technique face à la problématique du Vulpin (passage à des outils à dent très légers et recul des dates de semis)
- 2019 (le déclic) : L'essai d'une petite parcelle de trèfle blanc nain, implantée en couvert permanent (depuis 5 ans), génère la meilleure marge de la ferme, validant le système SDCV et montrant que "cela était possible".
- 2020 : Investissement majeur et mutualisé dans le semoir SD Amazone Condor à dent et généralisation des couverts permanents progressivement jusqu’à atteindre 100% de la surface réalisable en 2022.
Objectifs de production et à long terme
- Améliorer les versants : filtrants en ramenant de la matière organique pour "remonter la matière dans le sol"
- Améliorer les couverts : Optimiser l'implantation des couverts longs en les semant "au cul de la moissonneuse" (dans les 24 heures) pour maximiser leur levée en profitant de l'humidité résiduelle
- Autonomie : Maximiser la production d'azote gratuite par les légumineuses, un gain minimum estimé à 30 unités d’azote relâchées pour la culture suivante
- Réussir à se dégager du temps : car l'exploitant gère seul et l'embauche d'un salarié serait financièrement compliquée.
Analyse de sol
La ferme réalise des analyses de sol tous les trois à cinq ans (tous les trois ans pour les parcelles problématiques). Le taux de Matière organique (MO) se maintient à un niveau élevé, entre 4,5 % et 5,5 %, un indicateur positif des pratiques ACS et de la restitution de biomasse. Le pH est légèrement alcalin, variant entre 7 et 8.(ci-dessous deux analyses de sols sur une même parcelle entre 2017 et 2025).
Mise en place des couverts permanents
L’intérêt pour les couverts permanents
L'intérêt pour cette pratique est né d'une fascination initiale pour les performances observées sur des plateformes externes, comme les vidéos sur Youtube. Cependant, le véritable « déclic » s'est produit sur l'exploitation, en 2019. Juste après son installation Steve a eu l'opportunité d’essayer d’implanter un blé sur une parcelle de 2,5 ha de trèfle blanc nain, un couvert déjà implanté depuis cinq ans. Le résultat de cet essai fut un succès, puisque la parcelle a généré la meilleure marge de la ferme cette année-là, à la fois en termes de charges et de produits. Ce résultat a permis de montrer à l'ancienne génération la viabilité de la technique. Ainsi la généralisation de ces pratiques a débuté dès 2020.
La transition vers l'Agriculture de Conservation des Sols (ACS) a été soutenue par des formations spécialisées de la Chambre d'agriculture. L'exploitant bénéficie d'un conseil technique ciblé, notamment de la part d'Antonio Pereira, technicien de la Chambre d'agriculture. Pour le partage d'expériences, un GIEE de 12 agriculteurs a été créé et est directement géré par la Chambre d'agriculture pour éviter la charge administrative.
Objectifs de la mise en place des couverts
- Autonomie azotée : L'objectif principal est de créer des « pompes à azote » pour minimiser la dépendance aux intrants azotés minéraux.
- Santé et diversité des sols : Maintenir et augmenter la diversité de la faune et des micro-organismes dans le sol.
- Économiques : par la réduction des interventions et des charges de carburants.
Couvert Permanent :
Composition : L'espèce privilégiée est le trèfle blanc nain en raison de ses qualités agronomiques (robustesse, bonne adaptation, faible coût initial, bonne repousse printanière) et de sa faible tendance à concurrencer la culture de rente, même s'il peut monter en hauteur lors d'années très humides. Le lotier est également tenté en mélange entre 0,5 et 1 kg/ha avec le semis du colza, mais il est très compliqué à établir.

Implantation : Les graines sont semées en même temps que la culture (par exemple, dans la ligne de Colza). Grâce au semoir Amazone Condor, dont les différentes trémies permettent de semer dans la ligne de semis, des graines de différentes tailles comme la féverole ou un engrais starter. Steve privilégie un semis relativement profond, entre 3 et 4 cm, pour sécuriser l'enracinement face au sec. Le couvert reste en place, en général pour 3 ans. Sa destruction est déterminée en fonction de la culture suivante (par exemple le trèfle ne peut pas être géré dans du pois) ainsi que le niveau de salissement de la parcelle.
La régulation du trèfle peut être nécessaire en cas de croissance trop forte, notamment lors de printemps ou d’été humides afin d'éviter la concurrence avec des herbicides sélectifs (Glyphosate (1L) plus Allié (10 gr si c’est une grosse régulation et destruction presque totale à 20 gr) environ quinze jours à trois semaines avant le semis de la culture suivante pour bloquer sa croissance sans pour autant le détruire totalement, ce qui demande une gestion fine du désherbage pour ne pas pénaliser le couvert.

Pour les cultures d'automne, les couverts permanents sont broyés avant l'implantation, généralement autour du 15 au 20 septembre.
Remise au point : si nécessaire au printemps par un semis au quad suivi d'un passage de herse étrille, ce n’est pas systématique mais cela arrive régulièrement.
Destruction : déterminée en fonction du salissement des parcelles et de la culture suivante, par exemple un pois de printemps ne peut pas être associé au trèfle. La destruction n’est jamais totale (80-90%), car le trèfle résiste toujours un peu.
Couvert Classique (Long)
Ce couvert est situé dans une interculture longue entre un blé et un maïs ou un blé et une orge de printemps, par exemple.
Composition :L'exploitant utilise des mélanges multi-espèces complexes (une dizaine d'espèces) achetés chez des fournisseurs spécialisés . Ces mélanges incluent une forte proportion de légumineuses pour “pomper l’azote”. Il utilise un mélange de chez Agriconomie (dizaine d'espèces) entre 30-45 €/ha :
- Trèfle d'Alexandrie (15%),
- Phacélie (15%),
- Gesse (10%),
- Trèfle perse (10%),
- Fenugrec (10%),
- Lentille (10%),
- Serradelle (10%),
- Moutarde d'abyssinie (10%),
- Caméline (10%).
Le choix du multi-espèces permet de compenser les décrochages de deux ou trois espèces qui ne réussissent pas, assurant ainsi une couverture continue. Steve a essayé de réduire le nombre d’espèces (3) mais les couverts n’étaient pas aussi fournis qu’avec le premier mélange.
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Levée, Colza associé trèfle nain, lotier, colza, féverole, fenugrec
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En végétation, Colza associé au trèfle nain, lotier, colza, féverole, fenugrec
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Fenugrec sous tournesol Objectif récolter les 2
Couvert Courts
Des couverts courts sont réalisés les quelques fois où il n’y a pas de couvert permanent, notamment entre deux céréales (entre une orge de printemps et un blé par exemple) avec 10 kg de lotier et 5-6 kg de trèfle d’Alexandrie.
Destruction :
Ces couverts sont détruits au rouleau destructeur (type HE-VA) aux premiers gels.
Le roulage permet à certaines espèces résistantes (comme la Vesce ou le Trèfle) de repousser et de continuer à accumuler de l'azote, contrairement au broyage qui est plus létal. La destruction n'est pas effectuée à une date fixe, mais est modulée en fonction du salissement et du climat, du stade de maturité du couvert et de la parcelle pour optimiser la biomasse produite.
L'approche du sol : Suivi des cultures
Malgré des précipitations importantes, une partie des sols est filtrante et sableuse et a donc tendance à perdre rapidement les éléments nutritifs. L'objectif est donc de ramener de la matière organique (par les couverts) pour restaurer la capacité de rétention en eau.
Une gestion culturale optimisée
La gestion de l'enherbement a été un point central de la transition, notamment pour contrer la forte pression du vulpin. La stratégie est désormais centrée sur :
- Le recul des dates de semis pour les céréales d'automne (entre le 10 et le 15 octobre pour le blé), ce qui permet de limiter les levées de graminées et l'activité des ravageurs.
- L’utilisation des outils mécaniques légers, comme la herse étrille qui est passée dans la plupart des cas à "l’aveugle" (48 à 72 heures après le semis, en travers du sillon) pour gérer les premières levées et refermer le sillon .
- Le désherbage chimique, adapté à la parcelle et non systématique. Les traitements sont ciblés au printemps contre les vivaces (chardon, rumex) et appliqués avec prudence pour éviter de pénaliser le couvert permanent (trèfle nain) qui, s'il est bien géré, participe activement à l'étouffement des adventices.
Description de la rotation
Voici la rotation principale valable pour la récolte 2025 détaillée ci-dessous.
La rotation 2 remplace le tournesol par du pois de consommation:
La rotation 3 intègre le maïs en culture de printemps à la place du pois :
La gestion des ravageurs :
Le non-travail du sol a augmenté la pression des ravageurs de sol (taupin, zabre). Pour y remédier, Steve enrobe d’un insecticide les semences fermières (nom : signal;Cyperméthrine à 300g/L). Ce traitement est combiné à des oligo-éléments (Manganèse) pour soutenir les plantes
- Oligo-éléments : L'objectif est de compenser le déficit de cet élément dans les sols « soufflés » (sableux, donc très filtrants) de la ferme, réduisant ainsi les apports foliaires ultérieurs sur la culture.
- Insecticide : enrobage (0,2 L/quintal) pour sécuriser la levée des cultures . Cette mesure est devenue nécessaire pour faire face à l'augmentation des ravageurs de sol (taupin, zabre) dont la pression s'accroît dans ce système en semis direct sans labour.
- Parallèlement, l'exploitant utilise la herse à paille après le broyage des couverts pour casser les galeries et perturber les campagnols (mortalité estimée entre 30 % et 50 %).
- L'association culturale : Dans le colza, la féverole (90 kg/ha) est semée pour deux raisons majeures : premièrement, elle assure un apport d'azote pour le blé de l'année suivante, du fait du temps de dégradation d'un an, mais surtout elle crée un effet "troublant" visuel qui dissuade les insectes volants de se poser sur le colza.
La lutte contre les maladies
Elle s'appuie sur le choix de variétés résistantes (ex : blé chevignon) . Les traitements fongicides, limités en nombre (un seul passage si la pression est forte, comme pour la rouille) , sont appliqués en bas volume (45 L/ha). Ils sont systématiquement enrichis par l'ajout de sucre (30 g/ha), visant à "exciter les bactéries" et renforcer l'extérieur de la plante, ainsi que d’Epsotop (pour l'apport de soufre).
Stratégie d'amendements
- Méthode d'analyse : Pour le suivi de la fertilisation azotée en végétation, Steve utilise, la pince N-Tester de chez Yara . Les apports d'azote (minérale) sont également adaptés à l'année et au type de sol, les parcelles très superficielles recevant moins d'unités d'azote et épandues de façon plus fractionnée, afin d’éviter toute perte par lessivage.
- Fertilisation organique :
- Vinasse : Produit très riche, qualifié de « matière vivante », riche en matières organiques, en acides aminés et en matières labiles (assimilables immédiatement). Cette composition varie légèrement en fonction des années et de l’origine.Par exemple, la vinasse Floracale, épandue avant le colza, dosait par tonne : 20 unités d'azote (N), 0 phosphore (P), 240 unités de potasse (K), et 200 unités de soufre (S).
- L'apport varie entre 1-2 tonnes par hectare.
- Elle est achetée auprès de l'entreprise CCF (Chimie Centre France), située à Lyon . Elle provient majoritairement de vinasses de maïs d'Alsace ou de betteraves de l'Aube.
- Épandage : En raison de sa nature "vivante" (risques de floculation) l’ épandage est confié à une entreprise prestataire locale, située à cinq kilomètres, qui utilise des appareils spécifiques comme un Terra Gator à trois roues
- Compost (voir plus d’info sur le détail de l’itinéraire technique)
- Fiente (voir plus d’info sur le détail de l’itinéraire technique)
- Vinasse : Produit très riche, qualifié de « matière vivante », riche en matières organiques, en acides aminés et en matières labiles (assimilables immédiatement). Cette composition varie légèrement en fonction des années et de l’origine.Par exemple, la vinasse Floracale, épandue avant le colza, dosait par tonne : 20 unités d'azote (N), 0 phosphore (P), 240 unités de potasse (K), et 200 unités de soufre (S).
- Fertilisation minérale
- Engrais Starter (P/K) : comme le DAP 18-46 ou le 11-27; localisé dans la ligne de semis pour donner un « coup de boost » aux cultures, d’autant plus nécessaire en semis direct.
- Phosphore et potasse; Oligo-éléments (se référer au détail de l’itinéraire technique)
Équipements
L'EARL de Champaumont s'appuie sur la mutualisation du matériel pour amortir les coûts élevés des équipements spécifiques à l'ACS :
- Semoir amazone Condor (12 m, à dent) acquis en copropriété (130 000 € HT) avec un autre agriculteur pour qui il réalise les semis, Steve a choisi une grande largeur pour gagner en débit de chantier (semis direct : 4km/h, 4ha/h; semis conventionnel 7-8 ha /h).
- Herse à paille Bugnot (9m, CUMA) pour défibrer les résidus après le broyage du couvert et étaler la menue paille après le semis du couvert juste après la moisson, cela permet aussi de perturber les galeries de campagnols/souris.
- Herse-étrille : (12 000 € HT) Outil de désherbage mécanique utilisé "à l'aveugle" juste après le semis pour gérer les levées de graminées et refermer le sillon du semoir Condor.
- Rouleau destructeur HE-VA (6m, CUMA à 6,2 €/ha) pour la destruction mécanique des couverts longs, ce dernier ne les détruit pas entièrement, ce qui permet d'interrompre la floraison ou d'étouffer les adventices, mais le couvert peut continuer à produire de la biomasse jusqu’au printemps.
- Triage des semences : Depuis 2020 la CUMA s’est équipé (98 000 €) d’un trieur de semences en CUMA pour la production et l'enrobage des semences fermières (oligo-éléments et insecticides)
- Horsch terrano (4m) : Ancien canadien conservé pour des interventions ciblées plus profondes (fissuration du sous-sol) ou avant les cultures de printemps (pois) sur des zones de compaction.
- All rounder : Outil à dent pour le travail très superficiel du sol (dent fine ou patte d'oie) , utilisé occasionnellement pour gratter ou niveler après des dégâts, comme ceux causés par les sangliers.
Des impacts économiques non négligeables
- Evolution des marges brutes
- Evolution économique de la ferme
90 % de la production stockée à la ferme
Une grande partie de la production est stockée à la ferme, en silo à plat, et ventilé :
- Livraison moisson : pois, maïs et tournesol.
- Stockage court (vente entre septembre et novembre) : colza, orge d’hiver
- Stockage long (vente en février-mars) : blé, orge de printemps
Initialement les céréales étaient auto livrées directement au port de Metz mais avec l’augmentation des charges (gasoil, pneu…) et la diminution des primes livraison, il a dû arrêter.
Une autonomie suffisante
Semences de ferme
Steve Lahaye privilégie l'utilisation de semences fermières pour ses grandes cultures, notamment le blé, l'orge de printemps et le colza, afin de maîtriser les charges. Pour renouveler le stock et maintenir la lignée variétale, il rachète deux à trois doses de semences certifiées par an.

Toute la semence est traitée et triée par la CUMA (Coopérative d'Utilisation de Matériel Agricole) qui a investi dans une grosse station de semences, capable de traiter à haut débit (40 tonnes/heure), ce qui permet de mutualiser les coûts (25€/t).
Le traitement :
- Oligo-éléments : Du manganèse est ajouté . L'objectif est de compenser le déficit de cet élément dans les sols « soufflés » (sableux, donc très filtrants) de la ferme, réduisant ainsi les apports foliaires ultérieurs sur la culture.
- Insecticide : en enrobage pour sécuriser la levée des cultures . Cette mesure est devenue nécessaire pour faire face à l'augmentation des ravageurs de sol (taupin, zabre) dont la pression s'accroît dans ce système en semis direct sans labour.
Commercialisation
La majorité de la production céréalière est vendue en coopératives (Vivecia et Mc2) .
Le pois de printemps est valorisé en filière alimentation humaine. Cette filière impose des contraintes strictes, notamment sur l'usage des produits phytosanitaires.
La paille (principalement blé) est exportée et vendue ou utilisée en échange (compost, fumier) avec les éleveurs voisins.
Des impacts multiples
- Environnemental : Le maintien d'un taux de MO élevé (jusqu'à 5,5 %) et la couverture constante des sols sont des indicateurs de bonne santé du sol.
Les couverts apportent un minimum de 30 unités d'azote gratuites à la culture suivante, visible sur les cartes de rendement. La réduction de l'érosion et du lessivage est un enjeu primordial pour les sols filtrants de l'exploitation.
- Économique : La baisse mesurée du coût du fioul (18 €/ha économisés) et l'autonomie azotée via les légumineuses sont des facteurs de résilience face à la volatilité des intrants.
- Social : La mise en place des couverts permanents à réduit le temps de travail, mais surtout a augmenté le débit de chantier (notamment avec la herse à paille). Les interventions doivent être plus précises(intervenir au bon moment), et “on prend plus de temps pour réfléchir” sur le système et faire le tour des parcelles.
- Réglementaire : le travail est devenu plus complexe, car l’agriculteur souhaite percevoir la prime légumineuse, et pour cela il faut que le trèfle soit là en permanence, en majorité et sur toute la parcelle. De plus, il faut prendre garde à la date de la dernière régulation chimique du couvert avant la récolte de la culture (DAR).
Des facteurs limitants
Le climat très variable et le potentiel de sols sont les principaux freins sur la ferme. “il peut y avoir des variations de 50% de rendement sur une même parcelle”, le plus difficile c’est d’avoir une bonne régularité de couvert permanent sur la parcelle. Enfin, le climat influence beaucoup la concurrence ou non du couvert sur la culture; un temps sec va faciliter la chose tandis que l’inverse fera monter le couvert et nécessitera une régulation. Pour y remédier, la régulation et le sursemis à la volée sont les principaux moyens.
Effets constatés des nouvelles pratiques
- Sur le plan économique : la réduction drastique du travail du sol a permis une diminution notable des charges liées à l'énergie : le coût du fioul par hectare est ainsi passé de 76 €/ha en 2019 à 58 €/ha.
- Au niveau agronomique : les cultures sont considérées comme de véritables « pompes à azote » L'apport d'azote gratuit par les légumineuses est estimé à 30 unités minimum relâchées pour la culture suivante, un gain visible surtout au printemps. Cette libération d'azote se traduit par des observations sur le terrain, puisque les cartes de rendement générées par l'outil FieldView sur la moissonneuse montrent des « vagues » de rendements supérieurs dans les zones où le couvert permanent était plus développé. Par ailleurs, le taux de Matière Organique (MO) est maintenu à un niveau élevé, oscillant entre 4,5 % et 5,5 %, confirmant l'impact positif de l'ACS.
- L’augmentation des ravageurs : Ce qui nécessite d’y faire attention pour sécuriser la levée des cultures sensibles.
Essais en cours:
- Steve essaye la mélasse et la vinasse, depuis quelques années avec des résultats plutôt concluants
Conseils pour se lancer
- Démarrer très progressivement : Steve recommande de commencer par le plus simple : associer le trèfle blanc nain au colza. Cette technique est la moins risquée et le couvert s'implante facilement (même mélangé à la semence) et pousse seul une fois le colza récolté.
- Formation : Il est fondamental de se renseigner, s'informer, se documenter et se former (Chambre d'Agriculture et autres sources)
- Travailler en collectif : Créer ou rejoindre un GIEE (Groupements d'intérêt économique et environnemental) est très utile. Ce réseau permet le partage d'expériences, l'échange de matériel (CUMA, copropriété) et l'allégement de la charge administrative si le groupe est géré par la Chambre d'agriculture.
- Le risque principal est lié au désherbage et à la concurrence du couvert si celui-ci n'est pas régulé, il faut donc suivre plus régulièrement que d’ordinaire l’état des parcelles et des cultures.
- Il faut faire beaucoup plus régulièrement des tours de plaine.
- Commencer sur des petites parcelles.
Si c’était à refaire, Steve aurait commencé plus tôt car à l’époque le prix du trèfle était moins cher et la prime légumineuse plus élevée.
Sources
Entretien avec Steve LAHAYE
Photos & documents : Steve LAHAYE