Qu'est-ce que l'agroécologie ? par Frédéric Thomas
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Introduction
Frédéric Thomas ouvre son intervention en remerciant les personnes présentes et les collègues avec lesquels un travail collectif a été construit depuis une vingtaine d’années. Il insiste sur le fait que les idées présentées ne sont pas celles d’un seul individu, mais le fruit d’une équipe, d’expériences de terrain et d’une dynamique commune.
Son propos vise à conclure les échanges en prenant un angle un peu différent : non pas revenir sur les bases déjà largement évoquées, ni seulement parler de qualité alimentaire, mais « rebattre les cartes » pour expliquer ce qu’est réellement l’agroécologie et en quoi elle dépasse le simple cadre du non-labour ou du semis direct.
Du non-labour à l’agroécologie
Frédéric Thomas rappelle l’évolution des concepts au fil du temps :
- le non-labour ;
- les TCS, d’abord « techniques culturales simplifiées », puis « techniques de conservation des sols » ;
- le semis direct ;
- l’agriculture de conservation.
Selon lui, l’agriculture de conservation a progressivement trouvé sa place en rassemblant plusieurs idées :
- ne plus travailler le sol ;
- couvrir le sol ;
- diversifier les plantes en place.
Mais il souligne qu’un changement de cap décisif s’est produit avec l’introduction des couverts végétaux. Tant qu’on restait uniquement dans une logique de retrait d’une pratique jugée néfaste, en l’occurrence le travail du sol, on demeurait dans une posture « contre ». Or, dit-il, il ne suffit pas d’être contre quelque chose pour construire quelque chose de positif.
Les couverts végétaux ont fait basculer la réflexion dans une logique constructive. À partir du moment où ils ne sont plus seulement vus comme des CIPAN, c’est-à-dire des cultures intermédiaires pièges à nitrates, mais comme des outils agronomiques à part entière, le regard change. On ne les implante plus simplement pour lutter contre un problème, mais pour produire des fonctions utiles :
- remplacer l’acier par les racines ;
- remplacer le gasoil par la photosynthèse ;
- remplacer une partie de l’engrais par les nodosités ;
- remplacer une partie des produits phytosanitaires par la diversité.
Pour Frédéric Thomas, ce sont les couverts végétaux qui ont amené à l’agroécologie.
Définition pratique de l’agroécologie
Dans sa présentation, l’agroécologie est définie de manière très concrète : il s’agit de jouer avec les fonctionnalités du vivant. On ne cherche plus seulement à supprimer un facteur négatif, mais à utiliser les processus biologiques pour produire, réguler et améliorer les systèmes agricoles.
Il prend l’exemple des vers de terre et de l’activité biologique du sol : si l’on utilise le vivant pour faire le travail du sol, alors les effets collatéraux deviennent positifs. Parmi ces effets, il cite :
- le développement de la biodiversité ;
- la limitation de l’érosion ;
- l’amélioration potentielle de la qualité des aliments ;
- la réduction du travail du sol ;
- la diminution de la consommation d’énergie.
Il ajoute qu’en agroécologie, on obtient souvent des effets bénéfiques inattendus, « des surprises vraiment géniales », simplement parce qu’on a choisi de s’appuyer sur le vivant.
La biodiversité fonctionnelle : l’exemple des limaces
L’un des premiers exemples abordés est celui des limaces, longtemps considérées comme l’ennemi public numéro un dans les systèmes sans travail du sol.
Au départ, explique-t-il, beaucoup pensaient qu’en arrêtant de travailler le sol, le problème des limaces s’aggraverait. Lui-même reconnaît avoir autrefois défendu l’idée qu’il fallait multiplier les déchaumages estivaux pour exposer les œufs et détruire les limaces.
Mais avec le développement des couverts, d’autres organismes sont apparus :
- des carabes ;
- des staphylins ;
- des oiseaux ;
- des limaces carnivores, comme la limace léopard.
Il raconte avoir envoyé une photo de cette limace à Jean-Pierre Sarthou, qui lui en a confirmé l’identification. Cette limace est bien carnivore et mange d’autres limaces.
L’idée n’est pas de dire qu’il n’y aura plus jamais de problème. Frédéric Thomas refuse une vision idyllique : l’équilibre ne supprime pas totalement les risques, et il peut encore arriver qu’il faille intervenir pour sauver une culture. Mais, avec le temps, l’équilibre biologique améliore nettement la situation. Il souligne qu’il a fallu près de quinze ans pour accepter pleinement ce changement de regard.
Le salissement et la consommation des graines d’adventices
Un autre point majeur concerne le salissement des parcelles. Frédéric Thomas explique que l’on reste très ancré dans l’idée que le travail du sol sert à nettoyer les champs. Pourtant, ce travail ne résout pas automatiquement les problèmes d’adventices.
Il rapporte l’échange avec un agriculteur africain qui lui demandait comment gérer le salissement sans travailler la terre. Sa réponse fut de lui demander si, lui qui travaillait la terre, n’avait jamais de problème d’herbes. La réponse implicite montrait bien que le travail du sol n’était pas une solution miracle.
Il cite alors des travaux de l’Inra de Dijon montrant que sous couvert végétal, l’activité biologique du sol peut consommer des quantités très importantes de graines d’adventices. Les chiffres l’avaient lui-même surpris : entre 1000 et 4000 graines d’adventices par mètre carré et par jour.
Pour lui, cela illustre parfaitement l’agroécologie : laisser travailler cette faune, la nourrir, éviter de perturber son habitat, et bénéficier de sa capacité à réguler naturellement le stock semencier. Ce fonctionnement coûte moins cher que des interventions mécaniques répétées.
Ce qui est, ou non, de l’agroécologie
Frédéric Thomas propose ensuite une série d’exemples pour distinguer ce qui relève réellement de l’agroécologie et ce qui n’en relève pas complètement.
Le semis direct seul
Un semis direct dans un sol nu ne constitue pas, selon lui, de l’agroécologie à proprement parler. C’est déjà le retrait d’une action agressive sur le sol, ce qui est positif, mais on reste dans une logique de suppression d’une perturbation. On ne nourrit pas forcément le sol, on n’active pas nécessairement les fonctionnalités du vivant.
Le semis direct avec couvert végétal
En revanche, le semis direct avec couvert végétal est bien de l’agroécologie. On nourrit le sol avec des racines, on nourrit les mycorhizes, les vers de terre et l’ensemble de la biologie du sol. On fixe aussi de l’azote grâce aux légumineuses. En surface, on nourrit également les abeilles, les perdrix et d’autres organismes.
Il insiste sur le fait que, dans ces situations, les impacts collatéraux deviennent très positifs. Même la destruction du couvert est pensée autrement : si possible, le couvert peut accompagner le semis de la culture suivante, dans une logique de « vert dans le vert ».
Le désherbage mécanique
Le désherbage mécanique n’est pas, selon lui, de l’agroécologie. Certes, il ne mobilise pas de phytosanitaires, mais il repose encore sur une logique de lutte et d’élimination, par une action mécanique. Il le qualifie d’« intrant comme un autre », avec des effets potentiellement négatifs :
- perturbation de l’activité biologique du sol ;
- risque d’érosion en cas de fortes pluies ;
- maintien dans une posture de correction plutôt que de régulation par le vivant.
La lutte biologique inoculée
Il prend aussi l’exemple du trichogramme utilisé contre la pyrale du maïs. Là encore, bien qu’il s’agisse d’utiliser du vivant, il ne considère pas cela comme de l’agroécologie au sens plein. On reste dans une logique de lutte ciblée en injectant un organisme sélectionné dans le système.
Il met en garde contre l’idée que l’usage du vivant serait forcément inoffensif : comme avec les produits phytosanitaires, introduire des organismes peut avoir des effets imprévus. Il évoque le risque d’échappement ou de déséquilibres, en rappelant que la vie est complexe et puissante. Cela n’empêche pas d’avoir ces techniques dans la boîte à outils, mais ce n’est pas, pour lui, le cœur de l’agroécologie.
Le colza associé, exemple abouti d’agroécologie
Le colza associé est présenté comme un excellent exemple d’agroécologie. Frédéric Thomas explique que cette pratique découle directement du travail sur les couverts végétaux. Comme le colza figurait déjà souvent dans les mélanges de couverts parce qu’il ne coûtait pas cher, les agriculteurs ont fini par tester l’idée de maintenir une couverture associée avec la culture de colza elle-même.
Le système a fini par fonctionner et remplit plusieurs fonctions :
- limitation du salissement ;
- alimentation et structuration du sol ;
- développement des vers de terre et des mycorhizes ;
- réduction du besoin de désherbage et de traitements ;
- leurre ou perturbation des insectes ravageurs.
Il cite notamment le rôle des plantes compagnes comme le sarrasin ou la féverole, qui peuvent dépasser le colza et contribuer à mieux gérer :
- les grosses altises ;
- les charançons du bourgeon terminal.
Ce qu’il juge remarquable, c’est le basculement de logique : auparavant, on appliquait des insecticides pour éviter la présence d’insectes sur le colza ; avec le colza associé, on attire davantage de vivant, on nourrit aussi mieux les pollinisateurs, et l’on obtient malgré tout une meilleure régulation.
L’ajout de sarrasin ou de lin dans le mélange crée en outre un environnement favorable au petit gibier. Pour lui, on est là dans un véritable scénario agroécologique.
L’élevage pâturant : pas automatiquement agroécologique
Frédéric Thomas aborde ensuite l’idée souvent avancée selon laquelle il suffirait de remettre de l’élevage et du pâturage dans les exploitations pour faire de l’agroécologie. Il nuance fortement cette affirmation en montrant deux situations très différentes.
Le surpâturage
Dans un premier cas, pris dans le sud de la France, il montre une prairie surpâturée avec des animaux qui peinent. Il souligne plusieurs problèmes :
- concentration des déjections ;
- pollution ponctuelle ;
- misère pour le sol ;
- misère pour les animaux ;
- misère pour l’agriculteur.
Même si l’image peut paraître bucolique au grand public, ce n’est pas, selon lui, de l’agroécologie.
Le pâturage de couverts par des moutons
À l’inverse, il décrit un système dans lequel des moutons pâturent entre deux cultures, dans un couvert végétal produisant jusqu’à huit tonnes de matière sèche. Dans ce cas, on produit même plus de matière sèche entre deux cultures que certaines prairies ovines permanentes.
Ici, les moutons détruisent le couvert. Il n’y a ni rouleau faca, ni glyphosate, ni dépense de carburant pour la destruction. Le couvert vert est transformé par les moutons en fertilité restituée au sol. Il résume cela de façon imagée : transformer un couvert vert en « ammonitrate noir » grâce à des moutons blancs.
Il observe aussi plusieurs effets biologiques :
- stimulation de l’activité du sol ;
- recyclage rapide de la [[matière organique]] ;
- développement des mycorhizes ;
- diminution des limaces ;
- arrivée des rapaces derrière les moutons.
Le système fonctionne par petits paddocks d’environ 1500 m², déplacés tous les quatre jours. Les rapaces suivent ensuite les moutons.
Il ajoute un point de qualité alimentaire : à l’automne, les plantes pâturées sont plus concentrées en minéraux, car elles se renforcent pour passer l’hiver, alors qu’au printemps les plantes diluent davantage les minéraux dans une forte production de carbone. Les moutons consomment donc, selon lui, des aliments particulièrement riches.
L’agriculture de précision et le big data
Frédéric Thomas estime que l’agriculture de précision et le big data ne constituent pas, en eux-mêmes, de l’agroécologie. Selon lui, ils risquent d’éloigner du vivant en faisant trop confiance :
- aux algorithmes ;
- aux calculs ;
- aux moyennes.
Or, le vivant ne fonctionne pas de manière purement moyenne et standardisée. Il ne rejette pas complètement ces outils : les cartes de rendement ou d’autres données peuvent être utiles comme sources d’information dans une réflexion agronomique. Mais vouloir piloter le système exclusivement à partir de ces outils serait, selon lui, une erreur.
Il oppose à cela le « low tech », qu’il apprécie particulièrement. Il donne un exemple : dans une parcelle où les reliquats azotés sont hétérogènes après récolte, un couvert multi-espèces peut spontanément rééquilibrer la situation. Là où il y a beaucoup d’azote, certaines espèces, notamment les crucifères ou le tournesol, se développent davantage ; là où il en manque, les légumineuses prennent le relais. Au bout de deux mois et demi, le niveau d’azote du système devient beaucoup plus homogène.
Autrement dit, le couvert fait lui-même le travail de régulation, sans calcul complexe. Pour Frédéric Thomas, c’est là une démonstration de la puissance du vivant bien conduit.
Les associations de cultures
Il insiste sur la nécessité d’aller beaucoup plus loin dans les associations de cultures. Selon lui, les agriculteurs ont déjà bien progressé dans la réduction du travail du sol, mais doivent maintenant devenir très performants dans l’art d’associer plusieurs espèces.
Il cite :
- le colza associé ;
- le colza avec sarrasin ;
- des expériences de récolte de plusieurs espèces ensemble.
Il mentionne même avoir tenté jusqu’à quatre cultures associées en même temps, expérience qui n’a pas abouti puisque « c’est le broyeur qui a récolté », mais il considère qu’il faut continuer à s’aventurer dans cette voie, car elle ouvre de nombreuses perspectives.
Les semis précoces de céréales
Frédéric Thomas voit aussi dans le semis précoce des céréales une ouverture agroécologique majeure. Il rappelle que cette idée avait déjà été défendue par Marc Bonfils dans les années 1980.
L’enjeu est, selon lui, de permettre aux céréales de capter suffisamment d’éléments minéraux, notamment azote et potasse, avant l’hiver, afin qu’elles démarrent ensuite plus autonomes au printemps, en attendant que la minéralisation du sol prenne le relais. Cela suppose de décaler fortement les dates de semis.
Il prend l’exemple d’une orge d’hiver en Suisse :
- semée le 4 août ;
- après une féverole récoltée le 3 août ;
- photographiée le 20 septembre.
Il explique qu’en Suisse, la date de semis dépend directement de la date de récolte du précédent. Les repousses de féverole sont ensuite broyées, ce qui restitue des résidus au sol, nourrit l’activité biologique et couvre le sol pour limiter le salissement.
Il souligne aussi qu’avec ce décalage par rapport aux cycles habituels, on peut parfois éviter des problèmes comme les pucerons. À la récolte, les résultats restent honorables, avec peu d’azote et sans herbicides.
Pour lui, ce type d’approche ouvre des possibilités importantes après différents précédents comme :
- la pomme de terre ;
- le maïs ensilage ;
- le tournesol.
Une dynamique en cours dans l’agriculture française
Dans sa conclusion, Frédéric Thomas affirme que tout ce qui a été construit depuis vingt ans a généré une énorme dynamique. Cette dynamique ne se limite pas à des réunions techniques ou à des salles remplies : elle est visible dans les champs.
En parcourant la France, il observe encore beaucoup de labour, mais aussi un mouvement très net autour :
- de la couverture des sols ;
- de l’agroécologie ;
- de l’innovation dans les systèmes.
Il précise que cette dynamique touche aussi :
- les vergers ;
- les vignes ;
- la pomme de terre ;
- l’agroforesterie ;
- les systèmes intégrés.
Il évoque même des idées qui paraissent aujourd’hui « loufoques », comme le désherbage du maïs par des canards, non pas pour faire sourire seulement, mais pour montrer que le champ des possibles reste ouvert dès lors qu’on change de logique.
Il note aussi que le matériel évolue, parfois sous l’impulsion directe des agriculteurs, et pas seulement des grands constructeurs. Il voit donc une transformation plus large que celle de l’agriculture seule : c’est l’ensemble des systèmes techniques et des représentations qui bougent.
L’écologie comme intrant de demain
L’une des formules centrales de son intervention est que « l’écologie est l’intrant de demain en agriculture ».
Il précise qu’il ne s’agit pas d’un slogan abstrait, mais d’écologie appliquée à l’agriculture. Il reconnaît en même temps qu’un système agricole ne sera jamais un milieu naturel : l’agriculture reste un milieu imposé par l’homme, et il n’existera donc jamais d’agriculture totalement sans impact.
Mais la vraie question devient alors : jusqu’où peut-on pousser l’écologie dans un milieu agricole ? C’est, selon lui, le bon cap.
Il estime d’ailleurs que la France est bien placée sur ce terrain de l’agroécologie, même si elle n’est pas forcément la mieux placée sur le seul radar du semis direct. Il mentionne aussi les Suisses, qu’il considère comme des concurrents très avancés sur ces questions.
Intensifier la photosynthèse
Pour conclure, Frédéric Thomas affirme que l’agriculture est contrainte d’intensifier la photosynthèse. Pour lui, il n’y a pas d’autre solution.
Cette intensification de la photosynthèse doit permettre de remplir plusieurs fonctions :
- produire de la nourriture ;
- multiplier les semences ;
- produire du fourrage local ;
- fournir du carburant à la vie du sol ;
- alimenter les écosystèmes environnants ;
- produire de l’énergie renouvelable ;
- fournir des biomatériaux ;
- alimenter la chimie verte ;
- séquestrer du carbone.
Produire des semences
Il insiste sur le fait que les graines seront un intrant essentiel de demain, juste après l’écologie. Si l’on veut des couverts, des mélanges multi-espèces, des associations complexes, il faudra produire beaucoup plus de semences. Cela prendra de la surface, mais apportera aussi de la diversité.
Produire du fourrage local
Il invite à sortir d’une approche uniquement centrée sur les « plantes protéines » pour raisonner en termes de fourrage local. L’objectif est de remettre les animaux à leur place dans les systèmes. L’animal ne doit pas être seulement un objectif de production : il doit devenir un outil du système agroécologique.
À propos de ses moutons dans les couverts, il dit que ce qu’il voit, ce ne sont pas seulement des animaux qui mangent, mais aussi l’absence de nombreux équipements et opérations lourdes : hangars, chargeurs, silos, épandeurs, tas de fumier. Cela aussi fait partie du raisonnement.
Fournir du carburant à la vie du sol
Frédéric Thomas rappelle que les vers de terre consomment du carbone et rejettent du CO2. Il insiste cependant sur la différence entre le CO2 fossile, qui augmente le stock atmosphérique, et le CO2 biogénique, capté par la photosynthèse puis remis en circulation dans le cycle court. Il tient le même raisonnement pour le méthane des ruminants.
Selon lui, confondre ces flux est une erreur majeure dans les débats publics.
Alimenter les écosystèmes environnants
Il prend l’exemple des abeilles. Pour lui, le problème ne se réduit pas à la question des néonicotinoïdes. Il y a aussi un problème de continuité alimentaire. Les abeilles disposent de ressources à certaines périodes, mais connaissent aussi de fortes carences, notamment en été. Il faut donc remettre davantage de fleurs et de relais alimentaires dans les paysages.
Il étend cette réflexion à d’autres espèces, comme le petit gibier ou le chevreuil.
Produire une vraie énergie renouvelable
Il considère que l’agriculture est la seule véritable productrice d’énergie renouvelable au sens fort, parce qu’elle transforme l’énergie solaire grâce à des « panneaux solaires verts », c’est-à-dire les plantes. Cette énergie est stockable, renouvelée sur place et intégrée à des cycles biologiques. Il oppose cela aux énergies intermittentes nécessitant des dispositifs de stockage complexes.
Fournir des biomatériaux et alimenter la chimie verte
L’agriculture devra aussi, selon lui, produire des matériaux biosourcés et des molécules pour la chimie verte. Il cite en exemple les purins, les produits fermentés et d’autres extraits végétaux. Cela suppose d’imaginer aussi des parcelles et des productions dédiées à ces usages.
La séquestration du carbone comme conséquence et non comme objectif
Enfin, Frédéric Thomas revient sur la question de la séquestration du carbone. Il mentionne le cadre du « 4 pour 1000 » et souligne que cette orientation a contribué à donner de la visibilité à ces questions.
Mais il insiste sur un point fondamental : séquestrer du carbone ne doit pas devenir l’objectif premier. Ce doit être une conséquence positive de l’agroécologie, pas une finalité isolée. Si l’on construit les systèmes uniquement pour stocker du carbone, on risque de reproduire les mêmes impasses que celles rencontrées autrefois lorsqu’on ne raisonnait qu’en termes de nitrates à piéger.
Pour lui, l’agroécologie reste donc la vraie colonne vertébrale : le carbone stocké en est un bénéfice, non le moteur principal.
Conclusion
Dans cette intervention, Frédéric Thomas présente l’agroécologie comme un changement profond de posture. Il ne s’agit plus seulement d’enlever des pratiques jugées nocives, mais de concevoir les systèmes agricoles à partir des fonctionnalités du vivant.
Cette approche repose sur quelques principes structurants :
- nourrir les sols ;
- intensifier la photosynthèse ;
- diversifier les espèces ;
- intégrer les animaux comme outils ;
- laisser travailler la biologie ;
- rechercher des effets collatéraux positifs.
L’agroécologie, telle qu’il la décrit, n’est donc ni une simple technique, ni un catalogue de solutions. C’est une manière de penser l’agriculture en s’appuyant sur le vivant pour produire autrement, avec plus de cohérence, plus d’autonomie et davantage de bénéfices pour l’ensemble du système.