Quelle place pour l'arbre ? avec Alain Canet

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Dans cette conférence, Alain Canet présente la place centrale de l’arbre en agroécologie. À partir de nombreux exemples en grandes cultures, viticulture, élevage ou maraîchage, il montre que l’agroforesterie ne consiste pas à opposer production et nature, mais à réintroduire l’arbre comme allié des sols, de l’eau, du climat et de la biodiversité. Couvrir les sols horizontalement avec des végétaux et verticalement avec des arbres permet de stocker du carbone, limiter l’érosion, améliorer les rendements, créer des microclimats et diversifier les revenus agricoles. La conférence insiste aussi sur les savoir-faire paysans, la régénération naturelle, les arbres têtards, les haies et les corridors écologiques. Avec les échanges d’Hervé Coves, Alain Canet défend une vision simple et ambitieuse : produire autrement, restaurer la fertilité des sols et redonner à l’arbre une place essentielle dans les paysages agricoles et dans notre alimentation.

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Résumé
Dans cette conférence, Alain Canet présente la place centrale de l’arbre en agroécologie. À partir de nombreux exemples en grandes cultures, viticulture, élevage ou maraîchage, il montre que l’agroforesterie ne consiste pas à opposer production et nature, mais à réintroduire l’arbre comme allié des sols, de l’eau, du climat et de la biodiversité. Couvrir les sols horizontalement avec des végétaux et verticalement avec des arbres permet de stocker du carbone, limiter l’érosion, améliorer les rendements, créer des microclimats et diversifier les revenus agricoles. La conférence insiste aussi sur les savoir-faire paysans, la régénération naturelle, les arbres têtards, les haies et les corridors écologiques. Avec les échanges d’Hervé Coves, Alain Canet défend une vision simple et ambitieuse : produire autrement, restaurer la fertilité des sols et redonner à l’arbre une place essentielle dans les paysages agricoles et dans notre alimentation.

Pendant le confinement, Ver de Terre Production propose de diffuser des webinaires avec vos intervenants préférés !


Aujourd'hui, on commence avec Alain Canet : Arbres, agriculture et territoires : quelle place pour l'arbre pour quels services et produits ?


En partenariat avec Arbre & Paysage 32.


Introduction

La rencontre s’ouvre dans un format mixte, avec deux dispositifs de participation : une quarantaine de personnes en visioconférence avec possibilité d’intervenir en direct, et les autres participants en retransmission sur YouTube. L’intervenant précise que ce choix a été imposé par le nombre d’inscrits.

Cette intervention est portée par Arbre et paysage 32, structure installée dans le département du Gers depuis une trentaine d’années, et engagée dans de nombreuses coopérations autour de l’agronomie, de l’agroécologie et de l’agroforesterie.

Présentation d’Arbre et paysage 32 et des partenaires

Arbre et paysage 32 travaille avec de nombreux partenaires, parmi lesquels :

  • Le Ver de terre production, aujourd’hui très mobilisé sur la diffusion des savoirs, la mise en ligne de contenus agronomiques, techniques et agroécologiques ;
  • des centres de formation avec lesquels la structure collabore fortement ;
  • les vignerons indépendants, avec qui un travail important est mené autour d’une unité dédiée à la vigne ;
  • le programme 4 pour 1000, centré sur le stockage du carbone dans les sols ;
  • Agro d’Oc, dispositif du bassin Adour-Garonne consacré à la mesure, la quantification et la qualification des pratiques agroécologiques sur les fermes ;
  • le Mouvement pour une agriculture du vivant, avec lequel sont mises en place des filières et des produits issus de l’agroécologie.

L’association rappelle qu’elle fait partie d’un réseau d’opérateurs présents sur l’ensemble de l’Hexagone, tous dédiés aux arbres hors forêt, c’est-à-dire à l’agroforesterie. Ses missions couvrent :

  • le conseil ;
  • l’appui technique ;
  • la formation ;
  • l’expertise ;
  • l’analyse de l’existant ;
  • la proposition de formes nouvelles à planter ;
  • le travail sur les formes spontanées, notamment la régénération naturelle assistée.

Dans le Gers, cela représente environ 200 chantiers par an, avec aussi des interventions dans d’autres territoires lorsque cela est nécessaire.

L’année des trognes et les initiatives autour de l’arbre

L’année 2020 est présentée comme l’année des trognes, initiative portée avec Dominique Mansion, la Maison botanique et d’autres partenaires. L’objectif est de redonner du sens à ces arbres longtemps négligés, de les remettre en évidence, d’en recréer, d’en restaurer, d’en retailler, mais aussi parfois de laisser certains arbres évoluer librement.

Parmi les initiatives récentes évoquées figure également le documentaire Le Temps des arbres, réalisé notamment par Marie-France Barrier pour France Télévisions.

L’intervenant mentionne aussi le projet Des enfants et des arbres, qui vise à faire planter un arbre par enfant scolarisé. L’ambition est de replacer l’arbre hors forêt, dans les fermes, et de faire venir les écoles chez les agriculteurs, en lien avec les associations agroforestières, les chasseurs, les pêcheurs, les apiculteurs et les élus.

Enfin, il mentionne Paysage in Marciac, manifestation faite de balades, conférences et causeries, organisée autour de Marciac.

Ce qu’est l’agroforesterie

L’agroforesterie est définie comme le fait de travailler avec les arbres hors forêt. Elle s’inscrit dans un cadre plus large, celui de l’agroécologie.

Deux principes fondamentaux sont rappelés :

  • couvrir les sols horizontalement avec une couverture végétale ;
  • couvrir les sols verticalement avec des arbres.

Pour l’intervenant, ces deux principes constituent le socle agronomique essentiel. L’agroforesterie n’est donc pas pensée isolément, mais toujours en lien avec les pratiques agroécologiques.

Il insiste aussi sur le fait que l’agroforesterie n’invente rien : elle est à la fois le produit de recherches modernes très abouties, de techniques ancestrales, et du bon sens paysan.

Une parcelle agroforestière comme système conçu

Une parcelle en grandes cultures sert d’exemple. On y trouve :

  • de la régénération naturelle assistée sur un fossé ;
  • une ripisylve sur le bord d’un cours d’eau, avec notamment l’aulne glutineux, du sureau et d’autres espèces ;
  • des lignes d’arbres fruitiers espacées tous les 26 mètres, ce qui laisse 24 mètres utiles pour les cultures.

Cet aménagement est présenté comme un travail de design, c’est-à-dire une organisation de l’espace en lien avec les productions agricoles. L’arbre doit y devenir un outil et un allié, jamais une contrainte.

Une formule reprise à Alain Canet et attribuée à Hervé Coves résume cette approche : « L’arbre, c’est l’art de cultiver la lumière et de récolter la pluie. »

Dans une telle parcelle, il est affirmé que la quantité de photosynthèse peut être multipliée par trois. Le rayonnement solaire ne frappe plus le sol nu, mais des plantes. L’eau et la lumière sont mieux utilisées, et la fertilité produite.

Ne pas opposer forêt et agroforêt

Un point important de l’intervention consiste à ne pas opposer les formations végétales entre elles.

Sur une même image sont présents :

  • un petit bois ;
  • des haies ;
  • une ripisylve ;
  • des alignements d’arbres ;
  • des cultures.

L’idée centrale est que tout doit être connecté. Cette connexion permet la circulation du vivant. Pour qu’elle soit efficace, il faut dans ces milieux :

  • des ronces ;
  • du lierre ;
  • des sureaux ;
  • du bois mort ;
  • une diversité d’essences.

C’est cette diversité qui permet d’abriter, nourrir et laisser se reproduire la faune recherchée.

Agroforesterie et alimentation

L’intervention affirme clairement que parler d’agroforesterie, c’est parler d’alimentation. Cela revient à parler :

  • de choix de société ;
  • de santé ;
  • de qualité des produits ;
  • de manière de produire.

L’intervenant interroge directement le contenu de l’assiette : mange-t-on ou non des produits issus de l’agroforesterie ? du pain sur sol vivant ? des légumes, fruits, viandes ou vins produits dans des systèmes agroécologiques ?

Cette question est liée à celle de la biomasse, de l’énergie, du bois, du BRF, du recyclage de matériaux, mais aussi de l’élevage, du climat, des microclimats, de la biodiversité et de la diversification.

Le rôle du ver de terre et des sols couverts

Le ver de terre est présenté comme un indicateur central. Un ver de terre vigoureux, sombre, bien nourri, est montré comme typique d’un sol couvert, c’est-à-dire d’un sol qui a à manger en permanence.

L’idée revient souvent : le sol doit recevoir une ration suffisante de carbone frais. C’est ce carbone qui nourrit la vie du sol.

L’agroforesterie, combinée aux couverts végétaux, permet d’augmenter cette alimentation du sol et donc sa fertilité.

Le regard d’Hervé Coves

L’intervention se déroule avec la participation d’Hervé Coves, régulièrement sollicité pour compléter ou illustrer certains points.

Lorsqu’il est question du carbone, il rappelle que :

  • l’essentiel du carbone vivant sur Terre est contenu sous forme d’êtres vivants ;
  • parler de carbone dans les sols revient à parler de vie.

Pour lui, vouloir mettre du carbone dans le sol, c’est en réalité vouloir y remettre de la vie, et donc aussi de la biodiversité.

Sur la lumière, il insiste sur l’exemple de la forêt : les différents étages végétaux montrent qu’il est possible de faire coexister de nombreuses plantes sur un même espace. Les feuilles des arbres enseignent ainsi comment partager la lumière à l’échelle d’un écosystème riche.

Pollinisateurs et ressource alimentaire

Un autre thème fort de l’intervention concerne les pollinisateurs. Il est rappelé que l’on parle beaucoup de leur disparition, mais qu’on oublie souvent la question de la ressource.

L’intervenant montre plusieurs exemples :

  • un rameau de peuplier noir, qui fournit la propolis ;
  • du saule osier, arbre têtard très précoce pour la floraison ;
  • une feuille de lierre, plante tardive très importante pour les pollinisateurs.

Il résume cela par la formule : « Du saule au lierre, il leur faut du très tôt au très tard. »

L’enjeu est donc de proposer aux pollinisateurs une alimentation étalée dans le temps, comprenant nectar, pollen et propolis.

L’eau, le sol et l’érosion

L’eau et le sol constituent un axe majeur de la conférence.

En viticulture notamment, deux situations sont opposées :

  • des sols nus ayant perdu 25 centimètres de terre ;
  • des sols couverts, dans lesquels les arbres et la végétation protègent efficacement contre l’érosion.

Il est affirmé qu’un sol nu est un sol foutu. Les arbres seuls ne suffisent pas à arrêter l’érosion si le sol reste nu ; il faut des couverts végétaux.

L’intervenant rappelle aussi que les bases agronomiques sont largement communes à la plupart des productions agricoles : vigne, maraîchage, élevage, lait, grandes cultures.

Agroforesterie et viticulture

La viticulture revient souvent comme exemple.

Il est expliqué, avec l’appui d’Hervé Coves, que la vigne est compatible avec les arbres fruitiers du point de vue mycorhizien. Cela permet d’envisager des systèmes dans lesquels la vigne cohabite avec des fruitiers.

Plusieurs références sont évoquées :

  • l’ancienne présence de pêchers dans certains vignobles ;
  • le cas de Sauternes ;
  • les travaux de Xavier Planty au château Guiraud.

À propos de ce dernier, Hervé Coves rapporte qu’après plantation d’arbres dans les parcelles, il n’y avait plus de problème d’insectes au bout de deux ans, sur une trentaine d’hectares.

L’idée forte est que l’agroécologie peut sauver les vignobles, mais plus largement l’agriculture elle-même.

Vin, biodiversité et choix de consommation

L’intervenant montre une bouteille de vin issue de l’agroécologie pour souligner que consommer un tel produit, c’est aussi soutenir :

  • la production de biodiversité ;
  • le stockage du carbone ;
  • la création de microclimats ;
  • la production de sol ;
  • l’emploi ;
  • des paysages de qualité ;
  • des vignerons heureux.

Un échange plus léger avec Hervé Coves insiste sur le fait que des choses simples — bien manger, bien boire, partager — peuvent contribuer à transformer le monde.

Le maïs, les mottes de terre et la preuve par le sol

Deux mottes de terre prélevées dans des champs de maïs sont montrées :

Dans le premier cas, la motte est noire, homogène, riche en carbone, matière organique, faune et champignons. Dans le second, elle apparaît comme un bloc d’argile appauvri.

Le message est simple : à sol, climat et culture comparables, ce sont les pratiques qui produisent la différence.

Élevage, viande et systèmes agricoles

L’intervention aborde longuement l’élevage pour montrer qu’il ne faut pas tout confondre.

Deux images sont mises en regard :

  • d’un côté, des milliers de vaches dans un système industriel au Kansas ;
  • de l’autre, des vaches dans le bocage du Massif central, sur prairie permanente.

L’idée est que parler de « viande » au singulier est trompeur. Entre une viande issue d’un système industriel et une viande produite à l’herbe dans un paysage agroforestier, il y a une différence fondamentale.

Paysages d’hier et paysages d’aujourd’hui

Une comparaison entre deux vues d’un même territoire à plusieurs décennies d’écart montre :

  • autrefois, une mosaïque agroforestière dense, avec arbres dans les champs, haies, ripisylves, arbres têtards et fruitiers ;
  • aujourd’hui, de grandes parcelles simplifiées, issues du remembrement et de la mécanisation.

L’intervenant souligne qu’autrefois il y avait :

  • de la diversité ;
  • de la biodiversité ;
  • de l’emploi ;
  • de la qualité ;
  • de la productivité.

Aujourd’hui, dans beaucoup de cas, on a perdu :

  • la diversité ;
  • l’énergie ;
  • le fruit ;
  • et même le rendement global.

Déserts agricoles et crise du sol

Plusieurs images de paysages du Lauragais ou du Gers montrent des taches blanches de calcaire affleurant, signe que la roche mère apparaît à la surface.

Le constat est sévère :

  • les sols ont été dégradés ;
  • l’érosion a créé à la fois des zones engorgées et des zones désertifiées sur une même parcelle ;
  • la productivité s’effondre ;
  • la biodiversité disparaît ;
  • le cycle de l’eau est rompu.

Pour l’intervenant, cela est agronomiquement et socialement inacceptable : le paysan est ruiné et le consommateur mis en défiance.

Hervé Coves ajoute que ces paysages disent aussi quelque chose de l’état moral du monde agricole : des sols érodés, des agriculteurs eux aussi érodés.

Le geste élémentaire : nourrir le sol

Une branche ou une feuille qui tombe au sol est présentée comme le geste élémentaire. C’est le geste premier de la fertilité : nourrir le sol de matière fraîche.

Hervé Coves développe alors le fonctionnement des champignons endophytes présents dans les feuilles. Dès qu’une feuille tombe au sol, ces champignons se connectent à ceux du sol et les nutriments commencent à circuler en moins d’une minute vers le réseau fongique puis vers les plantes autour.

Il rappelle aussi, en citant Marc-André Selosse, que les feuilles les plus anciennes stockent davantage de déchets cellulaires. Leur chute permet donc à la fois de nettoyer la plante et de recycler ce qui peut l’être.

L’arbre qui réhydrate les milieux

À partir de l’exemple de l’arganeraie au Maroc, il est affirmé que l’arbre peut hydrater un milieu sec. En retirant l’arganier, on obtient un désert presque immédiatement.

Hervé Coves détaille plusieurs mécanismes par lesquels les arbres font revenir l’eau :

  • émission de composés organiques volatils qui favorisent la condensation et la pluie ;
  • production d’eau liée à la décomposition du bois ;
  • racines profondes et pivots connectant les profondeurs et la surface ;
  • réseaux fongiques favorisant la remontée d’eau par hyperfluidité.

Pour lui, les déserts sont largement créés par l’homme, et les arbres peuvent participer à les faire reculer.

Systèmes agroforestiers dans le monde

De nombreux exemples internationaux sont cités pour montrer l’universalité de l’agroforesterie :

  • pâtures agroforestières en Corse ;
  • arbres têtards au-dessus de Grenoble ;
  • fruitiers sur parcours de volailles ;
  • arganeraie marocaine ;
  • dehesa et montado en Espagne et au Portugal, systèmes du pata negra ;
  • chênes-lièges et élevage au Maroc ;
  • vanille agroforestière à La Réunion ;
  • truffières ;
  • végétalisation de bâtiments scolaires avec de la glycine.

Chaque exemple montre une combinaison entre production agricole, microclimat, biodiversité, eau et usages multiples de l’arbre.

La truffe et la reconstruction de la forêt

Hervé Coves insiste particulièrement sur la truffe. Il la décrit comme un champignon capable de refaire pousser une forêt dans les zones calcaires arides, dégradées ou désertifiées.

Selon lui, la truffe attire à elle une vie animale abondante qui recolonise les sols fatigués, relance les processus biologiques et permet la reconstruction d’un écosystème forestier.

Les vieux arbres, mémoire et résilience

Les vieux arbres sont présentés comme des éléments majeurs du paysage. Un chêne millénaire, frappé par la foudre et réitéré, sert d’exemple.

Hervé Coves explique que plus un arbre est vieux, plus il a gardé la mémoire des épreuves traversées : sécheresses, tempêtes, maladies, attaques d’insectes. Les vieux arbres transmettent cette expérience aux plantes qui les entourent, notamment par les signaux chimiques et fongiques.

Il affirme que la résilience optimale d’un territoire suppose la présence de très vieux arbres. D’où la question : le meilleur moment pour planter un vieillard, c’était il y a cinq cents ans ; le second meilleur moment, c’est aujourd’hui.

L’arbre, seul modèle de développement durable

En s’appuyant sur Francis Hallé et sur Ernst Zürcher, l’intervenant rappelle deux formules :

  • l’arbre est le seul modèle de développement durable connu ;
  • partout où elle peut, la Terre appelle des arbres.

L’agroforesterie consiste précisément à répondre à cet appel dans les paysages agricoles.

Le modèle de la forêt comme inspiration

Le modèle forestier inspire plusieurs pratiques :

  • semis direct dans des couverts végétaux ;
  • restitution permanente de matière organique ;
  • superposition d’étages ;
  • recyclage interne des nutriments.

Les jardins de la fraternité ouvrière de Mouscron sont évoqués comme exemple marquant : un jardin-forêt extrêmement fertile, cultivé pendant des décennies sans motoculteur et sans apports extérieurs de matière organique, simplement en restituant au sol les résidus végétaux et le bois de taille.

Arbres creux, bois mort et création du sol

Des arbres têtards creux sont montrés non comme des anomalies, mais comme des formes vivantes fonctionnelles. Ils témoignent de la capacité de l’arbre à durer, même abîmé, creux ou colonisé par des champignons.

L’arbre est présenté comme :

  • créateur de sol ;
  • ascenseur hydraulique ;
  • pompe à nutriments ;
  • producteur de biomasse ;
  • support de biodiversité.

Même sur des surfaces très pauvres, il est capable de créer de la matière et de lancer des dynamiques de vie.

Régénération spontanée et plantes pionnières

L’intervenant montre plusieurs cas où la végétation s’installe spontanément :

  • un peuplier poussant entre béton et bitume au bord d’une route ;
  • des plantes sur une voiture restée six mois sous un arbre ;
  • des boutures de laurier-rose développant de la matière.

Ces exemples servent à illustrer la force prodigieuse du vivant. Ils montrent aussi l’importance de la régénération naturelle assistée : laisser pousser, protéger, accompagner plutôt que toujours planter.

Enseignement agricole et diffusion des savoirs

Une question est posée sur la place de l’agroforesterie dans l’enseignement agricole.

La réponse donnée est nuancée :

  • l’agroécologie est bien entrée dans les textes et les programmes ;
  • mais sa mise en œuvre dépend encore beaucoup des enseignants et des directions ;
  • dans les faits, l’agroforesterie est souvent peu traitée, ou seulement à la marge.

L’intervenant regrette que ce sujet de premier ordre soit encore dilué parmi beaucoup d’autres. Il insiste sur la nécessité de former les formateurs et de remettre à jour les contenus techniques.

Les trognes, arbre paysan aux mille usages

Un long passage est consacré aux trognes, à partir du travail de Dominique Mansion.

Les trognes sont présentées comme :

  • une forme du passé ;
  • mais surtout une forme d’avenir.

Elles permettent de produire :

  • du bois ;
  • du fourrage ;
  • de la litière ;
  • de l’énergie ;
  • de la biomasse ;
  • des clôtures ;
  • de l’ombre ;
  • des habitats pour la biodiversité.

Elles ont aussi la particularité de produire du bois sans qu’on ait à couper l’arbre. Bien gérées, elles peuvent vivre très longtemps et devenir des réservoirs biologiques majeurs.

Le BRF, le paillage et la plantation des arbres

La plantation est abordée de manière très concrète. Il est rappelé qu’un arbre planté sur deux meurt ou végète aujourd’hui en France, faute de respect des règles de base.

L’intervenant insiste notamment sur :

  • le choix du piquet ;
  • la qualité de la protection ;
  • et surtout le paillage.

Il montre que pour planter correctement un arbre, il faut environ 120 litres de bois broyé au pied, sur un mètre carré, avec 12 centimètres d’épaisseur. Le meilleur paillage est le bois.

Les différentes formes d’arbres dans la parcelle

Plusieurs formes d’agroforesterie sont distinguées :

  • arbres fruitiers ;
  • arbres têtards ;
  • arbres pour le bois d’œuvre ;
  • arbres pour le bois d’industrie ;
  • pré-vergers ;
  • haies ;
  • ripisylves ;
  • arbres intraparcellaires.

Un schéma montre comment, dans une même ferme, on peut organiser ces formes en fonction des usages, de l’élevage, des cultures et du relief.

Surpâturage et pâturage tournant

Le surpâturage est montré comme une cause importante de dégradation. Lorsque les animaux restent en permanence dans une même parcelle, ils mangent les jeunes pousses, sélectionnent les espèces, empêchent la régénération et peuvent contribuer à la désertification.

Hervé Coves explique que les animaux devraient au contraire circuler, à l’image des grands troupeaux poursuivis autrefois par les prédateurs. Le pâturage tournant dynamique permet de :

  • laisser reposer l’herbe ;
  • favoriser la repousse ;
  • maintenir la vie du sol ;
  • augmenter la productivité.

Question foncière et propriété

Une question porte sur le droit de propriété et la difficulté à inscrire l’arbre dans des temps plus longs que ceux de l’exploitation.

Hervé Coves répond que l’arbre dépasse les générations et oblige à penser autrement la relation au foncier. Les vieux arbres, les corridors, les plantations à long terme posent la question du bien commun.

Il est rappelé que les trames vertes et bleues commencent à intégrer cette logique, mais que le sujet reste largement ouvert.

Corridors écologiques et circulation du vivant

Les corridors sont décrits comme essentiels. La vie se déplace depuis les zones riches vers les zones appauvries. Sans corridors, la recolonisation biologique est très lente.

Ces corridors doivent relier :

  • bois ;
  • lisières ;
  • ripisylves ;
  • haies ;
  • mares ;
  • zones refuges.

Hervé Coves insiste aussi sur le rôle des oiseaux migrateurs ou semi-migrateurs, capables d’apporter dans leurs déjections des organismes vivants venant de régions plus méridionales et potentiellement mieux adaptés au changement climatique.

Couverture végétale, carbone et productivité

Le message central revient sans cesse : il faut laisser le plus possible de carbone au sol. Cela suppose :

  • des couverts hivernaux ;
  • des couverts estivaux ;
  • du semis direct ;
  • des arbres ;
  • des restitutions organiques.

Le schéma présenté montre que dans un système agroécologique, on peut continuer à produire autant de denrées alimentaires, tout en ajoutant de la biomasse, du bois, de l’énergie ou d’autres usages. L’enjeu n’est donc pas de réduire la production, mais d’optimiser le système.

Indicateurs de résultats et capital sol

L’intervenant insiste sur la nécessité de sortir des obligations de moyens pour entrer dans les indicateurs de résultats.

Le cœur de la démarche est formulé ainsi : « Chaque jour qui passe, j’améliore mon capital sol. »

Cela suppose de mesurer :

  • la couverture du sol ;
  • l’activité biologique ;
  • la porosité ;
  • l’infiltration de l’eau ;
  • les entrées et sorties de carbone ;
  • la dynamique de fertilité.

Produire la biodiversité

L’un des fils rouges de la conférence est l’idée qu’il ne suffit pas de protéger la biodiversité : il faut la produire. De même pour l’eau, les sols, les paysages et les microclimats.

L’arbre devient alors un outil de production au même titre que les autres éléments du système agricole.

Exemples d’agriculteurs et de pratiques

Plusieurs exemples concrets sont cités :

  • Christian Abadie, en semis direct intégral ;
  • Conrad Schreiber, pour les références agronomiques ;
  • Andy Cuckup à la ferme de Naroques, en traction animale, pain, blés population, semis direct et élevage ;
  • Christian Boda, qui fait de l’agroforesterie sous serre avec mini-trognes de saules et vignes ;
  • des éleveurs laitiers gersois qui réintroduisent l’élevage dans les coteaux ;
  • des systèmes volailles et canards sur parcours arborés ;
  • des vignerons du Beaujolais intégrant des fruitiers dans les parcelles.

Le rôle des collectivités et des élus

En fin d’échange, la place des communes et des collectivités est évoquée. L’intervenant estime qu’elles ont un rôle considérable à jouer.

Parmi les pistes mentionnées :

  • laisser pousser sur les chemins ruraux ;
  • recourir davantage à la régénération naturelle ;
  • planter un arbre par habitant ;
  • récupérer et remettre dans la boucle les « déchets verts » ;
  • cesser de tondre et broyer systématiquement ;
  • végétaliser les façades, écoles et espaces publics avec des lianes comme la glycine ;
  • transformer les parcs en espaces productifs.

Il appelle à sortir d’une logique de génie civil pour revenir au génie végétal.

Le carbone comme fil conducteur

À plusieurs reprises, il est affirmé que le vrai paiement pour services environnementaux devrait être centré sur le carbone, parce qu’il est le fil conducteur reliant :

  • biodiversité ;
  • eau ;
  • fertilité ;
  • climat ;
  • production.

L’intervenant appelle de ses vœux une véritable politique agricole du carbone, fondée sur deux mesures simples :

  • couverture végétale des sols ;
  • agroforesterie.

Des enfants et des arbres : la transmission

La conférence se conclut sur l’initiative Des enfants et des arbres. La première plantation a eu lieu avec une classe de collège en Île-de-France. Chaque enfant a planté plusieurs arbres chez un agriculteur.

L’objectif est de faire de cette démarche une action de grande ampleur, afin que les enfants puissent poser un geste concret pour le climat, les sols, le paysage et l’avenir agricole.

Conclusion

L’intervention défend une idée simple : l’agroforesterie n’est pas un supplément d’âme ni un décor. Elle est un sujet de société de premier ordre, un levier agronomique fondamental et une manière de réconcilier production, fertilité, eau, biodiversité, alimentation et paysage.

Le message final est à la fois technique et politique : il faut couvrir les sols, remettre des arbres, produire de la vie, retrouver des systèmes simples, fertiles et productifs, et faire de cette transformation un projet partagé.

La séance se termine par une invitation à poursuivre les échanges et à retrouver Hervé Coves pour une master class consacrée à l’art de récolter le soleil et de cultiver la pluie.