Semis-direct & autonomie en protéines, par Laurent Cornée

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Sur son exploitation laitière en Ille-et-Vilaine, Laurent Cornée explique son passage progressif du labour aux TCS puis au semis direct, engagé pour gagner du temps, préserver des sols battants et améliorer leur fonctionnement. Aujourd’hui en GAEC avec sa femme, il conduit 160 ha, 70 Prim’Holstein en robot de traite, avec des rotations diversifiées mêlant prairies, luzerne, maïs ensilage et grain, blé, orge, colza, féverole, lin ou miscanthus. Son objectif est clair : renforcer l’autonomie, notamment en protéines, grâce à la féverole, la luzerne, le colza et les couverts multi-espèces. Il détaille ses pratiques de semis sous couvert, la réduction du travail du sol, l’usage raisonné des intrants, ainsi que l’intérêt des associations d’espèces pour la fertilité, la santé des cultures et du troupeau. Il évoque aussi l’agroforesterie comme levier de biodiversité, de bien-être animal et de résilience face au climat.

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Résumé
Sur son exploitation laitière en Ille-et-Vilaine, Laurent Cornée explique son passage progressif du labour aux TCS puis au semis direct, engagé pour gagner du temps, préserver des sols battants et améliorer leur fonctionnement. Aujourd’hui en GAEC avec sa femme, il conduit 160 ha, 70 Prim’Holstein en robot de traite, avec des rotations diversifiées mêlant prairies, luzerne, maïs ensilage et grain, blé, orge, colza, féverole, lin ou miscanthus. Son objectif est clair : renforcer l’autonomie, notamment en protéines, grâce à la féverole, la luzerne, le colza et les couverts multi-espèces. Il détaille ses pratiques de semis sous couvert, la réduction du travail du sol, l’usage raisonné des intrants, ainsi que l’intérêt des associations d’espèces pour la fertilité, la santé des cultures et du troupeau. Il évoque aussi l’agroforesterie comme levier de biodiversité, de bien-être animal et de résilience face au climat.

SOMMAIRE :



1 : Présentation de la ferme : 0:27

2 : Rotations des cultures : 0:05:07


3 : ITK maïs : 0:08:53


4 : ITK blé : 0:22:19


5 : ITK féverole : 0:32:26


6 : ITK colza : 0:37:12


7 : ITK lin : 0:45:38


8 : Autres cultures :0:49:50


9 : Miscanthus : 0:50:22

1

10 : Cultures fouragères : 0:51:22


11 : Troupeau laitier : 0:59:22


12 : Ration du troupeau : 1:07:15


13 : Conseil pour ceux qui souhaitent se lancer dans le SD 1:10:42


Présentation de l’exploitation

Laurent Cornée est agriculteur en Ille-et-Vilaine, dans le 35. Il est installé en GAEC depuis 1988. Il a commencé à abandonner la charrue avant 1998, en passant d’abord par les TCS, sur une surface qui était alors d’environ 120 hectares, avec ses parents. Aujourd’hui, l’exploitation fait 160 hectares et fonctionne toujours en GAEC, avec son épouse.

La ferme est organisée en deux parties distinctes, éloignées d’environ un kilomètre. Les sols sont limoneux, avec environ 20 % d’argile. Sur une partie de la ferme, les terres sont battantes. À l’époque du démarrage, les taux de matière organique étaient plutôt faibles, autour de 2 à 2,5 %, voire 3 % dans les meilleures parcelles. C’est aussi ce contexte, avec des terres difficiles à travailler et une surface déjà importante, qui l’a amené à commencer par les TCS.

Le secteur reçoit environ 700 à 800 mm d’eau par an, à une altitude d’une centaine de mètres.

L’exploitation comprend un troupeau laitier Prim’Holstein de 70 vaches, conduit avec robot de traite. Les vaches sont logées sur logettes avec matelas. Les génisses sont élevées à l’extérieur, notamment pour des raisons de main-d’œuvre et d’organisation, afin de limiter le temps consacré à l’élevage des jeunes animaux.

Historique du passage au semis direct

Laurent Cornée explique que sa transition s’est faite progressivement.

Au départ, il a commencé par adapter les outils présents sur la ferme, puis il a investi dans un semoir plus adapté. Pendant une dizaine d’années, il a travaillé avec un semoir de type Semeato, accompagné d’un travail du sol complémentaire avec un Actisol et des déchaumages superficiels : un système de TCS plus ou moins profond.

Avec le temps, il a progressivement réduit le travail du sol, jusqu’à supprimer presque totalement le décompactage ou à le faire beaucoup moins profond.

En 2008, il dit avoir « changé de cap » en se lançant réellement dans le semis direct. Il investit alors dans un semoir adapté, un Aitchison A-Disk, pour faire notamment des semis sous couvert. L’objectif était de pouvoir semer dans une végétation en place, ce qu’il ne pouvait pas faire correctement auparavant. Depuis cette date, cela fait une dizaine d’années qu’il pratique ce système avec ce même semoir, même si la technique a continué à évoluer : rotation, couverts, associations et conduite des cultures.

Il insiste sur le fait que l’évolution ne s’est pas faite d’un coup, mais par étapes, avec apprentissage progressif.

Organisation des rotations

Du fait de l’organisation en deux blocs de terres distincts, il y a aussi deux grands types de rotation.

Rotation orientée élevage

Sur la partie liée au troupeau, la rotation est construite autour de :

La luzerne et les prairies jouent un rôle important dans l’alimentation du troupeau.

Rotation orientée cultures

Sur la partie plus strictement cultures, la rotation repose davantage sur les céréales et oléagineux :

  • blé
  • colza
  • féverole
  • parfois lin
  • parfois d’autres cultures selon opportunités

Laurent Cornée mentionne aussi 7 hectares de miscanthus, implantés à partir de 2010, sur des parcelles difficiles. Cette culture est destinée à des usages énergétiques, au paillage des animaux, et au séchage de la luzerne par l’intermédiaire d’une coopérative. Pour lui, c’est aussi un moyen de diversifier les revenus.

Recherche d’autonomie en protéines

L’un des points centraux de son système est l’autonomie protéique. L’exploitation est engagée en filière non OGM. Il a donc abandonné le soja OGM au profit d’autres ressources produites sur la ferme ou valorisées localement.

Les principales sources de protéines sont :

  • la luzerne
  • les prairies
  • la féverole
  • le tourteau de colza

La féverole est intégrée à la ration des laitières, mais après transformation. Laurent Cornée explique que la féverole pure, simplement aplatie, donnait des résultats moyens. Il a donc choisi de la faire transformer par extrusion en usine, pour obtenir un aliment plus digestible. Elle revient ensuite sous forme de granulés, utilisés notamment au robot de traite.

Le colza joue lui aussi un rôle dans l’autonomie protéique, en remplacement d’une partie du soja.

Place de l’agroforesterie

Laurent Cornée indique avoir lancé un projet d’agroforesterie sur environ 9 hectares, implanté à l’automne. Les objectifs sont multiples :

  • améliorer la biodiversité
  • remettre l’arbre au centre de la parcelle
  • apporter de l’ombre aux animaux
  • produire du bois
  • produire du fourrage ligneux
  • fournir du BRF

Dans une parcelle pâturée, il a planté des lignes d’arbres espacées d’environ 29 mètres. Une rangée est plutôt destinée au bois d’œuvre, avec des essences exploitables à long terme. La rangée suivante est davantage orientée vers le fourrage ligneux et le BRF, avec des essences à croissance rapide pouvant être récoltées tous les 3 ou 4 ans.

Une autre parcelle a été plantée avec une vocation plus fruitière, en lien avec l’histoire locale des vergers. L’idée est de retrouver cette fonction au sein du système fourrager et pastoral, tout en conservant la possibilité d’exploiter facilement les parcelles.

Conduite du maïs ensilage

Le maïs ensilage est semé après un couvert implanté après récolte de céréales. Le couvert est maintenu autant que possible jusqu’au printemps. Il s’agit d’un couvert multi-espèces. Lorsque le premier couvert ne tient pas suffisamment, il peut être relayé par un deuxième méteil semé à l’automne, par exemple à base de féverole.

Avant le semis de maïs, Laurent Cornée apporte une fumure organique, généralement au mois de mars, avec environ 40 m³ de lisier bovin. Ensuite, il ne touche plus au sol jusqu’au semis.

Le semis du maïs se fait en avril ou début mai. Le couvert est roulé, puis le maïs est semé dans la foulée. Le rouleau est à l’avant du tracteur, le semoir à l’arrière.

Il utilise un semoir monograine et apporte :

  • un starter au semis
  • des oligo-éléments sur la ligne de semis
  • un enrobage de semences avec oligo-éléments

Après le semis, il applique 1,5 l/ha de glyphosate sur le couvert, puis réalise en général un seul désherbage de post-levée, sans rattrapage.

La densité visée est autour de 90 000 grains/ha. Les rendements se situent selon lui entre 12 et 15 t/ha, avec de bonnes valeurs alimentaires. Il observe de meilleures analyses qu’auparavant, avec notamment de bons niveaux d’amidon, qu’il relie à un sol mieux fonctionnel et à une alimentation hydrique plus régulière.

Le maïs ensilage est récolté autour de 34 % de matière sèche, avec ajout d’un conservateur à l’ensilage.

En fertilisation minérale, il n’apporte pas d’azote minéral supplémentaire sur maïs ensilage : la base est le lisier, complétée éventuellement par quelques apports minéraux de type calcium ou oligo-éléments.

Essais de maïs associé

Laurent Cornée a également testé du maïs associé à d’autres espèces. Dans un essai mené après un méteil récolté, il a semé en même temps que le maïs :

La fertilisation reposait sur 40 m³ de lisier bovin avant la récolte du dérobé, puis un complément minéral pour atteindre environ 150 à 160 unités.

L’essai a été pénalisé par plusieurs facteurs :

  • excès d’eau après semis sur une parcelle hydromorphe
  • sécheresse estivale
  • concurrence trop forte de certaines espèces, notamment la féverole

Au final, le maïs a souffert, et l’ensilage plante entière obtenu a donné une qualité inférieure à celle du maïs seul. Laurent Cornée reste néanmoins intéressé par la technique et pense poursuivre les essais, en retravaillant la composition du mélange et en comparant différentes modalités, notamment avec couvert laissé en place et roulé le jour du semis.

Conduite du blé

Le blé est pour lui la culture la plus facile à conduire en semis direct. Il vient après maïs ensilage, maïs grain, féverole ou colza.

Le semis est réalisé à environ 320 grains/m². Laurent Cornée utilise un mélange variétal sur toute sa sole de blé, pour profiter des complémentarités entre variétés : résistance aux maladies, à la verse, aux pucerons, comportement selon les terrains.

Les semences ne sont plus traitées chimiquement. Elles reçoivent en revanche un enrobage à base d’oligo-éléments.

Le blé est semé soit dans un couvert vivant, soit après certaines récoltes directement sans couvert intermédiaire, notamment après maïs grain ou maïs ensilage selon les situations.

En protection des cultures :

  • glyphosate avant ou au semis si nécessaire
  • désherbage d’automne
  • peu ou pas de régulateur
  • pas de T1 classique
  • un premier passage de biocontrôle au premier nœud, avec oligo-éléments et vitamine C
  • un T2 à dose réduite à dernière feuille si nécessaire
  • parfois un T3 sur épi, non systématique

Il explique associer systématiquement des oligo-éléments à ses traitements pour aider à réduire les doses de phyto.

La fertilisation azotée du blé repose fortement sur le lisier, avec selon les cas :

  • 30 à 40 m³/ha de lisier bovin
  • parfois jusqu’à 50 m³/ha de lisier extérieur

Le tout est complété en minéral pour atteindre environ 140 unités aujourd’hui, alors qu’il était auparavant à 180 unités. Malgré cette baisse, les rendements restent stables, autour de 85 à 90 q/ha selon les parcelles.

Pour lui, cette stabilité est liée à plusieurs facteurs :

  • amélioration du fonctionnement du sol
  • effet des mélanges variétaux
  • usage des oligo-éléments
  • meilleure résistance à la verse et aux maladies

Il souligne qu’il n’utilise quasiment plus de raccourcisseur, ni d’insecticide foliaire sur céréales.

La paille n’est pas utilisée sur l’exploitation pour la litière des vaches, puisqu’elles sont sur matelas. Elle est soit broyée, soit exportée dans le cadre d’échanges, avec retour de fumier ou de fientes.

Semis de couverts sous la coupe

Laurent Cornée a longtemps pratiqué le semis de couverts sous la coupe de la moissonneuse. Il semait ainsi de petites graines juste avant ou pendant la moisson, afin d’obtenir un couvert installé immédiatement après récolte.

Les espèces utilisées étaient surtout des petites graines :

Cette technique l’intéressait beaucoup car elle permettait un couvert très rapide. Il dit que lorsqu’il sortait de la parcelle après moisson, tout était déjà en place. Il a obtenu de bons résultats, mais a dû arrêter faute de temps et en raison d’un changement de matériel de récolte. Il évoque la possibilité d’y revenir un jour.

Il a aussi testé les semis à la volée avant moisson, avec des résultats plus aléatoires, liés notamment à la répartition des graines et à la pluviométrie après semis.

Conduite de la féverole

La féverole est une culture qu’il juge indispensable dans sa rotation. Elle est souvent implantée après maïs grain, ce qui permet aussi de gérer certaines problématiques de désherbage.

Le semis se fait après la moisson, dans la paille broyée ou non selon les années, avec son semoir à disques, à environ 180 kg/ha. Les semences ne sont pas traitées chimiquement, mais reçoivent un enrobage de produits utilisés sur la ferme depuis longtemps.

Il recherche des variétés riches en protéines. Le rendement visé tourne autour de 45 q/ha.

Côté désherbage :

  • parfois 1,5 l/ha de glyphosate après semis si besoin
  • généralement pas de désherbage de prélevée
  • éventuellement un antigraminées de printemps, surtout contre folle avoine

Côté protection fongicide, il estime qu’on ne peut pas se passer totalement de protection sur féverole, culture très sensible à l’humidité. Il intervient donc avec de petites doses régulières, toujours associées à des oligo-éléments, pour réduire les doses de fongicides.

Après récolte, il implante immédiatement un couvert multi-espèces sans glyphosate préalable.

La féverole a plusieurs débouchés :

  • alimentation des vaches, après extrusion
  • semence pour les couverts
  • vente

Conduite du colza associé

Le colza n’est pas présent tous les ans, mais reste une culture importante. Laurent Cornée le considère comme une culture à implanter très tôt, début août, en semence de ferme, sans traitement chimique, avec enrobage d’oligo-éléments.

Le colza est conduit comme un colza associé. Il est semé avec environ 3 kg/ha de colza, en association avec différentes légumineuses. Cette année-là, il cite par exemple :

L’objectif est que le couvert associé puisse repartir après récolte du colza, voire fournir du fourrage. Il a aussi essayé d’autres espèces auparavant, comme la vesce.

Après semis, il roule, puis applique un faible glyphosate si besoin.

Il ne met pas d’insecticide. Selon lui, ce sont les plantes compagnes qui font le travail, en particulier face aux altises d’automne. Il applique en revanche environ 4 à 5 kg/ha d’un produit de type « sucre » en préventif au semis.

Le lisier est apporté environ un mois après le semis, à la levée du colza, avec environ 40 m³/ha, pour limiter la volatilisation et nourrir à la fois colza et couvert.

Au printemps, il complète avec un apport d’azote minéral, en tenant compte de la contribution des légumineuses, qu’il estime à une trentaine d’unités. Au total, la fertilisation minérale représente environ 80 à 100 unités. Il utilise principalement de l’ammonitrate 27 avec calcium et magnésie, qu’il juge plus pratique et plus adaptée à ses parcelles que d’autres formes.

En protection fongicide, il fait un ou deux passages à faibles doses selon l’année, toujours associés à des oligo-éléments.

Les rendements en colza sont souvent autour de 30 q/ha, parfois davantage, avec une certaine hétérogénéité sur les zones hydromorphes.

Le lin

Le lin est une culture opportuniste sur l’exploitation, implantée soit lorsque le colza n’est pas retenu, soit après destruction d’une autre culture.

Laurent Cornée le sème à forte densité, autour de 600 graines/m². Il indique ne pas avoir encore trouvé d’association végétale satisfaisante pour cette culture, qu’il juge très concurrentielle.

Le rendement est de l’ordre de 20 q/ha. Le principal inconvénient est la paille, très ligneuse, qui se dégrade lentement et gêne fortement le semis direct suivant. C’est pour cette raison qu’il tend à limiter cette culture, même s’il continue parfois à en faire.

Il mentionne aussi un problème de mulots dans le lin.

Gestion des mulots

La question des mulots revient dans plusieurs cultures. Laurent Cornée indique ne pas utiliser de granulés anti-rongeurs, car cela ne correspond pas à sa logique de système.

Il cherche plutôt à favoriser les prédateurs :

  • maintien ou replantation d’arbres
  • installation de perchoirs
  • développement d’habitats favorables

Il observe parfois des dégâts localisés, y compris en blé ou colza, mais explique que le reste de la parcelle compense en général. Jusqu’à présent, il n’a pas eu à retourner de culture à cause des mulots.

Le miscanthus

Le miscanthus est implanté sur 7 hectares depuis environ 7 ans au moment de l’intervention. C’est une culture pérenne prévue pour durer au moins 20 ans.

Elle donne une récolte annuelle d’environ 12 t/ha, sans intervention chimique particulière. Laurent Cornée l’a implantée sur des parcelles plus difficiles, avec l’objectif de se libérer du temps tout en valorisant ces terres.

La luzerne

La luzerne est une culture historique sur l’exploitation, déjà présente du temps du père de Laurent Cornée. Elle est intégrée depuis longtemps à la ration du troupeau.

Aujourd’hui, elle est valorisée en déshydratation uniquement, sur des cycles de 4 à 5 ans, dans les parcelles les plus saines. Dans les parcelles moins favorables, il préfère parfois du trèfle violet.

La luzerne est implantée sous couvert au printemps, souvent sous avoine. La première coupe de l’année d’implantation est enrubannée en juin, puis les suivantes sont récoltées pour la déshydratation.

Il raconte aussi une expérience ancienne de semis direct de luzerne dans les années 1980, avec son père, à une époque où la technique était très peu comprise. La coopérative avait été surprise de voir la bonne tenue de la luzerne semée ainsi. Pour lui, la portance et la résistance au piétinement ont toujours été des avantages très visibles de ces techniques.

Le troupeau laitier et l’alimentation

La ration des vaches laitières est construite pour soutenir la production tout en renforçant l’autonomie protéique.

En hiver, la ration de base comprend :

  • maïs ensilage
  • luzerne
  • colza
  • minéraux

La luzerne est distribuée à hauteur d’environ 4 à 5 kg par vache. Le robot apporte un complément pour atteindre environ 35 kg de lait.

Le correcteur distribué au robot est basé sur :

  • 50 % féverole
  • 50 % colza

Il existe aussi une VL destinée aux vaches fraîches vêlées jusqu’à 100 jours, avec notamment du lin en plus, pour ses effets sur la santé animale.

Laurent Cornée insiste sur l’importance de la diversité dans la ration, comme dans le sol : de nombreuses espèces et de nombreuses ressources différentes.

Au pâturage, les vaches ont accès à des parcelles autour des bâtiments, avec un système de circulation adapté au robot. Il cherche à maintenir cette sortie, estimant que les animaux ont besoin d’aller dehors.

Prairies et prairies multiespèces

Les prairies occupent une place importante, même s’il reconnaît que leur gestion est parfois restée un peu en retrait par rapport aux cultures.

Avec l’agroforesterie, il souhaite retravailler davantage la qualité des paddocks et des prairies. Il évoque en particulier l’idée de prairies « pharmacie », c’est-à-dire des prairies multiespèces comprenant, en plus de la base fourragère classique, des plantes comme :

L’objectif est de permettre aux animaux de trouver différentes plantes selon leurs besoins, dans une logique de biodiversité et d’autorégulation.

Effets observés du non-labour et du semis direct

Laurent Cornée revient à plusieurs reprises sur les bénéfices qu’il a observés au fil des années :

  • meilleure portance
  • réduction du temps de travail
  • baisse de la consommation de carburant
  • amélioration de la structure du sol
  • meilleure résistance des cultures
  • meilleure régularité des rendements
  • sols moins sensibles à la battance
  • amélioration du fonctionnement biologique
  • progression de l’autofertilité

Il explique qu’au début, il ne percevait surtout que les avantages visibles : portance, temps, carburant. La compréhension des bénéfices biologiques du système est venue ensuite.

Il note aussi que certaines parcelles autrefois difficiles se sont améliorées depuis l’arrêt du labour, même s’il subsiste encore quelques zones mal drainées.

Difficultés des débuts et conseils aux agriculteurs

Laurent Cornée insiste beaucoup sur le fait que les premières années sont les plus difficiles. Selon lui :

  • le sol n’est pas encore prêt à fonctionner sans travail du sol
  • l’agriculteur manque encore d’expérience
  • les couverts sont souvent mal maîtrisés
  • le matériel n’est pas toujours adapté
  • les échecs sont fréquents au démarrage

Il faut donc persévérer, analyser les échecs et ne pas abandonner trop vite. Il met en garde contre l’idée d’essayer une année puis d’arrêter immédiatement si cela ne marche pas.

Parmi ses conseils :

  • aller voir des agriculteurs qui pratiquent déjà
  • se déplacer en France pour observer d’autres systèmes
  • intégrer un groupe
  • commencer éventuellement sur une parcelle
  • adapter la rotation au nouveau système
  • sortir des schémas classiques
  • se documenter, lire, échanger

Il insiste sur l’importance du collectif, que ce soit un groupe local ou un groupe plus large. Pour lui, c’est essentiel à la fois pour progresser techniquement, pour partager les expériences, et éventuellement pour réfléchir ensemble au matériel.

Il souligne aussi que certaines espèces ou habitudes locales ne sont pas forcément adaptées au semis direct. Il cite notamment le ray-grass d’Italie, très utilisé en Bretagne, mais qu’il juge peu adapté dans son système. À l’inverse, il préfère des méteils à base de légumineuses ou d’avoine.

Vision d’ensemble

Au fil de son intervention, Laurent Cornée présente un système cohérent où le semis direct ne se limite pas à l’absence de labour. Il est lié à :

Sa logique repose sur l’idée qu’il faut remettre du vivant partout : dans le sol, dans les rotations, dans les associations de cultures, dans les prairies, dans l’alimentation animale, et jusque dans la place de l’arbre sur l’exploitation.

Pour lui, la réussite vient avec le temps, l’observation et l’adaptation permanente.