Ferme Biji Biji

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À la Ferme Biji Biji, à Mouazé, Xavier Moisière présente son système de maraîchage sur sol vivant, inspiré de Brice Tandille mais fondé sur une autre ressource carbonée : le foin plutôt que le fumier pailleux. Sur 1 ha de plein champ et 1 800 m² de tunnels, il cherche à produire un maximum de biomasse avec des couverts comme le seigle fourrager en hiver et le sorgho en été, associés si possible à des légumineuses. Son objectif est double : tendre vers l’autofertilité et limiter fortement le désherbage. Il mise sur des rotations longues, le semis à la volée, le roulage, le bâchage et très peu de travail du sol. En tunnel comme au champ, ces couverts servent à nourrir le sol, le décompacter, produire de la “paille” et mieux gérer les adventices. Xavier insiste aussi sur l’importance d’une planification rigoureuse pour implanter les couverts le plus tôt possible.

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Résumé
À la Ferme Biji Biji, à Mouazé, Xavier Moisière présente son système de maraîchage sur sol vivant, inspiré de Brice Tandille mais fondé sur une autre ressource carbonée : le foin plutôt que le fumier pailleux. Sur 1 ha de plein champ et 1 800 m² de tunnels, il cherche à produire un maximum de biomasse avec des couverts comme le seigle fourrager en hiver et le sorgho en été, associés si possible à des légumineuses. Son objectif est double : tendre vers l’autofertilité et limiter fortement le désherbage. Il mise sur des rotations longues, le semis à la volée, le roulage, le bâchage et très peu de travail du sol. En tunnel comme au champ, ces couverts servent à nourrir le sol, le décompacter, produire de la “paille” et mieux gérer les adventices. Xavier insiste aussi sur l’importance d’une planification rigoureuse pour implanter les couverts le plus tôt possible.

ITK Maraîchage Sol Vivant et développement des engrais verts
Xavier Moisière
MSV Normandie Ille-et-Vilaine (département) Maraîchage

Présentation du contexte et des itinéraires techniques mis en place par Xavier Moisière à la ferme Biji Biji, petite surface en maraîchage sol vivant à Mouazé (35). Les informations présentées sur cette page sont issues de plusieurs comptes rendus de visites de ferme réalisées depuis 2019.

Présentation générale de la ferme


Transcriptions

Organisation du travail et temps de travail

Pour les horaires : 9h - 18h, 5 jours/semaine, avec tous les weekends en repos (sauf certains weekend si l’ouverture des serres est nécessaire). Il prend 2 semaines de vacances en hiver (vente fermée) et 1 semaine en été (la seule où il est remplacé pour la vente).

Commercialisation

Débouché principal (75% du Chiffre d'affaire) : AMAP de 55 paniers (12€/panier) à Rennes (local de la Société d’Economie Mixte de la Courrouze), les gens font leur paniers, le président est motivé et il y a des animations.

Autres débouchés: Restaurant gastronomique et épicerie BIO.

Stratégie et résultats économiques

  • 43 000€ de CA en tout.
  • 69% d'efficacité économique : Pour 100€ gagné, 69 € sont pour lui.
  • 35000€ d’Excédent brut d'exploitation en 2020 (PAS D'ACRE).
  • 8000€ de charges de structure et opérationnelles.
  • Coût d’eau/électricité divisé par 2 car partagé avec Brice Tandille.
  • Partage des coûts de réparation sur le matériel mais c’est Xavier qui achète le matériel neuf si nécessaire.
  • Assurance des tunnels (350€/an pour 1800m2) par Groupama, (sachant que les bâches sont neuves et que le montage a été vérifié par les constructeurs des serres et constaté par l’assureur), pas d’assurance de bâtiments ni de prévoyance.
  • Comptabilité : 1400€/an, faite par un cabinet.

Matériels, stockage et irrigation

Irrigation

Xavier utilise les réseaux d’eau et d’électricité de Brice Tandille.

Stockage

Il utilise le bâtiment de stockage de Brice - hangar pour matériel et entreposage des oignons.

Matériels

Rolofaca auto construit avec soudure de cornière sur le rouleau, tracteur, Taarup qui sert de broyeur et pailleuse.

Ressources en matière organique

Compost : 26 tonnes tous les 2/3 ans pour 5€/tonne.

Pour Brice, l’apport carbone se fait en partie grâce au fumier pailleux (4*50m de planches tous les 15j) mais l'approvisionnement n’était pas suffisant pour alimenter la ferme de Xavier ⇒ Il a créé une rotation avec des engrais verts d’été et d’hiver et utilise du foin pour pailler (1 round baller de foin = 1 planche et demi).

Il achète tous ses plants sauf les cucurbitacées et certains choux car 150 d'un coup c'est trop donc il fait les plants faciles à faire comme courgettes, melons, etc.

Itinéraires techniques

La rotation agronomique en plein champ

Au début, il a labouré la prairie, il a produit des légumes sur foin, puis il repartait sur d’autres légumes ou semait un engrais vert d’avoine/féverole si pas de légumes et ensuite sorgho en été , vesce velue en hiver. Il broyait les engrais verts au rotavator pour les intégrer au sol puis passait la herse pour semer. Ces pratiques impliquaient beaucoup de travail de sol, d’utilisation de fioul, entrainaient des faims d’azote fréquentes et il était trop souvent sur le tracteur ce qui représente beaucoup d’inconvénients.

Maintenant, il n’intègre plus les couverts, il les broie (ou couche) et les occulte. Il continue les engrais verts en hiver et en été avec une rotation en trois blocs sur 7 jardins (qu’il construit depuis 4 ans) :

  • Bloc automne : Pomme de terre, oignons, courges, patate douce, courgette, etc.
  • Bloc hiver : Pomme de terre, oignons, courges, patate douce, courgette, etc.
  • Bloc couverts  : Sorgho en été, seigle en hiver.

Achat des semences d’engrais verts à AgroBioPinault ou Agribio Conseil (moins cher pour les légumineuses).

Bloc automne

  • Seigle fourrager détruit au stade vert/herbe au Rolofaca ou broyé (selon les années et la météo).
  • Occultation 1 mois à la bâche d'ensilage (pas d’eau qui passe).
  • Plantation : Pomme de terre, oignon sur foin, courgette, courge, patate douce sur bâche tissée.

Remarque : s’il fait un sorgho derrière le seigle, il détruit le seigle au stade laiteux (lorsqu’il fait 2m de hauteur).

Bloc hiver

Variété poireaux : Bleu de solaise et Géant d'hiver.

Toujours du foin après le couvert et avant la plantation avec l'obligation d'arroser ce qui donne des gros rendements (très gros poireaux et choux).

Bloc couverts

Il y a un bloc qui reçoit plusieurs couverts d’affilée : lorsque le sorgho est bien mature et sec.

Semis dedans du second couvert à la volée, la veille d'une pluie (si possible) et 10 à 15 jours avant le passage du broyeur à marteaux comme ça le second couvert commence à s’implanter avant la destruction du précédent.

Remarques
  • Il compte rajouter du sarrasin et de la cameline pour les couverts de mulch d'hiver mais il ne refera plus de tournesol (pas de biomasse et compliqué à lever).
  • Il n’a pas beaucoup de compost donc il sème soit sur couvert, soit sur sol nu.

Itinéraires techniques sous serres

  • Après mâche/épinards il fait une intégration des résidus de foin au rotavator en plus du cultibutte pour reformer les buttes.
  • 1er juillet : semis sorgho à la volée après la récolte de mâche/épinard : semis bien dense (60 kg/ha), il rajoute 5 kg/ha de tournesol pour fixer le phosphore.
  • Arrosage toute la demi-journée puis arrêt et pousse jusqu'en septembre.
  • Destruction au Rolofaca.
  • Bâchage 3 semaines.
  • Entreposage des courges l'hiver sur le couvert couché.
  • Arrosage 15 jours avant la plantation des tomates (pour refaire la réserve hydrique là où il n’y a pas eu d’eau depuis le semis du sorgho en juillet (depuis environ 9 à 10 mois)).
  • Bâchage 15 jours.
  • Paillage des planches pour tomates avec du foin.
  • Plantation des tomates.
  • Fin d’été: coupe des plants de tomates au collet et décomposition dans les passe pieds.
  • 2 planches sont dépaillées pour des semis de carottes par exemple.
  • Récolte à la caisse avec brouette pour le mesclun et radis.


Il fait les semis de carottes primeurs sur papier isitope, 10 rangs (en rajoutant 1 cm de compost par dessus- variété Napoli fonctionne très bien, Miranda non), sinon c’est sur sol nu avec semoir K4.

Attention, l’isitope en plein champ ne fonctionne pas

Pomme de terre primeurs : 30cm d'épaisseur de foin sur la pomme de terre, 5 rangs sur la largeur de 1m20.

Fèves plantées à la canne à planter, fer à béton à l'horizontale à 1m20 de hauteur pour palisser.

Galerie photos








Présentation de la ferme Biji Biji

Xavier Moisière, de la ferme Biji Biji à Mouazé, explique son installation et son système de production. Il est collègue de Brice Tandille et est installé depuis 2018. Au moment de l’enregistrement, il précise être dans son troisième été d’installation.

Il dit faire du « MSV », dans une logique proche de celle de Brice Tandille. La principale différence entre leurs systèmes concerne les apports carbonés. Brice Tandille a accès à du fumier pailleux en grande quantité, presque autant qu’il le souhaite, tandis que Xavier Moisière ne peut pas compter sur cette ressource. Dès le départ, son idée était donc de faire « comme lui », puisque cela fonctionnait bien, mais en trouvant une autre source de carbone pour assurer à la fois la fertilité du sol et la gestion de l’enherbement des planches.

Le choix du foin et des couverts

Au départ, Xavier Moisière a demandé à son propriétaire, qui disposait de vieux stocks de foin assez importants, s’il pouvait les utiliser. Il indique qu’il lui en reste encore plusieurs années après. Ce foin, en revanche, est acheté, alors que le fumier pailleux utilisé par Brice Tandille est gratuit. Cela a été un des premiers éléments qui l’a poussé vers les couverts végétaux.

Au-delà de cet aspect économique, il voyait dans les couverts uniquement des avantages : tout ce qu’on connaît des « engrais verts », notamment en matière de gestion des adventices, d’amélioration de la structure du sol, et plus largement de fonctionnement agronomique. Le seul inconvénient, selon lui, est le travail nécessaire pour les mettre en place, mais cela l’intéressait énormément. Il précise même que, désormais, les couverts l’intéressent presque plus que les légumes eux-mêmes.

Les surfaces de production

La ferme comprend :

  • 1 hectare de plein champ ;
  • 1 800 m² de tunnels.

Xavier Moisière souligne que, pour une personne seule, 1 hectare de plein champ représente déjà beaucoup, voire trop. Comme il ne souhaite pas agrandir l’équipe, il considère avoir largement assez de surface pour produire ses légumes. La question devient donc : comment gérer tout l’espace qui n’est pas occupé en permanence par les cultures maraîchères ?

Au printemps, il a environ 4 000 m² de légumes en plein champ. Ensuite, une fois que les légumes d’automne sont en place, il n’a plus qu’environ 2 000 m² occupés au champ pendant l’hiver. Cela signifie qu’il reste environ 8 000 m² de planches à occuper, et donc à gérer, avec des couverts.

L’occupation du sol par les couverts

Pour les couverts d’hiver, il utilise principalement :

  • du seigle fourrager ;
  • de la vesce, selon les cas ;
  • de la féverole, selon les cas.

Pour les couverts d’été, dans les planches sans légumes, il implante :

  • du sorgho ;
  • du tournesol ;
  • et il envisage d’y ajouter plus systématiquement une légumineuse, peut-être du trèfle d’Alexandrie.

L’idée de départ est claire : trouver des couverts qui produisent le plus de carbone possible. En hiver, ce rôle est assuré surtout par le seigle fourrager ; en été, par le sorgho. Mais il ne souhaite pas rester sur des monocultures de couverts. Il cherche donc à y associer d’autres espèces.

Il explique que le sorgho est un peu compliqué à associer parce qu’il pousse très vite et concurrence fortement les autres plantes. En revanche, le tournesol lui semble très intéressant dans ce mélange. Il lui manque encore une légumineuse bien adaptée pour compléter ce couvert estival.

Des ajustements dans les mélanges et les successions

Xavier Moisière indique avoir fait évoluer ses pratiques. Désormais, il sème à la volée dans un couvert de sorgho, sans travailler le sol, tout en détruisant le sorgho en place. Comme il redoute les limaces, il évite dans ce cas de semer du seigle, et préfère utiliser une avoine rude diploïde ou brésilienne, qui démarre vite à l’automne.

Quand il sème un couvert d’hiver derrière un couvert d’été de sorgho, il ne met pas de vesce en légumineuse, mais plutôt de la féverole. La raison est pratique : au printemps, quand il veut semer à la volée dans le couvert encore en place, la vesce est beaucoup trop difficile à gérer. Avec leur petit rouleau faca, il estime qu’il n’arriverait jamais à bien la maîtriser. La féverole, au contraire, se gère plus facilement.

Le semis se fait à la volée, de manière très simple : il descend la planche puis la remonte avec la moitié du bol de semences, ce qui permet une répartition jugée satisfaisante.

Semer dans le couvert et broyer au bon moment

Dans le sorgho, l’idée est donc de semer à certains endroits de l’avoine rude avec de la féverole, ou parfois de la vesce, puis d’attendre la pluie. Une fois qu’il y a une levée suffisante sous le couvert et que les plantes sont bien enracinées, il intervient avec une machine bricolée, une sorte de broyeuse à marteaux, pour broyer le couvert existant.

Cette intervention a plusieurs objectifs :

  • ne pas gêner la germination du couvert semé dessous ;
  • obtenir quelque chose de plus propre, moins « hirsute » ;
  • favoriser une meilleure décomposition pendant l’hiver.

Le couvert d’avoine rude et de féverole peut alors passer à travers ce mulch broyé.

Le rouleau faca et le bâchage

Xavier Moisière dit préférer utiliser le rouleau faca plutôt qu’un outil plus lourd ou plus encombrant. Toutefois, il souligne que le rouleau faca n’est vraiment efficace qu’au stade idéal, lorsque les plantes sont à floraison ou à épiaison, donc au moment où elles sont faciles à écraser.

Or ce n’est pas toujours le cas, notamment en fin d’hiver lorsqu’il faut préparer les premières planches pour les oignons, les pommes de terre ou les courges. À ce moment-là, le seigle est encore très vert et se comporte davantage comme un engrais vert que comme un couvert vraiment carboné. Le rouleau faca ne fait alors presque rien.

Dans ce cas, il peut tout de même coucher le couvert, puis venir mettre une bâche dessus pendant environ un mois. Ensuite, il peut :

  • pailler les planches avec du foin ;
  • ou disposer les pommes de terre directement dessus, avec le paillage approprié.

Faire les plus gros couverts possible

La logique générale est de faire les plus gros couverts possible, avec des ajustements selon :

  • le précédent cultural ;
  • le fait qu’il s’agisse d’une suite de légumes ou déjà d’un couvert de sorgho ;
  • la culture suivante et son mode d’implantation.

Il y a donc une vraie logique de rétroplanning : rouler, bâcher, préparer les planches et articuler les successions de manière cohérente.

Concernant le sorgho, Xavier Moisière mentionne un rendement de 60 tonnes par hectare, qu’il juge excellent. Il précise que cela a été particulièrement satisfaisant sous tunnel. C’était même nettement mieux que son témoin ou que l’année précédente, où il avait semé à 40. Les tiges étaient plus fines, mais le couvert était plus dense. Comme il recherche avant tout de la biomasse, une sorte de « paille » ou de pré-couvert pour les cultures, c’était parfait.

L’organisation du plein champ

Sur les 10 000 m² de plein champ :

  • seuls 4 000 m² sont occupés par des légumes en plein été ;
  • et seulement 2 000 m² en hiver.

Il décrit en particulier un bloc d’automne composé notamment de :

  • courges ;
  • pommes de terre ;
  • patates douces.

Certaines de ces cultures sont sous toile tissée, notamment les courges et les patates douces. Les pommes de terre, elles, sont conduites sous une bonne couche de foin. Pour cette raison, il considère ce bloc comme un bloc « désherbant ».

Les premières années, même après des prairies et avec de gros couverts, il constatait encore la présence d’adventices problématiques, notamment :

  • du liseron ;
  • du rumex ;
  • surtout de la renoncule, très gênante au printemps.

L’idée est donc de faire succéder deux années de couverts sur certaines surfaces, grâce à l’espace disponible : un sorgho l’été, un seigle l’hiver, puis encore un sorgho et à nouveau un seigle fourrager. Ensuite vient ce bloc d’automne, qui supporte bien la pression adventice puisque :

  • une partie est sous bâche tissée ;
  • l’autre, à part les oignons, est sous 30 cm de foin.

Ce bloc d’automne permet donc de bien nettoyer la parcelle. L’année suivante, il y installe ses légumes d’hiver — choux, poireaux, carottes, etc. — sur une zone devenue plus propre grâce au passage du bloc d’automne l’année précédente.

Le rôle du sorgho sous tunnel

Dès le début, pour ses tunnels, Xavier Moisière voulait intégrer un été entier de sorgho. L’objectif était notamment le décompactage. Il explique qu’il ne rentre jamais d’outils dans les tunnels, sauf pour reformer les buttes avant de semer le sorgho.

La séquence est la suivante :

  • passage avec une petite butteuse sans dents ;
  • réalisation des buttes ;
  • semis du sorgho à la volée ;
  • passage très léger d’un outil superficiel pour recouvrir ;
  • roulage pour tasser.

Ensuite, le tunnel ne revoit pas de tracteur avant trois ans.

Le sorgho assure alors un bel apport carboné et participe au décompactage. Les racines restent en place et se décomposent progressivement. Malgré cela, même avec le foin qu’il apporte pour ses cultures et le sorgho, il estime que son bilan humique reste « limite forêt ». Il ajoute donc parfois un peu de BRF dans ses allées pour équilibrer.

Le fait d’avoir prévu un été entier de sorgho dans les tunnels explique aussi la surface relativement importante en abri : 1 800 m². Il précise qu’il aurait pu faire plus petit, mais que la disposition des terrains par rapport au champ a conduit à des tunnels de 60 mètres de long au lieu de 50. En Ille-et-Vilaine, le département finance en plus un tiers des tunnels ; sur ses trois tunnels, cela revient en pratique à en avoir un de payé. Cela a évidemment facilité son choix d’investissement.

La rotation sous tunnel

La rotation sous tunnel est construite autour du sorgho, choisi parce qu’il produit le plus de biomasse en le moins de temps possible.

La succession décrite est la suivante :

  • sorgho en été ;
  • courges tout l’hiver ;
  • cultures d’été ensuite, notamment tomates ;
  • puis cultures primeurs ;
  • puis cultures d’hiver ;
  • puis à nouveau sorgho.

Il explique qu’après avoir couché son sorgho, il garde les courges dans le tunnel tout l’hiver. On pourrait penser que ces courges « ne font rien » en termes agronomiques, mais elles servent de stockage, pour ses propres courges et aussi celles de Brice Tandille, jusqu’au mois d’avril dans de très bonnes conditions. Le tunnel est donc rentabilisé aussi de cette manière.

Quand les dernières courges sont vendues, le tunnel bascule vers les légumes d’été. Une fois le tunnel d’été vidé, les primeurs arrivent, pour certaines dès le mois de novembre. Les premières récoltes se font vers la mi-juin, ce qui laisse ensuite place aux cultures d’hiver, avant un nouveau cycle de sorgho.

L’organisation des planches sous tunnel

Cette rotation est également pensée à l’échelle des planches.

Le sorgho produit la paille nécessaire pour les cinq planches du tunnel. Quand arrivent les légumes d’été, ce sont uniquement des plantations : il remet donc du foin partout, et les cinq planches sont paillées.

Quand le tunnel d’été devient un tunnel de primeurs, il n’y a plus que trois planches sur cinq en paillage permanent. Il n’a donc plus que deux planches à préparer comme planches de semis.

Quand le tunnel primeur est terminé et que vient le tunnel d’hiver, qui a davantage besoin de semis, il enlève encore une planche paillée pour créer une nouvelle planche de semis.

L’idée est de profiter le plus longtemps possible des planches de semis déjà créées. Une fois qu’une planche de semis est faite, avec les faux-semis déjà réalisés, il veut la conserver et la réutiliser au maximum, afin de réduire le désherbage au strict minimum.

La gestion des planches de semis

Pour transformer une planche paillée en planche de semis, par exemple après des tomates, il faut enlever le foin, éventuellement le remettre dans le passe-pied ou sur une autre planche qui en manque. On se retrouve alors avec la terre nue.

À ce moment-là, il peut :

  • soit semer en occultation sous bâche noire ;
  • soit dérouler un voile ou une toile de type filet, qu’il plaque avec un peu de compost de déchets verts.

Il cite le cas des radis bottes : les radis poussent, il les récolte, puis il reste encore une petite couche de compost de déchets verts. Ensuite, il suffit de tirer une bâche dessus ; si quelques chénopodes ont levé, ils meurent très vite. On retire ensuite la bâche, on déroule de nouveau le dispositif, on remet du compost par-dessus, et il n’y a pratiquement rien à désherber.

De manière générale, il estime être à « zéro désherbage » sur les annuelles. Les seules vraies difficultés restent les vivaces :

  • rumex ;
  • renoncules, surtout les premières années ;
  • liseron, parfois très problématique.

Toute sa planification est pensée pour qu’il n’y ait pas ou très peu de désherbage, et pour valoriser au maximum le travail déjà fait sur les planches de semis.

Tendre vers l’autofertilité

En extérieur, le principe général est de tendre vers l’autofertilité en produisant des couverts les plus énormes possible. Ces couverts apportent de la fertilité, mais participent aussi au désherbage. Après trois ans sur une sortie de prairie, il constate déjà que c’est nettement moins enherbé que la première année qui suivait le labour.

Le bloc d’automne, avec ses bâches et ses glissements de culture, participe lui aussi à ce nettoyage. Il s’agit donc d’une organisation d’ensemble du système, dans laquelle les couverts, les paillages, les bâches et les rotations sont articulés pour entretenir la fertilité et réduire l’enherbement.

L’importance de semer tôt

Xavier Moisière insiste enfin sur un point essentiel : il ne faut pas perdre de temps pour implanter les couverts, surtout à l’automne. Même son bloc d’automne est organisé pour se libérer d’un coup, afin de pouvoir semer le seigle en une seule intervention et le plus tôt possible. L’objectif est qu’il pousse rapidement à l’automne, produise le plus de biomasse possible, et que sa destruction ultérieure ait un vrai intérêt.

Cela demande de la rigueur. Si l’on est toujours en retard, ou si les cultures sont dispersées en petites surfaces, on risque d’avoir la flemme d’aller semer le seigle ou le sorgho, notamment lorsqu’il reste quelques légumes à récolter en bout de planche. Lui préfère au contraire des blocs homogènes, libérés d’un coup, ce qui permet de sortir le tracteur une seule fois et d’implanter l’ensemble du couvert au bon moment.

La planification annuelle

L’hiver, en particulier en janvier, il reprend son agenda de l’année précédente, regarde ce qui a fonctionné ou non, note ce qui a « merdé », et construit son planning de l’année à venir semaine par semaine. Il garde ainsi un cadre général, avec quelques ajustements selon les observations faites l’année précédente.

Il donne un exemple très concret : l’approvisionnement en semences de seigle. Il dit ne jamais réussir à en avoir avant le 15 septembre, alors que certaines planches seraient prêtes trois semaines plus tôt, notamment les planches d’oignons ou les premières planches de pommes de terre. Pour corriger cela, il a acheté deux fois plus de seigle, afin d’en conserver pour l’année suivante et de pouvoir semer plus tôt.

Cela peut sembler être un détail, mais il insiste sur l’importance de ces trois semaines de fin août-début septembre. Même si la pluie n’est pas toujours là, si elle arrive, le couvert peut prendre immédiatement, et ce gain de temps se traduit par une production de biomasse nettement supérieure.