Réussir les colzas associés en agriculture de conservation, avec Antonio Pereira
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Aujourd'hui, on continue le cycle avec Réussir les colzas associés en agriculture de conservation, avec Antonio Pereira.
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- Semer un colza associé
Présentation d’Antonio Pereira
Antonio Pereira se présente en introduction comme conseiller en production végétale à la Chambre d’agriculture de Haute-Marne. Il précise qu’il anime des groupes d’agriculteurs, soit dans le cadre de GIEE (groupements d’intérêt économique et environnemental), soit de façon individuelle.
Il annonce que la présentation portera sur la réussite des colzas associés en agriculture de conservation et que des questions pourront être posées au fil de l’intervention.
Contexte pédoclimatique de la Haute-Marne et du Barrois
Antonio Pereira commence par rappeler le contexte pédoclimatique dans lequel s’inscrivent les résultats présentés, afin d’éviter toute mauvaise interprétation des niveaux de rendement évoqués ensuite.
Le Barrois se caractérise principalement par des sols argilo-calcaires superficiels. Mais derrière le mot « superficiel », il existe en réalité des profondeurs de sol très différentes. Le département a ainsi fait l’objet d’une classification basée sur le tonnage de terre fine à l’hectare, en lien avec la profondeur du sol.
Il distingue trois grandes catégories de terres à cailloux :
- les G1, les plus superficielles, avec environ 1 200 tonnes de terre fine par hectare ;
- les G2, intermédiaires ;
- les G3, les plus profondes, avec environ 3 600 tonnes de terre fine par hectare.
À ces groupes de sols correspondent logiquement des potentiels de production différents.
Pour les sols les plus superficiels, les G1, les rendements moyens sont faibles :
Dans ces situations, certaines cultures d’été, comme le maïs, sont peu adaptées du fait d’une réserve utile trop limitée. Cela complique fortement la diversification des assolements.
À l’inverse, dans les sols plus profonds de type G3, les niveaux de rendement montent :
- en blé, autour de 60 q/ha voire plus ;
- en colza, autour de 35 q/ha voire plus.
Antonio Pereira souligne cependant que le « plus » devient de plus en plus difficile à atteindre.
Évolution des rendements dans le Barrois
Les données issues du centre de comptabilité de la Chambre d’agriculture montrent l’évolution des rendements de 1999 à 2019 en Haute-Marne, et notamment dans le Barrois.
Blé
Pour le blé, la tendance est globalement stable, voire légèrement en baisse :
- en 1999, le rendement moyen était de l’ordre de 70 q/ha ;
- en 2019, il est d’environ 69 q/ha.
Antonio Pereira insiste sur le fait que, dans ce contexte pédoclimatique, le progrès génétique a de plus en plus de mal à s’exprimer. L’impact du climat devient plus fort que les gains attendus de la sélection variétale.
Orge d’hiver
Même constat pour l’orge d’hiver, avec une tendance orientée à la baisse :
- en une vingtaine d’années, la culture a perdu plus de 2 q/ha.
Orge de printemps
Pour l’orge de printemps, culture importante localement, la tendance est plutôt stable, autour de 50 q/ha.
Colza
C’est sur le colza que la dégradation est la plus marquante :
- en 1999, les rendements moyens du Barrois étaient de l’ordre de 34 q/ha ;
- en 2019, ils ne sont plus que d’environ 25 q/ha.
Le colza est pourtant historiquement une culture phare des systèmes de grandes cultures du secteur, en tant que principale tête de rotation, notamment dans les assolements céréaliers sur sols superficiels où les possibilités de diversification sont limitées.
Contexte économique des exploitations
Antonio Pereira consacre ensuite quelques diapositives au contexte économique des exploitations de grandes cultures du Barrois.
Niveau des charges
À partir des données du centre de comptabilité, il détaille plusieurs postes de charges :
- produits phytosanitaires : environ 160 €/ha ;
- semences : environ 52 €/ha ;
- engrais : environ 197 €/ha ;
- mécanisation : environ 325 €/ha ;
- s’y ajoutent les amortissements et les charges sociales.
Au total, on atteint un niveau de charges :
- opérationnelles,
- proportionnelles,
- et de structure,
d’environ 945 €/ha.
Dispersion des résultats économiques
Pour la récolte 2019, le revenu moyen des céréaliers du secteur est d’environ 40 €/ha. Mais cette moyenne masque de très fortes disparités.
Dans l’échantillon :
- le quart supérieur atteint environ 200 €/ha de revenu ;
- le quart inférieur descend à -120 €/ha.
Les surfaces des exploitations sont pourtant comparables, de l’ordre de 175 à 190 ha.
Antonio Pereira insiste sur l’effet du rendement et du prix :
- une variation de ±10 % de rendement peut faire varier le résultat de l’ordre de 60 €/ha ;
- une variation de 10 €/t sur le prix du blé se traduit par un effet d’environ 40 €/ha sur le résultat.
Les groupes GIEE suivis en Haute-Marne
Les travaux présentés s’appuient principalement sur deux groupes d’agriculteurs engagés dans des démarches collectives.
Le GIEE Apab « Agriculture portée d’avenir »
Ce groupe, situé dans le Barrois, a été l’un des premiers GIEE labellisés en France, dès 2015. Il regroupe 15 exploitations, dont le lycée agricole de Chaumont.
Le GIEE Sols en vie
Un second groupe, plutôt situé dans le nord du département, rassemble également plusieurs exploitations.
Au total, ces deux groupes travaillent sur environ 3 600 à 4 400 ha.
Ils ont en commun d’explorer et de mettre en œuvre les principes de l’agriculture de conservation des sols.
L’agriculture de conservation des sols en Haute-Marne
Antonio Pereira rappelle que, dans la majorité des exploitations concernées, l’évolution est passée de systèmes historiquement labourés à des systèmes aujourd’hui dominés par le travail du sol superficiel. La charrue, très utilisée jusque dans les années 1980-1990, est désormais peu mobilisée.
Il précise cependant qu’agriculture de conservation ne signifie pas automatiquement semis direct permanent.
= Définition
Pour lui, l’agriculture de conservation repose sur trois piliers :
- un sol peu ou pas travaillé ;
- un sol toujours couvert ;
- une rotation diversifiée.
Le raccourci consistant à assimiler agriculture de conservation et semis direct est trop rapide. Il est possible d’être en agriculture de conservation tout en conservant, si nécessaire, une part de travail du sol.
En revanche, le point central est bien le fait d’avoir un sol en permanence couvert :
- par la culture en place ;
- par les résidus ;
- ou par des couverts d’interculture.
Le troisième pilier, la diversification de la rotation, reste très difficile à mettre en œuvre dans les sols superficiels du Barrois.
Résultats d’une plateforme d’essai comparant plusieurs conduites
Antonio Pereira présente ensuite une plateforme d’essai conduite chez un agriculteur membre du GIEE. Une parcelle a été divisée en quatre modalités :
- labour tous les ans ;
- ACS : agriculture de conservation des sols, sans travail du sol, en semis direct, avec colza associé à des plantes compagnes ;
- TCS : techniques culturales simplifiées ;
- semis direct ancien schéma : semis direct du colza seul, sans plantes compagnes.
La rotation a été simplifiée pour des raisons pratiques à une succession colza / blé d’hiver.
Résultats 2015 : colza
- Labour : 44 q/ha ; marge semi-nette d’environ 950 €/ha.
- TCS : 46 q/ha ; un peu plus de 1 000 €/ha de marge semi-nette.
- Semis direct colza seul : 42 q/ha ; 1 064 €/ha de marge semi-nette.
- ACS avec colza associé : rendement du même niveau que les meilleures modalités, mais avec une marge semi-nette supérieure.
Cette différence s’explique par :
- l’absence de travail du sol ;
- moins d’intrants ;
- notamment moins de désherbage d’automne ;
- et moins d’insecticides d’automne.
Résultats 2016 : blé
Année très difficile :
- Labour : 59 q/ha ;
- TCS : 55 q/ha ;
- Semis direct : 49 q/ha ;
- ACS : 59 q/ha.
Le potentiel de la parcelle était plutôt proche de 80 q/ha, mais les conditions de l’année ont fortement limité l’expression du rendement.
Résultats 2017 : colza
- Labour : 46 q/ha ;
- TCS : 37 q/ha ;
- Semis direct colza seul : 37 q/ha ;
- ACS avec colza associé : 40 q/ha.
Résultats 2018 : blé
- Labour : 79 q/ha ;
- TCS : 80 q/ha ;
- Semis direct : 84 q/ha ;
- ACS : 80 q/ha.
Cette dernière année montre des rendements très proches entre modalités.
Biomasse et azote
Sur le colza 2017, des pesées de biomasse ont été réalisées à l’entrée et à la sortie de l’hiver. Dans la modalité ACS, la présence des plantes compagnes s’accompagne d’une dynamique particulière :
- le colza continue à croître pendant la période hivernale ;
- en sortie d’hiver, le reliquat azoté mesuré est plus faible que dans les autres modalités, signe que l’azote a été davantage prélevé par le système en place.
La paille, premier facteur de réussite
Avant même de parler du colza associé, Antonio Pereira insiste sur un point fondamental : la première difficulté se joue à la récolte précédente.
Que la paille soit restituée ou exportée, elle pose problème si elle est mal gérée :
- en cas de restitution, une mauvaise répartition pénalise fortement le développement du colza ou du couvert ;
- en cas d’exportation, les zones sous andains concentrent menues pailles, grains et graines d’adventices, avec une forte consommation d’azote et parfois des problèmes accrus de limaces ou de campagnols.
Dans les systèmes sans travail du sol, une biodiversité fonctionnelle peut se développer, mais elle comporte aussi des ravageurs potentiels.
Il mentionne également un autre problème local : les sangliers, attirés par les parcelles non travaillées, riches en vers de terre.
Intérêt agronomique du colza associé
Antonio Pereira présente ensuite des résultats issus du réseau Terres Inovia, basés sur des comparaisons colza seul / colza associé en région Centre et en Brie, entre 2013 et 2016.
Les résultats montrent que :
- le colza seul atteint en moyenne 34 q/ha ;
- le colza associé atteint en moyenne 36 q/ha.
En 2016, année très compliquée :
- le colza seul fait 28 q/ha ;
- le colza associé monte à 34 q/ha.
Le colza associé tire donc particulièrement son épingle du jeu dans les années difficiles, sans être pénalisé les bonnes années.
Choix des espèces associées
Pourquoi des légumineuses ?
Quand on parle d’associer des plantes au colza, la première idée est souvent d’utiliser des légumineuses. Antonio Pereira confirme que c’est une très bonne piste, mais rappelle que toutes les légumineuses ne se valent pas.
Il s’appuie sur des observations de systèmes racinaires :
- la féverole présente un système racinaire puissant ;
- la lentille a un enracinement beaucoup plus limité ;
- le fenugrec a un enracinement plutôt pivotant ;
- le pois protéagineux est profond mais avec peu de racines superficielles.
Le cas particulier de la féverole
Antonio Pereira tient à corriger une idée reçue : tant que la féverole est vivante, il y a très peu de transfert d’azote vers le colza. Le transfert ne devient possible qu’après destruction, via la décomposition des organes retombés au sol, notamment les feuilles.
En revanche, en association avec la féverole, il observe régulièrement :
- une meilleure facilitation de l’enracinement du colza ;
- possiblement une meilleure mobilisation d’autres éléments nutritifs ;
- des colzas souvent plus verts tout l’automne et tout l’hiver, avec moins de symptômes de faim d’azote.
Essai microparcelles sur les plantes compagnes
Antonio Pereira présente un essai mené en 2011 pour comparer différentes espèces associées au colza.
Espèces testées
Parmi les légumineuses et protéagineux :
- gesse à 32 kg/ha ;
- lentille à 30 kg/ha ;
- pois fourrager à 70 kg/ha ;
- féverole à 70 kg/ha ;
- un mélange féverole + lentille + gesse.
Parmi les non-légumineuses :
Il rappelle les intérêts recherchés :
- cameline et sarrasin pour leur effet allélopathique supposé sur les graminées ;
- niger pour détourner certaines attaques ;
- phacélie pour la biodiversité et la floraison de fin d’été.
Résultats
Avec fertilisation azotée, les meilleurs rendements observés sont obtenus avec :
- la lentille : environ 28 q/ha ;
- le sarrasin : un niveau comparable.
Ces résultats ont conduit Antonio Pereira à encourager localement l’association du colza avec du sarrasin, en lien avec les sols calcaires de la région. Il avance l’idée que le sarrasin pourrait favoriser la disponibilité du phosphore.
Première grande parcelle de colza associé en Haute-Marne
Antonio Pereira raconte ensuite la mise en place en 2013 d’une des premières grandes parcelles de colza associé chez un agriculteur du GIEE, alors président de la Chambre d’agriculture.
Le semis a été décidé après un appel téléphonique du 14 juillet, juste après la récolte des escourgeons, et réalisé dès le lendemain.
Composition du mélange
Le mélange comprenait :
- 3 kg de colza ;
- 20 kg de féverole ;
- 2 kg de lentille ;
- 5 kg de sarrasin ;
- 1 kg de lin oléagineux ;
- 1 kg de trèfle blanc nain.
Charges et conduite
Les charges opérationnelles détaillées montrent :
- un coût des plantes compagnes d’environ 40 €/ha ;
- une fertilisation essentiellement azotée, avec un peu de soufre ;
- 124 €/ha de produits phytosanitaires.
La parcelle n’a pas reçu de désherbage anti-dicotylédones. Les seuls herbicides appliqués sont :
- un antigraminées foliaire en septembre contre les repousses d’orge ;
- un antigraminées racinaire en décembre contre le vulpin.
Aucun insecticide d’automne n’a été appliqué. Au printemps, en revanche, la conduite a été classique :
- traitement contre le charançon de la tige ;
- fongicide à la chute des premiers pétales ;
- un peu de clopyralid du fait d’une impureté en vesce dans la féverole semée.
L’IFT herbicides est de 2,09, très proche de la référence régionale colza, mais l’IFT insecticides est nettement plus faible du fait de l’absence de traitements d’automne.
Résultats
Le rendement atteint 26 q/ha sur un sol très superficiel, soit un niveau cohérent avec le potentiel de la parcelle.
Après récolte du colza, le trèfle blanc nain poursuit sa croissance et atteint plus de 2 t MS/ha début septembre. Initialement destiné à un voisin éleveur, il n’a finalement pas été valorisé en fourrage et a été broyé. Il a néanmoins contribué à nourrir la vie du sol, mais aussi les campagnols.
L’année suivante, un escourgeon est semé dans cette parcelle. Malgré un historique très sale en géranium et en vulpin, l’agriculteur récolte 69,4 q/ha avec un programme herbicide minimal :
- seulement 8 g/ha de metsulfuron ;
- pas de désherbage vulpin.
Comparaisons en parcelles d’agriculteurs
Antonio Pereira montre ensuite plusieurs exemples de comparaisons en situations réelles.
Colza classique contre colza associé semé direct
Chez un agriculteur pratiquant les TCS, une parcelle est coupée en deux :
- une moitié en colza implanté de façon classique ;
- une moitié en colza semé direct avec plantes compagnes.
Le colza semé direct :
- n’a pas reçu de désherbage anti-dicotylédones à l’automne ;
- présente des charges opérationnelles de l’ordre de 330 €/ha, contre 460 €/ha pour le colza classique ;
- produit 4 q/ha de plus.
Colza associé à des légumineuses gélives contre colza associé à du sarrasin
Dans une autre situation, un agriculteur compare :
- un colza associé à des plantes gélives, majoritairement légumineuses ;
- un colza associé à 40 kg de sarrasin, avec objectif de récolte du sarrasin avant hiver.
Le sarrasin est effectivement récolté au 1er novembre à environ 3 q/ha. L’agriculteur apporte en plus 20 unités d’azote de moins sur cette modalité. Malgré cela, le colza associé au sarrasin produit 3 q/ha de plus que le colza associé aux légumineuses.
Cela renforce la conviction d’Antonio Pereira que le sarrasin a sa place dans les associations locales.
Morphologie et enracinement du colza associé
Des photos prises au 16 octobre 2014 montrent des colzas semés au 1er août en semis direct, sans herbicides d’automne, avec un développement très important et sans élongation excessive.
Les systèmes racinaires observés sont impressionnants :
- pivots bien développés ;
- chevelus racinaires denses sur les premiers centimètres ;
- enracinement profond malgré l’absence de travail du sol.
Antonio Pereira insiste sur le fait que, dans les sols argilo-calcaires superficiels de Haute-Marne, les problèmes de compaction sont rares. Dans ces contextes, un sol non travaillé peut très bien permettre un excellent enracinement.
Intérêt des légumineuses pérennes
L’association de légumineuses pérennes au colza présente un intérêt non seulement pour le colza lui-même, mais aussi pour la céréale suivante.
Il évoque un effet de « porte d’azote » sur le blé suivant. Dans un exemple, l’agriculteur n’a pas apporté le premier apport d’azote sur le blé implanté après colza associé avec trèfle blanc nain, alors qu’il a apporté 50 unités sur la partie après colza seul. La partie sans apport était visuellement plus verte. Au final, le rendement a été identique : environ 80 q/ha dans les deux cas.
Intérêts plus larges du colza associé
Antonio Pereira élargit ensuite la réflexion.
Le colza associé peut apporter :
- une réduction d’usage de produits phytosanitaires ;
- une validation possible en surfaces d’intérêt écologique selon les règlements locaux ;
- une opportunité de [[production fourragère]] ;
- une meilleure image sociétale ;
- parfois une meilleure valorisation commerciale avec certaines filières.
Il rappelle toutefois que l’éligibilité réglementaire dépend des règles de chaque département.
En Haute-Marne, pour la validation en couvert d’intérêt écologique, la période obligatoire va du 20 août au 15 octobre, avec obligation d’avoir un mélange d’au moins deux espèces parmi une liste autorisée, et sans usage de produits phytosanitaires pendant cette période.
Exemple de colza associé au sarrasin avec récolte du sarrasin
Antonio Pereira revient sur un exemple présenté dans une vidéo de la chaîne « Vers de terre production », chez un agriculteur haut-marnais, Yann Cadet.
Deux modalités avaient été comparées :
- un colza conduit de façon classique ;
- un colza associé au sarrasin, avec aussi des légumineuses.
Résultats :
- colza classique : 23 q/ha ;
- colza associé au sarrasin :
- 11 q/ha de sarrasin valorisés ;
- 12 q/ha de colza.
Malgré un colza visuellement moins beau, le système associé présente de bien meilleures performances économiques :
- environ 875 €/ha de produit, plus la prime légumineuses ;
- une marge brute de plus de 800 €/ha ;
- contre environ 620 €/ha pour le colza classique.
Antonio Pereira en tire une leçon forte : la beauté d’une culture n’est pas forcément synonyme de rendement ni de marge brute.
Pâturage du colza associé
Dans le département voisin de l’Aube, des essais de pâturage de colza associé par des brebis sont également évoqués.
La modalité présentée concerne un colza semé le 12 août à 50 grains/m², associé à :
- de la vesce ;
- du trèfle d’Alexandrie ;
- du trèfle blanc.
La culture n’a reçu :
- aucun désherbage anti-dicotylédones ;
- aucun insecticide d’automne.
Le pâturage doit être mené avec soin :
- on peut accepter que les animaux consomment les feuilles et une partie du pétiole ;
- il ne faut pas qu’ils touchent au collet.
Le rendement final atteint 31 q/ha avec seulement 270 €/ha de charges opérationnelles.
Le pâturage peut aussi servir d’outil de régulation de la végétation, à condition bien sûr de disposer d’animaux et de la technicité correspondante.
Le problème des grosses altises
Antonio Pereira aborde ensuite le sujet devenu central du moment : les grosses altises.
Il rappelle que la Haute-Marne était encore récemment peu touchée, mais que la situation a changé rapidement. Aujourd’hui, le problème est majeur sur une grande partie du département.
= Aucun levier unique
Il n’existe pas de recette miracle. Il faut combiner plusieurs leviers, dont le premier est d’avoir un colza robuste, c’est-à-dire :
- qui lève vite ;
- qui pousse vite ;
- qui reste actif à l’automne.
C’est dans ce cadre qu’il rappelle l’intérêt des apports organiques localisés au semis : compost, fientes ou autres matières organiques peuvent aider à nourrir le colza sur sa phase automnale.
Essai de pâturage et pression larvaire
Un essai mené dans l’Aube a comparé différentes dates de pâturage. À l’aide de tests Berlèse réalisés le 6 janvier, on observe selon la date de pâturage des niveaux de pression larvaire parfois très inférieurs à ceux de la zone non pâturée.
Antonio Pereira reste prudent :
- faire pâturer un colza est possible ;
- mais considérer le pâturage comme un insecticide à lui seul serait excessif.
Essais avec le bore
Des essais chez agriculteur ont comparé :
- un traitement insecticide de référence ;
- des applications de bore.
Les tests Berlèse montrent une diminution du nombre de larves après application de bore, parfois très marquée. Antonio Pereira parle d’un effet possible, mais souligne que cela demande encore à être confirmé.
Essais avec purins et biostimulants
D’autres produits ont été testés :
- purin de fenugrec ;
- purin de rhubarbe ;
- purin de sureau ;
- décoction d’ail ;
- produits de biostimulation comme Phytomix ou Symbiol Sol.
Dans l’essai présenté, certains produits, notamment le purin de rhubarbe et la décoction d’ail, semblent montrer un effet intéressant. Là encore, il s’agit de pistes de travail et non de solutions définitivement validées.
Vers un « colza opportuniste »
Face à la pression ravageurs et aux aléas climatiques, Antonio Pereira explique qu’il faut peut-être revoir la façon d’envisager cette culture.
Il parle d’un « colza opportuniste », c’est-à-dire :
- intégrer le colza comme une espèce du couvert d’interculture ;
- et, si les conditions s’y prêtent, décider en automne ou en début d’hiver de le conserver pour aller à la récolte.
Il donne deux exemples :
- un couvert récolté en fourrage, dans lequel le colza reste en place après coupe et peut encore être mené à graine ;
- une parcelle semée en féverole et vesce, dans laquelle apparaissent spontanément des repousses de colza datant d’un précédent vieux de quatre ans, avec un développement suffisant pour envisager la récolte.
Principes pratiques pour réussir le colza associé
Antonio Pereira résume ensuite plusieurs règles de conduite.
Semer tôt
Pour tirer un maximum de bénéfices des plantes compagnes, il faut semer le colza tôt, et même début août en Haute-Marne.
Traditionnellement, les colzas étaient semés autour du 25 août. Ce n’est plus adapté dans la logique du colza associé.
Semer les plantes compagnes sur la ligne du colza
Les plantes compagnes doivent être semées sur la même ligne que le colza afin de maximiser les interactions.
Fertiliser au minimum avec de l’azote
Le colza doit recevoir au moins un peu d’azote au semis. Si possible, Antonio Pereira recommande une fertilisation localisée dans la ligne avec :
- azote ;
- phosphore ;
- et, de plus en plus, du soufre, particulièrement utile aux légumineuses.
Il précise que cette fertilisation localisée doit rester une fertilisation de type starter : si on met trop d’engrais dans la ligne, on risque de rendre le colza paresseux vis-à-vis de son enracinement.
Faire attention au désherbage
Quand on investit dans des plantes compagnes, il est dommage de les détruire par les herbicides. Il faut donc adapter le désherbage :
- éviter la propyzamide si des légumineuses pérennes sont présentes ;
- privilégier des herbicides de post-levée, à doses réduites si possible.
Mélange conseillé par Antonio Pereira
Base de plantes gélives
Le mélange qu’il recommande aujourd’hui repose d’abord sur une base de plantes gélives :
- féverole : objectif d’environ 15 pieds/m², soit selon le PMG entre 30 et 80 kg/ha ;
- fenugrec : 10 kg/ha ;
- éventuellement lentille : 10 kg/ha ;
- sarrasin ;
- 1 kg de lin oléagineux.
La féverole reste une espèce très appréciée, mais elle devient difficile à trouver et s’exprime parfois mal dans les étés secs récents. Le fenugrec apparaît comme une alternative intéressante :
- même fonction générale ;
- graine plus petite ;
- plus facile à mélanger avec le colza ;
- meilleure adaptation au semis sur la ligne.
Le sarrasin est jugé particulièrement intéressant en sols calcaires.
Le lin oléagineux est introduit dans l’idée de détourner les petites altises.
Base de légumineuses pérennes
Pour ceux qui le souhaitent, il ajoute ensuite une base de légumineuses pérennes :
- trèfle blanc nain : 2 kg/ha ;
- trèfle violet : 2 kg/ha ;
- lotier : 2 kg/ha.
L’idée est de couvrir une diversité de situations de sol à l’intérieur d’une même parcelle.
Nouvelles espèces introduites
Depuis deux ans, Antonio Pereira introduit aussi :
- niger : 1 kg/ha ;
- tournesol : 500 g/ha.
Le tournesol est utilisé dans l’idée d’attirer davantage d’auxiliaires. Mais il insiste fortement sur la dose :
- pas plus de 500 g/ha ;
- car sous ses feuilles, il peut créer une forte concurrence lumineuse.
Fertilisation localisée dans la ligne
Le colza associé en agriculture de conservation ou en semis direct doit, selon lui, être obligatoirement fertilisé dans la ligne.
L’objectif n’est pas d’apporter de fortes quantités, mais de fournir un effet starter.
L’exemple montré avec 70 kg/ha d’un engrais localisé type 12-27-0 + soufre montre visuellement une différence très nette de développement entre la partie fertilisée et la partie non fertilisée.
Colza associé et agriculture biologique ou captages
Antonio Pereira évoque l’intérêt potentiel de ces pratiques dans les bassins d’alimentation de captage, voire comme alternative partielle à certaines formes d’agriculture très peu utilisatrices de phytos.
Il montre qu’il est possible de produire du colza :
- avec très peu d’herbicides anti-dicotylédones ;
- avec un niveau de fertilisation raisonnable ;
- et avec des résultats intéressants.
Il y voit une piste pour continuer à produire tout en réduisant fortement l’usage de phytos.
Valorisation des légumineuses pérennes
Les légumineuses pérennes associées au colza peuvent être valorisées de plusieurs façons :
- en fourrage après récolte du colza ;
- par pâturage ;
- voire par récolte de semences.
Un exemple montre la récolte de 81 kg/ha de trèfle blanc nain, valorisés à environ 400 €/ha. L’agriculteur a également récupéré un peu de colza au passage. Cette opération a toutefois demandé du travail, notamment au tri des graines.
Comment gérer des plantes compagnes non gelées ?
À une question posée en fin d’intervention, Antonio Pereira répond que si certaines plantes compagnes gélives ne sont finalement pas détruites par l’hiver, plusieurs options existent :
- récolter les deux produits ensemble ;
- puis trier à la ferme si on en a l’équipement ;
- ou utiliser, si besoin, des herbicides spécifiques.
Il attire l’attention sur le fait que livrer un colza contenant des graines de féverole revient à livrer une partie de sa production en impuretés, qui sera ensuite revendue après tri.
Les légumineuses pérennes sous colza
Antonio Pereira développe ensuite plus spécifiquement le cas des légumineuses pérennes implantées sous colza.
Durée de vie à raisonner selon les sols
Dans les sols profonds, il est parfois possible de maintenir la légumineuse au-delà du colza et jusque dans la céréale suivante.
Dans les sols argilo-calcaires superficiels ou très superficiels, la légumineuse devra souvent être arrêtée au printemps de la céréale suivante pour éviter une concurrence hydrique trop forte.
Dates de semis et désherbage
Comme pour le colza associé en plantes gélives, il faut semer tôt, voire encore plus tôt. Certaines matières actives sont incompatibles avec ces associations :
- pas de propyzamide ;
- pas d’aminopyralide ;
- pas d’halauxifen-méthyl.
Éligibilité à la prime légumineuses
Ces mélanges ont pu être éligibles à la prime légumineuses, mais Antonio Pereira précise que les règles changent d’une année à l’autre et deviennent plus complexes, notamment quand la prépondérance de la légumineuse doit être démontrée.
Espèces pérennes conseillées
Antonio Pereira propose plusieurs espèces selon les objectifs :
- luzerne : 8 kg/ha ;
- trèfle violet : 8 kg/ha ;
- lotier corniculé : 8 kg/ha ;
- trèfle blanc intermédiaire : 2 kg/ha ;
- trèfle blanc nain : 2 kg/ha.
Il précise :
- la luzerne et le trèfle violet peuvent nécessiter une régulation chimique ;
- le lotier est moins exubérant ;
- le trèfle blanc nain ne nécessite pratiquement pas de régulation dans le colza.
Il attire aussi l’attention sur les équipements de semis. Avec du trèfle blanc nain bien installé, le semis direct de la céréale suivante peut devenir difficile avec des semoirs à socs. Un semoir à disques est alors préférable.
Exemple de colza à triple récolte
Antonio Pereira présente une expérience de colza à triple récolte sur terres superficielles :
- récolte de sarrasin à l’automne ;
- récolte de colza l’été suivant ;
- puis éventuellement récolte de légumineuses pérennes.
Le mélange semé fin juillet comprenait :
- colza lignée + hybride ;
- 35 à 40 kg/ha de sarrasin ;
- trèfle blanc, trèfle violet, luzerne et mélilot.
Le coût semences atteignait environ 150 €/ha.
Résultats :
- sarrasin récolté le 28 octobre : 5 q/ha net payable, soit une première marge brute d’environ 68 €/ha ;
- colza : 28 q/ha, soit environ 663 €/ha de marge brute.
Au total, les deux récoltes apportent plus de 900 €/ha de marge brute. En revanche, les conditions estivales n’ont pas permis de réaliser la troisième récolte de légumineuses.
Antonio Pereira présente ce système comme une piste intéressante, mais pas comme une solution garantie.
Colza, climat et baisse des surfaces
La culture du colza est aujourd’hui fragilisée par :
- les sécheresses estivales qui compromettent les levées ;
- les gels hivernaux avec vent ;
- les accidents au moment de la floraison ;
- et la pression ravageurs.
Selon les estimations évoquées, la sole de colza dans la région pourrait avoir diminué d’environ 30 %, voire davantage.
Dans ce contexte, introduire le colza comme espèce d’un couvert d’interculture peut constituer un moyen de garder cette culture comme option.
Réflexion plus large sur les couverts d’interculture
Antonio Pereira termine en élargissant aux couverts végétaux.
Principes généraux
Pour les couverts :
- semer le plus tôt possible après récolte ;
- semer avec le même soin qu’une culture ;
- avoir un maximum de légumineuses ;
- mélanger au moins quatre espèces quand on n’a pas de semoir multi-trémies ;
- détruire le couvert au moment de la floraison ;
- ne jamais mettre dans le couvert la même espèce que la culture suivante immédiate ;
- limiter le coût semences à environ 40 à 60 €/ha.
Le colza peut remplacer d’autres crucifères de couvert. Il présente selon lui plusieurs avantages :
- il ne fleurit pas avant l’hiver ;
- il peut être autoproduit ;
- il coûte moins cher que certaines moutardes commerciales.
Durée d’interculture
Antonio Pereira rappelle qu’en dessous de 60 jours d’interculture, il est souvent inutile de vouloir implanter un couvert. Au-delà, il faut raisonner :
- la durée ;
- la composition ;
- et parfois la capacité du couvert à passer l’hiver.
Espèces adaptées aux conditions sèches
Les années récentes invitent à privilégier les espèces capables de germer :
- avec des températures supérieures à 20 °C ;
- et dans des sols secs.
Il cite notamment :
- le sarrasin ;
- le niger ;
- la phacélie ;
- la cameline.
Les grosses graines comme la féverole montrent plus souvent leurs limites dans ces contextes.
= Intérêt des légumineuses pérennes comme couverture estivale
Il évoque enfin l’idée que les légumineuses pérennes implantées sous colza pourraient permettre de maintenir des sols couverts durant l’été, comme l’illustre une parcelle d’escourgeon récoltée dans laquelle la luzerne, implantée deux ans auparavant sous colza, a continué à se développer et a pu être récoltée.
Conclusion
En conclusion, Antonio Pereira défend une vision dans laquelle l’agriculture est non pas le problème, mais une partie de la solution face aux enjeux environnementaux et climatiques.
Il insiste sur plusieurs idées :
- la nécessité de préserver la santé des sols ;
- l’importance du stockage de carbone ;
- le rôle possible de l’agriculture dans les paiements pour services environnementaux ;
- et la nécessité de repenser les systèmes de culture pour réduire travail du sol, intrants et dépendance aux phytosanitaires.
Il rappelle toutefois un point de vigilance majeur : aujourd’hui, à ses yeux, on ne sait pas encore faire durablement de l’agriculture de conservation des sols sans l’herbicide total, tant cet outil reste central dans ces systèmes.
Sa présentation se termine par une invitation à poursuivre les échanges, en particulier pour ceux qui souhaiteraient se lancer ou approfondir ces pratiques.
Questions évoquées pendant l’échange
Parmi les questions posées pendant la présentation, plusieurs thèmes sont abordés :
- l’intérêt d’apports organiques riches au semis pour obtenir des colzas robustes ;
- la baisse des densités de semis, y compris avec des hybrides, afin de favoriser des colzas plus développés ;
- la gestion des plantes compagnes non détruites par le gel ;
- l’effet possible d’indicateurs comme le Brix ou les nitrates sur la gestion des insectes, sujet sur lequel Antonio Pereira indique ne pas avoir de recul personnel ;
- la gestion éventuelle du sucre vis-à-vis des insectes, sans retour concluant dans son expérience ;
- et la façon de raisonner les doses de féverole, qui doivent avant tout être pensées en nombre de pieds/m² et non seulement en kg/ha.
Message final
Antonio Pereira remercie les participants pour leur attention et conclut en appelant chacun à poursuivre l’observation, l’expérimentation et la réflexion sur ces systèmes, tout en tenant compte de la réalité locale des sols, du climat et des contraintes économiques.