Colzas associés, couverts et semis direct en Haute-Marne, par Yann Cadet

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À Aulnoy, au sud de la Haute-Marne, Yann Cadet présente le fonctionnement d’un GAEC de 410 ha en polyculture-élevage, conduit en semis direct depuis 2011-2013. Sur ces sols argilo-calcaires superficiels ou argiles profondes de fond de vallée, l’objectif est de simplifier le travail du sol, maintenir la fertilité et gérer les adventices grâce aux couverts. La rotation repose surtout sur colza, blé, orge d’hiver, avec maïs et soja sur les terres profondes. Les colzas associés, semés tôt, combinent féverole, trèfle violet, parfois lin ou sarrasin, pour sécuriser l’implantation, couvrir le sol et limiter les ravageurs. Yann Cadet insiste aussi sur les limites du système : réussite aléatoire des couverts selon la pluviométrie, pression de vulpin, limaces et surtout campagnols. Son témoignage montre une approche pragmatique, fondée sur l’observation, les essais locaux et le partage d’expérience au sein de l’APAD Centre-Est.

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Résumé
À Aulnoy, au sud de la Haute-Marne, Yann Cadet présente le fonctionnement d’un GAEC de 410 ha en polyculture-élevage, conduit en semis direct depuis 2011-2013. Sur ces sols argilo-calcaires superficiels ou argiles profondes de fond de vallée, l’objectif est de simplifier le travail du sol, maintenir la fertilité et gérer les adventices grâce aux couverts. La rotation repose surtout sur colza, blé, orge d’hiver, avec maïs et soja sur les terres profondes. Les colzas associés, semés tôt, combinent féverole, trèfle violet, parfois lin ou sarrasin, pour sécuriser l’implantation, couvrir le sol et limiter les ravageurs. Yann Cadet insiste aussi sur les limites du système : réussite aléatoire des couverts selon la pluviométrie, pression de vulpin, limaces et surtout campagnols. Son témoignage montre une approche pragmatique, fondée sur l’observation, les essais locaux et le partage d’expérience au sein de l’APAD Centre-Est.

Aujourd'hui, on vous propose un entretien avec Yann Cadet, agriculteur en Haute-Marne, qui nous parle de sa transition en système de semis-direct.


SOMMAIRE :


0:00:30 : Présentation générale

0:05:50 : Rotation

0:08:00 : Colza

0:18:10 : Parcelles de colza

0:32:10 : Blé

0:47:15 : Parcelle de blé

0:54:40 : Orge d'hiver

0:58:40 : Parcelle d'orge d'hiver

1:00:50 : Gestion des pailles et des campagnols

1:05:10 : Orge de printemps

1:10:20 : Parcelle d'orge de printemps

1:15:10 : Cultures d'été

1:31:40 : Parcelle de soja

1:35:50 : Gestion du troupeau

1:37:30 : Accompagnement & animation technique.


Présentation de l’exploitation

Yann Cadet présente une exploitation située à Auxey, au sud de la Haute-Marne, en limite de la Côte-d’Or et de la Haute-Saône, sur le sud du plateau de Langres. L’exploitation est en GAEC à deux et couvre environ 410 hectares.

La surface se répartit entre :

  • environ 310 hectares de cultures ;
  • le reste principalement en prairie permanente, avec quelques compléments en jachère.

L’exploitation comprend également un troupeau de 60 mères limousines, nourries principalement à base de prairies permanentes, la surface en herbe étant largement suffisante pour les besoins du troupeau.

Le secteur est réputé pour ses températures relativement basses. Les sols sont variés :

  • des sols profonds en fond de vallée, souvent constitués de grosses argiles humides, qui respirent difficilement ;
  • des sols de plateau argilo-calcaires, superficiels, caillouteux mais fertiles.

La pluviométrie annuelle est de l’ordre de 900 mm, mais Yann Cadet insiste sur le fait que la répartition des pluies dans l’année est plus importante que le total annuel. Une forte concentration des pluies entre décembre et mars, suivie d’un déficit entre mai et août, peut devenir pénalisante pour les cultures.

Historique de l’évolution des pratiques

Historiquement, l’exploitation pratiquait beaucoup le labour, malgré la superficialité de nombreux sols. Un peu de techniques culturales simplifiées étaient aussi utilisées, mais les associés avaient l’impression, année après année, que les sols devenaient de plus en plus difficiles à travailler. Il fallait davantage de puissance pour le même outil et pour effectuer le même travail.

Ce constat a constitué le point de départ de la réflexion :

  • comprendre pourquoi les sols devenaient plus durs à travailler ;
  • chercher une autre manière de produire ;
  • relever le défi du semis direct, dont on parlait alors davantage que de l’agriculture de conservation des sols ;
  • introduire des couverts végétaux.

Les premiers semis directs ont été réalisés fin 2011, après l’investissement dans un semoir de semis direct de 3 mètres, un John Deere 750A, tout en conservant le matériel conventionnel. Les premiers essais se sont bien passés.

En 2012, seule une partie des surfaces a été implantée en semis direct. À l’automne 2012, l’objectif était d’augmenter fortement la part en semis direct, mais les conditions humides et la faible largeur du semoir ont empêché d’implanter toutes les surfaces souhaitées. Durant l’hiver suivant, le matériel conventionnel a été vendu et remplacé par un John Deere 750A en 6 mètres, début 2013. À partir de là, toute la surface a été conduite en semis direct, sous couvert vivant ou mort.

Les rotations selon les types de sols

Sur les sols superficiels

Sur les terres superficielles, la rotation reste assez classique pour le secteur. Elle repose principalement sur :

  • colza ;
  • blé ;
  • orge d’hiver.

Un peu d’orge de printemps est également pratiquée, avec de bons résultats même sur des terres moyennes.

Pendant longtemps, l’exploitation a aussi intégré des pois, notamment des pois d’hiver, afin de diversifier la rotation et d’atteindre une rotation de cinq ans du type :

  • pois ;
  • blé ;
  • colza ;
  • blé ;
  • orge.

Cela permettait d’espacer les retours du colza. Mais les pois ont finalement été abandonnés à contrecœur à cause :

  • d’accidents climatiques répétés ;
  • de problèmes sanitaires, notamment la bactériose ;
  • de difficultés de salissement, avec en particulier des chardons ;
  • de l’absence de réel gain sur les adventices classiques de la rotation.

La rotation est donc revenue, sur ces sols, à un schéma plus simple :

  • colza ;
  • blé ;
  • orge d’hiver.

Yann Cadet souligne que, dans ce secteur froid, les possibilités de diversification restent limitées. Il serait envisageable d’essayer un peu de lentille ou de tournesol, mais en semis direct sous couvert strict, ces cultures sont très difficiles à réussir à cause du manque de réchauffement du sol. Des techniques comme le strip-till pourraient rendre ces cultures possibles, mais cela supposerait du matériel spécifique, difficilement justifiable au vu des surfaces concernées.

Sur les sols profonds argileux

Sur les fonds de vallée, plus profonds et plus froids, la rotation s’oriente plutôt vers :

L’objectif est d’y maximiser le nombre de couverts végétaux, même si leur réussite n’est pas toujours garantie. Sur les terres superficielles en particulier, la réussite d’un couvert est jugée très aléatoire : en absence de pluie estivale, même les meilleurs mélanges ne lèvent pas correctement.

Principes généraux sur les pailles et les effluents

Les pailles des céréales à paille sont systématiquement exportées avant colza. Elles servent au troupeau ou sont échangées avec d’autres éleveurs contre du fumier.

Yann Cadet assume ce choix, même s’il sait qu’il peut être critiqué. Dans son contexte, les pailles se dégradent relativement mal à cause :

  • du pH élevé ;
  • des conditions climatiques.

Il observe ainsi des taux de matière organique très élevés, parfois de 5 à 8 %, même dans des terres superficielles, mais il considère qu’il s’agit souvent d’une matière organique peu évolutive. Laisser systématiquement les pailles au sol n’aurait donc pas forcément de sens dans son cas, d’autant plus qu’elles peuvent poser des problèmes :

  • au semis ;
  • dans la gestion des limaces.

Les apports de fumier bovin sont concentrés autant que possible avant colza, culture jugée la plus à même de valoriser ces effluents, notamment pour produire davantage de biomasse à l’automne.

Le colza associé

Implantation du colza

Le colza est une culture majeure de l’assolement. Il est toujours implanté derrière une céréale à paille : blé, orge d’hiver ou orge de printemps.

Les semis ont été avancés d’environ quinze jours par rapport aux pratiques classiques du secteur, et sont généralement réalisés durant la première décade d’août.

L’implantation se fait systématiquement en colza associé, avec des mélanges adaptés selon les parcelles et les problématiques de désherbage.

Dans les parcelles relativement propres en géranium, le mélange d’association peut comprendre :

Dans les parcelles à forte pression de géranium, l’exploitation utilise parfois du colza Clearfield, permettant de désherber efficacement ces adventices tout en restant sélectif vis-à-vis des plantes compagnes légumineuses. Dans ce cas, l’association est plus simple, par exemple :

Les colzas sont semés avec une fertilisation localisée de type 18-46.

Gestion des limaces

Les limaces ne posent pas forcément plus de problèmes qu’en système conventionnel, mais lorsqu’il y a une attaque, elle peut être très brutale. Yann Cadet estime qu’autrefois, en conventionnel, les anti-limaces étaient parfois employés à tort, par excès de prudence.

La stratégie actuelle consiste à :

  • piéger avant semis ;
  • intervenir en préventif si présence de limaces.

Les produits privilégiés sont à base de phosphate ferrique, jugés plus lents d’action mais bien plus sélectifs de la faune auxiliaire, notamment les carabes et les lombrics. Le métaldéhyde n’est réservé qu’aux situations de forte urgence, et à petites doses.

Développement du colza et protection d’automne

Lorsque les pluies suivent l’implantation, le colza produit rapidement de fortes biomasses à l’automne. Cela lui permet :

  • de mieux passer l’hiver ;
  • de mieux supporter les attaques d’altises ;
  • de mieux tolérer les charançons du bourgeon terminal.

Jusqu’à présent, l’exploitation n’a pas eu besoin de traiter insecticide à l’automne contre ces ravageurs, mais Yann Cadet précise que son secteur n’est pas encore aussi fortement touché que d’autres zones plus au nord-ouest. Il constate cependant une progression de ces ravageurs vers sa région.

Désherbage et nutrition du colza

Le désherbage dépend du type de colza :

  • produits Clearfield pour les colzas Clearfield ;
  • programmes plus classiques pour les colzas conventionnels, souvent des lignées en semences de ferme, avec anti-dicotylédones et éventuellement antigraminées.

Le colza est aussi la culture sur laquelle est positionné un antigraminées de type Kerb ou équivalent, afin de gérer le vulpin, de plus en plus problématique dans le secteur.

La fertilisation de sortie d’hiver est classique :

  • azote liquide en solution 39 ;
  • apports conséquents de soufre, jugés indispensables dans ces sols ;
  • potasse, notamment via polysulfate ;
  • apports réguliers et très fractionnés de bore.

Le bore est apporté dès que la surface foliaire le permet, souvent en plusieurs passages :

  • deux apports à l’automne ;
  • deux à trois apports au printemps ;
  • encore un apport à floraison avec un fongicide.

Cette logique de fractionnement vise à accompagner au plus près les besoins de la plante.

Fongicides sur colza

Yann Cadet réalise historiquement deux passages fongicides sur colza, rendus possibles par son automoteur, qui limite les dégâts dans la culture. Le recours aux mélanges variétaux avec des précocités différentes allonge souvent la floraison. Il considère qu’un accompagnement de cette floraison peut être intéressant.

Même si le sclérotinia n’est pas toujours très présent, l’impasse peut coûter cher certaines années. Il signale aussi l’existence de maladies de fin de cycle pouvant être préjudiciables. Les interventions se font à doses réduites mais de façon fractionnée :

  • une première au début de floraison ;
  • une seconde environ trois semaines plus tard.

Potentiels de rendement

Sur l’exploitation, les rendements moyens en colza se situent autour de :

  • 32 à 35 q/ha.

Pour les céréales d’hiver, blé et orge d’hiver, les potentiels sont de l’ordre de :

  • 65 à 70 q/ha.

Atteindre 70 q/ha est considéré comme satisfaisant dans ce contexte.

Exemple de colza associé avec sarrasin et trèfle violet

Yann Cadet présente une parcelle semée après une orge d’hiver récoltée tôt, autour du 20 juin. Les pailles ont été exportées rapidement, puis un mélange a été implanté comprenant :

L’objectif était ambitieux : tenter de faire trois récoltes à partir d’un seul semis.

Le sarrasin a joué pleinement son rôle :

  • croissance très rapide ;
  • fort effet couvrant ;
  • très bon pouvoir désherbant.

Aucune intervention phytosanitaire n’a été réalisée sur le colza, le sarrasin ayant tout étouffé. Il a été récolté début octobre avec un rendement d’environ 12 q/ha, ce qui est jugé excellent pour une culture dérobée.

En revanche, cette réussite a été obtenue au détriment du colza, qui a énormément souffert de la concurrence :

  • mauvaise implantation racinaire ;
  • faible développement ;
  • incapacité à redémarrer correctement après l’hiver.

Le colza est jugé « minable » dans cette situation. Pour Yann Cadet, cette expérience montre qu’on ne peut pas récolter beaucoup sur une culture dérobée sans pénaliser fortement la culture principale qui suit.

Le trèfle violet, en revanche, est très présent sous ce colza affaibli, et pourrait potentiellement être valorisé en fourrage après récolte.

Il précise que ce type de montage a déjà donné, lors d’autres années, des résultats plus satisfaisants, avec seulement 2 à 3 q/ha de sarrasin et un colza à 36 q/ha. Mais plus le sarrasin produit, plus il semble pénaliser le colza. Le principal intérêt du sarrasin reste son effet désherbant, mais son comportement reste très aléatoire.

Il ajoute que la valorisation économique du sarrasin est également devenue moins favorable, les prix s’étant effondrés depuis deux ans.

Réflexion sur les couverts végétaux

Concernant les couverts, Yann Cadet ne croit pas à l’intérêt d’un sarrasin pur uniquement pour son effet désherbant. Une fois détruit ou absent au moment du semis de la culture suivante, cet effet disparaît. Il juge préférable d’utiliser des couverts multi-espèces, apportant davantage de services :

  • fixation d’azote ;
  • biodiversité ;
  • structuration ;
  • couverture du sol.

Il ne croit pas non plus à la nécessité de multiplier excessivement le nombre d’espèces dans les mélanges. Pour lui :

  • 5 à 6 espèces constituent une bonne base ;
  • descendre en dessous fait prendre un risque, car l’année peut avantager une espèce plus qu’une autre ;
  • monter à 12 ou 15 espèces n’apporte pas forcément d’intérêt et complique les mélanges.

Les espèces utilisées sont choisies parmi celles qui fonctionnent dans le contexte local. Il évite les espèces tropicales, jugées inadaptées. Les bases de couverts sont plutôt :

Exemple de colza classique associé à la féverole et au trèfle violet

Une autre parcelle est présentée comme exemple de colza « normal », implanté derrière une orge de printemps, avec exportation des pailles. Le semis a eu lieu autour du 10 août, avec une bonne levée grâce à des pluies de fin août.

Le mélange était composé :

  • d’un mélange fermier de trois variétés de colza aux précocités différentes ;
  • de 60 kg de féverole, soit environ 12 pieds/m² ;
  • de 3 kg de trèfle violet.

Le colza a été semé à environ 50 pieds/m², avec du 18-46 dans la ligne. La parcelle n’étant pas très touchée par les géraniums, le désherbage a été allégé.

Le colza a produit une forte biomasse avant l’hiver, ce qui a permis d’éviter tout insecticide d’automne. Le trèfle violet, lui, reste à peine visible sous la culture tant que le colza est bien développé.

Après récolte :

  • les tiges de colza sont broyées ;
  • le trèfle violet profite alors de la lumière et explose.

Il peut ensuite :

  • être récolté en fourrage ;
  • être potentiellement pâturé ;
  • ou simplement restitué au sol avant le blé.

Yann Cadet insiste sur le fait que ce trèfle violet constitue aussi un milieu très favorable aux campagnols, ce qui impose une vigilance particulière.

Le trèfle violet après colza

Le trèfle violet est semé sous le colza dès l’implantation, à faible dose, généralement 3 kg/ha. Tant que le colza est vigoureux, le trèfle reste très discret. Mais après récolte du colza, si l’on broie les cannes, il bénéficie immédiatement d’un accès à la lumière et se développe fortement, surtout si quelques pluies surviennent fin juillet-début août.

Ce couvert peut alors :

  • être valorisé en foin ou enrubannage ;
  • éventuellement être pâturé ;
  • ou être restitué au sol par broyage.

Le blé est ensuite implanté directement dans ce trèfle violet.

Le blé après colza et trèfle violet

Les dates habituelles de semis de blé sont relativement précoces, entre fin septembre et début octobre. Yann Cadet travaille essentiellement en semences de ferme, avec seulement quelques hectares de renouvellement en semences certifiées.

Les densités sont de l’ordre de :

  • 300 à 320 grains/m² autour du 1er octobre.

Avant semis, le trèfle violet est généralement géré avec un peu de glyphosate. Le blé est semé avec une fertilisation localisée au 18-46, le phosphore étant considéré comme l’élément le plus déficitaire et le plus sujet au blocage dans ces sols à pH élevé.

Sur blé, les principales adventices problématiques sont les graminées, surtout le vulpin. Yann Cadet a le sentiment que la présence du couvert, en particulier le trèfle violet, permet de limiter les levées de vulpin. De plus, l’utilisation d’un semoir de semis direct qui ne déplace pas la terre limite la mise en germination des adventices.

Le désherbage repose donc surtout sur des programmes racinaires d’automne.

Limites observées en année sèche

Jusqu’à récemment, le couvert n’avait jamais été préjudiciable à l’implantation des céréales. Mais l’automne 2018, très sec, a montré les limites du système :

  • le couvert a complètement asséché le profil ;
  • les blés semés à date habituelle ont levé seulement fin octobre-début novembre ;
  • les densités de semis n’avaient pas été augmentées, car ce retard n’était pas anticipable.

Résultat :

  • des blés trop clairs ;
  • une perte de densité ;
  • mais en contrepartie des parcelles très propres, car les adventices ont elles aussi levé tardivement.

À l’inverse, des blés implantés après pois, sans couvert intermédiaire afin de gérer les vivaces, ont levé beaucoup plus vite grâce à une meilleure conservation de l’humidité. Mais ils étaient aussi plus sales.

Yann Cadet en conclut que, cette année-là, le couvert a bien été préjudiciable à l’implantation de la céréale, tout en étant très bénéfique pour la propreté des parcelles. Il ne remet pas les couverts en cause pour autant.

Le désherbage et la protection des céréales

Sur les blés comme sur les orges d’hiver, l’exploitation privilégie les désherbages racinaires d’automne. Les rattrapages de printemps sur graminées ont des efficacités jugées très aléatoires depuis plusieurs années.

Les insecticides sont très peu utilisés :

  • parfois à l’automne contre pucerons ou cicadelles ;
  • très rarement au printemps ;
  • éventuellement sur blé en fin de cycle si les conditions sont favorables aux cécidomyies.

Le secteur, relativement frais et situé vers 300 à 350 m d’altitude, est peu sujet aux fortes pressions d’insectes.

Pour les maladies, l’exploitation utilise des mélanges variétaux et choisit des variétés peu sensibles. La principale maladie jugée préjudiciable localement est la septoriose. Les investissements fongicides restent modérés :

  • une intervention ;
  • voire deux si l’année est plus favorable aux maladies ;
  • pour un budget de 25 à 30 €/ha maximum.

Exemple de blé derrière pois sans couvert

Une parcelle de blé est présentée après pois d’hiver, sans couvert intermédiaire. Ce choix a été fait pour pouvoir gérer les vivaces, notamment :

  • les chardons ;
  • de la grande berce en bord de route.

L’absence de couvert a permis de conserver un peu d’humidité dans le sol, ce qui a favorisé une belle levée du blé semé début octobre, avec un bon développement.

Le désherbage d’automne reposait sur des racinaires, avec efficacité moyenne à cause de la sécheresse. Un rattrapage de printemps a été fait localement, avec des résultats mitigés. Malgré cela, le blé présente un potentiel estimé à au moins 70 q/ha.

Après ce blé, pour casser le cycle du vulpin, il est prévu de partir sur une orge de printemps, précédée d’un couvert riche en légumineuses.

Exemple de blé derrière colza Clearfield et trèfle violet

Un autre blé est présenté après un colza Clearfield implanté dans une parcelle à problème de géranium. Le trèfle violet, très peu visible sous le colza, a explosé après la récolte grâce à quelques pluies estivales.

Le trèfle a été géré par deux broyages pour éviter un excès de développement avant semis du blé. Le blé lui-même est un mélange de cinq variétés, avec :

  • des variétés barbues pour gêner un peu les sangliers ;
  • des variétés tolérantes cécidomyies ;
  • des variétés globalement peu sensibles aux maladies.

Semé fin septembre dans des conditions extrêmement sèches, le blé a levé seulement début novembre, car le trèfle violet avait fortement asséché le sol. Il est donc un peu clair, avec parfois des manques plus importants sur certaines zones, accentués par l’effet des herbicides racinaires.

En revanche, il est très propre vis-à-vis des graminées. Une intervention de printemps a été réalisée avec une hormone pour gérer :

  • les repousses de colza ;
  • le trèfle violet devenu trop envahissant.

Après récolte, un nouveau couvert multi-espèces sera implanté avant une orge d’hiver.

Les campagnols et les sangliers

Les campagnols sont présentés comme le principal souci du système en semis direct sous couvert, particulièrement sur les terres superficielles et caillouteuses, qui semblent leur convenir parfaitement.

Plusieurs leviers sont mobilisés :

  • broyage des cannes après colza pour favoriser l’accès des prédateurs ;
  • passages répétés de herse à paille pour déranger les populations ;
  • intervention ponctuelle à la bromadiolone dans les ronds lorsqu’ils apparaissent, surtout en colza.

Yann Cadet précise que la bromadiolone est très efficace mais extrêmement fastidieuse à utiliser, et qu’elle n’est envisageable que lorsque les infestations restent limitées. En cas de forte invasion, ce n’est plus réaliste.

Les sangliers constituent un autre problème, d’autant qu’ils sont attirés par les campagnols et trouvent également refuge dans les couverts. Ils peuvent occasionner des dégâts importants.

Yann Cadet évoque aussi l’idée de faire pâturer certains trèfles par des ovins itinérants. Cela permettrait :

  • de valoriser le couvert ;
  • de déranger fortement les campagnols ;
  • de bénéficier du piétinement, que ces rongeurs supportent mal.

Mais il ne souhaite pas développer lui-même un atelier ovin, préférant l’intervention éventuelle d’un troupeau extérieur.

Le mélilot : une piste écartée

Interrogé sur l’intérêt du mélilot contre les campagnols, Yann Cadet se montre très critique. Selon lui, l’idée selon laquelle le mélilot, par sa coumarine, pourrait éliminer les campagnols est une « vaste fumisterie ».

Il avance plusieurs arguments :

  • c’est une plante difficile à gérer, car pluriannuelle ;
  • elle peut devenir gênante dans les cultures suivantes ;
  • les campagnols ne la consomment pas ;
  • même s’ils la coupaient, il faudrait encore qu’ils la descendent au terrier pour que sa dégradation produise l’effet attendu.

Le mélilot est donc jugé inefficace et trop coûteux en semences.

L’orge d’hiver

L’orge d’hiver est implantée de façon comparable au blé :

  • densité de 300 à 320 grains/m² ;
  • autour du 1er octobre, parfois un peu plus tard.

Comme pour le blé :

  • surveillance des pucerons et cicadelles ;
  • désherbage racinaire privilégié ;
  • recours à l’orge de printemps si les parcelles sont trop sales en graminées.

Sur les terres superficielles, l’orge d’hiver ou le triticale restent les options principales après blé. Le triticale est utilisé pour l’alimentation du troupeau.

La fertilisation suit la même logique que sur blé :

  • polysulfate pour le soufre et une partie de la potasse ;
  • solution azotée liquide pour l’azote.

L’exploitation ne fait que de l’orge brassicole d’hiver, pas d’orge fourragère. Deux interventions fongicides sont souvent nécessaires :

  • une relativement précoce contre la rhynchosporiose ;
  • une autre à épiaison.

Des progrès variétaux sont toutefois observés, avec des variétés plus tolérantes aux maladies et aux dégâts de pucerons.

Le régulateur est peu utilisé. Sur blé, il est jugé rarement justifié. Sur orge, il peut être appliqué en dose modérée dans certaines zones plus fertiles ou avec des variétés sensibles comme Étincel, mais cela reste rare.

Exemple d’orge d’hiver après blé et couvert

Une parcelle d’orge d’hiver est présentée après blé et couvert multi-espèces bien développé, grâce à une zone ayant reçu un peu de pluie l’été précédent.

L’orge a été implantée début octobre à 320 grains/m², mais le couvert avait beaucoup consommé d’eau, ce qui a entraîné une levée très échelonnée jusqu’à début novembre. L’orge est donc jugée trop claire.

Yann Cadet explique qu’il ne souhaite pas retarder davantage les semis, car dans sa région froide et séchante, semer après le 10-15 octobre fait perdre du potentiel.

L’avantage de cette levée tardive est, là encore, la propreté de la parcelle. Les dégâts d’insectes d’automne sont également limités, les plantes ayant levé tard.

La parcelle présente néanmoins une forte hétérogénéité :

  • zones avec plus de terre, à potentiel de 60-65 q/ha ;
  • zones très séchantes et caillouteuses, plutôt à 40-45 q/ha.

L’orge de printemps

L’orge de printemps est souvent implantée derrière blé, après un couvert long. Ce couvert est généralement broyé vers la deuxième quinzaine d’octobre :

  • pour mettre à plat ;
  • pour éviter que les sangliers ne passent l’hiver dedans ;
  • pour réduire les résidus en surface ;
  • pour favoriser le réchauffement du sol.

Le principal problème de l’orge de printemps en semis direct sous couvert est justement le manque de réchauffement du sol. Dans les grosses argiles, le ressuyage est parfois difficile. Si les conditions le permettent, le semis peut aussi se faire sur gel.

Les dates de semis vont de fin février à fin mars, selon les conditions. Les densités ont tendance à être augmentées :

  • autour de 320 grains/m² en semis précoce ;
  • 350 voire 400 grains/m² si le semis est plus tardif.

Une fertilisation localisée au 18-46 est systématique. Il n’y a pas de plantes compagnes.

Le désherbage vise surtout les dicotylédones estivales et les chardons. Les graminées posent moins de problèmes dans cette culture.

La variété principalement utilisée est Planet, appréciée pour :

  • sa souplesse de date de semis ;
  • sa relative tolérance aux maladies.

Cela permet de se limiter, le plus souvent, à une seule intervention fongicide à épiaison, à dose modeste. Aucun insecticide n’est appliqué. L’orge de printemps est décrite comme une culture économe en intrants.

Sur le plan de la fertilisation azotée, Yann Cadet explique qu’en semis direct sous couvert, l’azote doit être disponible relativement tôt. Il considère que l’on a tendance à apporter davantage tôt en sortie d’hiver et à alléger ensuite. Il mentionne qu’Arvalis commence d’ailleurs à le montrer.

Exemple d’orge de printemps

Une parcelle d’orge de printemps Planet est présentée, implantée fin février après un blé et un couvert bien développé, broyé le 15 octobre puis détruit au glyphosate une dizaine de jours avant semis.

Le semis a été réalisé à 330 grains/m², une densité que Yann Cadet juge finalement un peu insuffisante, estimant qu’il manque sans doute 10 à 15 %. La parcelle a reçu :

  • du 18-46 dans la ligne ;
  • un désherbage anti-dicotylédones au tallage ;
  • un demi-fongicide à épiaison.

La culture a souffert du sec, notamment en zone superficielle. Yann Cadet note aussi des dégâts qu’il attribue probablement au gel à la méiose, avec des épis déformés et des grains vides.

Pour les futurs colzas, il envisage de renforcer les plantes compagnes afin de leurrer davantage les insectes d’automne, avec par exemple :

  • féverole ;
  • un peu de sarrasin ;
  • du lin ;
  • peut-être un peu de tournesol.

Le maïs en terres profondes

Le maïs est réservé aux terres profondes. Il est généralement implanté derrière blé, et parfois derrière colza.

Yann Cadet présente notamment une parcelle implantée après colza, avec sous-semis de trèfle violet à forte dose (8 kg/ha) pour obtenir un couvert très dense pendant 18 mois jusqu’au maïs. Dans cette situation précise, le trèfle violet a donné un excellent résultat sur la structure du sol, car :

  • la densité était forte ;
  • la durée de présence était longue ;
  • le sol profond et humide permettait son développement.

Avant maïs, ce trèfle a été broyé plusieurs fois puis détruit chimiquement assez tôt, vers début ou mi-mars, afin d’éviter toute concurrence et de laisser le temps à la biomasse de se dégrader.

Les maïs n’ont été semés qu’en mai, à cause d’un printemps humide et du risque de gel en fond de vallée. Sur cette parcelle, un passage de herse rotative à 3-4 cm a été réalisé pour niveler les dégâts de sangliers avant semis, avec clôture électrique. Yann Cadet a laissé un témoin sans travail superficiel et constate que le développement du maïs y est moins bon. Dans ces argiles, il observe aussi fréquemment des problèmes de réouverture du sillon.

Le semis est réalisé avec un semoir de semis direct et une fertilisation liquide localisée, par exemple une base de 14-48.

Les indices de précocité choisis vont de 270 à 300, car le secteur est froid et le risque de récolter un maïs gelé et humide est important avec des variétés trop tardives.

Yann Cadet insiste sur le fait que la recherche variétale en maïs n’est pas adaptée au semis direct sous couvert. Il teste donc lui-même plusieurs variétés chaque année, même sur de petites surfaces.

Les rendements moyens du maïs sont de :

  • 80 à 90 q/ha ;
  • 100 q/ha étant considéré comme très bon.

Mais les risques sont énormes en sec non irrigué. Certaines années, des maïs à 30 q/ha ont été récoltés sur des parcelles pourtant jugées prometteuses.

Le maïs est uniquement conduit en grain, jamais en ensilage.

La fertilisation repose sur :

  • solution azotée ;
  • polysulfate pour le soufre.

Le désherbage est plutôt léger et se fait surtout en post-levée, 1 à 2 passages selon les adventices. Pas de fongicide. En revanche, l’augmentation des attaques de pyrale conduit désormais à systématiser un traitement spécifique.

Réflexion sur le strip-till en maïs

Interrogé sur l’intérêt d’un strip-till pour implanter du maïs dans un couvert de trèfle, Yann Cadet considère la technique intéressante en théorie. Elle permettrait de détruire localement la bande semée et de mieux gérer la concurrence.

Mais il souligne plusieurs réserves :

  • faible surface concernée sur son exploitation ;
  • absence de matériel disponible localement ;
  • risques techniques en terre argileuse.

Il pense en tout cas qu’il resterait nécessaire de gérer chimiquement le trèfle dans le maïs, car même entre les rangs, il pourrait être trop concurrentiel.

Le soja

Le soja est une culture plus récente sur l’exploitation. Il est introduit sur les terres profondes, notamment derrière maïs.

Après récolte du maïs, un triticale pur et dense est implanté pour produire de la biomasse. Ce triticale ne se développe pas énormément à l’automne, car les récoltes de maïs interviennent souvent tard, vers fin octobre. Il aurait pu fortement se développer au printemps, mais dans l’objectif d’implanter le soja, il est détruit début avril pour éviter toute concurrence et laisser le sol se réchauffer.

Le soja est ensuite semé en mai, ici les 22-23 mai. La variété utilisée est très précoce, de type triple zéro.

Dans la parcelle présentée :

  • densité semée : 720 000 grains/ha ;
  • phosphore localisé dans la ligne ;
  • anti-limaces localisé ;
  • 5 kg/ha de trèfle blanc nain dans la ligne.

Le trèfle blanc nain est choisi parce qu’il est supposé peu concurrentiel pour le soja. L’objectif est qu’il reste présent après récolte, afin de constituer un couvert permanent dans lequel un blé pourra être implanté directement.

Le trèfle est encore très peu visible au moment de la visite. Yann Cadet pense avoir semé un peu trop profond pour lui, environ 3 cm, profondeur adaptée au soja mais un peu forte pour le trèfle blanc.

Le désherbage du soja reste léger :

  • une base de pendiméthaline en post-semis prélevée ;
  • ensuite une ou deux interventions au Pulsar si nécessaire.

Le trèfle blanc est compatible avec ce programme. Aucun insecticide ni fongicide n’est prévu. En cas de présence de limaces, un passage de phosphate ferrique peut être réalisé une dizaine de jours avant semis.

Yann Cadet débute avec cette culture mais espère atteindre autour de 30 q/ha dans ces terres profondes.

Exemple de parcelle de soja

La parcelle montrée suit un maïs grain ayant donné 95 q/ha de moyenne, avec des pointes locales très élevées dans la meilleure zone. Après maïs :

  • implantation d’un triticale en couvert ;
  • destruction début avril au glyphosate ;
  • attente de bonnes conditions pour semer.

Le soja a été semé le 23 mai. Une partie des graines a germé puis souffert du sec, certaines ne sont pas sorties, d’autres ont attendu le retour de l’humidité. Yann Cadet estime qu’il n’aurait pas fallu semer beaucoup plus clair.

Le couvert de trèfle blanc est encore discret, mais quelques pieds sont visibles, ce qui lui laisse de l’espoir sur la réussite de l’installation.

L’élevage bovin

L’élevage est composé de vaches allaitantes limousines. L’alimentation repose presque entièrement sur l’herbe des prairies permanentes.

Les fourrages sont récoltés en sec :

  • pas d’ensilage dans une année normale ;
  • foin principalement.

L’alimentation est complétée par :

  • un peu de triticale produit sur la ferme ;
  • du tourteau de colza acheté ;
  • des minéraux.

Les vêlages sont relativement groupés, sur décembre-janvier. La mise à l’herbe intervient le plus tôt possible :

  • fin mars pour les génisses ;
  • à partir de mi-avril pour les mères et les veaux.

Concernant la commercialisation :

  • une partie des veaux est vendue en veau sous la mère via des magasins locaux ;
  • les femelles sont surtout destinées au renouvellement ou à la vente en élevage ;
  • les mâles non valorisés en veau sous la mère sont vendus en broutards.

L’accompagnement technique et l’engagement collectif

Avant de commencer le semis direct sous couvert, Yann Cadet s’est beaucoup formé par lui-même, en cherchant des informations sur internet. Il a rapidement adhéré à un forum agricole qui lui a apporté beaucoup, même s’il rappelle qu’il faut faire le tri dans ce type d’échanges.

Très vite aussi, il a rejoint l’APAD Centre-Est, créée à cette époque. Cette association régionale d’agriculteurs, issue de l’APAD nationale, lui a énormément apporté et continue de le faire.

Les actions de ce collectif comprennent :

  • 5 à 6 tours de plaine par an chez les adhérents ;
  • 1 à 2 formations annuelles avec des intervenants spécialisés ;
  • des groupes plus restreints selon les demandes des adhérents ;
  • des formations de groupe parfois financées par VIVEA ;
  • des journées portes ouvertes ;
  • des journées « patrimoine sol » ;
  • des fermes ouvertes pour communiquer auprès du grand public ;
  • des projections-débats autour du documentaire Bienvenue les vers de terre.

Yann Cadet insiste fortement sur la nécessité de produire des références locales, concrètes, et de ne pas se contenter de discours théoriques. Il regrette que le monde agricole n’ait pas communiqué plus tôt vers le grand public, laissant la place à de nombreux discours erronés.

Selon lui, lorsque les pratiques de semis direct sous couvert sont expliquées clairement, les gens comprennent très bien leur intérêt :

  • augmentation de la biodiversité ;
  • réduction de l’érosion ;
  • maintien ou augmentation de la matière organique ;
  • amélioration de la vie du sol.

Même si le système utilise encore des produits phytosanitaires et des engrais minéraux, il estime que les progrès réalisés sont réels et largement appréciés lorsqu’ils sont montrés et expliqués.