Paysages In Marciac 2021 : Jour 4 - Fruits et légumes

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Lors de cette 4e journée de Paysages In Marciac 2021, consacrée aux fruits et légumes, Alexandre Boidron introduit les grands enjeux de l’arboriculture agroécologique : pression des ravageurs, gestion de l’eau, fertilité des sols et biodiversité fonctionnelle. Plusieurs praticiens témoignent ensuite de leurs essais de terrain. Lydie Leymarie Lachaud, avec le collectif *La Noix de Demain*, présente ses travaux sur le noyer : bactériose, mouche du brou, nutrition, analyses de sève et rôle des couverts végétaux. Come Lapierre partage ses expérimentations en vergers de pommiers autour des couverts, de la régulation du puceron cendré, de la structuration du sol et du paillage. Clément Tourre, arboriculteur dans les Baronnies, détaille l’implantation de vergers sous couvert et l’importance d’une bonne préparation physique du sol. Enfin, Frédéric Busi, dans le Luberon, expose ses pratiques en cerises et raisin de table : couverts végétaux, auxiliaires et ajustement fin de la nutrition.

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Résumé
Lors de cette 4e journée de Paysages In Marciac 2021, consacrée aux fruits et légumes, Alexandre Boidron introduit les grands enjeux de l’arboriculture agroécologique : pression des ravageurs, gestion de l’eau, fertilité des sols et biodiversité fonctionnelle. Plusieurs praticiens témoignent ensuite de leurs essais de terrain. Lydie Leymarie Lachaud, avec le collectif *La Noix de Demain*, présente ses travaux sur le noyer : bactériose, mouche du brou, nutrition, analyses de sève et rôle des couverts végétaux. Come Lapierre partage ses expérimentations en vergers de pommiers autour des couverts, de la régulation du puceron cendré, de la structuration du sol et du paillage. Clément Tourre, arboriculteur dans les Baronnies, détaille l’implantation de vergers sous couvert et l’importance d’une bonne préparation physique du sol. Enfin, Frédéric Busi, dans le Luberon, expose ses pratiques en cerises et raisin de table : couverts végétaux, auxiliaires et ajustement fin de la nutrition.

Paysages In Marciac : le rendez-vous estival incontournable de l’agroécologie, des sols vivants, des couverts et de l’agroforesterie !

Du 29 juillet au 4 août, Arbre et Paysage 32 et Ver de Terre Production vous accueillent à la Ferme de Refaire à Marciac pour la 13ème édition de Paysages In Marciac !

Au programme : conférences, ateliers techniques, masterclass, visites de fermes… il y en aura pour tous les goûts ! ---

Le programme détaillé du festival :https://paysages-in-marciac.fr/programmation/


Programme du jour :

00:00:00 Début de la diffusion en live – attente des intervenants


Arboriculture agroécologique

0:12:29 Etat des lieux de l’arboriculture agroécologique avec Alexandre Boidron (Pour une Agriculture du Vivant)

0:32:46 Redox et couvert végétaux dans les noyeraies de Dordogne avec Lydie Leymarie Lachaud

0:53:32 Pommiers agroécologiques avec Come Lapierre

1:12:22 Mise en place d’un verger d’abricots sous couvert végétaux avec Clément Tourre

1:53:00 Raisin de table et cerise en sol vivant avec Frédéric Busi

2:07:10 Verger diversifié avec Frédéric Bey (Domaine de la mer blanche)

2:19:28 30 années de recul en arboriculture agroécologique avec Patrick Chassac


Maraîchage sur Sol Vivant

2:57:23 Présentation des travaux de l’association Maraîchage Sol Vivant Normandie (Pauline et Coline)

3:07:30 Témoignage de Pierre Besse

3:31:23 Témoignage de la ferme « Les Champeaux » Magali Baré et Guillaume Demoucron

3:50:29 Témoignage de Bernard Lorber : « Diversification de l’activité maraîchère par la production de jus de légumes »


Cultures d'industrie en route vers l'agroécologie

4:36:33 « Bilan humique et production de biomasse » – Sibylle Paris (Ver de Terre Production)

4:53:26 Rolland Hallegouet

5:02:48 « Nutrition azotée de la betterave et impact sur la présence du puceron » – Francis Bucaille

5:36:29 Structuration de filière – Pour une Agriculture du Vivant

5:58:16 Xavier Dubreucq – Melons, courges et courgettes chez des agriculteurs légumiers

'== Accueil de la matinée fruits et légumes ==

La journée s’ouvre avec un mot d’accueil adressé aux participants présents sur place et à celles et ceux qui suivent l’événement sur YouTube, dans le cadre de Paysages In Marciac 2021. La séquence est introduite comme une matinée consacrée à l’arboriculture, à la production fruitière et à l’agroécologie.

Alexandre Boidron intervient en ouverture. Il se présente comme coordinateur technique du mouvement pour une agriculture du vivant. Il explique que le mouvement travaille à faciliter et accélérer le développement de filières agroécologiques. Sollicité pour cette matinée sur l’arboriculture et la production fruitière, il précise que le sujet est travaillé depuis quelques années afin de mieux comprendre ce qui se passe « sur les arbres et sous les arbres ».

Il annonce que plusieurs praticiens vont intervenir, la plupart présents sur place, pour témoigner de ce qu’ils mettent en œuvre dans leurs vergers.

Introduction : qu’est-ce que l’arboriculture agroécologique ?

Alexandre Boidron commence par préciser de quelle arboriculture il parle. Il indique qu’il s’intéresse ici principalement à des systèmes fruitiers spécialisés, souvent tournés vers :

  • la grande distribution ;
  • les grossistes ;
  • l’export ;
  • l’industrie ;
  • plus largement, le marché du frais.

Il s’agit de structures très professionnalisées, très spécialisées, avec des surfaces importantes, de l’ordre de 10 à 300 hectares de vergers sur une même ferme. Ces systèmes répondent à des exigences fortes de rendement, de qualité, de quantité, de calibre, et à des contraintes de marché très structurantes.

Les problèmes vus dans les vergers

En entrant dans les vergers avec une approche « sol vivant », l’idée est d’abord de comprendre les problèmes concrets des producteurs. Alexandre Boidron décrit plusieurs constats :

  • de l’hydromorphie ;
  • de l’érosion dans les interrangs ;
  • des zones où l’eau stagne ;
  • des structures de surface dégradées ;
  • des effets négatifs de passages répétés et de tontes fréquentes.

Il insiste cependant sur le fait que, pour les arboriculteurs, les principaux problèmes perçus ne sont pas d’abord ceux du sol. Les préoccupations majeures sont surtout :

Il cite par exemple le puceron cendré, et explique que, contrairement à d’autres contextes agricoles où l’effet d’un couvert végétal peut être rapidement visible, en arboriculture fruitière il peut être plus difficile de convaincre en disant simplement « couvre le sol » si cela ne répond pas directement à la pression des ravageurs.

Les réponses habituellement apportées

Il décrit les réponses techniques habituellement développées dans les vergers :

  • traitements phytosanitaires ;
  • confusion sexuelle ;
  • diffusion de phéromones ;
  • interventions biologiques ciblées ;
  • tonte très fréquente pour « faire propre ».

Il explique que cette tonte régulière relève d’une stratégie implicite de vide : on évite les habitats susceptibles d’héberger des ravageurs. Cela conduit souvent à des vergers ressemblant à des « greens de golf », avec peu de diversité végétale.

Ce qui est observé sur le sol

Les observations de terrain montrent que :

  • la structure profonde du sol n’est pas toujours catastrophique ;
  • on peut trouver des enracinements allant à 2 m voire 2,50 m en pommier ;
  • en revanche, l’activité biologique est souvent faible ;
  • il y a peu de galeries de vers de terre ;
  • les racines de l’enherbement restent superficielles ;
  • la verticalité biologique est insuffisante.

Il attire aussi l’attention sur l’impact de l’irrigation. Dans certains cas, sous les goutteurs, le sol devient boueux, peu structuré, ce qui pose des questions sur :

  • le fonctionnement racinaire ;
  • la survie des champignons ;
  • la présence et le rôle des mycorhizes ;
  • l’efficience réelle de l’utilisation de l’eau par l’arbre.

Deux niveaux de solutions

Selon Alexandre Boidron, il faut distinguer :

  • des actions de court terme ;
  • des actions de long terme.

À court terme, il identifie des leviers plus faciles à mobiliser :

  • la correction minérale ;
  • le suivi foliaire et de sève ;
  • la gestion de l’irrigation ;
  • l’adaptation des stratégies de fertilisation.

À plus long terme, il juge indispensable de réfléchir en même temps à :

  • nourrir le sol ;
  • couvrir le sol ;
  • intensifier la fertilité biologique ;
  • repenser la gestion de l’enherbement ;
  • introduire plus de biomasse et de diversité végétale dans les interrangs.

Il évoque aussi la réflexion à mener dès l’implantation des vergers : c’est à ce moment qu’il est possible d’agir fortement, par exemple avec des couverts végétaux, des apports de [[matière organique]], ou en évitant de déstructurer les sols au moment de la plantation.

Biodiversité fonctionnelle dans les vergers

Alexandre Boidron développe un deuxième grand axe : le rôle de la biodiversité fonctionnelle.

Il explique que l’approche dominante est souvent de « faire le vide », alors qu’il faudrait se demander si cette stratégie est réellement la bonne. Il insiste sur le fait que la biodiversité utile ne doit pas seulement être préservée autour des vergers, mais aussi dans les vergers eux-mêmes.

Quelques principes rappelés

À partir de travaux d’entomologie, notamment avec Johanna Villenave-Chasset, il rappelle trois idées importantes :

  • beaucoup d’auxiliaires sont utiles surtout à l’état larvaire ;
  • à l’état adulte, ils ont souvent besoin de nectar et de pollen ;
  • ils ont donc besoin de fleurs ;
  • ils se déplacent souvent dans un rayon limité, parfois de l’ordre de 100 mètres ;
  • ils ont besoin de ravageurs ou de proies de substitution pour exister.

Cela signifie que, pour installer durablement des auxiliaires, il faut :

  • offrir de la ressource alimentaire ;
  • maintenir des habitats ;
  • diversifier la flore dans les vergers ;
  • étaler les floraisons ;
  • varier les dates de semis et les modes de gestion.

Diversifier les modes de gestion

Il critique la logique consistant à tondre tout un verger d’un seul coup. À ses yeux, cela supprime en même temps :

  • les fleurs ;
  • les habitats ;
  • la nourriture des auxiliaires.

À l’inverse, il propose d’introduire de l’irrégularité :

  • des zones tondues et d’autres non ;
  • des semis à différentes dates ;
  • des floraisons étalées ;
  • des infrastructures pérennes comme des haies ;
  • des mares ;
  • des zones laissées plus sauvages quand elles ne gênent pas.

Il cite l’exemple d’un groupement de producteurs angevin, PAM Évasion, où certaines lignes de pommiers commencent à être arrachées pour réintroduire des haies et améliorer le maillage écologique.

Il conclut son intervention en rappelant que, dans tous les systèmes de culture, et particulièrement en arboriculture, il faut réintroduire de l’irrégularité et de la vie pour mieux gérer les organismes nuisibles.

Intervention de Lydie Leymarie Lachaud : le projet « la noix de demain »

Lydie Leymarie Lachaud se présente comme agricultrice à temps partiel et représentante d’un groupe de nuciculteurs appelé La noix de demain.

Présentation du collectif

Le groupe rassemble entre 25 et 30 nuciculteurs. Il a monté un projet structuré, avec recherche de financements, aboutissant à un GIEE et à un groupe opérationnel du PEI. Le budget annoncé est de 650 000 euros sur quatre ans.

Parmi les partenaires, elle cite notamment :

  • le comité du noyer ;
  • l’université Paul-Sabatier de Toulouse ;
  • la station expérimentale de Creysse ;
  • la chambre d’agriculture du Lot.

Elle mentionne plusieurs chercheurs associés au projet :

  • Éric Campagne ;
  • Bruno Boyer ;
  • Olivier Husson ;
  • Patricia Jarjat ;
  • Pablo Nuñez.

Trois grands axes de travail

Le projet s’articule autour de trois thèmes principaux :

  1. améliorer les systèmes de production ;
  2. trouver une lutte biologique contre la bactériose ;
  3. trouver une lutte biologique contre la mouche du brou.

La lutte biologique contre la bactériose

Grâce au travail de Pablo Nuñez, des prélèvements ont été réalisés dans les vergers pour identifier des bactériophages naturellement présents. Seize bactériophages ont été identifiés.

L’idée est d’utiliser ces inoculums en anticipation, pour lutter contre la bactériose du noyer, mais aussi de limiter l’expression de maladies fongiques, les champignons pathogènes étant souvent présents même lorsqu’ils ne s’expriment pas visiblement.

La lutte contre la mouche du brou

Sur ce sujet, le travail est mené avec l’entomologiste Éric Campagne. Plusieurs pistes sont testées :

  • des nématodes entomopathogènes ;
  • des champignons entomopathogènes ;
  • la recherche de parasitoïdes spécifiques.

Lydie Leymarie Lachaud insiste sur le fait qu’il s’agit de rechercher des organismes spécifiques du ravageur, afin d’éviter les risques liés aux espèces invasives.

La question du sol et du redox

Le groupe a également travaillé sur le fonctionnement du sol et sur la question du pH-redox. Lydie Leymarie Lachaud explique que l’arbre est capable de s’adapter à des conditions très variables de sol, ce qui rend l’interprétation difficile.

Elle dit ne pas avoir encore trouvé d’indicateur simple et opérationnel permettant de relier directement une mesure de pH-redox à un problème clairement observable dans le verger. Elle considère néanmoins le sujet comme prometteur.

Le suivi des chutes physiologiques

Un gros travail de suivi de vergers est mené, avec comptage des fruits depuis la floraison jusqu’à la récolte. Ce suivi met en évidence des chutes physiologiques très importantes.

Elle montre qu’entre le potentiel de départ et un stade très précoce du développement, il peut ne rester qu’environ 49 % des noix. Elle insiste sur le fait que ce ne sont pas nécessairement des fruits malades qui tombent, ce qui l’amène à s’interroger plus largement sur le fonctionnement nutritionnel et physiologique du noyer.

Bio-stimulants et nutrition

Le groupe a testé :

  • des algues ;
  • des acides aminés ;
  • des extraits fermentés de plantes ;
  • des décoctions ;
  • des tisanes ;
  • des macérations huileuses d’ail ;
  • l’Oméga Green.

Mais elle insiste fortement sur le fait que ces produits ne peuvent être efficaces que si l’arbre est dans un bon état nutritionnel. Si la plante est carencée, les bio-stimulants ne corrigent pas le déséquilibre de fond.

Selon elle, le cœur du travail doit donc porter sur la nutrition de la plante.

Couverts végétaux

Le groupe travaille aussi les couverts végétaux, avec par exemple :

Des pesées sont réalisées et des estimations de restitution sont calculées. Cependant, elle souligne que si les couverts améliorent clairement la structure du sol et son fonctionnement, il reste encore beaucoup à comprendre sur le lien entre restitution théorique, disponibilité réelle pour l’arbre et remontée des éléments dans la plante.

Analyses foliaires et de sève

Depuis 2018, le groupe a réalisé de nombreuses analyses de feuilles, puis s’est formé aux analyses de sève.

Lydie Leymarie Lachaud explique la différence :

  • l’analyse foliaire ressemble à une analyse de cendres, qui donne le résultat intégré de plusieurs semaines de croissance ;
  • l’analyse de sève se rapproche d’une analyse de sang, plus instantanée.

L’objectif du groupe est d’établir ses propres références, en particulier par stade végétatif, car les références de laboratoire disponibles sont trop générales. Ils cherchent aussi à raisonner non seulement par éléments, mais aussi par équilibres entre éléments, notamment :

Le calcium et les oligo-éléments

Le groupe mène des essais sur des applications de calcium, notamment foliaires. Lydie Leymarie Lachaud insiste aussi sur le rôle des oligo-éléments, avec des carences observées dans de nombreux vergers, bio comme conventionnels.

Questions de la salle

En réponse aux échanges, elle revient sur :

  • les difficultés réglementaires et économiques à homologuer une solution issue de bactériophages ;
  • le fait que des parasitoïdes spécifiques ne présentent pas les mêmes risques qu’une espèce invasive généraliste ;
  • les facteurs expliquant les fortes chutes de fleurs et de fruits, notamment le climat et la mise en réserve des arbres.

Elle conclut en disant que, sur l’arboriculture, beaucoup de résultats demandent du temps : il faut souvent deux années pour commencer à bien relier une pratique à un effet visible sur la floraison et la production.

Intervention de Côme Lapierre : couverts végétaux, sol et ravageurs en verger

Côme Lapierre explique avoir été chef de culture pendant huit ans sur un verger en Dordogne, avant de s’installer sur la ferme familiale dans le Lot-et-Garonne.

Présentation de la ferme

La ferme est une structure diversifiée, spécialisée en arboriculture, avec environ 55 hectares de vergers :

Pourquoi travailler les couverts ?

Il explique avoir commencé à travailler les couverts végétaux dès 2010, d’abord en pomme, pour répondre à plusieurs objectifs :

  • réduire les traitements ;
  • gérer le puceron cendré du pommier ;
  • améliorer la structure des sols ;
  • mieux gérer l’irrigation ;
  • limiter le désherbage.

Le puceron cendré comme point de départ

La stratégie s’appuie sur l’idée qu’il faut offrir de la ressource aux auxiliaires, notamment des fleurs précoces et prolongées.

L’objectif est donc d’avoir des fleurs le plus tôt possible et le plus longtemps possible dans la saison, pour permettre l’installation précoce d’auxiliaires dans les vergers.

Effets sur la structure du sol

Sur ses vergers de Dordogne, il travaillait sur des sols battants et peu profonds. Dans ce contexte, les couverts ont eu un effet très visible et rapide sur la structure et l’aération du sol.

Il observe également des effets sur les rendements et la qualité des fruits.

Effets sur la fertilisation et l’irrigation

Pour l’instant, il considère que l’effet sur la nutrition de l’arbre est nul, voire conduit à augmenter la fertilisation de 20 à 30 % pendant les premières années, le temps que les restitutions deviennent réellement disponibles.

Sur l’irrigation, il cherche à évaluer si les couverts permettent de limiter l’évaporation, de créer un paillage, et d’améliorer la réserve utile. Il dit manquer encore de recul pour conclure sur d’éventuelles économies d’eau.

Les espèces utilisées

Il travaille avec des mélanges adaptés aux objectifs et aux parcelles. Parmi les espèces citées :

Trois stratégies de couverts

Il distingue trois cas :

  1. des couverts avant plantation ;
  2. des couverts en année de plantation ;
  3. des semis directs dans des vergers adultes.

Les deux premiers cas sont plus faciles à mettre en œuvre. Le troisième est plus difficile en raison :

  • des passages fréquents ;
  • de l’accès à la lumière ;
  • de la difficulté de semer dans des vergers adultes ;
  • des contraintes matérielles.

Le « couvert fusée »

Il présente un mélange à plusieurs étages. Dans un premier temps, les moutardes fleurissent très vite et apportent une forte ressource en fleurs. Ensuite, un sorgho prend le relais, produisant beaucoup de biomasse.

Les résultats sur le puceron cendré sont jugés satisfaisants : il rapporte être passé en verger adulte de 2,4 traitements en moyenne à un seul traitement sur certaines parcelles.

Il souligne toutefois que cela reste aléatoire selon les parcelles et les années, et que la gestion devient compliquée lorsqu’il y a beaucoup de fleurs et que se pose la question de traiter en présence d’abeilles. Il évoque à ce sujet le futur « arrêté abeilles », qui risque de rendre ces arbitrages encore plus complexes.

Féverole sous le rang

Il décrit aussi un semis de féverole à la volée sous le rang, en septembre, pendant la récolte. L’idée est :

  • d’exploiter la bande désherbée en hiver, période où le pommier ne pousse pas ;
  • d’attirer des pucerons sur la féverole ;
  • de constituer un stock d’auxiliaires ;
  • puis de détruire le couvert au printemps pour créer un paillage sous le rang.

Protection du sol

Pour lui, l’intérêt majeur des couverts est aujourd’hui la protection du sol. Il montre des observations où, un an après un couvert, la couverture du sol reste visible, avec une forte activité biologique et un sol bien protégé.

Questions de la salle

En réponse aux questions, il précise :

  • qu’il manque encore de matériel idéal pour gérer les couverts sous le rang ;
  • qu’il envisage l’usage de satellites ou d’outils déportés ;
  • que le semis direct en verger adulte reste techniquement difficile ;
  • que la gestion des couverts doit aussi prendre en compte le risque de gel et les contraintes de circulation.

Intervention de Clément Tourre : implantation de vergers sous couverts végétaux

Clément Tourre intervient ensuite. Arboriculteur dans les Baronnies, il explique être en pleine saison d’abricots, et avoir accepté de venir parler d’implantation de vergers sous couverts végétaux, parce que c’est en général le moment le plus facile pour expérimenter.

Le contexte de la ferme

Il travaille dans un contexte hydrique très tendu. Dans sa région, il n’existe pratiquement pas de vergers non irrigués. Les réserves en eau sont faibles, ce qui oblige à réfléchir très finement lorsqu’on introduit des couverts.

Il évoque aussi l’évolution du système familial :

  • les grands-parents étaient en polyculture-élevage avec beaucoup de retours organiques ;
  • la génération suivante s’est davantage spécialisée dans le végétal ;
  • les apports organiques se sont réduits.

Trois phases essentielles

Pour lui, avant toute chose, il faut aller voir les sols :

Il insiste sur le fait qu’il faut adapter le travail du sol aux situations observées.

Attention aux croyances

Il met en garde contre l’idée qu’un couvert végétal pourrait à lui seul « casser » une semelle ou régler très vite un gros problème physique de sol.

S’il y a de grosses compactions, il faut d’abord les lever mécaniquement. Ensuite seulement, les couverts pourront aider à maintenir et approfondir le travail.

Il illustre cela avec un échec sur plantation, où des arbres ont fini très retardés, divisés par deux ou trois en croissance, à cause d’un excès de confiance dans la capacité du couvert à corriger un problème physique.

Le calcium sur les sols argilo-calcaires

Dans son contexte de sols argilo-calcaires, il explique que l’un des leviers travaillés est la baisse du calcium échangeable sur la CEC. Pour cela, ils utilisent du soufre élémentaire afin de favoriser l’activité des bactéries sulfuriques, qui permettent de décrocher du calcium de la CEC et de le rendre plus disponible.

Il précise que l’objectif n’est pas de changer la nature du sol ni de faire chuter le pH, mais d’améliorer la disponibilité du calcium et de certains autres éléments.

Matière organique et vie fongique

Il insiste également sur la nécessité de recharger les systèmes en matière organique et de réactiver une vie fongique qui a été perdue avec la spécialisation, la disparition des effluents d’élevage et le basculement vers des sols très bactériens.

Le moment du semis

Selon lui, la règle majeure est de semer les couverts le plus tôt possible, dès les premières gouttes, car dans son contexte les automnes peuvent être très secs.

Méthodes de semis

Il présente plusieurs méthodes :

  • TCS ;
  • semis à la volée ;
  • semis « semi-naturels » ;
  • montages artisanaux de semoirs.

Il souligne que les méthodes de semis sont largement conditionnées par la gestion des résidus du couvert précédent.

Exemples de matériel

Il montre des montages de semoirs artisanaux, notamment observés dans le Luberon, chez Frédéric Busi et d’autres producteurs, avec des coûts relativement limités.

Exemples de couverts

Il évoque plusieurs situations :

  • sorgho ;
  • féverole ;
  • seigle ;
  • triticale ;
  • semis semi-naturels après montée à graines du couvert.

Il insiste sur le fait qu’avec un peu d’imagination, plusieurs méthodes peuvent fonctionner.

Adapter l’organisation de la ferme

Mettre en place des couverts oblige à changer l’emploi du temps de l’exploitation. Si l’on veut implanter un couvert avant plantation, il faut que la parcelle soit prête fin août, ce qui modifie l’organisation des travaux.

Questions de la salle

Interrogé sur les systèmes biologiques ou conventionnels, il répond qu’il ne veut pas opposer les deux, mais rappelle que certaines pratiques, comme le [[désherbage mécanique]], sont beaucoup plus difficiles en bio.

Sur la gestion du calcium et du soufre, il précise utiliser environ 80 kg/ha/an de soufre élémentaire, avec l’idée d’ajuster ensuite dans le temps. Il insiste aussi sur le fait que les légumineuses, les racines vivantes et les champignons jouent aussi un rôle dans cette dynamique.

Il évoque enfin :

  • la pollinisation par les osmies ;
  • les interactions avec le forficule ;
  • le rôle possible des couverts dans l’accueil de biodiversité, tout en rappelant qu’en abricotier beaucoup de choses restent à comprendre.

Intervention de Frédéric Busi : cerise d’industrie, raisin de table et couverts végétaux

Frédéric Busi se présente comme agriculteur dans l’est du Vaucluse, entre Avignon, Manosque et Aix-en-Provence. Il travaille en GAEC avec son frère et ses parents.

Les ateliers de la ferme

La ferme comprend trois ateliers :

  • ovin viande ;
  • cerise d’industrie ;
  • raisin de table.

Le troupeau ovin

Le troupeau est conduit avec une autonomie importante. Frédéric Busi explique qu’il cherche des synergies entre ateliers, mais que le pâturage dans les vergers pose des problèmes d’écorçage des arbres. Pour cette raison, les brebis pâturent plutôt à l’extérieur des vergers.

La cerise d’industrie

Il présente la cerise blanche destinée aux fruits confits d’Apt, ainsi que la cerise noire pour certaines préparations. La récolte est mécanique. Il explique que l’investissement matériel est important, ce qui rend la taille du verger et le rendement par arbre déterminants pour la rentabilité.

Les couverts sous cerisiers

Les couverts sont implantés tôt, souvent courant octobre. Les mélanges comportent notamment :

Il explique qu’aujourd’hui le rang est encore désherbé chimiquement, ce qui ne le satisfait pas, car cela favorise ensuite des vivaces indésirables. Il réfléchit à d’autres solutions, notamment des légumineuses pérennes mieux adaptées à ses terrains.

Restitutions de biomasse

Les couverts peuvent produire jusqu’à près de 6 tonnes de matière sèche par hectare en plein. En tenant compte de la surface réellement couverte, cela représente tout de même des restitutions importantes.

Les auxiliaires et le puceron

Sous les cerisiers, la féverole et la vesce attirent les pucerons tôt dans la saison. Cela permet le développement de colonies de coccinelles. Il montre une image de féverole couverte de larves de coccinelles.

Selon lui, cela permet d’avoir des auxiliaires présents lorsque les pucerons arrivent sur les cerisiers, et de limiter ainsi les dégâts sans traitement.

Pistes de travail

Parmi ses perspectives :

  • analyses de sève ;
  • réflexion sur des apports de matière organique plus importants ;
  • meilleure alimentation de l’arbre sur l’ensemble du cycle, y compris pour la mise en réserve.

Le raisin de table

Sur raisin de table, la culture est haute, ce qui rend impossible le travail du sol traditionnel. Il est passé à un enherbement total.

Il a d’abord craint :

  • la concurrence hydrique ;
  • la concurrence azotée.

Pour limiter la concurrence hydrique, il apporte un peu d’eau, autour de 1 mm/jour. Pour l’azote, il réalise des apports foliaires réguliers, notamment sous forme de purin d’ortie, mais sans témoin, il ne sait pas encore mesurer précisément l’effet de cette pratique.

Il laisse les vignes non rognées, et broie ou roule les couverts pour faire du paillage.

Questions et échanges

Il présente aussi des systèmes de semis directs ou de semis à la volée dans les vergers, y compris en semis d’été, malgré les fortes contraintes de sécheresse estivale dans sa région.

Intervention de Patrick Chassac : moins travailler, mieux observer

Patrick Chassac intervient ensuite depuis le Lot-et-Garonne. Il se présente comme producteur de pruneaux et de noisettes, avec aussi un atelier de transformation pour la noisette.

Parcours et évolution

Installé depuis 1990, il explique qu’il a longtemps eu un parcours de producteur « normal ». Il s’est toujours intéressé aux papillons, et a souvent semé des couverts floraux, sans obtenir les résultats espérés.

Dans ses vergers de pruniers, aujourd’hui, il ne réalise plus guère que :

  • la taille ;
  • la récolte ;
  • un traitement contre le monilia.

Dans les noisetiers, il reste encore du désherbage sous le rang, notamment pour la récolte.

Un changement économique majeur

Il décrit une rupture importante dans son système :

  • auparavant, un euro investi rapportait à peine 1,8 euro ;
  • aujourd’hui, un euro investi en rapporte presque 7, avec beaucoup moins de travail.

Il reconnaît que la période de transition a été difficile, car il ne savait pas comment passer d’un système à l’autre.

Une autre manière de regarder les arbres

Ce qu’il observe aujourd’hui, c’est que visuellement ses arbres peuvent sembler souffrir ou manquer, alors que les analyses montrent autre chose :

  • dans les feuilles, il retrouve les mêmes niveaux que d’autres producteurs ;
  • dans les fruits, il a parfois même davantage.

Il considère donc qu’il faut aussi changer de regard sur ce qui paraît être un arbre « qui crève de faim ».

Observation et collectif

Dans l’échange avec la salle, il insiste sur l’importance :

  • d’observer ;
  • d’accepter la peur pendant la transition ;
  • d’avancer petit à petit ;
  • de ne pas rester seul.

Pour lui, les groupes d’échanges, groupes WhatsApp ou autres formes de collectif sont essentiels pour progresser.

Alexandre Boidron et d’autres intervenants rebondissent sur l’idée qu’il faut éviter à la fois les grands bouleversements brutaux et les systèmes idéalisés. Il faut garder un principe de réalité, observer, avancer progressivement, et introduire parfois juste assez de perturbation pour relancer la vie du système sans tout détruire.

Transition vers l’après-midi consacré aux légumes

La matinée s’achève sur l’idée qu’il faut réintroduire de la vie, de la diversité, et parfois des animaux dans les systèmes arboricoles. Les échanges soulignent le rôle de l’observation, du collectif, des essais progressifs et de la compréhension fine des interactions biologiques.

La suite du programme est annoncée comme étant consacrée aux légumes et au maraîchage sur sol vivant.

Ouverture de l’après-midi légumes

L’après-midi est introduit par Vincent Levavasseur, maraîcher et intervenant sur les questions de maraîchage sur sol vivant. Il présente la session comme un temps dédié au maraîchage et aux cultures légumières sur sols vivants, avec la volonté de montrer « le meilleur de ce qui se fait sur les fermes ».

Sont annoncés :

Une séance de questions-réponses est prévue à la fin.

Présentation de l’association maraîchage sol vivant Normandie

Pauline et Coline présentent le travail de l’association Maraîchage sol vivant Normandie.

Les actions de l’association

Elles expliquent que l’association répond à une forte demande, en particulier de néo-ruraux ou de porteurs de projets souhaitant s’installer en maraîchage. Les actions principales sont :

  • des formations longues, sur neuf mois, pour faciliter les installations ;
  • des visites de fermes ;
  • du conseil personnalisé ;
  • l’animation de groupes.

Elles travaillent notamment en partenariat avec Vers de terre production pour certaines actions d’accompagnement.

Les groupes GIEE

Trois groupes sont évoqués. Les axes de travail choisis portent notamment sur :

Un groupe travaille sur la réussite des engrais verts diversifiés, en particulier pour produire assez de biomasse avant des cultures de printemps.

Un autre cherche à identifier ce qui influence le plus la pousse des adventices et comment limiter l’enherbement sans pénaliser les rendements.

Quelques chiffres et constats

Les fermes suivies montrent des taux de matière organique parfois très élevés, certains dépassant 6 %. Sur la commercialisation, les trois premiers débouchés sont :

  • les AMAP ;
  • les marchés ;
  • la vente à la ferme.

Les prélèvements restent souvent faibles au début, ce qui renvoie à la diversité des trajectoires d’installation et aux choix de vie des porteurs de projet.

Animation des groupes

L’association anime les groupes par :

  • des réunions de travail régulières ;
  • des visites de fermes ;
  • des échanges entre groupes ;
  • des outils numériques comme WhatsApp ou Facebook.

Elles citent aussi d’autres structures proches :

  • Maraîchage sol vivant Grand Est ;
  • le Centre de développement de l’agroécologie à Lyon ;
  • l’Association drômoise d’agroforesterie ;
  • Agrobio 35.

Intervention de Pierre Besse

Pierre Besse revient sur son parcours, avec plus de trente ans de maraîchage.

Parcours

Il explique avoir commencé à une époque où l’agriculture biologique était encore marginale. Il cite notamment l’influence de Fukuoka et des débuts de la permaculture, avec Emilia Hazelip.

Aujourd’hui, il travaille avec son épouse sur une ferme morcelée en plusieurs unités, dans une plaine céréalière.

Évolution du système

Il décrit plusieurs phases :

  • une première phase de mécanisation sur une surface trop grande ;
  • un retour progressif à des surfaces plus petites ;
  • une phase de sol nu enrichi au compost ;
  • puis une montée en puissance du paillage et des couverts végétaux.

Le système actuel repose sur environ :

  • 4 000 m² de jardin maraîcher ;
  • 500 m² de serres ;
  • très peu de machines à moteur ;
  • pas de travail du sol depuis longtemps, sauf interventions très superficielles occasionnelles.

Organisation économique

Il donne plusieurs repères :

  • environ 2 500 heures de travail par an ;
  • environ 3 kg de légumes récoltés par mètre carré ;
  • environ 4 kg de légumes vendus par heure de travail ;
  • un chiffre d’affaires proche de 30 000 euros ;
  • des charges faibles, entre 6 000 et 8 000 euros ;
  • le reste constituant le revenu, du fait du faible niveau d’équipement et d’intrants.

Maladies et ravageurs

Il mentionne principalement :

Il traite très peu, avec par exemple :

La courtilière reste un vrai problème, qui l’a conduit à alterner entre prairie et jardins amendés.

Sols et matière organique

Il compare :

  • un sol d’origine, prairie de longue durée, autour de 2 à 3 % de matière organique ;
  • des zones ayant reçu beaucoup de broyat, de tonte ou d’autres matières, atteignant 6 à 7 %.

Il présente aussi une analyse de nématofaune réalisée par le laboratoire EliSol, montrant des niveaux d’activité, de diversité et de fonctionnement biologique très élevés.

Frontière floue entre sauvage et cultivé

Pierre Besse insiste sur un thème fort de son intervention : la frontière de plus en plus floue entre plantes sauvages et cultivées.

Il cite :

  • les blettes, qui se ressèment seules et qu’il n’a plus besoin de semer ;
  • des couverts mêlant plantes semées et spontanées ;
  • le gaillet gratteron ;
  • des radis de couvert qui se ressèment ;
  • des graminées spontanées ;
  • des systèmes de resemis quasi naturels.

Patate douce, artichaut et associations

Il montre aussi :

  • de la patate douce comme couvert productif ;
  • des associations avec artichauts, courgettes et blettes ;
  • des zones gérées avec un minimum d’interventions.

Les arbres dans le jardin

Un autre aspect très important de son système est la présence d’arbres :

  • noyers ;
  • pêchers de semis spontanés ;
  • albizias ;
  • micocouliers ;
  • mûriers ;
  • figuiers ;
  • vignes ;
  • ormes ;
  • paulownias.

Il explique que beaucoup d’arbres se ressèment spontanément dans le jardin. Il les garde, les observe, les déplace parfois, ou les intègre au système. Cela crée une forme de jardin nourricier très diversifié, où les légumes côtoient fruitiers, arbres spontanés, porte-graines et couverts.

Intervention de Magali Baré

Magali Baré intervient ensuite à distance.

Présentation de la ferme

Avec son mari, elle s’est installée en Seine-Maritime, entre Rouen et Le Havre. La ferme comprend :

  • environ 4 000 m² de légumes ;
  • un peu moins de la moitié sous abris ;
  • un atelier de poules pondeuses en poulailler mobile.

Le choix a été fait de ne commercialiser les légumes que de mai à novembre, pour conserver une vraie période de repos l’hiver. Cela a des conséquences sur la gamme produite, avec peu de légumes de conservation.

Le sol au départ

Le terrain avait auparavant été exploité par un maraîcher conventionnel, puis laissé deux ans. Le sol est très sableux, autour de 70 % de sable, ce qui donne de la précocité mais avec un fort besoin de sécurisation de l’accès à l’eau.

Le sol était malgré tout compacté par endroits.

Mise en place du système

Le projet initial prévoyait un gros apport de BRF, mais il s’est avéré difficile d’en trouver en quantité et à un prix acceptable. À la place, ils ont utilisé :

  • du compost ;
  • du paillage ;
  • des planches de culture montées en bois.

Ils ont réalisé progressivement les planches, en flux tendu, au fur et à mesure des besoins de plantation.

Pratiques culturales

Leur système repose sur :

  • des semis et plantations directement dans le compost ;
  • le paillage permanent ;
  • des engrais verts en été et en automne.

Ils travaillent notamment avec :

  • sorgho ;
  • sarrasin ;
  • mélanges diversifiés d’automne.

La destruction des engrais verts se fait par scalpage, irrigation puis bâchage noir avant plantation.

Investissements

Elle détaille les investissements depuis l’installation :

  • tunnels neufs ;
  • bardage des planches ;
  • compost ;
  • foncier ;
  • forage ;
  • bâtiment agricole.

Le total atteint environ 300 000 euros hors taxes, incluant foncier et équipements, avec des aides importantes :

  • dotation jeune agricultrice ;
  • aides régionales et départementales.

Temps de travail

Le temps de travail est relativement faible en hiver, puis augmente avec la saison jusqu’au printemps. Ils ont choisi d’embaucher un saisonnier pendant six mois, ce qui a été rendu possible par une aide à l’emploi la première année.

Selon elle, la pénibilité physique n’est pas l’élément le plus difficile. La vraie difficulté est plutôt la charge mentale liée à :

  • la diversité des tâches ;
  • la planification ;
  • le fait de tout faire, de la pépinière à la vente.

Résultats économiques

Pour la première saison, elle annonce environ :

  • 42 000 euros de chiffre d’affaires, dont un peu moins de 3 000 pour les œufs ;
  • 11 400 euros de charges opérationnelles ;
  • environ 7 000 euros de charges de structure ;
  • un résultat positif d’environ 24 500 euros.

Ils sont satisfaits de ce résultat pour une première saison et espèrent progresser.

Commercialisation

Les débouchés sont :

  • marché ;
  • drive fermier ;
  • vente à la ferme ;
  • boutique bio pour les surplus.

La tendance est à une montée en puissance du marché et de la vente à la ferme.

Retour sur le compost

Elle souligne que le système de culture sur compost :

  • coûte du temps et de l’argent ;
  • facilite beaucoup les semis et les plantations ;
  • réduit fortement le désherbage, surtout la première année ;
  • réchauffe très bien au printemps ;
  • donne de bons rendements ;
  • ne montre pas de rupture visible entre compost et sol sous-jacent.

Elle conclut en disant qu’ils sont très contents de leur installation et que le maraîchage leur semble économiquement viable relativement rapidement.

Intervention de Bernard Lorber : le jus de légumes

Bernard Lorber intervient ensuite à distance.

Le projet

Il présente un projet de jus de légumes à partir de légumes cultivés sur sols vivants. L’idée est de produire :

  • des jus pressés à froid ;
  • non pasteurisés ;
  • conservés sous vide et au froid ;
  • à un prix accessible, autour de 9 euros le litre.

Il critique au passage les prix actuels de certains jus de légumes frais, vendus entre 15 et 20 euros le litre.

Pourquoi le jus de légumes ?

Pour lui, le jus de légumes est un produit à très forte valeur nutritionnelle. Il résume son intérêt en disant qu’il permet :

  • d’assimiler beaucoup plus vite ;
  • d’assimiler davantage de valeur nutritionnelle ;
  • avec moins d’énergie digestive.

Le légume étant composé d’un contenant, la fibre, et d’un contenu, le jus, le pressage vise à séparer les deux pour accéder rapidement aux nutriments.

Il précise néanmoins que les fibres restent nécessaires et que le jus ne doit pas être considéré comme un régime exclusif.

Références mobilisées

Il cite les travaux de Norman Walker, qui a consacré sa vie à l’étude des jus de légumes, et recommande son livre Les jus frais de légumes.

Intérêts mis en avant

Selon Bernard Lorber, le jus de légumes permet notamment :

  • de combler des carences nutritionnelles ;
  • de renforcer l’immunité ;
  • de reminéraliser ;
  • d’améliorer la vitalité ;
  • de participer à certains processus de détoxification ;
  • d’apporter bien-être et santé.

Il insiste particulièrement sur le problème de déminéralisation dans les régimes alimentaires modernes.

Quelques exemples

Il évoque plusieurs légumes d’intérêt :

  • la carotte, qu’il présente comme la base, très équilibrée et proche du lait maternel dans sa logique nutritionnelle ;
  • la betterave ;
  • le céleri ;
  • le concombre ;
  • le persil ;
  • un peu de fenouil.

Il explique aussi que certains fruits pourront être ajoutés pour améliorer le goût et la conservation :

Enjeu de valorisation

Au départ, le projet est né d’une réflexion sur la faible valorisation des légumes frais dans leur contexte local, relativement éloigné de grands centres urbains.

Mais il explique qu’au fur et à mesure, l’intérêt nutritionnel du jus a largement dépassé la simple question économique, en rejoignant ce qu’il considère être la finalité profonde du métier de maraîcher : contribuer au bien-être et à la santé des consommateurs.

Questions-réponses sur le maraîchage

La séance se termine par une série de questions.

Charge mentale et installation

Magali Baré est interrogée sur les difficultés de l’installation. Elle répond que la pénibilité physique existe au début, mais qu’elle diminue avec l’habitude. Pour elle, la vraie difficulté est la charge mentale.

Pauline et Coline confirment que, dans les suivis de fermes, c’est bien la charge mentale qui ressort le plus, davantage que la seule charge physique.

Pierre Besse ajoute qu’avec le temps, certaines routines s’installent, ce qui réduit la charge mentale, même si les circuits d’écoulement restent souvent une source majeure de tension.

Critères de réussite à l’installation

Vincent Levavasseur insiste sur plusieurs critères de réussite :

  • ne pas rester seul ;
  • bien s’entourer ;
  • savoir entreprendre ;
  • prendre beaucoup de décisions ;
  • créer son réseau.

Il souligne qu’il ne s’agit pas seulement de technique ou d’agronomie, mais aussi de capacité à choisir, s’organiser et s’inscrire dans un collectif.

Composts et matières organiques

Une discussion s’engage sur les différentes qualités de composts, notamment ceux issus de déchets verts urbains. Vincent Levavasseur rappelle qu’en pratique, les choix se font souvent à partir de la ressource :

  • la plus proche ;
  • la moins chère ;
  • la plus accessible.

Il rappelle aussi que, dans le maraîchage sur sol vivant, le compost est souvent vu moins comme un fertilisant que comme un outil de semis et de maîtrise du désherbage.

Pierre Besse ajoute que les tontes de gazon, qu’il utilise beaucoup, amènent aussi leur lot de débris plastiques et autres impuretés.

Une dimension existentielle du métier

À une question sur ce que le métier a fait grandir en lui, Pierre Besse répond que cette voie lui a permis de retrouver une place, une cohérence et de contribuer à un chantier collectif plus vaste.

Selon lui, au-delà des résultats économiques, il y a là quelque chose de plus fondamental : maintenir ouverte une voie possible pour vivre et cultiver autrement.

Conclusion de la séquence maraîchage

La session se conclut sur l’idée que le maraîchage sur sol vivant se construit à la fois :

  • sur des techniques ;
  • sur des organisations de travail ;
  • sur des équilibres économiques ;
  • sur des réseaux d’échange ;
  • sur des trajectoires humaines très fortes.

La suite du programme est annoncée autour des cultures légumières d’industrie, avec des interventions sur le bilan humique, les itinéraires techniques, la fertilisation et les filières.

Cultures légumières d’industrie : introduction

En ouverture de cette nouvelle séquence, il est expliqué que l’on va parler cette fois des légumes cultivés sur de grandes surfaces, dans des logiques de filières longues et de gros volumes : pommes de terre, betteraves, carottes, maïs doux et autres cultures légumières industrielles.

Le programme annoncé doit aborder :

  • le bilan humique ;
  • les itinéraires techniques ;
  • la fertilisation et la nutrition des plantes ;
  • la filière.

François Mulet, initialement prévu, étant absent, l’introduction sur le bilan humique est assurée par Vincent Levavasseur.

Le bilan humique et les cultures légumières

Vincent Levavasseur présente le principe du bilan humique, conçu comme une balance entre :

  • les entrées de matière organique fraîche ;
  • les sorties liées à la minéralisation.

Il explique que l’activité biologique du sol agit de deux façons :

  • elle minéralise la matière organique fraîche ;
  • elle en humifie une partie ;
  • mais elle peut aussi minéraliser l’humus déjà présent.

Le bilan dépend donc d’une balance entre construction et destruction.

Pourquoi les cultures légumières posent problème

Il explique que les cultures légumières restituent peu de biomasse au sol, surtout lorsqu’on récolte presque toute la partie aérienne à un stade encore jeune, comme la salade. Il compare cela à des cultures comme le blé, récolté à maturité avec une biomasse beaucoup plus importante.

D’autre part, les cultures légumières sont souvent associées à des travaux du sol intenses :

  • plantation de pommes de terre en buttes ;
  • arracheuses ;
  • récolte de betteraves ;
  • travail profond et répété.

Cela augmente fortement la minéralisation et aboutit à des bilans humiques très négatifs.

Conséquences

Les conséquences évoquées sont :

  • perte de matière organique ;
  • érosion ;
  • appauvrissement des sols ;
  • fragilité accrue des cultures ;
  • sensibilité aux maladies et ravageurs.

Les leviers envisagés

Plusieurs leviers sont proposés :

  • apports exogènes de matière organique, mais difficilement généralisables à grande échelle ;
  • couverts végétaux, nécessaires mais insuffisants ;
  • recherche de systèmes à couvert permanent ;
  • irrigation, pour soutenir la production de biomasse en été ;
  • réflexion génétique sur des plantes plus productrices de biomasse.

Il explique que le modèle idéal serait un système avec couvert permanent dans lequel on viendrait implanter les cultures légumières, mais que l’on ne sait pas encore faire cela à grande échelle.

Retour de terrain sur les pommes de terre et les couverts

Roland Hallegouet, installé dans le Finistère avec son frère, intervient ensuite sur la culture de la pomme de terre dans un système en transition vers l’agriculture de conservation. Son intervention est perturbée par la connexion, mais plusieurs éléments apparaissent.

Contexte de la ferme

La ferme se situe sur des sols [[sablo-limoneux]] à limono-sableux, avec des taux de matière organique variables entre 2,5 et 6 % selon les zones. L’exploitation familiale faisait historiquement de la polyculture-élevage avec pommes de terre, céréales et élevage.

L’agriculture de conservation est en place sur les céréales depuis 2009, avec arrêt du labour dès 2002.

Pomme de terre et travail du sol

Sur pommes de terre, le travail du sol reste important, en particulier pour les primeurs et les pommes de terre de conservation, avec des préparations spécifiques, voire du buttage pour faciliter la récolte.

La question centrale est donc de réduire les pertes de matière organique malgré une culture qui en restitue très peu.

Leviers mis en œuvre

Parmi les leviers cités :

  • restitution systématique de la paille ;
  • apports de fumier bovin ;
  • recours au lisier de porc dans un cadre d’épandage ;
  • couverts végétaux sur les autres cultures de la rotation ;
  • recherche d’une meilleure dynamique du carbone et de l’activité biologique.

Intervention de Francis Bucaille : fertilisation azotée, betterave et pucerons

Francis Bucaille présente une intervention centrée sur la betterave et l’effet de la fertilisation azotée sur les pucerons et les viroses.

Réhabiliter la betterave

Il commence par défendre la betterave, qu’il considère comme une plante injustement mal aimée. Il en souligne plusieurs qualités :

  • un potentiel de rendement encore en progression ;
  • une forte résistance à la sécheresse ;
  • une bonne capacité à supporter divers stress ;
  • un enracinement profond ;
  • un rôle favorable sur le climat par sa photosynthèse estivale et son évapotranspiration.

L’azote et la betterave

La difficulté, selon lui, est de bien gérer l’azote :

  • trop d’azote favorise la végétation au détriment de la teneur en sucre ;
  • la betterave doit absorber près de la moitié de son azote avant fin juin ;
  • mais il ne faut pas qu’il y ait d’azote tardif.

Le défi est donc de fournir un azote disponible au bon moment, sans excès prolongé.

Pucerons et viroses

Le [[puceron vert du pêcher]], Myzus persicae, est présenté comme le principal vecteur des viroses de la betterave, notamment la jaunisse.

Francis Bucaille explique que les pucerons sont attirés par les nitrates et les acides aminés libres. Une betterave trop alimentée en azote nitrique devient donc plus appétente.

Il rappelle aussi que certaines contaminations tardives ont peu d’effet, alors que les contaminations précoces peuvent faire perdre jusqu’à la moitié du rendement en sucre.

Protéolyse et appétence

Une partie importante de son intervention porte sur la protéosynthèse et la protéolyse.

Il explique que :

  • la plante transforme normalement les nitrates en acides aminés puis en protéines ;
  • ce processus est coûteux en énergie ;
  • certaines perturbations peuvent provoquer une protéolyse très rapide, c’est-à-dire une dégradation des protéines en molécules plus simples ;
  • ces molécules simples sont alors directement consommables par les pucerons et d’autres ravageurs.

Selon lui, différents facteurs peuvent favoriser cette situation :

  • excès d’azote nitrique ;
  • herbicides ;
  • fongicides ;
  • insecticides ;
  • compaction ;
  • asphyxie du sol ;
  • déséquilibres minéraux.

Il relie cela à la théorie de la trophobiose de Francis Chaboussou.

Le calcium

Il insiste particulièrement sur le rôle du calcium :

  • comme élément-clé du système d’alarme de la plante ;
  • comme facteur de résistance ;
  • comme élément pouvant contribuer à des mécanismes défavorables aux pucerons.

Il souligne que des carences en calcium peuvent exister même en sol calcaire, faute de disponibilité biologique.

Herbicides sur betterave

Il rappelle aussi la lourdeur des programmes herbicides sur betterave, avec fréquemment cinq à six passages précoces, ce qui contribue à perturber le métabolisme des plantes.

Solutions proposées

Parmi les pistes évoquées :

  • favoriser les formes réduites de l’azote plutôt que le nitrate ;
  • utiliser des bactéries fixatrices d’azote ;
  • soutenir la protéosynthèse ;
  • raisonner le calcium ;
  • améliorer la porosité des sols ;
  • réfléchir aux couverts végétaux et aux systèmes vivants dans leur ensemble.

Sa conclusion est claire : l’avenir n’est pas dans la molécule miracle, mais dans des agrosystèmes cohérents et vivants.

Intervention d’Agathe Saint-Victor : construire des filières pour l’agroécologie

Agathe Saint-Victor présente le travail de l’association Pour une agriculture du vivant sur les cultures d’industrie, notamment la betterave et la pomme de terre.

L’association

Elle rappelle que l’objectif général de l’association est de développer des filières agroécologiques, en associant l’amont et l’aval, et de créer des outils permettant de structurer cette transition.

Le projet cultures d’industrie sur sol vivant

Le projet, mené avec Conseil de la pomme de terre et d’autres partenaires, vise à :

  • accompagner agronomiquement les producteurs ;
  • intégrer ces pratiques dans des filières valorisantes ;
  • construire des débouchés économiquement sécurisants.

Les partenaires incluent :

  • des opérateurs de la filière betterave ;
  • des négoces et coopératives ;
  • des acheteurs comme Danone ou Bel ;
  • des acteurs de la pomme de terre et du sucre.

Trois piliers

Le projet s’appuie sur trois grands piliers :

  • le travail agronomique ;
  • le travail économique et la structuration de filière ;
  • la valorisation et la communication.

L’indice de régénération

Un outil central est l’indice de régénération, qui permet de mesurer l’avancée agroécologique d’une ferme sur plusieurs dimensions :

  • intensité végétale ;
  • couverture du sol ;
  • cycle du carbone ;
  • agroforesterie ;
  • gestion sanitaire ;
  • diversification.

L’objectif est de produire un score simple, lisible, utilisable par les agriculteurs mais aussi par les acteurs de filière.

Cet indice a un intérêt :

  • agronomique, pour aider les producteurs à se situer ;
  • ludique et pédagogique, car il est facile à comprendre ;
  • économique, car il permet de relier les pratiques de terrain à des dispositifs de valorisation.

Travail collectif

Le projet repose fortement sur :

  • des tours de plaine ;
  • des formations ;
  • des échanges entre producteurs ;
  • des visites croisées avec les acheteurs ;
  • un travail de pédagogie vers l’aval.

Il s’agit de permettre à chacun de comprendre les enjeux des autres.

Valorisation économique

L’objectif est de construire des contrats spécifiques permettant :

  • de sécuriser les producteurs ;
  • de sécuriser les acheteurs ;
  • de reconnaître la valeur des efforts agronomiques consentis.

Agathe Saint-Victor insiste sur le fait qu’un agriculteur qui expérimente prend des risques et engage du temps et de l’argent. Il est donc nécessaire que la filière contribue à soutenir cet effort dans la durée.

Intervention de Xavier Dubreucq : itinéraires techniques du melon et réduction du travail du sol

Xavier Dubreucq intervient enfin sur les cultures de melon et, plus largement, sur des cultures comme :

Il travaille principalement dans le sud de la France.

Point de départ

Son travail consiste à accompagner des producteurs, notamment ceux déjà engagés en agriculture de conservation, qui cherchent à réduire fortement le travail du sol dans leurs cultures légumières de plein champ.

Les couverts et leur destruction

Il insiste sur la qualité d’installation des couverts, facilitée par les semoirs de semis direct, y compris dans des contextes très secs.

Dans certaines situations, le pâturage ovin permet une destruction efficace des couverts avant l’implantation de la culture.

Il présente aussi l’utilisation :

  • du rouleau Faca ;
  • du broyeur à marteaux ;
  • du scalpage très superficiel ;
  • de charrues déchaumeuses travaillant à faible profondeur.

Les problèmes rencontrés

L’une des grandes difficultés rencontrées sur melon est liée au paillage plastique :

  • si le plastique est déroulé directement sur un couvert ou sur des résidus, le sol se réchauffe beaucoup moins ;
  • la différence de température du sol peut atteindre 5 °C ;
  • cela entraîne un fort retard de croissance.

Le scalpage superficiel permet de résoudre ce problème en créant juste assez de terre nue pour dérouler le plastique, tout en limitant très fortement le travail du sol.

[[Le strip-till]]

Il a testé plusieurs formes de strip-till, y compris des outils maison. Le constat de cette année est que le strip-till rotatif n’apporte pas de gain notable :

  • ni en rendement ;
  • ni en précocité ;
  • ni en calibre ;
  • ni en économie d’eau.

Il facilite en revanche :

  • la plantation ;
  • le déroulage du paillage.

Résultats sur les rendements

Les résultats expérimentaux montrent que :

  • les rendements peuvent être identiques au système classique ;
  • il existe souvent une petite perte de calibre ;
  • cette perte est liée à un accès à l’eau un peu plus difficile dans les systèmes avec moins de travail du sol ;
  • si l’on compense cela par une irrigation plus importante au moment du grossissement des fruits, on retrouve des rendements équivalents.

Intérêt de certaines pertes de calibre

Dans certains cas, cette légère réduction de calibre peut devenir un avantage commercial, car certaines variétés de melon excellentes gustativement ont tendance à devenir trop grosses en conditions estivales. Le non-travail du sol peut alors aider à ramener le fruit dans un calibre commercial plus intéressant.

Le couvert dans les passe-pieds

Il montre aussi des essais avec conservation du couvert dans les passe-pieds. Le couvert, notamment d’avoine, repousse un peu, monte à graines puis sèche sans gêner la culture.

Cette végétation peut aussi avoir un intérêt pour la biodiversité, notamment comme réservoir d’auxiliaires.

Plantation et désherbage

Pour avancer dans des systèmes avec encore moins de travail du sol, il réfléchit à :

  • des planteuses à plots ;
  • des plantations très localisées ;
  • l’apport localisé d’eau et d’engrais à la plantation ;
  • des outils pour nettoyer les planches sans retravailler profondément le sol.

Il cite aussi des systèmes observés sur oignon, avec des tapis convoyeurs et des nettoyages très superficiels.

= Conclusion

Selon lui, il existe aujourd’hui des résultats fiables et reproductibles permettant de réduire très fortement le travail du sol en cultures de melon et apparentées, à condition :

  • de bien gérer le couvert ;
  • de maîtriser l’irrigation ;
  • de raisonner finement le paillage ;
  • de rester pragmatique.

Questions sur les cultures légumières d’industrie

Quelques questions sont posées en fin de séquence.

Sur les sols limoneux battants

À une question sur les sols très limoneux et battants, Xavier Dubreucq répond que la transition y est plus difficile et demande davantage de temps. Il conseille de rester très pragmatique :

  • observer les profils de sol ;
  • continuer temporairement à passer des dents si nécessaire ;
  • utiliser les outils les moins agressifs possibles ;
  • garder toujours une zone témoin.

Sur l’usage du plastique

Interrogé sur l’effet du paillage plastique sur la vie du sol, il répond que, du point de vue biologique, le plastique maintient plutôt :

  • de l’humidité ;
  • de l’ombre ;
  • donc des conditions favorables à la vie du sol.

Il reconnaît cependant que d’un point de vue écologique global, la question du plastique reste évidemment un sujet.

Sur l’engagement des filières

Agathe Saint-Victor est interrogée sur ce que l’on demande concrètement à chaque maillon de la filière. Elle répond que chacun doit s’engager :

  • les agriculteurs dans une démarche de progrès ;
  • l’aval dans une forme de valorisation, à définir selon les cas, pouvant inclure des primes ou des contrats spécifiques ;
  • les partenaires techniques dans l’accompagnement ;
  • la filière dans une sécurisation économique de long terme.

La séance s’arrête sur cette idée : les transitions agroécologiques dans les cultures légumières industrielles ne pourront avancer durablement que si elles sont construites à la fois techniquement, collectivement et économiquement.