SCV et Pâturage Tournant Dynamique Ovin - Christophe PIOU

De Triple Performance
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À Saint-Claude-de-Diray, dans le Loir-et-Cher, Christophe Piou conduit une exploitation de 260 ha sur sols très sableux, avec un climat de plus en plus sec et irrégulier. Après avoir découvert très tôt le semis direct, il engage dès la fin des années 1990 une transition complète vers les SCV : arrêt du travail du sol, rotations très diversifiées, couverts multi-espèces et observation fine de la vie biologique. Les résultats sont nets : hausse de la matière organique, amélioration du pH, augmentation spectaculaire des vers de terre, baisse de l’irrigation et meilleure résilience des cultures. Pour valoriser les couverts et renforcer encore la fertilité, il réintroduit un troupeau ovin conduit en pâturage tournant dynamique. Les brebis pâturent couverts et prairies temporaires, sans bâtiment lourd ni alimentation achetée. Christophe Piou montre ainsi qu’en combinant agronomie, élevage et autonomie, il est possible de régénérer les sols tout en créant de la valeur et de l’emploi sur la ferme.

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Résumé
À Saint-Claude-de-Diray, dans le Loir-et-Cher, Christophe Piou conduit une exploitation de 260 ha sur sols très sableux, avec un climat de plus en plus sec et irrégulier. Après avoir découvert très tôt le semis direct, il engage dès la fin des années 1990 une transition complète vers les SCV : arrêt du travail du sol, rotations très diversifiées, couverts multi-espèces et observation fine de la vie biologique. Les résultats sont nets : hausse de la matière organique, amélioration du pH, augmentation spectaculaire des vers de terre, baisse de l’irrigation et meilleure résilience des cultures. Pour valoriser les couverts et renforcer encore la fertilité, il réintroduit un troupeau ovin conduit en pâturage tournant dynamique. Les brebis pâturent couverts et prairies temporaires, sans bâtiment lourd ni alimentation achetée. Christophe Piou montre ainsi qu’en combinant agronomie, élevage et autonomie, il est possible de régénérer les sols tout en créant de la valeur et de l’emploi sur la ferme.

Sommaire :

1.1 : Présentation de la ferme : 0:00:23

1.2 : Histoire de la ferme et évolution vers l’ACS : 0:02:30

1.3 : Description de la rotation : 0:13:13

1.4 : ITK des cultures mises en place : 0:17:19

1.5 : Essais : 0:46:06

1.6 : Ovins et pâturage tournant dynamique : 1:01:30

1.7 : Engagement associatif : 1:02:18

1.8 : Visite des parcelles : 1:06:55

1.9 : Gestion et visite du troupeau : 1:14:03


Aujourd'hui, on vous propose un entretien avec Christophe PIOU !




Présentation de l’exploitation

Christophe Piou présente son exploitation située sur le secteur de Saint-Claude-de-Diray, dans le Loir-et-Cher, entre Beauce et bois. L’exploitation se trouve à environ 200 mètres d’altitude, dans un climat tempéré, avec une pluviométrie comprise entre 500 et 600 mm par an. Il précise que cette pluviométrie est de plus en plus aléatoire et mal répartie.

La surface totale de l’exploitation est de 260 hectares, répartis sur deux sites :

  • un site à Saint-Claude-de-Diray ;
  • un second site à environ 15 km, à Saint-Laurent-des-Eaux, de l’autre côté de Chambord, près de la centrale nucléaire.

Sur la ferme, trois à quatre personnes travaillent aujourd’hui :

  • Christophe Piou ;
  • un salarié à trois-quarts temps ;
  • son fils, qui travaille à mi-temps sur la ferme depuis l’introduction et le développement de l’élevage ;
  • une bergère installée durant l’été avec un bail à cheptel.

Des sols très sableux et initialement pauvres

Christophe Piou explique que l’exploitation comporte deux grands types de sols :

  • sur la partie de Sologne, à 15 km du site principal : des sables sur argile hydromorphe, avec une couche d’argile plus ou moins profonde selon les parcelles ;
  • sur le secteur de Saint-Claude-de-Diray : des sables très séchants, sans argile en dessous, avec du caillou de falun.

Dans les parcelles de Sologne, l’argile peut être affleurante ou située à 40, 60 ou 80 cm de profondeur. L’objectif agronomique est d’aller chercher la réserve utile dans cette argile, alors qu’autrefois elle posait problème dans les systèmes avec travail du sol.

Au départ, les sols étaient très dégradés :

  • pH entre 5 et 5,8 au maximum ;
  • taux de matière organique compris entre 0,8 et 1,2 % ;
  • certains voisins descendaient même jusqu’à 0,2 % de matière organique dans les sables.

Compte tenu du contexte pédoclimatique et du caractère très séchant de ces sols, Christophe Piou a rapidement compris qu’il fallait changer de système.

Parcours de Christophe Piou et découverte du semis direct

Christophe Piou ne vient pas initialement du monde agricole. Il était comptable dans l’industrie, après un BTS de comptabilité, puis six années passées en comptabilité et contrôle de gestion entre 1992 et 1998.

Il s’installe en 1998 sur l’exploitation de Saint-Claude-de-Diray, en reprenant 120 hectares. Très vite, il se met en société avec son père, qui exploitait la ferme de Saint-Laurent-des-Eaux, ce qui porte alors l’ensemble à 240 hectares.

Mais le déclic remonte à 1986. À l’époque, la coopérative emmène des agriculteurs visiter une plateforme de semis direct à Chinon. Christophe Piou n’a alors que 16 ans. Sur cette plateforme de juin, toutes les cultures d’hiver et de printemps sont implantées en semis direct. Avec son regard de futur comptable, il se dit immédiatement que si cela fonctionne, il faudra aller dans cette direction, tant le temps passé à travailler le sol est important.

Il se souvient du temps considérable consacré au travail du sol :

  • difficultés à intervenir sur les argiles hydromorphes ;
  • recours à des chenilles pour certaines opérations ;
  • beaucoup d’heures passées par hectare ;
  • des charges élevées en carburant, usure et main-d’œuvre.

Une fois installé, il essaye progressivement le semis direct grâce à du matériel loué ou prêté en démonstration. Il compare travail du sol et semis direct, et constate qu’il ne fait jamais moins bien en semis direct.

La rencontre avec Frédéric Thomas

La rencontre avec Frédéric Thomas au début des années 2000 est un moment clé. Frédéric Thomas, installé à une vingtaine de kilomètres, cherchait quelqu’un pour surveiller sa ferme lorsqu’il n’était pas présent.

Lors de leur première tournée de parcelles, ils prennent une bêche et observent les profils de sol. Christophe Piou dit que c’est probablement la première fois qu’il regardait vraiment le sol de cette manière. Ils mettent en évidence :

  • des semelles de labour ;
  • de l’eau stagnante au-dessus de la semelle ;
  • un sol sec en dessous ;
  • des semelles de herse rotative à 5 ou 10 cm ;
  • des racines de blé bloquées dans ces zones compactées.

Cette observation de terrain lui fait comprendre que le semis direct ne permet pas seulement de gagner du temps et de réduire les charges mécaniques : il améliore aussi profondément le fonctionnement du sol.

Ils comparent également avec la forêt voisine, où le sol est vivant, brun, profond, avec vers de terre et enracinement sans blocage. Puis Christophe Piou visite la ferme de Frédéric Thomas, qui pratique déjà depuis cinq ans, et il voit concrètement l’évolution des sols.

À partir de là, il considère que :

  • on gagne en mécanisation ;
  • on améliore le sol ;
  • on améliore donc les cultures ;
  • et au final, on améliore la rentabilité.

La première année, il emprunte un semoir John Deere Prat à Frédéric Thomas et implante environ 10 % de la ferme en semis direct. Très vite, il passe à 100 %.

Les résultats obtenus sur les sols

Avec le recul, Christophe Piou indique que les résultats sont très nets.

Sur les sols sableux :

  • le pH est remonté entre 6,5 et 6,8, voire 7 ;
  • la matière organique est passée en moyenne de 1 % à 2,5 - 2,8 %, ce qu’il juge très correct pour des sables.

Cette amélioration se traduit aussi par :

  • une meilleure capacité de rétention en eau ;
  • une baisse de 40 à 50 % des tours d’irrigation en maïs ;
  • la possibilité de produire du maïs non irrigué quand une argile est présente en profondeur.

Il insiste sur le fait que le système fonctionne grâce à l’introduction généralisée du semis direct, mais aussi des couverts végétaux, avec des mélanges de 10 à 12 espèces entre deux cultures de vente.

Les couverts végétaux, pilier du système

Christophe Piou explique qu’au fil des années, les couverts sont devenus de plus en plus beaux, avec des mélanges de légumineuses, crucifères et graminées, à différents stades de développement, afin qu’il y ait toujours une plante prenant le relais d’une autre.

Il parle des couverts comme d’« engrais verts », au sens où l’entendaient déjà les anciens, mais avec une approche beaucoup plus diversifiée.

Peu à peu, il fait le constat suivant :

  • les éleveurs du voisinage manquent souvent de fourrage ;
  • sur la ferme, au contraire, il y a régulièrement trop de biomasse à valoriser.

C’est ce qui l’amène à réfléchir à l’introduction de l’élevage dans le système.

Introduction de l’élevage ovin

L’élevage ovin démarre en 2012, à la suite d’une rencontre avec une personne travaillant à la centrale, intéressée par l’idée de développer un atelier ovin.

Pendant un an, cette personne prend un congé sabbatique et vient travailler sur l’exploitation comme salarié. Ensemble, ils développent l’élevage :

  • départ avec environ 30 brebis en 2012 ;
  • passage à 150 brebis en 2015.

Cette personne s’installe ensuite à côté de la ferme de Frédéric Thomas, avec 150 brebis en bail à cheptel. Tout est conduit dehors, sans bâtiment lourd, donc avec très peu d’engagements financiers.

Après son départ, Christophe Piou poursuit la dynamique. Il envisage d’abord de racheter une vingtaine de brebis, puis 50. Finalement, le troupeau continue de croître, jusqu’à atteindre environ 600 brebis au moment de la vidéo.

Il précise qu’il reste encore beaucoup de place pour faire pâturer les animaux.

Un objectif d’abord centré sur le sol

Pour Christophe Piou, l’objectif de départ est clairement un objectif « sol ». L’idée n’est pas d’abord de faire de l’élevage pour l’élevage, mais de :

  • améliorer encore la rentabilité de la ferme ;
  • améliorer la vie du sol ;
  • augmenter l’activité biologique.

L’un de ses indicateurs principaux est la biomasse de vers de terre. Il rappelle qu’à côté d’une tonne de vers de terre, il y a environ cinq tonnes d’autres organismes vivants sous les pieds.

Il estime que, dans les sables, on est passé :

  • d’environ 200 kg de vers de terre par hectare ;
  • à 1,5 t, 2 t, voire 3 t/ha dans les meilleures parcelles.

Selon lui, ce sont eux qui travaillent le sol. Lorsqu’on lui dit parfois : « Vous n’avez pas travaillé, mais vous avez un beau lit de semences », il répond que si, le sol a bien été travaillé : simplement, ce sont les organismes du sol qui l’ont fait toute l’année.

Diversification des cultures

L’une des clés du système est la diversité des cultures. Christophe Piou explique qu’il faut diversifier pour gérer les adventices et casser les cycles.

Il dit avoir au moins douze cultures différentes par an, avec la possibilité d’aller jusqu’à une vingtaine.

Parmi les cultures citées :

Cultures de printemps ou d’été

Cultures d’automne ou d’hiver

Cultures pérennes ou fourragères

Il évoque aussi la réintroduction possible de lentilles.

Pour lui, l’important n’est pas une rotation figée, mais un enchaînement de cultures. L’objectif est de toujours casser les cycles des adventices, notamment en alternant cultures d’automne et cultures de printemps.

Principe d’enchaînement des cultures

Christophe Piou insiste sur un point : l’idéal est qu’au moment de la récolte, la culture suivante soit déjà prête à prendre le relais, ou même déjà implantée.

Par exemple, après un blé récolté début juillet, il ne faut pas attendre plusieurs semaines dans l’espoir d’une pluie pour semer un colza. Le semis doit suivre immédiatement, voire être anticipé.

Cela conduit à des systèmes où la parcelle reste couverte pratiquement en permanence.

Le colza associé

Le colza est emblématique de son système. Il n’est jamais semé seul, mais toujours associé à plusieurs plantes compagnes, souvent une dizaine.

Parmi les espèces citées pour accompagner le colza :

Exemples de doses mentionnées :

  • colza : 4 kg/ha ;
  • tournesol : 5 kg/ha ;
  • avoine brésilienne : 2 kg/ha ;
  • pois : 40 kg/ha ;
  • féverole : 60 kg/ha ;
  • lin : 4 kg/ha ;
  • radis fourrager : 1 à 2 kg/ha ;
  • phacélie : 1 kg/ha.

Le mélange est fait dans une seule trémie. Selon lui, plus il y a d’espèces de tailles différentes, plus le mélange reste homogène dans la trémie.

Il insiste aussi sur le fait que les plantes associées ne doivent pas devenir un problème pour la culture ou pour la suivante. C’est pourquoi, par exemple, il n’emploie pas de sarrasin dans le colza associé, car il pourrait grainer et poser problème dans les cultures suivantes.

Conduite du colza

Si la rotation a bien géré les adventices auparavant, le colza peut aller de juillet à la récolte avec très peu d’interventions phytosanitaires. Il reçoit essentiellement :

  • de l’azote : entre 100 et 150 unités selon la parcelle et le précédent ;
  • du soufre : 50 à 90 unités, en deux ou trois passages.

Le phosphore, lui, est géré dans la rotation, avec aussi quelques apports de compost de déchets verts, et un apport localisé plutôt réservé au maïs.

Il n’utilise pas d’anti-limaces sur colza. Pour lui :

  • le colza semé à 4 kg/ha coûte peu ;
  • mettre des anti-limaces doublerait ou triplerait le coût des intrants ;
  • et surtout, cela détruirait aussi des auxiliaires.

Il dit ne plus mettre d’anti-limaces depuis huit ans, sauf exception très ponctuelle et localisée sur maïs.

Le rendement du colza va en général de 25 à 35 quintaux/ha, avec un objectif autour de 28 à 30 quintaux dans ses conditions sableuses.

Orges et blés

Après colza, il peut semer une orge d’hiver dans les repousses de colza. Ces repousses sont détruites :

  • soit deux jours avant le semis ;
  • soit quatre à cinq jours après le semis, avant la levée de l’orge.

Dans ce cas, il utilise du glyphosate à faible dose, entre 1 et 2 l/ha maximum. Selon lui, cette pratique permet aussi d’occuper les limaces sur les repousses de colza plutôt que sur la culture en train de lever.

Pour les orges et blés :

  • semis à l’automne ;
  • désherbage à la reprise de végétation en fin janvier ou février si nécessaire ;
  • azote + soufre systématiquement.

Doses évoquées :

  • orge : 100 à 120 unités d’azote ;
  • blé : 150 à 180 unités selon les parcelles.

Les rendements sont très dépendants de l’eau, en particulier du mois de mai. Avec irrigation en avril, il peut sécuriser le potentiel. En orge :

  • jusqu’à 80-85 q/ha dans les bonnes années ;
  • mais seulement 35-40 q/ha dans les mauvaises.

Il en va de même pour le blé.

Pour la protection :

  • fongicides à un tiers de dose, si besoin ;
  • pas d’insecticide en végétation ;
  • semences de ferme non traitées ;
  • éventuellement une intervention insecticide à l’automne seulement si la douceur favorise les pucerons.

Maïs grain et couverts dans maïs

Le maïs peut être conduit de plusieurs façons.

Après maïs grain, Christophe Piou aime semer de l’orge de printemps juste après récolte, y compris en novembre, car dans ses sables cela fonctionne. Si le climat le permet, cette implantation avant l’hiver donne un gain de potentiel de 10 à 20 quintaux.

Il explique aussi qu’il peut semer des couverts dans le maïs à partir du stade 6 feuilles, par exemple :

Si le semis dans le maïs réussit, cela permet de garder un couvert vivant et éventuellement de le pâturer ensuite.

Quand il fait maïs sur maïs, il implante après récolte un mélange :

  • féverole ;
  • pois ;
  • vesce ;
  • avoine brésilienne.

Exemples de doses :

  • féverole : 60 kg/ha ;
  • pois : 40 kg/ha ;
  • vesce : 20 kg/ha ;
  • avoine brésilienne : 10 kg/ha.

Ces plantes restent peu développées durant l’hiver, puis repartent au printemps. Elles peuvent être :

  • pâturées ;
  • roulées ;
  • ou détruites au moment du désherbage du maïs.

Avant semis, il trace la ligne future du maïs, dégage les résidus et localise un engrais sur le rang. Il évoque un mélange de type 14-14-20 avec soufre et zinc, apporté à raison de 80 à 120 kg/ha de semis.

Le maïs est ensuite semé dans un lit de semences propre, sans débris sur la ligne, afin d’éviter les problèmes de pourriture de la graine.

Les rendements mentionnés :

  • en irrigué : 120 à 135 q/ha de grain sec ;
  • en non irrigué : de 40 à 80 q/ha selon les années et les potentiels.

Le sarrasin

Le sarrasin est présenté comme une culture très intéressante, soit en culture principale, soit en double culture.

En culture principale

Semé fin mai-début juin, il laisse le temps de faire pâturer un couvert jusqu’en mai. Il permet donc de produire de la biomasse avant la culture.

En double culture

Il peut être semé juste après une récolte de légumineuses ou de céréales, fin juin ou début juillet. Dans ce cas, il est récolté à l’automne.

Dose de semis :

  • 35 à 45 kg/ha.

Rendements :

  • 8 à 12 q/ha en première culture ;
  • 3 à 10 q/ha en deuxième culture.

En deuxième culture, il n’est pas fertilisé, car il profite des reliquats de la culture précédente, surtout après pois ou féverole.

Féveroles, pois et soja

Les féveroles d’hiver sont semées soit derrière maïs, soit dans les couverts après blé. Elles reçoivent :

  • du soufre ;
  • de la potasse, autour de 90 unités.

Les pois d’hiver fonctionnent sur une logique proche. Il peut aussi semer des mélanges féverole + pois afin de récolter, trier les pois, et récupérer une base de semences pour les couverts à venir.

Rendements évoqués :

  • pois : 20 à 35 q/ha ;
  • féverole : 15 à 20 q/ha, les fortes chaleurs de juin étant pénalisantes.

Il insiste fortement sur l’importance du soufre pour les légumineuses.

Concernant le soja, il prévoit de le réintroduire davantage. Il a testé des associations soja + sarrasin :

  • soja : 100 kg/ha ;
  • sarrasin : 20 à 30 kg/ha ;

ou bien soja seul à 120 kg/ha.

Dans un essai précédent, il a obtenu environ :

  • 1,5 t/ha de soja ;
  • 1 t/ha de sarrasin.

L’objectif reste plutôt d’aller chercher 25 à 30 q/ha de soja.

Le millet

Le millet doit être semé en terre bien chaude, au printemps, à raison de 20 à 25 kg/ha.

Fertilisation :

  • 40 à 50 unités d’azote ;
  • 20 à 40 unités de soufre.

Rendements :

  • 20 à 30 q/ha en non irrigué ;
  • jusqu’à 40 q/ha ou davantage avec de bonnes conditions.

Là encore, l’eau reste le facteur limitant.

Vers une agriculture biologique par une voie régénérative

Après 18 ans de semis direct, Christophe Piou explique que son objectif est désormais de passer en bio.

Pour cela, il s’intéresse à la méthode d’Ulrich E. Hammes, fondée sur une approche régénérative avec utilisation de ferments. Le principe est de :

  • scalper très superficiellement le couvert, sur 1 à 2 cm ;
  • incorporer des ferments sur les plantes jeunes, autour de la floraison ;
  • nourrir le sol ;
  • rééquilibrer la flore microbienne, notamment le rapport champignons/bactéries ;
  • limiter ensuite les problèmes de salissement, en particulier les graminées.

Il a déjà engagé :

  • 2 hectares à l’automne ;
  • une dizaine d’hectares au printemps suivant ;

dans cette logique, avec l’objectif affiché de se passer progressivement de chimie.

Le troupeau ovin comme outil de création de valeur

La réintroduction des brebis répond aussi à une logique économique. Christophe Piou explique qu’il y avait déjà de la nourriture sur pied en abondance, des sols portants grâce au semis direct, et donc la possibilité de garder des animaux dehors toute l’année sans dégrader les parcelles.

Le troupeau permet alors :

  • de valoriser des biomasses qui seraient autrement perdues ;
  • de remettre de la valeur ajoutée sur l’exploitation ;
  • d’installer des personnes.

C’est ainsi qu’ont pu être intégrés :

  • son fils ;
  • une bergère en bail à cheptel.

Selon lui, un système ovin peut fonctionner si l’on évite au maximum les charges :

  • pas de tracteurs inutiles ;
  • pas de système lourd d’ensilage, de fumier, de mécanisation coûteuse ;
  • pas d’achat massif d’aliments.

La logique est donc simple : faire consommer directement sur pied.

Les prairies temporaires

L’introduction de l’élevage a conduit à remettre environ 5 % de prairies temporaires, voire jusqu’à 10 % selon la taille du troupeau.

À court terme, cela peut sembler coûter en surface céréalière, mais Christophe Piou y voit un bénéfice :

  • amélioration de la structure du sol ;
  • réintroduction de légumineuses dans la rotation ;
  • amélioration des cultures suivantes ;
  • contribution des brebis à la fertilité des parcelles.

Les prairies sont installées pour quatre à cinq ans.

Il explique aussi que plus elles sont bien pâturées, plus elles deviennent fertiles et plus les trèfles prennent de l’importance.

Le mélange de prairie mentionné comprend notamment :

Il cite par exemple :

  • 4 à 5 kg de plantain ;
  • 3 à 4 kg de chicorée ;
  • environ 3 kg de trèfle.

Pâturage tournant dynamique

Le pâturage tournant dynamique est un élément central du système ovin.

Sur les couverts d’interculture

Tout l’hiver, le troupeau pâture les couverts destinés à précéder les cultures de printemps.

Christophe Piou donne un exemple :

  • une parcelle de 16 ha ;
  • 100 brebis ;
  • pâturage du mois de septembre au mois de mars ;
  • paddocks de 50 m sur 30 m, soit 1 500 m² ;
  • au départ, 4 jours par paddock ;
  • puis 2 jours, voire 1 jour en fin de saison selon la pousse et le gel.

Le couvert représentait environ 8 t de matière sèche/ha à son maximum, dont les brebis ont valorisé environ 2,5 t/ha.

Sur prairie temporaire

Au mois de mai, les brebis reviennent sur prairie temporaire. L’objectif est de raisonner en surface journalière :

  • environ 10 m² par brebis et par jour en moyenne.

La durée de séjour dépend du stade physiologique :

  • brebis avec doubles : changement tous les jours ;
  • brebis avec simples : tous les deux jours ;
  • après sevrage : jusqu’à trois jours maximum.

Le principe est de ne jamais laisser les animaux revenir sur les jeunes repousses, afin d’éviter le surpâturage. Il faut donc toujours un « fil avant » et un « fil arrière ».

Christophe Piou dit s’être rapproché de l’approche de PâtureSens pour progresser sur l’efficience du pâturage.

Objectifs de chargement

L’objectif affiché est de nourrir à l’année :

  • 10 brebis par hectare, tout le temps dehors.

Il estime qu’il est déjà possible d’aller au-delà dans certaines situations, jusqu’à :

  • 20, voire 30 brebis/ha,

à condition notamment d’avoir de l’irrigation pour sécuriser certaines périodes sèches.

Il raconte d’ailleurs avoir irrigué une prairie temporaire lors d’une période chaude. Le résultat ne fut pas tant une explosion des graminées qu’un fort redémarrage du trèfle, ce qui a ensuite amélioré durablement la fertilité de la parcelle.

Santé animale et conduite du troupeau

Christophe Piou insiste sur le fait que des animaux bien nourris sur pied, dans un système cohérent, sont en bonne santé et résistants.

En sanitaire :

  • il surveille surtout les agnelles la première année ;
  • les brebis adultes sont considérées comme immunisées ;
  • il évite de traiter systématiquement, notamment contre les parasites, afin de ne pas détruire cette immunité.

Il pratique donc plutôt une surveillance avec coprologie si besoin, et n’intervient qu’en cas de nécessité.

Les animaux sont dehors toute l’année. Il souligne qu’ils sont mieux ainsi qu’en bergerie, à condition d’avoir de la nourriture en continu.

Commercialisation des agneaux

La viande est aujourd’hui vendue en circuit court. Les animaux sont envoyés à l’abattoir, puis un laboratoire partenaire prépare les caissettes. La viande est maturée 8 à 10 jours avant distribution.

Avec l’augmentation du troupeau, Christophe Piou estime qu’une partie pourrait aussi rejoindre une filière plus classique, d’autant qu’il juge les prix cohérents dans un système à faibles charges.

Il indique également qu’il y a une forte demande pour ce type de produits.

Le couvert végétal comme cœur du système

À la fin de son intervention, Christophe Piou insiste très fortement : plus les années passent, plus il est convaincu que le couvert végétal est le pilier du système.

Le couvert est à la fois :

  • la nourriture du sol ;
  • la nourriture des animaux ;
  • un outil de structuration du sol ;
  • un support de fertilité ;
  • un levier de stockage du carbone.

Pour lui, le sol doit être couvert toute l’année. À partir du moment où c’est le cas, on obtient :

  • un sol meuble sur les premiers centimètres ;
  • un lit de semences de qualité ;
  • une surface protégée de la battance ;
  • un fonctionnement biologique intense.

Il parle d’un « couscous » en surface, qui permet ensuite de semer facilement, par exemple le maïs, à condition de bien préparer la ligne de semis.

Matière organique, eau et carbone

Christophe Piou rappelle que le gain de plus d’un point de matière organique est déterminant.

Dans les sables, cela a permis de faire passer la réserve utile d’environ :

  • 30-40 mm ;
  • à 50-80 mm.

Ce n’est pas suffisant pour couvrir tous les besoins des cultures, mais cela permet :

  • de passer des caps ;
  • de retarder les irrigations ;
  • d’améliorer la fertilité ;
  • d’augmenter l’autofertilité.

Le stockage de carbone est pour lui une conséquence positive incontournable du système.

Le rôle des formations et du collectif

Christophe Piou souligne aussi l’importance du collectif et des échanges entre agriculteurs. Il évoque l’association BASE, qu’il a vue passer en vingt ans d’une poignée d’adhérents à plus d’un millier.

Il insiste sur plusieurs points :

  • remettre les bottes ;
  • aller voir chez les collègues ;
  • échanger ;
  • expérimenter ;
  • retrouver l’envie du métier.

Selon lui, il existe des solutions pour demain, mais il faut se déplacer, se former et observer.

Il participe lui-même à des formations, avec notamment :

  • Stéphane qui a filmé les vidéos diffusées au départ ;
  • PâtureSens pour la partie élevage et pâturage tournant dynamique.

Conseils pour se lancer en semis direct

Pour conclure, Christophe Piou met en garde contre une idée fausse : le semis direct n’est pas plus simple. Ce n’est pas parce qu’on supprime le travail du sol que le système devient simplifié.

Au contraire, il faut :

  • se former ;
  • aller voir ;
  • échanger avec d’autres ;
  • observer les sols à la bêche ;
  • raisonner d’abord les couverts ;
  • changer les rotations ;
  • revoir l’ensemble du système.

Il rappelle que les couverts sont un excellent indicateur :

  • de fertilité ;
  • de structure ;
  • des zones à problème.

Il insiste aussi sur le fait qu’on ne peut pas faire du semis direct en gardant les anciennes logiques culturales. Il faut changer l’ensemble du raisonnement.

Enfin, il explique que les évolutions du sol se font par paliers :

  • au bout de 4 ans, on voit déjà qu’on est dans la bonne direction ;
  • au bout de 8 ans, l’évolution est très nette ;
  • au bout de 10 ans, le système devient beaucoup plus fluide.

Selon lui, lorsque les auxiliaires sont en place, que les rotations sont bien gérées, que les limaces et adventices ne posent plus problème, il suffit presque de placer correctement la graine pour que cela fonctionne.

Idée directrice

Le message final de Christophe Piou est clair : en remettant l’agronomie au centre, en couvrant les sols en permanence, en diversifiant les cultures et en réintroduisant l’élevage dans une logique de pâturage tournant dynamique, il devient possible de :

  • restaurer les sols ;
  • produire avec moins d’intrants ;
  • recréer de la valeur ajoutée ;
  • installer des jeunes ;
  • retrouver du sens dans le métier.

Pour lui, plus le système est simple dans ses principes biologiques, plus il rend l’exploitation autonome, robuste et agréable à conduire.